LIVRE IV
DE Ul vraie sagesse ET DE LA VRAIE RELIGION.
1. Quand je considère, empereur Constantin, Tétat des premiers temps , et que je vois que la Mie d'un siècle a répandu de si épaisses ténèbres sur l'esprit des hommes qui ont vécu dans les siè-
cles suivins, quils se font oubUésen-mèoMii»qu*à chercher sur la terre l'objet de leur cuite et de leur bonheur, au lieu de le cberdier daas le del,jen'en conçois pas moins d'indignatioBqv d'étonnement : ce oMmstnieux dér^enusl a changé leur félicité en disgrâce, lorcque abanduinant Dieu, l'auteur de toutes les créatures^ 3s oit commencé à adorer les ouvrages de leup« main. En se détournant du souverain bien, août pré» texte qu'il ne peut être vu, touché ni oomprii, et en s'éloignant de la pratique des vertus pv lesquelles ils le pouvaient posséder, ils ont recherché des dieux corruptibles et fragiles, et, n'ayant soin que des choses qui peuvent servir! parer, à nourrir et à réjouir le corps, ils sont tombés dans une mort étemelle. Leur superstition a été accompagnée d'injustice et d*impiété; car ayant tourné leur esprit aussi bien que leur visage vers la terre au lieu de les tourner vers le ciel, ils se sont attachés à des religions et i des biens qui n'ont rien que de terrestre. Ccst de là que sont venues les querelles et les guc^ res, la mauvaise foi, et tous les crimes qoeb mauvaise foi traîne après elle. Les hommes oat méprisé les biens éternels et incorruptibles, poor jouir des biens temporels et périssables, et oil préféré le mal présent au bien à venir. Voilà cobment, après avoir joui de la lumière, ils ont été csvelopp^ de ténèbres, et ce qui est plus étonnaDt, voilà comment ils ont commencé à se faire appeler sagesaussitôtqu'ilsont perdu lasagesse^Personne ne s'attribuait ce nom au temps auquel toat le monde le méritait. Plût à Dieu que, maintenant qu'il est si rare, au lieu qu'autrefois il était si commun , ceux qui le prennent sussent ce quH signifie ! ils pourraient peut-être, par leur esprit, par leur autorité et par leurs conseils, reti* rer le peuple des erreurs et des vices où il est engagé. Mais ils sont tous fort éloignés de la sagesse, et la vanité avec laquelle ils en prennent le nom ne montre que trop qu'ils n^en oilC pas l'effet. Avant néanmoins que la philosophie commune dont on parle tant fût inventée, on dit qu'il y a eu sept hommes qui, pour avoir recherché les premiers les secrets de la nature, ont mérité d*ètre appelés sages. Oh ! le malbenreux siècle où il ne s'est trouvé que sept liom* mes ! car nul n'est homme s'il n'est sage. 8i tous les autres ont été fous, ces sept-là n'ont pas été sages, parce que pour l'être en effet, il ne le fout
ssr
1^88 èlre selon ie jugement des km. Tant s'en faut qu'ib aient été sages , que, dans les siècles «livanSf où les sciences ont fait de notables progrès et où elles ont été cultivées par d'exoeU lens esprits , la vérité n'a pu être découverte ! Depuis le temps de ces sept sages, les Grecs ont brûlé d'un désir incroyable d'apprendre, et au lieu néanmoins de s'attribuer le nom superbe de aageSfils se sont contentés de celui d'amateurs de h sagesse. Ainsi ils ont couronné la folie et Forgueil des autres, et ont reconnu en même temp^ leur propre ignorance; car toutes les fois qu'ils ont trouvé de l'obscurité dans les questions qu'ils traitaient, et qu'ils ont vu que la nature se couvrait comme d'un voile pour les empêcher de pénétrer ses secrets, ils ont avoué franchement qu*ils ne voyaient rien ; en quoi ils ont sau^ doute été plus sages , en reconnaissant leur peu de lumières et de suffisance, que ceux qui se sont persuadés eux-mêmes de l'être.
II. Si les premiers qui ont pris le nom de sages ne l'ont pas été en effet, et si les seconds qui n'ont point fait difficulté d'avouer qu'ils ne l'étaient pas,ne l'étaient pas en effet, il s'ensuit nécessairement qu'il faut chercher ailleurs la sagesse. D'où vient que tant d'excellens esprits qui l'ont cherchée avec tant de soin, durant tant de siècles , ne l'ont put trouver, si ce n'est qu'ils l'ont cherchée hors des limites où elle se renferme? Ils ont fait divers voyages pour découvrir le pays où elle s'était retirée; elle est cependant quelque part, et il est évident que Dieu , par un ordre incompréhensible, a caché ce trésor sous l'apparence de la folie. Je me suis souvent étonné de ce que Pythagore et Platon, qui sont allés jusqu'en Egypte et en Perse pour apprendre les cérémonies et les mystères de la religion de ces pays- 1^, sous lesquels ils se doutaient que la sagesse était cachée , ne sont pas allés dans la Judée qui était plus proche d'eux et où ils pouvaient uniquement trouver la sagesse. Je me persuade qu'ils en furent détournés par la divine providence , de peur qu'ils ne connussent la vérité , parce que la justice de Dieu et la véritable religion devaient encore alors être cachées aux étran* gers. Dieu avait résolu d'envoyer dans les derniers temps un grand maiire,quiôtâtlavériléà la nation ingrate et perfide des Juifis pour la révéler aux aux autres. C'est ce que je me propose de feire voir dans cç livre-ci , apr^ néanmoins que
j'aurai montré la litisoii direete qu'il f t entre la religion et la sagesse.
111. Le culte des dieux n'est nullement conforme à la sagesse , comme je Fai fait voir dans le premier livre, non-seulement parce qu^il abaisse au-dessous des créatures les plus terrestres Fbonune , qui est descendu du cid , mais aussi parce qu'il ne contient auconea maximes qui servent à la réforme des mcBurs et à la eon* duite de la vie; et qu'au lieu de se rapporter à la connaissance de la vérité , il ne se termine qu*à un ministère purement extérieur. H n'appartient point à la véritable religion^ parce qa'il ne donne aucun précepte de vertu et de justice , et ne nous rend point meilleurs. La philosophie ne nous conduisant pas à la religion, n'a garde de contenir la sagesse. Dieu, qui gouverne le monde et qui comble continuellement les hommes de ses bienfaits, veut qu'ils lui en rendent des actions de grâces: aussi n'y a-t-il ni piété, ni sagesse sans reconnaissance. La philosophie et la religion sont séparées parmi les païens ; ceux qui font profession de s'adonner à l'étude de la sagesse ne s'ingèrent point du service des dieux , et ceux qui sont employés au ministère des temples n'entreprennent point d'enseigner la sagesse. Il parait par là qu'ils n'ont point de vraie sagesse ni de vraie religion. Voilà pourquoi leur philosophie n'a pu comprendre la vérité, et pourquoi leur religion n'a pu rendre raison de son culte, parce qu'il n'en a en effet aucune. Quand la sagesse et la religion sont unies, elles sont toutes deux véritaUes. Notre rdigion doit être éclairée; parce que nous sommes obligés de connaître ce que nous adorons ; mais notre connaissance doit aussi être agissante,c'est-i-dire qu'elle nous doit faire pratiquer le bien que nous connaissons. Mais où est-ce que la sagesse et la religion aont unies, si ce n'est où l'on n'adore qu'un Dieg, et où les prêtres qui lui offrent des sacrifices enseignent la sagesse P
Que personne ne doute de la vérité de ce que je dis , sous prétexte qu'il se peut feire, et qu'il est même peut-être arrivé , que les philosophes ont été prêtres des dieux. Alors la philosophie a été oisive durant l'exercice de la religion , et la religion est demeurée muette pendant que la philosophie a parié. Cette religion-là est en effet muette, non-seulement parce que les idoles qu'elle révère le sont, mais aussi pareq qfêt twt
.que Dieu donne à ses enfans dans son royaume, et ne seront point exempts du cliâtiment éternel dont il punit Tinfidélité et Tinsolence de ceux qui refusent de lui rendre le service et le culte qu'ils lui doivent. Ceux qui ont adoré plusieurs dieux, et ceux même qui ont fait profession de sagesse , n'ont connu Dieu ni en qualité de père, ni en qualité de maître; les uns ont cru qu^il ne fallait rien adorer; les autres ont suivi la religion du peuple. Ceux qui ont reconnu Tunité de Dieu, comme Platon qui a déclaré qu'il n'y a qu'un Dieu qui a fait le monde, et comme Gicé- Ton qui a dit que Dieu a produit Thomme d'une manière particulière, ne lui ont pas rendu le culte qu'ils lui devaient comme à leur père et comme à leur maître. Non-seulement la pluralité des dieux fait voir , comme je l'ai déjà dit, qu ils ne peuvent être ni nos pères , ni nos maîtres, mais la raison en peut convaincre avec une entière évidence, parce qu'il ne parait point que les dieux aient fait l'homme, ni qu'ils aient été avant le temps auquel il a été fait. Il est certain qu'il y avait des hommes sur la terre avant que Vulcain, que Bacchus, qu'Apollon et que Jupiter fussent nés. On n'a pas même la coutume d'attribuer ni à Saturne, ni à Gœlus son père, la formation de l'homme. Que si nul de ceux que Ton adore n'a formé l'homme, nul ne peut être appelé ni son père, ni son Dieu. 11 n'est donc point permis de révérer ceux qui n'ont pu faire l'homme, qui n'a pu être fait que par un seul, et il ne faut révérer que celui qui a précédé Jupiter et Saturne, et qui est avant le ciel et la terre. 11 n'y a que celui-là qui ait pu faire l'homme. Il n'y a que lui qui doive être appelé son père et son maître; il n'y a que lui qui le gouverne avec un droit absolu de vie et de mort. Quiconque ne l'adore pas est un esclave insensé, qui ne connaît pas son maître et qui s'est échappé d'entre ses mains, ou un fils impie qui fuit en la présence de son père.
