Financier (|ui se piquait de favoriser les li lires
286 TOLTAIRE.
La compagnie des fermas générales a souscrit pour soixante.
Plusieurs autres compagnies ont suivi cet exemple.
Cette noble émulation devient générale. A peine le premier bruit de cette édition projetée s'est répandu en Allemagne, que Mgr l'électeur palatin, Mme la duchesse de Saxe-Gotha, se sont empressés de la favoriser'.
A Londres, nous avons eu milord Chesterfield, milord Littleton, M. Fox le secrétaire d'État, M. le duc de Gordon, M. Crawford, et plusieurs autres.
Vous voyez, mon cher confrère, que tandis que la politique divise les nations, et que le fanatisme divise les citoyens, les belles-lettres les réunissent. Quel plus bel éloge des arts, et quel éloge plus vrai! Autant on a de mépris pour des misérables qui déshonorent la littérature par leurs infamies périodiques, et pour d'autres misér;ibles qui la persécutent, autant on a de respect pour Corneille dans toute l'Europe.
Les libraires de Genève qui entreprennent cette édition entrent généreusement dans toutes nos vues; ils son^^ d'une famille qui depuis longtemps est dans les conseils; l'un d'eux en est membre. Ils pensent comme on doit penser ; nul intérêt, tout pour l'honneur.
Ils ne recevront d'argent de personne avant d'avoir donné le premier volume. Ils livreront pour deux louis d'or douze ou treize tomes in-octavo avec trente-trois belles estampes. Il y a certainement beaucoup de perte. Ce n'est donc point par vanité que j'ai osé souscrire pour cent exemplaires, c'était une nécessité absûlue; et sans les bienfaits du roi, sans les générosités qui viennent à notre secours, l'entreprise était au rang de tant de projets approuvés et évanouis.