Olait le P. Nonnotte, jésuite
vous prie de lui faire mes tendres compliments, aussi bien qu'à votre marchand d'encre.
A M. LE COMTE D'ARGENTAL
11 juin (17G2)
Mes divins anges, je me jette réellement à vos pieds et à ceux de M. le comte de Choiseul'. La veuve Calas- est à Paris dans le dessein de demander justice; l'oserait-elle si son mari eût été coupable? Elle est de l'ancienne maison de Montesquieu, par sa mère (ces Montesquieu sont de Languedoc); elle a des sentiments dignes de sa naissance, et au-dessus de son horrible malheur. Elle a vu son fils renoncer à la vie, cl se pendre de désespoir; son mari, accusé d'avoir étranglé son fils, condamné à la roue, et attestant Dieu de son innocence en expirant; un second fils', accusé d'être complice d'un parricide, banni, conduit à une porte de la ville, et reconduit par une autre porte dans un couvent; ses deux filles enlevées*; elle-même enfin interrogée sur la sellette, accusée d'avoir tué son fils, élargie, déclarée innocente, et cependant privée de sa dot s. Les gens les plus instruits me jurent que la famille est
1. Le comte de Choiseul, devenu cette année même duc de Praslin, né en 1719, mort en 17S5, élait le cousin du duc de Choiseul, premier ministre, et l'ami tout particulier de M. d'Argeiital.
Il avait succédé à son cousin comme ambassadeur à Vienne (1758), puis comme minisire des affaires étrangères (1761) ; il rendit surtout de grands services
comme ministre de la marine, de 1766 à 1770.