V. Il est temps de traiter de la religion et de la sagesse, après avoir montré, comme j'ai fait, qu'elles ne peuvent se séparer. Je n'ignore pas combien il est difficile de parler des choses du ciel. 11 faut néanmoins entreprendre d*éclaircir la vérité, afin que ceux qui la méprisent et qui la rejellent , parce qu'elle leur parait pleine de folie, soient délivrés de l'erreur et évitent le danger où ils sont de périr. Mais, avant que dépar-
ier de Dieu et de ses ouvrages , je suis obligé de dire quelque chose des prophètes, dont je ne puis me dispenser de rapporter ici les témoignages, comme je m'en suis dispensé dans les livres précédens. Quiconque désire s'instruire delà vérité doit non-seulement s'efforcer de pénétrer le sens de leurs paroles, mais encore examiner avec soin le temps qu'ils ont vécu, pour savoir ce qu'ils ont prédit et combien d'années se sont écoulées depuis leurs prédictions jusqu'à l'accomplissement qui les a suivies. 11 n'y a pas grande difficulté à distinguer les temps de la sorte, parce que chaque prophète a marqué le règne sous lequel il a été inspiré par l'esprit de Dieu. On a outre cela entre les mains une quantité de livres, de chroniques qui commencent au temps de Moïse, qui a vécu près de neuf cents ans avant la guerre de Troie. Il gouverna durant quarante années le peuple Juif et eut pour successeur Josué, qui le gouverna vingt autres années. Ce peuple fut ensuite sous la conduite de juges pendant trois cents soixante-dix ans. Us c)iangârent après cela la forme de leur gouvernement et obéirent à des rois. Ils vécurent de la sorte l'espace de quatre cent soixante ans , jusqu'au règne de Sédéchias, sous lequel ils furent emmenés captifs à Babylone où ils demeurèrent soixante-dix ans, jusqu'à ce que Gyrus , qui régnait parmi les Perses au même temps que Tarquin le Superbe régnait parmi les Romains, daigna les rétablir dans leur pays. Ainsi il est aisé de trouver dans les histoires des Juifs , des Grecs et des Romains la suite des temps , et de marquer précisément celui de chaque prophète. 11 est constant que Zacharie , le dernier de tous, a écrit ses prophéties au huitième mois de la seconde année du règne de Darius ; et partant, les prophètes sont plus anciens que tous les auteurs grecs. Je dis tout ceci à dessein de faire en sorte que ceuxqui, ne sachant point l'origine de notre religion, ont la témérité de mépriser l'Écriture sainte, comme si elle était fort nouvelle, reviennent de leur égarement. Je ne doute point que quiconque prendra la peine de faire un calcul exact des temps ne reconnaisse la vérité et ne renonce à l'erreur.
VI. Avant que Dieu commençât à travailler au merveilleux ouvrage de l'univers, il engendra un esprit saint, incomiplible et irrépréhensible,
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qu'il appeb wa fils. Bien qu'il ait créé depuis quantité d'autres esprits , que nous appelons des anges , il n'a donné le nom de Dieu qu'à ce premior-né, qui loi est égal en grandeur et en puissance. Non*seulement les prophètes s'aocof" dent à publier que Dieu a un fils qui possède un pouvoir infini , mais Trismégîste et les sibylles le témoignent. Voici comment Trismégiste en parle dans un livre qui a pour titre: Discours parfait. « Le Seigneur et le Créateur de l'univers^ que nous avons coutume d'appeler Dieu, a fait un Dieu visible et sensible. Quand je l'appelle visible et sensible ^ je n'ai pas l'intention de fiiire ch)ire qu'il tombe sous les sens , je veux seulement nuvquer que c'est de lui que procède le sentiment et l'intelligence. Dieu Ta produit le premier comme son Fils unique ; il Ta (ait paraître comme le plus grand de tous les biens, et l'a aimé comme sa ctière production. « La sibylle Erythrée l'appelle le chef et le général des hommes, le conducteur et le gardien dés fidèles. Une autre sibylle enseigne qu'il n'y a rien de si nécessaire que de le connaître comme Dieu , et comme Fils naturel et légitime de Dieu. Cest le même Fils de Dieu qui, parlant par la bouche deSalomon, le plus sage de tous les rois, et rempli du Saint-Esprit, a rendu de lui-même ce témoignage : «Le Sieigneur m*a possédé au commencement de ses voies; avant qu1l créftt aucune chose ^ j'étais dès lors. J'ai été établi dès l'étertemité et dès le commencement , avant que la terre fût créée; les abîmes n'étaient pointencore, lorsque j'étais déjà conçu; les fontaines n'étaient point encore sorties de la terre; la pesante masse des montagnes n'était pas encore formée; j'étais enianté avant les collines. Il n'avait pas encore créé la terre , ni affermi le monde sur ses pôles. Lorsqu'il préparait les cieux i j'étais présent ; lorsqu'il environnait les abîmes de leurs bornes, et qu'il leur prescrivait une loi inviolable; lorsqu'il affermissait l'air audessus de la terre , et qu'il dispensait dans leur équilibre les eaux des fontaines; lorsqu'il renfermait la mer dans ses limites, qu'il imposait une loi aux eaux , afin qu'elles ne passassent point leurs bornes ; lorsqu'il posait les fonde* mens de la terre , j'étais avec lui , et je réglais toutes choses. J'étais chaque jour dans les délices, me jouant sans cesse devant lui, me jouant dans le monde. «Trismégiste l'a appelé l'ouvrier,
et la sibylle Fa appelé le conseiller de Diea, parce qu'il a reçu une si grande sagesse et aoe si grande puissance de son père, qu'il s'est seni et de son conseil et de ses mains quand il a voah faire le monde.
VU. Quelqu'un demandera peut-être en est endroit le nom de ce fils, si puissant et si chéri de Dieu , qui non-seulement est avant le monde, mais qui l'a créé par sa force infinie, et eni rangé les parties en ordre par sa sagesse. U première leçon que nousdêvona apprendre!
