‹ Choix de lettresChapitre 458 sur 494 · A M. DIDEROT · texte numérisé non relu

A M. DIDEROT

8 décembre (1776).

Le dragon peintre 2, si joufflu, si gai, monsieur, ma trouvé dans mon lit, n'ayant ni joie ni gaielé, parce que la santé, qui est la base de tout, m'a abandonné absolument. J'ai quatre-vingt-trois ans, et je vous répète que je suis inconsolable de mourir sans vous avoir vu. Votre gros

l-hes Remontrances du pays de 1 2. Le clievalicr de Lisie ; voy, Gex au roi, œuvre de Voltaire. I p. 418, note 2.

garçon dit que vous demeurez dans la rue Taranne depuis 1res longtemps ; ne soyez point étonné que je l'ignorasse ; il y a près de trente ans que je n'ai vu Paris ', et je n'y ai jamais demeuré deux ans de suite dans toute ma vie, qui est assez longue. Je reviendrais volontiers y passer mon dernier quart d'heure pour avoir le plaisir de vous entendre, s'il était possible de passer ce dernier quart d'heure dans ce pays-là ; mais malheureusement il ev\ fort difficile d'y vivre et d'y mourir comme on veut. Mon grand malheur a été que Ferney ne fût pas précisément sur votre route quand vous revîntes de chez Catherine '^.

J'ai tâché de rassembler autour de moi le plus qu'il m'a été possible de vos enfants^; mais je n'ai pas toute la famille, il s'en faut bien ; et où la trouver dans mes déserts? N'y a-t-il point à Paris quelque typographe un peu habile et bien assorti •*, à qui je puisse m'adresser, et voudriez-vous avoir la bonté de me l'indiquer? J'avais autrefois un ami qui était le vôtre ^, et qui ne me laissait pas manquer mon pain quotidien dans ma solitude ; personne ne l'a remplacé, et je meurs de faim. Cet ami savait que nous n'étions pas si éloignés de compte, et qu'il n'eût fallu qu'une conversation pour nous entendre ^ ; mais on ne trouve pas partout des hommes avec qui on puisse parler. La mullilude des livres nouveaux, qui ne nous

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