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5. Cf. la lettre 173. Quelques jours après (23 octobre), Voltaire écrivait encore à Mme du Deffant : « J'ai fait voeu de ne point aller à Paris tant qu'on me soupçonnera d'avoir manqué à votre grand'maman. Je suis toujours très ulcéré, et ma blessure ne se fermera jamais. »

4. L'Éloge de Colberl, par Kecker, récompensé du prix d'éloquence par l'Académie française, au concours de 1773. Le

1" novembre, Voltaire avait écrit à Mme du Delfant : « A l'égard de VÉloge de Colbert, c'était un ouvrage qu'on ne pouvait faire qu'avec de l'arilhméticiue-: aussi est-ce un excellent banquier qui a remporté le pri.»;. J'avoue que je ne saurais souffrir qu'un bomme qui porte un habit de drap Van-Robais ou de velours de Lyon, qui a des bas de soie à ses jambes, un diamant à son doigt, et une montre à répétition dans sa poche, dise du mal de Jean- Baptiste Colbert, à qui on doit toutcela. La mode est aujourd'hui de mépriser Colbert et Louis XIV :

cette mode passera, et ces deux hommes resteront à la postérité

VOLTATRE.

que de bon, autant de phrases obscures que de claires, autant de mots impropres que d'expressions justes, autant d'exagérations .que de vérités. Que voulez-vous que je vous réponde? Je m'imagine que vous pensez comme moi, et j'ai la vanité de croire penser comme vous. On dit que c'est le meilleur ouvrage de tous ceux qui ont été composés sur le même sujet; je n'en suis pas surpris. Ce sujet était très difficile, et n'était pas favorable à l'éloquence.

Quant aux diamants qu'on a trouvés dans la cassette d'un homme qui n'est plus*, je vous avoue qu'ils sont très mal enchâssés ; je crois vous l'avoir dit. Il faut avoir m?. persévérance et la passion que j'ai de m'instruire sur la fin de ma vie, pour chercher, comme je fais, des pierres précieuses dans des tas d'ordures. C'est peut-être le seul avantage que ce siècle a sur le siècle passé, que nos plus mauvais livres soient toujours semés de quelques beautés. Du temps de Pascal, de Boileau et de Racine, les mauvais livres ne valaient rien du tout ; au lieu que les plus détestables livres de nos jours brillent toujours par quelque endroit.

J'ai trouvé encore plus de génie dans la Tactique de M. de Guibert^ que dans sa tragédie, et même encore

avec Racine et Boileau. » Or c'est parmi les amis mêmes de Voltaire, parmi les encyclopotlisles, que l'ouvrage de .M. Ncckcr avail soulevé les plus vives criti(iues.

Mme du Défiant, alors en bons termes avec Mme Necker, et qui surtout ne pouvait souffrir la coterie encyclopédique, aurait bien voulu la faire désavouer expressément par Voltaire : « Je ne suis point contente de votre laconisme sur YEloge de Colbert, venait-elle de lui écrire ; j'attendais quel-

ques détails : l'ouvrage, il me semble, en vaut la peine. »

1 Livre posthume d'ilelvélius, De l'homme et de son éducation.

Voltaire, dans une lettre précédente à la marquise, avait inséré quelques « diamants » extraits de cet ouvrage, c'est-à-dire quelques propositions antireligieuses.

2. Militaire et homme de lettres. Né en 1743, mort en 1790, le comte de Guiliert, après avoir servi avec distinction dans la guerre de Sept Ans et en Corse,

un peu plus de hardiesse*. Ce qui ma charmé, c'est que ce docteur en l'art d'assassiner les gens m'a paru, dans la société, le plus poli et le plus doux des hommes.

Vous me parlez de cailloux : eh bien ! madame, je vous envoie un petit caillou de mon jardin % qui ne vaut pas assurément les pierreries de M. de Guibert. J'ai été étonné que le même homme ait pu faire deux ouvrages si différents l'un de l'autre.

Les Saxe^, les Turenne, n'auraient pas fait assurément des tragédies. Je devais naturellement donner la préférence à la tragédie sur l'art de tuer les hommes : je crois même qu'en la travaillant un peu, on pourrait en faire un ouvrage régulier et intéressant dans toutes ses parties. Je déteste cordialement l'art de la guerre, et j'admire pourtant sa tactique. L'admiration, dit-on, est la fille de l'ignorance : c'est ce qui fait que vous admirez peu de chose en fait d'esprit. Je ne prétends point du tout que vous accordiez votre suffrage à mon caillou; vous serez tentée de le jeter par la fenêtre : mais songez que je n'ai voulu vous amuser qu'un moment, et que je vous envoie ma Tactique avant de l'envoyer à M. de Guibert lui-même.

Je vous prie de vouloir bien, madame, me mander dea nouvelles de la santé de Mme de La Vallière*. Il est bien juste que la vôtre soit bonne. La nature vous a fait assez

venait de publier en 1772 un Essai général sur la Tactique. Il a aussi composé des tragédies, des éloges historiques, et fut élu de l'Académie française en 1786. C'est à lui que sont adressées les Lettres de Mlle de Lespinasse, à laquelle il avait inspiré une très violente passion.

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