cet ^(ard , est que son nom if est Gonnvqnedê lui et de Dieu son père, et qu^il ne Test poiai des anges qui sont dans le ciel , et qull ne sert point déclaré , selon que l'Ëcriture le témoigne, que les desseins de Dieu n'aient été entièrement accomplis. Trismégiste assure que ce nom-là ne peut être prononcé par la bouche d'un hcmime; voici ses paroles : a La volonté de ce bien divia est le principe de ce principe; c'est elle qui a produit un Dieu dont le nom ne peut être pro* nonce par la bouche d'un homme. » Et , un pei après, ilajoute ce qui suit : «On ne saurait esfSk^ quer , ô mon fils ! la sagesse de Dieu ; son nosi est au-dessus de toutes les paroles des hommes, s Mais quoique le nom que le père lui a doflni dès le commencement ne soit point connu , il en a néanmoins un autre parmi les anges , et art autre parmi les hommes. Il a parmi les hommes le nom de Jésus ; celui de Christ n'est pas an nom propre, c'est une marque de puissance et de royauté , et c'est ainsi que les Juifs appellent leurs rois. Je crois devoir l'expliquer, à Gaass de ceux qui le corrompent par ignorance , cl qui, en changeant une lettre, disent Gtarest ai lieu de Glirist. Les Juifs avaient reçu ordre de faire un baume pour sacrer ceux qui étaient élevés à la dignité soit sacerdotale , soit royaltr Ce sacre était autrefois parmi eux une marqua de la souveraine puissance, comme la pourpre en est une aiyourd'hui parmi les Romains. Les anciens Grecs se servaient du verbe xptt«Saii, pour signifier l'onction du sacre , comme leurs desœn^ dans se sont servis depuis de celui d'ixtt^ioeot.Homère en rend témoignage , en exprimant dans ses poésies la manière dont cette cérémonie s'observait. C'est pour cela que nous appelons la Fils de Dieu Christ, c'est-à-dire oint, et en hébreu Messie. On trouve ttxnuutvoc dans quelques livres grecs mal traduits de l'hébreu. De quelque mot
qat Ton se serve, il est certain qae l'on ne désigne point qu'il soit roi de la terre, parce qne le temps de prendre possession de ce royaume- là n'est pas encore arrivé; mais oti marque qu'il est roi d'un royaume céleète et étemel, dont je parlerai dans le dernier livre de cet ouvrage. Maintenant je dirai quelque chose de sa première naissance. VIU. Nous déclarons d'abord qu'il a deoi naissances, l'une spirituelle et l'autre corporelle. Cest pour cela que le prophète Jérémie a dit ces paroles : a Je vous connaissais avant que de vous avoir formé dans mon sein ; » et ces antres : «Il était heureux avant que d'être né.» II est certain que ni les unes ni les autres ne peuvent convenir à d'autre qu'à Jésus-Christ qui, étant Fils de Dieu dès le commencement, a reçu dans le temps une seconde naissance selon la chair. La confusion que plusieurs ont faite de ces deux naissances les a extrêmement embarrassés, bien qu'ils eussent été instruits de nos mystères. Je les distinguerai si clairement que personne ne pourra plus a'y tromper. Quiconque entend nommer le Fils de Dieu , ne doit pas s'imaginer qu'il l'ait engendré avec une femme à la manière des animaux. Dieu étant seul ne pouvait se joindre à personne , et étant tout-puissant il n'avait besoin ni de compagnie ni de secours pour produire un fils. Croirons-nous avec Orphée qu'il était tout ensemble et mâle et fe* roelle, et que s*il n'avait eu les deux sexes il n'aurait pu engendrer son semblable? Trismégiste semble avoir été dans ce même sentiment, quand il a appelé Dieu père et mèfe de soimême. Si cela était véritable, les prophètes n'auraient pas manqué de l'appeler mère, comme ils n'ont pas manqué de l'appeler père. Comment est-ce donc qu'il a engendré son fils. II faut avouer d'abord que les oeuvres de Dieu ne peuvent être ni comprises ni expliquées. L'Écriture nous enseigne pourtant que le Fils de Dieu est son verbe ,■ et que les anges sont son esprit et son souffle. Le Verbe est un souffle mêlé avec des paroles qui signifient quelque chose. Mais parce que le souffle sort du nez, et que la parole sort de la bouche , il y a grande différence entre le Fils de Dieu et les anges. Les anges sont sortis de Dieu comme un souffle sans qu'il ait prononcé aucune parole, parce qu'ils n'étaient destinés qu'à l'exécution de ses ordres, et non à It publication de sa doctrine. Mais le fils est sorti
de la bouche de son père, et comme un souffle^ parce qu'il est pur esprit, et comme une parole, parce qnll devait fiiire entendre ani homoDea les volontés de Dieu, et leur révéler les mystèfca. Cest pour cela qu'on rappelle et parole et verbe) c'est un souffle mêlé de voix que Dieu a oonçti non dans son sein, mais dans son esprit, et qu'il a poussé de sa bouche tout rempli et tdut animé de la grandeur et de la nugesté de sa sagesse et de sa puissance. H a aussi fait, comme je l'ai dit, les anges de son souffle. Le souffle des hommes se dissipe en un moment, parce que les hommes sont siqetsàla mort; mais le soufflé de Dieu subsiste et conserve la vie et le sentiment, parce que Dieu est immortel et qu'il donne le sentiment et la vie. Bien que nos paroles se dissipent et se perdent en l'air lorsque nous les prononçons, elles se conservent néan*^ moins par l'écriture quand nous les attachons à des caractères sensibles. Il y a beautoup plus dé suyet de croire que la parole de Dieu demeure éternellement, et qu'elle conserve toujours le sentiment et la force qu'elle a re^ue de lui^ comme un ruisseau reçoit son eau de sa source» Que si quelqu'un s'étonne qu'un Dieu ait engeth dré un Dieu, en poussant son souffle et en pro* nonçant sà parole, il cessera de s'étonner quand il aura lu les livres des prophètes. Petit-étre qœ plusieurs personnes qui n'ont jamais rieÉi lu dé l'Ëcriture ne laissent pas de savoir que David et Salomon son fils ont été dem puissaito roià| qui ont joint à la souveraine puissance le dod de la prophétie. Le dernier a vécu cent qiiarante ans avant la ruine de la ville de Troiéi David son père dit dans le psaume trente* deuxième ce qui suit : t Les cieux ont été fîonnéé par sa parcrie^ et toute leur beauté par le souffle de sa bouche. » Et dans le psaume quarante-qtia* trième, il dit : «Mon eœur^ dans l'ërdeur qu'H ressent, prononce une bonne parole; el c'est pour la gloire du Roi que je compose ce cantique. » Il témoigne par ces paroles que lesonivrel de Dieu ne sont connues à nul autre qu'à son fils, qui est son verbe et qui régnera étemelle^ ment. Salomon déclare que le verbe a travaillé i la création du monde quand il dit : «Je suis aorti avant toute créature de la bouche du Très* Haut. J'ai fait lever dans le ciel une lumièrt qui luit toiyours. J'ai enveloppé la terre d'im nuége. J'ai habité dans les lieux hauts, et j'ai
tèrént le nom d'Hébreux pour prendre celui de Juifs, du nom de Judas Tun de leurs chefs. Us furent d^abord gouvernés par des juges, qui ne changeaient pas chaque année comme les consuls de Rome , mais qui exerçaient cette fonction leur vie durant. Le peuple tomba plusieurs fois dans Tidolàtrie durant ces temps-li, et fut réduit sous la puissance de ses ennemis, jusqu'à ce qu'ayant conçu un sérieux repentir de ses crimes, Dieu eut la bonté de le remettre en liberté. Lorsque ensuite ils furent commandés par les rois, ils s'attirèrent des guerres , et ils furent vaincus et menés captifs à Babylone, où ils souffrirent tous les mauvais traitemens que méritait leur impiété, jusqu'à ce que Gjrrus, étant monté sur le trône de Perse, daigna les rétablir. Us furent après cela gouvernés par des tétrarques jusqu'à Hérode, qui vécut au temps du règne de Tibère , en la quinzième année duquel les Juifs crucifièrent Jésus-Christ sous le consulat des deux Geminius, le vingtdeuxième jour du mois de mars. Voilà Tordre des temps, tel que TÉcriture sainte le décrit. Maintenant, pour découvrir le fondement de notre religion, je dirai le sujet pour lequel le Fils de Dieu est descendu sur la terre.
XI. Pendant que les Juife méprisaient les commandemens de Dieu et qu'ils violaient sa loi en se prosternant devant les idoles des étrangers, il choisissait d'excellens hommes dont il animait le zèle et dont il remuait la langue, pour faire qu'ils reprochassent à ce peuple son ingratitude, qu'ils Texhortassent à l'expier par une sérieuse pénitence, et qu'ils le menaçassent que, s'il n'apaisait promptement sa colère, il changerait son testament , c'est-à-dire qu'il donnerait la succession de la vie immortelle et bienheureuse à une autre nation plus fidèle qu'il assemblerait d'entre les païens. Les Juifs ne se contentèrent pas de mépriser lesavertissemens des prophètes, ils s'offensèrent de la généreuse liberté avec laquelle ils reprenaient leurs crimes, et inventèrent de nouveaux supplices pour les faire mourir, comme les livres sacrés le témoignent. <t[Je vous ai envoyé les prophètes mes serviteurs, dit Dieu par la bouche du prophète Jérémie, je vous les ai envoyés avant le jour, et vous ne les avez pas écoutés. Vous bouchiez vos oreilles , lorsque je vous disais : que chacun de vous se convertisse en quittant ses mauvaises voies, et en renonçant
à ses inclinations corrompues, et vous habiterez dans cette terre que je vous ai donnée à vouset à vos pères jusqu'à la fin des siècles. Ne courez pas après des dieux étrangers , et ne m'excitez pas, par le culte que vous rendez à l'ouvrage de vos mains, à vous châtier et à vous perdre.» Le prophète Esdras, qui a vécu au temps de Gyrus, qui permit aux Juifs de retourner en leur pays, parle de cette sorte : «Ils se sont éloignés de vous; ils ont rejeté votre loi et tué vos prophètes qui les coiyuraient de revenir à vous, d Elie s'écrie dans le troisième livre des Rois : a Je suis transporté du zèle du Seigneur tout-puissant, parce que les enfans d'Israël vous ont abandcmné, qu'ils ont abattu vos autels, et qu'ils ont fait mourir vos prophètes, tellement que je suis demeuré seul , et qu'ils me cherchent encore pour me mettre à mort. » Dieu, ayant réprouvé; les Juifs en punition de ces impiétés, et ayant cessé de leur envoyer des prophètes, a fait descendre du ciel son premier-né , son fidèle conseiller, qui a travaillé à la création de l'univers, afin qu'il portât la religion aux nations , qu'il fit connaître Dieu à ceux qui ne le connaissaient point , et qu'il leur enseignât la justice que le peuple ingrat et perfide des Juif» avait rejetée. Dieu les avait avertis auparavant qu'il les traiterait avec cette rigueur, et le prophète Malachie l'avait marqué très-clairement par ces paroles : «Vous ne m'êtes point agréables, dit le Seigneur, et je ne recevrai point de sacrifice de vos mains ; mon nom sera glorifié parmi les nations depuis l'orient jusqu'à l'occident. » Le prophète David dit encore dans le psaume seizième: a Vous m'établirez comme chef des nations ; le peuple que je ne connaissais pas me servira.» Isale dit: «Je viens pour recueillir toutes leursœuvres et toutes leurs pensées, et pour les assembler avec tous les peuples de quelque pays et de quelque langue qu'ils puissent être. Ils comparaîtront tous devant moi et ils verront ma gloire. Dieu ayant donc résolu d'envoyer sur la terre celui qui devait tracer le plan de son temple, ne voulut pas l'envoyer environné de puissance et de gloire, afin que le peuple qui, par son ingratitude, s'était éloigné de son Seigneur et de son Dieu, tombât dans l'erreur , et portât le châtiment qu'il méritait. Les prophètes avaient prédit beaucoup auparavant que cela devait arriver.
