‹ Choix de lettresChapitre 345 sur 494 · M de. Dastard · texte numérisé non relu

M de. Dastard

3. Maupeou, qui devint chancelier en 1708 et qui fit partie du fameux Triumvirat, avec le duc d'Aiguillon et l'abbé Terray.

i. L'nxéculion en effigie de ces trois malheureux eut lieu le £2 septembre lIQi, conformément au jugement rendu le 29 mars de la même année par le juge de Mazi^uiel.

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Voilà toule une famille honnête, innocente, vertueuse, livrée à l'opprobre et à la mendicité chez les étrangers : ils trouvent de la pilié sans doute ; mais qu'il est dur d'être jusqu'au tombeau un objet de pitié! On me répond enfin qu'on pourra leur obtenir des lettres de grâce. Je crus d'abord que c'était de leurs juges qu'on me parlait, et que ces lettres étaient pour eux. Vous croyez bien que la famille aimerait mieux mendier son pain de porte en porte, et expirer de misère, que de demander une grâce qui supposerait un crime trop horrible pour être graciable; mais aussi comment obtenir justice? comment s'aller remettre en prison dans sa patrie, où la moitié du peuple dit encore que le meurtre de Calas élait juste? Ira t-on une seconde fois demander une évocation au conseil? tenlera-t-on d'émouvoir la pitié publique, que l'infortune des Calas a peut-être épuisée, et qui se lassera d'avoir des accusations de parricide à réfuter, des condamnés à réliabilifer, et des juges à confondre*?

Ces deux événements tragiques, arrivés coup sur coup, ne sont-ils pas, mon ami, des preuves de cette fataUté inévitable à laquelle notre misérable espèce est soumise? Vérité terrible, tant enseignée dans Homère et dans Sophocle; mais vérité utile, puisqu'elle nous apprend à nous résigner et à savoir souffrir.

Vous dirai-je que, tandis que le désastre étonnant des Calas et des Sirven affligeait ma sensibilité, un homme, dont vous devinerez l'état à ses discours, me reprocha l'intérêt que je prenais à deux familles qui m'étaient étrangères? « De quoi vous mêlez-vous? me dit-il; laissez les morts ensevelir leurs morts. » Je lui répondis : « J'ai

1. Sii-ven alla se constituer pri- j lemeiit de Toulouse, le 23 nofoiniior le ôl août 17G9, purgea I vembre 1771, pleine et entière sa contumace, et obtint du par- I réparation.

(rouvé dans mes déserts l'Israélite baigné dans son sang, souffrez que je répande un peu d'huile et de vin sur ses blessures : vous êles lévite, laissez-moi être Samaritain *.... »

Vos passions sont l'amour de la vérité, l'humanité, la haine de la calomnie. La conformité de nos caractères a produit noire amitié. J'ai passé ma vie à chercher, à publier cette vérité que j'aime. Quel autre des historiens modernes a défendu la mémoire d'un grand prince- contre les impostures atroces de je ne sais quel écrivain ^ qu'on peut appeler le calomniateur des rois, des ministres et des grands capitaines, et qui cependant aujourd'hui ne peut trouver un lecteur?

Je n'ai donc fait, dans les horribles désastres des Calas et des Sirven, que ce que font tous les hommes; j'ai suivi mon penchant. Celui d'un philosophe n'est pas de plaindre les malheureux, c'est de les servir.

Je sais a^ec quelle fureur le fanatisme s'élève contre la philosophie. Elle a deux filles qu'il voudrait faire périr comme Calas, ce sont la Vérité et la Tolérance; tandis que la philosophie ne veut que désarmer les enfants du fanatisme, le Mensonge et la Persécution.

Des gens qui ne raisonnent pas ont voulu décréditer ceux qui raisonnent : ils ont confondu le philosophe avec le sophiste; ils se sont bien trompés. Le vrai philosophe peut quelqueI"ois s'irriter contre la calomnie, qui le poursuit luimême; il peut couvrir d'un éternel mépris le vil mercenaire qui outrage deux fois par mois* la raison, le bon goût et la vertu : il peut même livrer, en passant, au ridicule ceux qui insultent à la littérature dans le sanctuaire^ où ils auraient dû l'iionorer : mais il ne connaît ni

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