A M. LE CONSEILLER LE BAULT
Aux Délices, 8 soplembre 1702.
Monsieur, on dit que votre parlement va reprendre ses séances-; je vous prie d'agréer mes très sincères compliments; la paix va enfin être partout, et loul le monde en avait besoin; pour moi, je suis en guerre avec les dix loiinoaux dont je comptais boire ma part à votre santé. Le tempérament de votre vin est trop différent du mien; vous savez que je suis trop maigre, et il s'est mis à être trop gras, il file. Je vous demande conseil. Vous devez, monsieur, être le Troncliin du vin'; dites-moi, je vous prie, s'il y a du remède, et quel remède vous apportez en pareil cas.
Je suis plus malade encore que mon vin, et c'est ce qui fait, monsieur, que je n'ai pas l'honneur de vous écrire de ma main; je renonce à engraisser, mais si vous pouvez drgraisser mes dix tonneaux, je vous aurai une extrême obligation.
1. Ce magistrat du parlement de Dijon élail un ami du premier picsidcnt Fyot de La Marche.
Mme Le Dault possédait des vignes en Bourgogne, nolamment le fameux terroir de Corlon, et c'est auprès d'elle que Voltaire s'appro-
visionnait généralement de vin.