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Isaie, qui fut scié et mis à mort par les Juifs, en parle de cette sorte : « Gieux, écoutez , et toi, terre, prête Foreille, car c'est le Seigneur qui a parlé. J'ai nourri des enfans, et je les ai élevés; et après cela ils m'ont méprisé. Le bœuf connaît celui à qui il est, et Tâne Tétable de son maître; mais Israél ne m'a point connu, et mon peuple a été sans entendement. « Jérémie en parle dans le même sens : «La tourterelle, dit-il , sait son temps , rhirondelle et les passereaux de la campagne observent les saisons; mais mon peuple n'a point connu le jugement du Seigneur. Comment dites- vous : Nous sommes sages , et la loi du Seigneur est avec nous? Cest en vain que Ton a pris de fausses mesures. Les docteurs de la loi ont été confondus; les sages ont tremblé et ont été trompés, parce qu'ils ont rejeté la parole du Seigneur. » Dieu, ayant donc résolu , comme je l'ai dit, d'envoyer aux hommes le docteur de la vertu , ordonna qu'il eût une naissance temporelle , et qu'il devint semblable à l'bomme à qui il devait servir de compagnon, de chef et de maître. Gomme il a néanmoins une bonté et une clémence infinies , il l'envoya à oeux-mèmes qui le baissaient pour ne leur pas 6ter la voie du salut, mais pour leur laisser la liberté de suivre Dieu, et pour leur donner une récompense étemelle , au cas qu'ils le suivissent, comme plusieurs le suivirent en effet , et pour faire en sorte que ceux qui s'éloigneraient de lui n'encourussent que par leur faute un cbâtiment étemel. U voulut qu'il naquit parmi eux , et de leur nation, de peur que s'il avait été étranger ils n'eussent trouvé dans leur loi une excuse raisonnable de ne l'avoir point reçu, et afin aussi qu'il n'y eût aucun peuple sur la terre qui ne pût espérer de parvenir à l'immortalité.
Xll. L'esprit de Dieu étant descendu du ciel , choisit une vierge dans le sein de laquelle il se répandit; elle conçut aussitôt sans avoir jamab connu aucun homme. Que personne ne s'étonne de ce que nous disons qu'une vierge !est devenue enceinte par l'opération de l'esprit de Dieu, i qui tout ce qu'il veut faire est aisé, puisque quelques animaux ont la coutume de concevoir de l'air ou du vent Gela pourrait néanmoins paraître incroyable, s'il n'eût été prédit long* temps auparavant par les prophètes. Salomon dit dans le dix-neuvième cantique : « Le sein de la Vierge a recula féootdîtéetle fraît;hi Vierge
est devenue mère par une grande Le prophète Isaîe dit : « Cest pourquoi le Seigneur vous donnera un signe ; une viei^ concevra, et elle enfantera un fils qui sera appdi Emmanuel. «Que peut-on dire de plus clair? Les Juifs, qui ne l'ont point voulu reconnaître, ont lu ces prophéties. Si quelqu'un slmagine que nous les avons faites à plaisir, qu'il les leur demande , et qu'il consulte leurs livres: il n'y a point de si fort témoignage pour établir la vérité que celui que l'on tire de ses propres ennemis. Il n'a jamais été appelé Emmanud,mais Jésus , qui signifie salutaire ou saus/eur^^ntt qu'il est venu sauver tous les peuples. Le prophète a seulement eu l'intention de marquer, par ce terme d'Emmanuel , que Dieu derail prendre un corps et converser avec les hommes; car Emmanuel signifie : Dieu est avec noua. Depuis en effet que Dieu était né d'une vierge, les hommes devaient reconnaître qu'il était avec eux , qu il vivait sur la terre et dans une chair mortelle: c'est sur ce si^et que David a dit : «La vérité germera de la terre. » Dieu dam qui la vérité est renfermée, a tiré un corps de la terre pour montrer le chemin du salut aux hommes qui sont sur la terre. Isaîe en parle en ces termes: cils ont irrité sa^oolère; ils ont affligé l'Esprit saint; il est devenu leur ennemi, et il les a lui-même détruits. 11^'cst souvena des siècles anciens , et a suscité h pasteur de son troupeau.» Il déclare en un aVre endroit quel est ce pasteur, en disant: «CieéD^ envoyei d^en haut votre rosée , et que les nufes fiassent descendre le juste comme une pluii; que la terre s'ouvre et qu'elle germe le Sau^rar, et que la justice naisse en même temps ;^K ^i* le Seigneur qui l'ai créé. » Le sauveur, c^ J6« sus , comme je l'ai déjà dit. Le même pvilfft^ a parlé dans un autre endroit de cette man^K: «Un petit enfant nous est né, et un fils nios a été donné ; il portera sur son épaule la màtiue de sa principauté, et il sera appelé Tan^ie dn grand conseil. Il a été envoyé par son père, pour révéler à toutes les nations qui son^aoos le ciel le mystère et Tunité d'un Dieu, qui " celé au peuple perfide et ingrat qui s'est si souvent criminel.» Danida prédit chose de semblable: «J*avais, dit-il, sion durant la nuit , et je voyais sur les dn ciel comme le Fils de l'hooiiBe quitfi
çait, et il arriva jusqu'à l'ancien des joura. Ceux qui étaient présens le lui présentèrent; et Thonneur , le royaume et Teoipire lui furent donnés ; et tous les peuples , toutes les langues et toutes les tribus le suivirent. Sa puissance sera éternelle et ne passera point ; son règne n'aura point de fin. » Gomment est-ce que les Juifs avouent qu'il y aura un oint ou seigneur, et comment est-ce quils espèrent qu'il viendra , puisqu'ils ont refusé de le reconnaître pour Messie, sous prétextequ'il était né d'une femme? Dieu, ayant résolu que le Messie descendrait deux fois sur la terre , une fois pour annoncer son nom aux nations , et une autre fois pour les gouverner avec une autorité absolue , pourquoi croient-ils le second avènement , et ne croient-ils pas le premier? Le prophète a marqué les deux avénemens en peu de paroles, quand il a dit : «Qu'il s'avancerait sur les nuées non comme le Fils de Dieu, mais comme, le Fils de l'homme. « 11 a dit qu'il devait prendre sur la terre la forme et la condition d'un homme , afin d'enseigner la justice aux hommes, pour subir la mort, descendre aux enfers, les ouvrir, ressusciter, s'élever au-dessus des nues, et retourner à son père. Quand le prophète a dit qu'il est parvenu jusqu'à l'ancien des jours, et qu'il lui a été offert, il a entendu par l'anden des jours, Dieu qui est seul avant tous les siècles, et qui sera éternellement. Le prophète David déclare expressément dans le psaume cent neuvième : qu'aprèsque le Christ aura^ souffert la mort et qu il sera ressuscité, il mcutera à son père. Voici ses paroles: «Le Seigneur a dit à mon seigneur, asseyez-vous à ma droite jusqu'à ce que j'aie réduit vos ennemis à être foulés sous vos pieds. » David, qui était roi, aurait-il pu appeler son seigneur un autre que le Christ et que le Fils de Dieu,quiest le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs ? Isaîe en parle encore plus clairement : « Voici, dit-il, ce que dit le Seigneur au seigneur qui est mon Christ, que yai pris par la main pour lui assujettir les nations, pour mettre les rois en fuite, pour ou* V^^wdevant lui toutes les portes sans qu'aucune ^\|t fermée. Je marcherai devant vous, jliu- ^te grands de la terre, je romprai les "^Viin, et je briserai les gonds de fer, ^ai les trésors cachés et les ri-
tHfM et inconnues, afin que vous \
