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A ÎIIADAME LA DUCHESSE DE CHOISEUL

A Ferney, 8 février (17GS).

Madame, un vieillard presque aveugle, etune jeune femme* qui serait bien fière si elle avait des yeux comme les vôlres, vous supplient de daigner agréer leurs hommages et leurs rcmercîments. Nous devons à votre protection tout ce que M. le duc de Choiseul a bien voulu accorder à M. Dupuits^. Si le vieux bonhomme et moi nous avions quelque petite partie de la succession de Pierre Corneille, nous la dépenserions en grands vers alexandrins pour vous témoigner notre reconnaissance ; mais les temps sont bien durs, et la plupart des vers qu'on fait le sont aussi. Nous nous défions même de la prose. Nous entendons si peu les livres qu'on nous envoie de Paris, que nous craignons d'avoir oublié notre langue.

Nous sommes très honteux l'un et l'autre d'exprimer notre extrême sensibilité dans un style si barbare; mais, madame, nous vous supplions de considérer que nous sonuncs des AUobroges ► . Des gens arrivés de Versailles nous ont dit qu'il fallait absolument avoir de la finesse, de la justesse dans l'esprit, des grâces et du goût, pour oser vous écrire*; nous ne les avons point crus. Nous ne sommes pas

1. La ducliesse de Choiseul, née en 1736, morte en 1801, élait une femme svipérieure par la grâce et l'esprit; elle élait l'intime amie de Mme du Deffant, qui l'appelait sa grand'maman, sous forme de plaisanterie (la grand' mère malcrnelle de Mme du Deffant avait eu pour fils, en secondes noces, le duc de Choiseul).

C'est i)ar Mme du Def!'ant que Voltaire fut amené à entrer en

correspondance avec l'aimable duchesse.

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