A M. BJÎAUZÉE
14 janvier (1768).
Si je demeurais, monsieur, au fond de la Sibérie, je n'au-
On connaît le vers de Vol-
C'est du Nord aujourd'hui que nous [vient la lumière.
2. L'Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques, par Mercier de La Rivière. — L'auteur de cet ouvrage, que Catherine 11
avait mandé à Saint-Pétersbourg, se figurait naïvement que l'impératrice voulait le nommer son premier ministre. 11 avait même fait dans cette vue des dépenses d'installation dont la souveraine l'indenmisa.
3. Né en 1717, mort en 1789; grammairien, professeur de gram-
VOLTAIRE
rais pas reçu plus tard le livre que vous avez eu la bonté de m'envoyer. Le commerce a été interrompu jusqu'au commenct;ment de novembre, et depuis ce temps nous avons été ensevelis dans les neiges. Enfin, monsieur, j'ai eu votre paquet et la lettre dont vous m'honorez. Je vois avec beaucoup de plaisir les vues philosophiques qui régnent dans votre Grammaire. 11 est certain qu'il y a, dans toutes les langues du monde, une logique secrète qui conduit les idées des hommes sans qu'ils s'en aperçoivent, comme il y a une géométrie cacliée dans tous les arts de la main, sans que le plus grand nombre des artistes s'en doute. Un instinct heureux fait apercevoir aux femmes d'esprit si on parle bien ou mal : c'est aux philosophes à développer cet instinct. Il me paraît que vous y réussissez mieux que personne. L'usage, malheureusement, l'emporte toujours sur la raison. C'est ce malheureux usage qui a un peu appauvri la langue française et qui lui a donné plus de clarté que d'énergie et d'abondance : c'est une indigente orgueilleuse qui craint qu'on ne lui fasse l'aumône. Vous êtes parfaitement instruit de sa marche, et vous sentez qu'elle manque quelquefois d'habits. Les philosophes n'ont point fait les langues, et voilà pourquoi elles sont toutes imparfaites'.
maire à l'École militaire, reçu à l'Académie française en 1772.
Après la mort de Dumarsais, Beauzée avait rédigé dans VEncjcloj)édie les articles de grammaire. L'ouvrage dont Voltaire lui accuse ici rOception est intitulé : Grammaire générale, ou Exvosition raisonnée des éléments nécessaires du langage, jjour servir de fondement à l'étude de toutes les langues.