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A MADAME LA MARQUISE DE FLORIAN, A TARIS

1" mars (17G0).

Ma chère nièce, j'ai été bien charmé de voir de voire écriture, car vous savez que j'aime votre style, et surtout votre souvenir. L'idée de n'être point oublié de vous me console dans ma solitude. Il y a aujourd'hui un an que je ne suis sorti de ma chambre et de mon jardin qu'une seule fois. Vous me paraissez avoir pour Paris autant d'aversion qu'il m'inspire d'indifférence. Paris est fort bon pour ceux qui ont beaucoup d'ambition, de grandes passions et prodigieusement d'argent, avec des goûts toujours renaissants à satisfaire. Quand on ne veut être que tranquille, on fait fort bien de renoncer à ce grand tourbillon. Paris a toujours été à peu près ce qu'il est, le centre du luxe et de la misère : c'est un grand jeu de pharaon, où ceux qui taillent emboursent l'argent des pontes'. Mais vous trouveriez Paris le pays de la félicité si vous aviez connu comme moi le temps du syslème-, où il était défendu, comme un crime d'Etat, d'avoir chez soi pour cinq cents francs d'argent^. Vous n'étiez pas née lorsqu'on augmenta de cent francs la pension que l'on payait pour moi au collège, et que, moyennant cette augmentation, j'eus du pain bis pendant toute l'année 1709*. Les Parisiens sont aujourd'hui des sybarites, et crient qu'ils sont couchés sur des noyaux de pêches, parce que leur lit de roses n'est pas

1. Le pharaon est un jeu de cartes de pur hasard; tailler, c'est y faire la banque ; les pontes sont les joueurs qui engagent de l'argent contre le banquier.

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