A M. THOMAS
22 septembre (1765).
Je n'ai reçu qu'aujourd'hui, monsieur, le présent dont vous m'avez honoré-, et la lettre charmante dont vous l'accompagnez. La mort de notre résident, chez qui le paquet est resté longtemps, a retardé mon plaisir, et je me hâte de vous témoigner ma reconnaissance ; vous ne savez pas combien je vous suis redevable. Ce n'est point là un discours académique, c'est un excellent ouvrage d'éloquence et de philosophie. Autrefois nous donnions pour sujet du prix des textes faits pour le séminaire de Saint- Sulpice; aujourd'hui les sujets sont dignes de vous 3,...
On ne ht plus Descartes*, mais on lira son éloge, qui est en même temps le vôtre. Ah! monsieur, que vous y montrez une belle âme et un esprit éclairé! quel morceau que l'histoire de la persécution du nommé Voët contre Descartes ^ ! Vous avez employé et fortifié les crayons de Démosthène pour peindre un coquin absurde qui ose poursuivre un grand homme. Vous m'avez fait un grand plaisir
1. Thomas, né en 1732, mort en 1783, était depuis 1759 lauréat de l'Académie dans tous les concours d'éloquence, pour ses Éloges historiques. Il donna la théorie de ce genre, qu'il atait lait sien, dans son Essai sur les éloges (1773). En 1767 il entra à l'Académie française. Il avait aussi remporté dans cette compag:nie des pris de poésie, et composé la Pétréide, poème épique sur le tsar Pierre. Thomas était un adepte naif de la secte encyclopédique. C'était une à me charmante, mais un déclamateur.