D'ALEMBERT
Paris, le 11 mai (17
J'aime à voir par vos vitres, mon cher maître, et surtout à voir par vos yeux. Vous êtes mon voyant. Tout mort que je suis, je compte venir aujourd'hui ta l'Académie. Je tàclierai de bien voir, et de faire bien voir, et de commencer dès demain à travailler sans discontinuer'. Je veux mourir en m'éclau'ant avec vous, et en vous servant.
A M. WAGNIERE 2
li mai 1778, Paris.
Mon cher ami, M. de Crassier est tout étonné de se voir obligé de payer, pour le champ que je lui ai donné, les
1. Le 27 avril. Voltaire avail fait consentir en principe l'Académie à la rédaction d'un nouveau dictionnaire; le 7 mai, il en apporta le plan. Entre autres nouveautés, ce dictionnaire devait comprendre : l'étymologie de chaque mot, connue ou probable ; des exemples tirés des auteurs les plus approuvés; les expressions du seizième siècle qu'il aurait intérêt à faire revivre. 11 se chargea de la lettre A cl oblii'oa chacun dos académiciens présents à en prendre
une. Le 11 mai, l'Académie était convoquée pour la préparation d'un plan définitif. Voltaire fut empêché d'assister à la séance par les premiers accès de la maladie dont il mourut le 50.
2. Wagnière est le dernier secrétaire de Vollaire, sur lequel il a laissé de précieux Mémoires.
Il le suivit à l'aris. Mais, Wagnière se montrant favorable à l'avis de Tronchin, et conseillant à Voltaire de renoncer au séjour de la capitule, Mme Denis se délivra de
dîmes que je ne payais pas, et beaucoup de redevances au roi, dont ce champ était exempt, comme étant de tout temps de l'ancien dénombrement*. M. de Crassier® ne sait-il pas que ces privilèges sont perdus dès que le terrain a passé dans des mains étrangères? Voilà pourquoi nous avons stipulé dans notre contrat qu'il payerait pour moi toutes les redevances attachées à la pièce de terre qu'il m'a donnée en échange. Si vous trouvez moyen de lui en parler, vous pourrez lui faire sentir la nécessité indispensable où il s'est mis. Vous me ferez plaisir de m'envoyer la grosse 3 de notre contrat avec lui. Vous pourrez me l'adresser chez M. d'Ogny* avec les papiers que vous jugerez les plus nécessaires. M. d'Ogny me fera tenir avec promptitude tout ce que vous m'adresserez sous son enveloppe. Mandez-moi, mon cher ami, si M. et Mme de Florian s sont chez moi en effet, et s'ils ont loué Bijou à des Anglais pour cet été, comme ils s'en flattaient. J'ignore si Ceret et d'autres débiteurs vous ont payé quelque chose. Vous les avez sans doute informés que vous êtes nanti de ma pro-
ce fâcheux, et le fit partir le 29 avril pour Ferney, où nous voyons qu'il gérait toutes les affaires de son maître. — MM. Pcrey et Maugras viennent de publier, dans la Vie intime de Voltaire, cinq lettres écrites par l'illustre vieillard à son secrétaire pendant le mois de mai 1778; les manuscri's sont à la Bibliothèque Nationale.
1. Terme de droit féodal : déclavalion écrite, donnée par le vassal, des ficfs qu'il tient de son suzerain et des redevances qui y sont attachées.
2. Ce M. de Crassy, ou de Crassier, appartenait à une famille noble du pays de Gex ; les rela-
tions d'amitié entre les six frères Crassy et Voltaire avaient commencé en 1760, à l'occasion dr service que leur avait rendu 1^ philosophe, en les aidant à racheter leurs biens dont les Jésuites d'Ornex, leurs créanciers, menaçaient de s'emparer.
3. Expédition officielle d'un acte; son nom vient de la grosse écriture qu'on y emploie.