sachiei que je suis le Seigneur, le Dieu d'Ispaêl qui vous ai appelé par votre nom. Enfin l'honneur et l'empire lui ont été donnés en vue de la puissance et de la félicité que Dieu a fait paraître sur la terre, et toutes les tribus, et toutes les langues le serviront; son pouvoir ne passera point et son règne n'aura point de fin. » Ces paroles peuvent être entendues de deux manières : Tune est que Jésus-Christ possède un grand pouvoir dès ce temps-ci , puisque tous les peuples révèrent son nom , reconnaissent sa grandeur , suivent sa doctrine , et imitent sa vertu. Iljouitdéjàde l'honneur et de l'empire, puisque toutes les tribus obéissent à ses commandemens. L'autre manière d'expliquer ces paroles est de dire qu'il possédera véritablement l'empire de l'univers, lorsqu'il viendra une seconde fois environné de gloire et de majesté pour réduire tous les peuples à son obéissance , pour juger tous les hommes et pour ressusciter tous les justes. Toute sorte de mal étant alors 6té de dessus la terre , on verra un siècle d'or, comme disent les poètes, c'est-à-dire un temps où la justice et la paix régneront. J'expliquerai toutes ces choses plus au long dans le dernier livre de cet ouvrage où je parlerai du second avènement du Messie ; mais j'achèverai maintenant ce que j'avais commencé à dire touchant le premier. XUl. Lorsque l'unique Dieu et le eommun père des hommes eut résolu de leur révéler la véritable piété, il fit descendre du ciel le Docteur de la justice, et par son ministère donna une nouvelle loi à des cd>servateurs nouveaux* Il ne la donna pas par un homme, comme il avait bit la première fois, nuis par son Fils qu'il fit naître sur la terre comme un homme, afin qu'il fût tout à feit semblable à lui. Dieu le père est le principe et l'origine de toutes choses; il n'a point été produit, et Trismégistea eu raison de dire qu'il était sans père et sans mère. Il a fallu que son fils pour lui être semblable eût deux naissances , et qu'il fût en quelque sorte et sans père et sans mère. 11 a été sans mère dans sa première naissance, qui est une naissance toute spirituelle qu'il a tirée de son père seul. Il a été sans père dans la seconde, qui est une naissance corporelle qu'il a tirée d'une vierge; ainsi il a réuni en sa personne la nature divine et la nature humaine pour rendre cette dernière immortelle. Il a été fait Fils de Dieu par l'esprit et
sera rempli de Tesprit de la craiote da Seigneur. » Jessé fut le père de David , et c'est de sa tige qui! a été prédit que la fleur sortirait. Cest de cette même] fleur que la sibylle a dit ^ qu'une fleur pure fleurira. 11 est rapporté dans le second livre des Rois que Nathan fut envoyé à David , au temps auquel ce prince méditait de faire bâtir un temple. Dieu dit à Nathan: «Va, et dis à David mon serviteur : Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant: Vous ne me bâtirez point une maison pour demeurer, mais lorsque vos jours auront été accomplis , et que vous vous serez endormi avec vos pères, je vous susciterai un fils après vous , et je préparerai son royaume ; il élèvera une maison en mon nom ; et j'élèverai son royaume. Je serai son père, et il sera mon fils, et il aura la foi , lui et sa maison , durant tous les siècles. > Ciomme les Juife n'entendaient pas ce passage, Salomon , fils de David , a élevé un temple en l'honneur de Dieu , et fondé une ville qu'il a appelée Jérusalem, de son nom. Gela a été cause que les Juifii ont cru que ces prophéties avaient été accomplies en sa personne. Cependant Salomon a succédé à David son père, au lieu que celui dont les prophètes ont parlé ne devait naître que depuis que David serait endormi avec ses pères; de plus, le règne de Salomon n'a duré que quarante ans. Salomon n'a jamais été appelé le fils de Dieu , il n'a été appelé que le fils de David. La maison que Salomon a fait bâtir n'a pas eu la foi comme rÉglise, qui est le véritable temple de Dieu, qui est bâti non sur la terre avec des pierres, mais dans le cœur par la foi. Le temple de Salomon a été ruiné parce qu'il avait été bâti par la main des hommes. Enfin , Dieu a parlé de cette sorte des ouvrages de son fils dans le psaume cent vingt-sept : a Si le Seigneur n'édifie lui-même une maison, en vain travaillent ceux qui s'efforcent de l'édifier; si le Seigneur ne garde lui-même une ville, c'est en •vainque veille celui qui la garde.»
XIV. Il parait, par le témoignage de ces prophète, que Jésus-Christ devait naître, selon la chair, de la race de David ; qu'il devait élever en l'honneur de Dieu un temple éternel, qui est r^ise, et qu'il devait y asseinbler toutes les nations pour y faire profession de la véritable religion. C'est la maison fidèle et le temple étemel, où celui qui ne sacrifiera pas ne remportera ja-
mais le prix de l'immortalité. Jésus-Christ doit nécessairement être le prêtre de ce temple éternel dont il a été l'architecte. On ne peut obtenir l'entrée de ce temple, ni être admis â la vue de Dieu que par lui, comme David l'enseigne par ces paroles du psaume 109 : «Je vous ai engendré dans mon sein avant l'aurore. Le Seigneur a juré , et son serment demeurera immuable , que vous serez le prêtre étemel selon ToiUre et l'exemple de Melchisédech. x>Il a été écrit|dansle premier livre des Rois: a Je susciterai pour moi un prêtre fidèle, qui agira selon mon cœur et selon mon âme. Je lui établirai une maison stable , et il marchera toujours devant mon Christ. » Zacharie a désigné clairement celui â qui Dieu promet un sacerdoce éternel ; car voici comme il le nomme :aLe Seigneur, dîtil , m'a montré Jésus le grand prêtre, qui était debout en présence de l'ange du Seigneur, et le diable était debout à la droite, â dessein de s'opposer â lui; et le Seigneur dit au diable : que le Seigneur, qui a choisi Jémsalem, vous commande. Et à l'heure même le tison fot jeté hors du feu, et Jésus était vêtu d'un habit fort sale, et il était debout en présence de l'ange; et l'âme dit en sa présence à ceux qui étaient autour de lui: Otez-lui ses vètemens sales, et revêtez-le d'une tunique qui lui tombe jusque sur les talons, et mettez-lui sur la tête une tiare^ éclatante. Et à l'heure même on le revêtit d'un habit, et on lui mit sur la tête une tiare éclatante. Et l'ange du Seigneur était debout , et disait â Jésus avec solennité : Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant : Si vous marchez dans mes voies, et que vous gardiez mes préceptes , vous jugerez ma maison, et je vous donnerai ceux qui se convertiront d'entre ceux qui sont ici debout. Écoutez ceci, ô Jésus ! grand prêtre. » Qui ne croira que les Juifis avaient perdu l'esprit , quand , après avoir lu et entendu ces paroles , ils attentèrent à la vie du Sauveur? On compte près de cinq cents ans depuis le temps où vivait Zacharie, jusqu'à la quinzième année de l'empire de Tibère, en laquelle Jésus fut crucifié. Ce prophète était dans la fleur de son âge au temps de Darius et d'Alexandre , qui vécurent peu de temps après que Tarquin le Superbe eut été chassé de Rome. Les Juifs se sont trompés en expliquant ces passages, ou de Jésus fils de Navé, j Sauveur de Moïse, ou de Jésus prêtre fils de Jose-
dit qa^ pour chasser les maladies il ne se servait que de sa voix. Il ne fout pas s'étooner de ce qu'il faisait des merveilles par sa parole , puisqu'il était la parole de Dieu , soutenue par une force toute-puissante. Mais ce n'était pas assez qu'il eût reudu la force aux paralytiques et la santé aux malades , il fallait qu'il reiidtt encore la vie aux morts. Quand les Juifis voyaient toutes ces merveilles , ils les attribuaient à la puissance du démon, bien qu'il y eût dans leurs livres des prophéties par lesquelles ces ciroonatances étaient marquées. Ils avaient ces livreslà entre les mains; ils les lisaient continuellement, et surtout ces paroles d'Isaie : «Fortifiez les mains languissantes et soutenez les genoux tremblans. Dites à ceux qui ont le cœur abattu : Prenez courage , ne craignez point ; voici votre Dieu qui vient vous venger, et rendre aux hommes ce qu'ils méritent. Dieu viendra lui-même, et il vous sauvera : alors les yeux des aveugles verront le jour , et les oreilles des sourds seront ouvertes. Le boiteux bondira comme le cerf, et la langue des muets sera déliée, parce que des sources d*eau sortiront de terre dans le désert , et que des torrens couleront dans la solitude.» La sibylle a renformé la même prédiction dans les paroles qui suivent :
Les morte tortiront du tombcao, les boiteux marcheront d'un pu flenne et anaré, les aoords entendront la wàtx des antres liommet et entreront en conferMtkNi areeeux, les aveuglei Terront le jour et la lumière, et lei miieli reprendront ruMfce de la langue.
