‹ Choix de lettresChapitre 259 sur 494 · A M. PALISSOT · texte numérisé non relu

A M. PALISSOT

Aux Délices, i juin (1760).

Je -VOUS remercie, monsieur, de voire lettre et de votre ouvrage ' ; ayez la bonté de vous préparer à une réponse longue; les vieillards aiment un peu à babiller.

Je commence par vous dire que je tiens votre pièce pour bien écrite; je conçois même que Crispin philosophe, marchant à quatre pattes, a dû faire beaucoup rire, et je crois que mon ami Jean-Jacques en rira tout le premier^. Cela est gai; cela n'est point méchant; et d'ailleurs, le citoxjen de Genève étant coupable de lèse-comédie^, il est tout naturel que la comédie le lui rende. Il n'en est pas de même des citoyens de Paris que vous avez mis sur le théâtre; il n'y a pas là certainement de quoi rire. Je conçois très bien qu'on donne des ridicules à ceux qui veulent bien nous en donner; je veux qu'on se défende, et je sens par moimême que, si je n'étais pas si vieux, MM. Fréron * et de

1. Palissot avait envoyé sa pièce à Voltaire, accompagnée d'une lettre, le 28 mai ; les Philosophes avaient été représentés le 2 mai.

2. Dans l'acte III, se. 9, le valel Crispin marche à quatre pattes en mangeant une laitue; c'est la mise en scène du mot de Voltaire à Rousseau (voy. lettre 78) : « 11 prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage ». On rapporte qu'en effet f Rousseau prit la facétie de Palis- I sot avec bonne humeur, et ne \ s'en blessa pas.

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