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H7. — A M. ÉLIE DE BEAUMONT

Aux Délices, ce 11 juin (1762).

Je vous adresse, monsieur, la plus infortunée de toutes les femmes, qui demande la chose du monde la plus juste*. Mandez-moi, je vous prie, sur-le-champ, quelles mesures on peut prendre; je me chargerai de la reconnaissance : je suis trop heureux de l'exercer envers un talent aussi beau qu'est le vôtre. Ce procès, d'ailleurs si étrange et si capital, peut vous faire un honneur infini; et l'honneur, dans votre

1. Voltaire, qui se défiait autant des passions religieuses chez les réformés que chez les catholiques, avait d'abord cru à la culpabilité de Calas; il se laissa détromper par les amis que celte malheureuse famille comptait à Genève, le négociant Debrus, entre autres, et le banquier Catbala.

2. Avocat du barreau de Paris, né en 1732, mort en 1786. Le Mé-

moire qu'il écrivit pour la veuve Calas, et que contresignèrent quinze de ses confrères, rendit sa réputation européenne.

3. Mme Calas, inspirée par Voltaire, réclamait l'annulation par le conseil dii roi de l'arrêt pronoacé par le parlement de Toulouse, et le châtiment des juges; elle obtint satisfaction sur le premier point seulement.

noble proression, amène tôt ou lard la fortune. Cette affaire, à laquelle je prends le plus vif intérêt, est si extraordinaire, qu'il faudra aussi des moyens extraordinaires. Soyez sûr que le parlement de Toulouse ne donnera point des armes contre lui; il a défendu que l'on communiquât les pièces à personne, et même l'extrait de l'arrêt*. Il n'y a qu'une grande protection qui puisse obtenir de M. le chancelier- ou du roi un ordre d'envoyer copie des registres. Nous cherchons cette protection : le cri du public, ému et attendri, devinait l'obtenir. 11 est de l'intérêt de l'État qu'on découvre de quel côté est le plus horrible fanatisme. Je ne doute pas que cette entreprise ne vous paraisse très importante; je vous supplie d'en parler aux magistrats et aux jurisconsultes de votre connaissance, et de faire en sorte qu'on parle à M. le chancelier. Tâchons d'exciter sa compassion et sa justice, après quoi vous aurez la gloire d'avoir été le vengeur de l'innocence, et d'avoir appris aux juges à ne pas se jouer impunément du sang des hommes. Les cruels ! ils ont oublié qu'ils étaient hommes. Ah ! les barbares !

Monsieur, j'ai l'honneur d'être avec tous les sentiments que je vous dois, etc.

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