Gomme le nombre et la grandeur de ses miracles attiraient autour de lui une foule incroyable de personnes qui imploraient son secours , il monta un jour sur une montagne à dessein d'y adorer, et, après y être demeuré trois jours durant lesquels le peuple qui l'avait suivi était pressé par la faim , il appela ses disciples et leur demanda quelles provisions et quelles vivres ils avaient. Quand ils lui eurent dit qu'ils n'avaient que cinq pains et deux poissons, il commanda quon les lui apportât et que l'on rangeât le peuple par troupes, dont chacune fut de cinquante personnes , et qu'on les f it asseoir. Pendant que ses disciples exécutaient ses ordres, il rompit les pains et les poissons par morceaux qui croissaient et se mulUpUaiententre ^cs mains. Cinq mille hommes en furent rassasiéSi cl il se trouva encore des restes ponr reaplir
douze corbeilles. Que peut-on faire et que peuton jamais dire de si surprenant? La sibylle avait parlé de cette merveilleuse multiplication, quand elle avait dit qu'avec cinq pains et deux poissons il apaiserait la faim dont cinq mille personnes seraient pressées dans le désert, et que les restes seraient encore si abondans, qu'ils rempliraient douze corbeilles, et suffiraient au besoin d'une nombreuse multitude. Je voudrais bien que l'on medltcequ'auraitpufeireen cette occasion l'art magique dont on sait que tous les effets se terminent à tromper les sens et à éblouir les yeux? En se retirant [un jour sur une montagne pour y &ire la prière selon sa coutume, il commanda à ses disciples de prendre une barque et d'aller devant lui. Ils partirent sur le soir , et eurent le vent contraire. Gomme ils étaient environ au milieu du détroit qu'ils voulaient traverser , il marcha A pied sur les eaux , et non de la manière que les poètes feignent qu Orion marcha sur la mer, ayant une partie du corps caché sous les flots et l'autre dehors. Il s'endormit ensuite dans le vaisseau ; et une tempête s'étant élevée durant son sommeil et ayant épouvanté ceux qui étaient avec lui , il s'éveilla , commanda aux vents et aux flots de s'apaiser, et rétablit le calme. On dira peut-être que rÉcriture en im* pose, quand elle témoigne que la mer, les vents , les maladies , la mort et le tombeau obéissaient à sa voix. Mais que dira-t-on de ce que la sibylle a rendu le même témoignage à son avantage ? Celle dont nous'avons ci-dessns parlé a prédit clairement qu'il adresserait sa parole aux vents, et que les vents lui obéiraient et arrêteraient leur violence; qu'il abaisserait l'orgueil des vagues , et qu'après les avoir rendues aussi unies qu'un marbre poli , il marcherait dessus avec les pieds de la foi. Une autre a assuré qu'il marcherait sur les eaux , qu'il rendrait la santé aux malades , la vie aux morts, et qu'il rassasierait ceux qui seraient pressés de la faim. Quelques-uns ne sachant que répondre à des témoignages si formels , ont recours à une défaite, qui consiste à dire que ces vers-là n'ont pas été composés par les sibylles , mais qu ils ont été faits à plaisir par quelques-uns de notre religion. Mais quiconque aura lu Cicéron , Varron et les autres anciens qui étaient morts avant que le Sauveur naquit , et qui ont ipvli et dt la sibylle Erythrée et des autres
lui, si ses paroles sont véritables. Ils ont eu ces pensées, et ils se sont égarés j parce que leur propre malice les a aveuglés, et qu'ils ont ignoré les secrets de Dieu. Salomon nVt-il pas fait une aussi fidèle description de ce conseil tenu par les impies contre Dieu , que s'il y eût assisté ? Cependant mille et dix ans se sont écoulés depuis le temps où Salomon a faitcette prophétie, jusqu'à celui où Ton en a vu Taccomplissement. Je n'invente rien, je n'ajoute rien. Les Juift qui ont commis cet attentat avaient entre les mains le livre où la prédiction est contenue. Ceux-là mêmes contre qui elle a été faite la lisaient. Leurs successeurs, qui portent leur nom et qui imitent leur crime, ont chaque jour le même livre entre les mains, et répètent la condamnation prononcée contre eux par la bouche des prophètes, sans y (aire jamais d'attention , Ift qui est un des plus terribles effets de la condamnation même. Les Juifs se portèrent donc à faire mourir Jésus-Christ en haine de la liberté avec laquelle il leur reprochait leurs crimes, et de dépit d'être méprisés et abandonnés par le peuple. Il est vrai que Tétàt de bassesse où il paraissait leur donna la hardiesse de commettre cet attentat; car quand ils lisaient d'un côté que le fils de Dieu devait descendre du ciel environné d'éclat et de gloire et plein de puissance et de majesté , et que de l'autre ils ne voyaient rien dans Jésus- Christ qui ne fût bas, sale et difforme, ils ne pouvaient se persuader qu'il fût le Messie. Ils ne savaient pas que les prophètes avaient prédit qu'il devait venir deux fois : que la première, il paraîtrait dans l'obscurité et dans la faiblesse de la chair, et la seconde, dans l'éclat et dans la force de la divinité. David parle de ce premier avènement dans le psaume soixante-onzième. «Il descendra, dit-il, comme la pluie tombe sur la toison, et comme l'eau du ciel qui arrose la terre; car comme la pluie tombe sur la toison sans faire debruit, ainsi le Sauveur est descendu sans bruit et sans être aperçu de personne, lorsqu'il est venu enseigner la justice et la paix.a Le prophète Isale en parle aussi de cette sorte : «Qui a cm à notre parole, et à qui le bras du Seigneur a-t-ilété révélé? Il s'élèvera devant le Seigneur comme un arbrisseau , et comme un rejeton qui sort d'une terre sèche. 11 est sans beauté et sans éclat. Nous Tavons vu, et il n'avait rien qui attirait l'œil, et nous l'avons méconnu. Il nouaa para j
un objet de mépris, le dernier des hommes , un homme de douleurs qui sait ce que c'est que souffrir. Son visage était comme caché, il paraissait méprisable, et nous ne l'avons point reconnu. Il a pris véritablement nos langueurs sur lui, et il s'est chargé lui-même de nos douleurs. Nous l'avons considéré comme un lépreux, comme un homme frappé de Dieu et humilié ; et cependant il a été percé de plaies pour nos iniquités, il a été brisé pour nos crimes. Le châtiment qui nous devait procurer la paix est tombé sur lui, et nous avons été guéris par ses meurtrissures. Nous nous étions tous égarés comme des brebis errantes : chacun s'était détourné pour suivre sa propre voie ; et Dieu l'a chargé lui seul de l'iniquité de nous tous.» La sibylle a décrit d'une manière fort semblable l'état où le Sauveur devait paraître.
Il aéra dans la difrormité et dans rinfamie , maU il ne laissera pas de soutenir encore alors l'espérance de ceux qui seront dans l'affliclion.
La bassesse de cet état ayant mis sur les yeux des Juifs comme un bandeau qui les empêchait de reconnaître leur Dieu, ils ont condamné à la mort celui qui était venu pour leur apporter la vie.
XVU. La colère et la jalousie dont les Juifi étaient animés contre le Sauveur leur firent chercher des prétextes pour le mettre à mort avec quelque apparence de justice , et le plus spécieux qu'ils trouvèrent fut de l'accuser de violer la loi donnée par Moïse, c'est-è-dire de travailler le jour du sabbat, en guérissant des malades, d'abolir la circoncision, et de permettre de manger de la chair de porc. C'était dans l'observation et dans l'abstinence de ces choses que consistait principalement la religion des Juifs. Ceux du peuple qui n'avaient pas suivi Jésu&Christ furent excités par les Juifs à le condamner comme un impie et comme un transgresseur de la loi, bien qu'il ne fit rien que de conforme à la volonté de Dieu et aux prédictions des prophètes. Michée avait prédit la publication d'une loi nouvelle. « La loi, avait-il dit, sortira de Sion, et la parole de Dieu de Jérusalem , et elle jugera plusieurs peuples. » La loi de Moïse a été donnée surla montagne d*Oreb et non surcellede Sion, et la sibylle a prédit qu'elle serait abolie par le Fils de Dieu, endisant qu'après que tout cequ'ell^avait expliqué auraitétéaccompli^alors
ont, aossi bien que celui-ci, un sens caché qui 8e rapporte à Tobservation de la justice, et qui, soua une figure grossière et sensible, cache des biens spirituels et éternels.
