‹ Choix de lettresChapitre 261 sur 494 · Par Guyon · texte numérisé non relu

Par Guyon

traite. Cet oracle, ne vous déplaise, c'est moi. Il y norait là de quoi crever de vaine gloire; mais malheureusement ma vanité a été bien rabattue, quand j'ai vu que l'auteur de VOracle prétend avoir plusieurs fois diné chez moi, près de Lausanne, dans un château que je n'ai jamais eu. 11 dit que je l'ai très bien reru, et, pour récompense de celle bonne réception, il apprend au public tous les aveux secrets qu'il prétend que je lui ai faits.

Je lui ai avoué, par exemple, que j'avais été chez le roi de Prusse pour y établir la religion chinoise; ainsi me voilà pour le moins de la secte de Confucius*. Je serais donc très en droit de prendre ma part aux injures qu'on dit aux philosophes.

J'ai avoué de plus à l'auteur de l'Oracle que le roi de Prusse m'a chassé de chez lui, chose très possible, mais très fausse, el sur laquelle cet honnête homme en a menti.

Je lui ai encore avoué que je ne suis point attaché à la France, dans le temps que le roi me comble de ses grâces, me conserve la place de gentilhomme ordinaire, et daigne favoriser mes terres des plus grands privilèges-. Enfin j'ai fait tous ces aveux à ce digne homme, pour être compté parmi les philosophes.

J'ai trempé de plus dans la cabale infernale de VEncijclopéclie; il y a au moins une douzaine d'articles de moi im primés dans les trois derniers volumes'. J'en avais préparé pour les suivants une douzaine d'autres qui auraient corrompu la nation, et qui auraient bouleversé tous les ordres de l'État.

1. C'est le grand réformateur philosophique et religieux de la Chine (sixième siècle av. J.-C).

2. Grâce à la protection de Choiscul, les terres de Voltaiie, dans le pays de Gex, jouissaient

au point de vue fiscal de tous les privilèges seigneuriaux.

3. Sur r£«fî/c7oj;érfie,voy.p. 189, note 0. La publication en avait Clé interdite après le scplicmc volume (février 1753)

VOLTAIRE

Je suis encore des premiers qui aient employé fréquemment ce vilain mot d'humanité, contre lequel vous avez fait une si brave sortie dans votre comédie'. Si, après cela, on ne veut pas m'accorder le nom de philosophe, c'est l'injustice du monde la plus criante.

Yoilà, monsieur, pour ce qui me regarde. Quant aux personnes que vous attaquez dans votre ouvrage^, si elles vous ont offensé, vous faites très bien de le leur rendre; il a toujours été permis par les lois de la société de tourner en ridicule les gens qui nous ont rendu ce petit service. Autrefois, quand j'étais du monde, je n'ai guère vu de souper dans lequel un rieur n'exerçât sa raillerie sur quelque convive, qui, à son tour, faisait tous ses efforts pour égayer la compagnie aux dépens du rieur. Les avocats en usent souvent ainsi au barreau. Tous les écrivains de ma connaissance se sont donné mutuellement tous les ridicules possibles. Boileau en donna à Fontenelle, Fontenelle à Boileau'. L'autre Rousseau, qui n'est pas Jean-Jacques, se moqua beaucoup de Zaïre et d'Alzire*; et moi, qui vous parle, je crois que je me moquai aussi de ses dernières épîtres^ en avouant pourtant que l'ode sur les conquérants "^ est admirable, et que la plupart de ses épigrammes sont très jolies ; car il faut être juste, c'est le point principal.

C'est à vous à faire votre examen de conscience, et à voir si vous êtes juste, en représentant MM. d'Alembert, Du-

i. Cette sortie est faite par Damis, personnage raisonnable, dans le genre du Clitandre des Femmes savantes {les Philosophes, acte II, se. 5).

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