XVIII. Les Juifis irrités de la fidélité avec laqqelie Jésus^Christ observait ce que Dieu lui ■vait ordonné et ce qu'il avait prédit longtemps ■uparavant par ses prophètes, et nesachant rien des mystères qui étaient contenus dans TÉcrilare, s'assemblèrent à dessein de condamner leur Dieu. Bien qu'il nignoràt rien de ce qui lui devait arriver, qu1l eût souvent déclaré qu'il était nécessaire qu il souffrit et qu'il fût mis à mort pour le salut de plusieurs, il se retira néanmoins avec ses disciples , non pour éviter ce qu'il était obligé d'endurer, mais pour montrer la conduite que nous devons tenir, l(n^u'il s'élève quelques persécutions contre nous, et pour nousapprendre à ne pas l'attirer par notre imprudence. Il prédit aussi qu'il serait trahi par un de ses disciples. Judas se laissa en effet gagner par argent, et le livra aux Juifs. Ils se saisirent de lui et le menèren t devant Ponce-Pilate, gouverneur de Syrie. Ils l'accusèrent d'avoir dit qu'il était Fila de Dieu et roi des Juifs. Ils l'accusèrent encore d'avoir dit : « Si vous abattez ce temple qui n'a été bâti qu'en quarante-six ans , je le rebÂtirai en trois jours, sans mains d'hommes, » marquant par là la mort que les Juifs lui feraient bientôt souffrir et sa résurrection qui arriverait trois jours après. Il était en effet le véritable temple de Dieu.
Les Juifi s'élevèrent néanmoins à cette parole, comme si c'eût été un blasphème. Quand Pilate eut écouté l'accusation , et qu'il eut vu que Jésus ne répondait rien pour sa justification, il prononça qu'il ne trouvait aucune raison de le condamner; mais ses très-injustes accusateurs s'écrièrent confusément avec le peuple qu'ils avaient soulevë7~enlemandèrent qu'il fût crucifié. Pilate se rendit alors à leurs clameurs et aux sollicitations d'Hérode le tétrarque, qui appréhendait d'être chassé de son royaume. Il ne jugea point néanmoins le Sauveur; mais il le mit entre les mains des Juifs, afin qu'ils le jugeassent selon leur loi. Ils le fustigèrent et lui firent cent affronts ; ils le revêtirent d'une robe de pourpre , le couronnèrent d'une couronne d'épines, le saluèrent pnr raillerie en qualité de roi, lui donnèrent du fiel
à manger et du vinaigre à boire; ils lui crachèrent au visage, lui donnèrent des soufflets; tirèrent sa tunique et son manteau au sort, pour décider la contestation qu'ils avaient eue à ce sujet. Il ne parla non plus durant ces mauvais traitemens que s'il eût été muet. Ils le crucifièrent après cela entre deux criminels qui avaient été condamnés à mort pour vol. Où trouveraije des paroles pour déplorer un si funeste mal* heur et pour me plaindre d'un si cruel attentat? Je n'ai pas ici à faire la description du supplice de Gavius Gonsanus, où Gicéron employa autrefois toutes les forces de son éloquence et de son esprit, déclamant avec une véhémence tout extraordinaire, et criant que c'était un crime atroce d'avoir crucifié un citoyen romain contre toutes sortes de lois. Quoique ce Gonsanus ftit innocent et qu'il n'eut point mérité ce supplice, il était pourtant siiyet à la mort , et II n'y fut condamné que par un scélérat qui ne savait rien de la manière dont on doit rendre la justice. Mais que dirai-je de l'indignité du .supplice, que des gens attachés par leur loi au culte de Dieu firent souffrir à un Dieu? Qui aurait une assez grande abondance de pensées et de paroles pour déplorer, autant qu'elle le mérite, une mort qui a été pleurée par toute la nature et par les élémens les plus insensi blés? Gependant les circonstances principales de cette mort avaient été marquées dans les livres des prophètes et dans les vers des sibylles. Voici ce qui est écrit dans les prophéties disale : «Le Seigneur mon Dieu m'a souvent ouvert l'oreille, et je ne lui ai point contredit ; je ne me suis point retiré en arrière. J'ai abandonné mon corps à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m'arrachaient le poil et la barbe; je n'ai point détourné mon visage de ceux qui me couvraient d'injures et de crachats. > David en parle de la sorte dans le psaume trente-quatre : «Les hommes vils se sont assemblés contre moi sans que j'en susse le sujet. Ils m'ont déchiré et n'ont point cessé de médire de moi. Ils ont frémi dés dents contre moi avec des hypocrites qui font les bouffons dans les festms. » La sibylle a pré dit la même chose :
Dieutomlieni, dit -cite, tntre kt mh» des IqJiMleicl des iofidèlet. Us lai doonoroot des toafBeli tfcc Icwt BMtais impies, et lui cracheronl au Tiiagc avec leurs boucbes exécrable : ils déchargeroni kt coups de ktir fureur snr «et «ptules fsiatn et ifiooceolcs.
LACTANCE
Isaîe a prédit le silence qu'il a gardé jusqu'à la mort : « Il sera mené à la mort comme une brebis qu'on va égorger. Il demeurera dans le silence comme un agneau est muet devant celui qui le tond. D La même sibylle l'avait aussi prédit par ces paroles :
Paidantqa'oalaî donnera des souffieU, il gardera le silence, de sorte qne personne n'entendra la moindre parole de sa bouche. Il sera couronné d*une couronne d'épines.
David parle , dans le psaume soixante-douze , de ce que les Juifs lui présentèrent à boire et à manger avant de rattacher à la croix : a Ils m'ont donné pour mets du fiel très-amer, et lorsque j'ai eu soif ils m'ont donné du vinaigre à boire.» La sibylle avait dit :
. ps loi prépareront des repas désagréables ; loi donneront du flel à manger et du vinaigre ft boire.
Une autre sibylle a reproché aux Juifo leur ingratitude et leur cruauté en ces termes :
Nation folle et insensée, tu ne reconnais pas le Dieu que tu dois adorer. Au contraire, tu lui mets sur la télé une couronne d'épines, et tu lui présentes l'amertume du fiel.
Plusieurs prophètes avaient prédit que les Juifîsse saisiraient de leur Dieu et le mettraient à mort. Voici ce qu'il y a dans Esdras. Esdras a dit au peuple : a Cette pàque est notre salut et notre refuge. Songez bien que nous devons l'humilier par le bois, et après cela nous espérerons en lui, afin qne ce lieu-ci ne soit point abandonné pour toiyoursv Voilà ce que dit le Seigneur Dieu des vertus; si vous ne le croyez et que vous n'écoutiez sa parole, vous serez exposés à la risée des nations. » Il parait par ce passage que les Juift n'ont aucune espérance de salut, à moins qu'ils ne se lavent du sang dont ils se sont souillés , et qu'ils n'invoqiient celui-là même auquel ils ont renoncé. baîe explique leur attentat en ces termes : « Il est mort au milieu des douleurs, ayant été condamné des juges. Qui racontera sa génération? Car il a été retranché de la terre des vivans. Je l'ai frappé à cause des crimes de mon peuple, et il donnera les impies pour le prix de sa sépulture , et les riches pour la récompense de sa mort, parce qu'il n'a point commis d'iniquités , et que le mensonge n'a jamais été dans sa bouche. Mais le Seigneur l'a voulu briser dans son infirmité. S'il livre son âme pour le péché, il verra sa race durer longtemps , et la volonté de
Dieu s'exécutera heureusement par sa conduite. • Voici ce que David en dit dans le psaume quatre-vingt-treize: «Ils ont conspiré contre la vie du juste, ils ont condamné le sang innocent; mais le Seigneur a été ma forteresse : mon Dieu a été le rocher où j'ai mis ma confiance. » Jérémie en parle aussi de cette sorte : a Révélez-moi la vérité, Seigneur, et je la saurai. Alors j'ai vu leurs pensées. J'ai été mené au sacrifice comme un agneau sans tache. Ils ont formé de mauvab desseins contre moi. et ont dit : Venez mettons du bois dans son pain, et eFFaçons sa vie de dessus la terre, et que l'on perde la mémoire de son nom. » Le bois signifie sa croix et le pain signifie son corps, parce qu'il est l'aliment et la vie de ceux qui croient au corps qu'il a porté , et à la croix à laquelle il a été attaché. Mais il a parlé encore plus clairement dans le Deutéronome , de cette croix et de cette mort, a Votre vie, dit-il, seraoomme suspendue devant vos yeux; vous appréhenderez le jour et la nuit , et ne serez point assuré de votre vie. » Il a encore dit ceci dans le livre des Nombres : «Le Seigneur n'est point attaché à la croix comme un homme, et ne souFFrira point de menaces comme un fib de l'homme.» Zacharie a dit aussi : «Us me regarderont, moi qu'ils ont percé.» David a exprimé la même chose par ces paroles du psaume vingtun : « Us ont pei'cé mes mains et mes pieds. On pourrait compter mes os. Ils ont pris plaisir à me considérer. Ils ont partagé mes vètemens, et ils ont jeté au sort à qui aurait ma robe. » Il est certain que David ne parlait pas de soi-même parce qu'il était roi, et qu'il n'a jamais souffert ces mauvais traitemens. L'esprit de Dieu parlait par sa bouche, au sujet de ce Dieu qui devait souFFrir ces traitemens mille cinquante ans après. Ceux qui ont fait ce calcul ont en effet trouvé ce nombre-là depuis le règne de Darius jusqu'au temps auquel le Sauveur a été crucifié. Salomoa, fils de David, fit bâtir la ville de Jérusalem , et prédit qu'elle serait détruite en pimition du crime des JuiFs qui crucifieraient le Sauveur : « Que si vous vous détournez de moi , dit le Seigneur, et que vous ne gardiez pas ma vérité, je diasserai Israël de la terre que je lui ai donnée, et je ruinerai la maison que je lui ai édifiée en mon nom. Israël sera ruiné et couvert d'opprobres,et cette maison sera déserte, et quiconque passera auprès, dira avec étonnemeut : Pourquoi le Seigneur
a-t-il fait ce mauvais traitement à cette terre et à | cette maisoD ? Et on lui répondra : C'est par ce qu'ils ont abandonné le Seigneur leur Dieu, qu'ils ont persécuté leur roi très-^héri de Dieu , et qu'ils Font tourmenté d'une manière très humiliante. Voilà pourquoi Dieu leur a envoyé ces maux-là. »
XK. Que peut-on dire après cela des Juifs, si ce n'est qu'ils ont .été aveuglés et transportés d'une folie incurable qui les empêchait d'entendre ces prophéties qu'ils lisaient tous les jours, et d'éviter le crime qu'ils ont commis ? Le Sauveur étant donc attaché à là croix cria à haute Yoh et rendit Tesprit. A l'heuremème la terre fut ébranlée par un tremblement , le voile du temple qui séparait les deux tabernacles fut rompu, le soleil s'éclipsa, et la terre fut couverte de ténèbres depuis six heures jusqu'à neuf. Le prophète Amosa rendu témoignage de toutes ces choses. « Voici ce qui arrivera en ce jour-là , dit le Seigneur : le soleil se couchera en plein midi, et le jour disparaîtra , et je changerai vos fttes en deuil et vos cantiques en lamentations. » Le prophète Jérémie eu rend un semblable témoignage : «Celle qui enfante, dit-il, a été épouvantée et saisie de tristesse et de déplaisir. Le soleil s'est couché pour elle au milieu du jour; elle a été chargée de honte et de malédictions. Je ferai passer le reste de ses enfans par le tranchant de l'épée de leurs ennemis. » La sibylle avertit que le voile du temple sera rompu depuis le haut jusqu'au bas, et que, pendant trois heures, Fair sera couvert d'ol^curité et de ténèbres. Les Juifs ne purent reconnaître leur crime par tant de prodiges qui paraissaient au del et sur la terre. Gomme le Sauveur avait prédit qu'il ressusciterait trois jours après sa mort , ils appréhendèrent que ses disciples n'enlevassent son corps et ne fissent croire qu'il était ressuscité, et qu'ainsi ils n'excitassent un plus grand trouble parmi le peuple qu'auparavant; et pour l'empêcher, ils le détachèrent de la croix et le mirent dans un tombeau qu'ils firent garder par des soldats. Cependant le troisième jour, avant le lever du soleil , la terre ayant été ébranlée , le tombeau ouvert , les gardes épouvantés , le Seigneur en sortit sain et entier,et alla chercher ses disciples en Galilée. On ne trouva dans le sépulcre que les linceuls où le corps avait été enseveli; Or les prophètes avaient prédit qu'il
ne demeurerait pas dans le tombeau et qu'il ressusciterait le troisième jour. Voici ce que David en dit dans le psaume quinzième : «Vous ne laisserez point une âme dans les enfers, et vous ne permettrez point que votre saint éprouve la corruption. » Et dans le psaume troisième il dit encore ces paroles : a Je me suis couché et me suis endormi, je me suis levé parce que le Seigneur m'a soutenu, p Osée , le premier des douze prophètes , a rendu ce témoignage de la résurrection du Sauveur : «Celui-ci est mon fils; il ne résistera point dans l'affliction de ses enfans. Je le retirerai d'entre les mains de la mort. Maintenant , 6 mort , où est ton jugement ? où est ton aiguillon?» Et dans un autre endroit , il dit : «Et deux jours après, il nous vivifiera dans le troisième jour. » C'est pour cela que la sibylle a dit qu'après Itrois jours de sommeil il mettrait des bornes à la mort.
n demeurera endormi pendant troit joun du lommeU de la mort; mais après œ temps, il se réTeillera el sortira du sein des ténèbres pour jouir de la lumière, et se fera le premier et le chef des ressuscites.
Le Sauveur nous a acquis la vie par la victoire qu'il a remportée sur la mort ; nous ne saurions espérer obtenir l'immortalité qu'en croyant en lui et en nous chargeant de sa croix.
XX. Le Sauveur étant donc allé en Galilée, car il ne voulut pas se montrer aux Juifs de peur de les attirer à la pénitence et de les guérir de leur impiété , il assembla ses disciples et leur expliqua TËcriture qu'ils n'avaient pu entendre avant sa passion, parce qu'elle parlait de cette passion même. Voilà pourquoi Moïse et les autres prophètes ont donné le nom de Testament à la loi que les Juifs avaient reçue ; car le testament n'est confirmé que par la mort du testateur ; il demeure scellé et secret , et on ne sait point ce qu'il contient jusqu'à ce que cette mort soit arrivée. Avant la mort de Jésus-Christ, le Testament ne pouvait être ouvert; c'est à-dire que le mystère de Dieu ne pouvait être révélé. Toute l'Écriture se divise en deux Testainens : l'Ancien contient la loi et les prophètes, et tout ce qui a précédé la naissance et la passion du Sauveur; le Nouveau contient ce qui a été écrit depuis sa résurrection. Les Juif^ se servent du premier et nous du second. Ce ne sont pas cependant deuxTestamens diffiérens, parce que le dernier n'est que i'aooomplissement et
que ce soit assez , devant des juges équitables , de produire des témoignages sans apporter de raisons , ou d'apporter des raisons sans produire de témoignages, nous ne séparerons point , en cette occasion , ces deux moyens de soutenir la vérité, et ainsi nous ôterons à ceui qui usent mal de leur esprit tout prétexte ou de ne la pas reconnaître ou de la combattre, ils disent qu'une nature immortelle, telle qu'est celle de Dieu , n'a jamais pu souffrir de diminution, ni se dégrader en quelque sorte ellemême ; qu'il était indigne de la miyesté d'un Dieu de se foire homme et de se charger d'un corps pour devenir sujet aux. souffrances, aux douleurs et à la mort , puisqu'il lui était aisé de paraître sans prendre toutes ces faiblesses et d'enseigner la justice avec toute Tautorité que la manifestation de sa grandeur lui aurait donnée; que personne n'aurait osé violer des commandemens qui auraient été soutenus par une puissance infinie, c Pourquoi donc, i\joutent-ilS| n'est-il pas venu entouré de tout l'éclat de sa gloire? Pourquoi s'est-il rendu méprisable par la bassesse et par la faiblesse dont il s'est couvert? Pourquoi a-t-il souffert tous les outrages que des hommes mortels lui ont voulu faire? IHNirquoi ne les a-t-il pas ou évités par sa providence, ou repoussés par sa force? Pour^ quoi n'a-t-il pas découvert sa m2uesté,au moins au temps de sa mort P Et pourquoi a-t-il été mené devant des juges comme un homme qui n'est pas le plus fort, condamné comme un coupable, exécuté comme un mortel?» Je répondrai si exactement à ces objections et les ruinerai de telle sorte, que personne ne pourra plus demeurer dans l'erreur. Toutes ces choses ont été faites par des raisons si merveilleuses que quiconque les aura une fois comprises, non-seulement cessera de s'étonner que Dieu ait voulu subir les tourmens que les hommes lui ont fait souffrir, mais avouera qu'il n'aurait pu être reconnu pour Dieu s'il ne les eût soufferts.
XXlILJe voudrais bien que l'on me dit si ceux qui donnent des préceptes aux autres pour la conduite de leur vie et de leurs mœurs, sont obligés de les observer eux-mêmes. S'ils ne les observent pas, les voilà absolument abolis; car si ces préceptes sont utiles et qu'ils puissent servir à régler notre conduite, celui qui les donne ne se doit pasdistinguerdes autres, en tenant une
manière de vivre difitérente de celle qull en* seigne ; autrement il démentira sa doctrine par ses actions, et ])erdra toute [sorte de créance. Tout le monde est jaloux de sa liberté; il n'y a personne qui aime qu'on lui commande, ni qu'on lui impose la nécessité d'obéir. 11 y aura donc sans doute quelqu'un qui dira au législateur : a Je ne saurais exécuter ce que vous me commandez, parce qu'en effet cela est impossible. Vous me défendez de me mettre en colère, de souhaiter de devenir riche, d'être touché du plaisir, de fuir l'occasion de souffrir, et d'appré» hender la mort; ce que vous me défendez de faire est si conforme à la nature , que tous les animaux s'y portent par l'instinct qu'elle leur a donné. Que si vous prétendez que cette Indi* nation puisse être surmontée, oonvaiiiqueim'en par votre exemple. Tant que vous nt ferez rien de ce que vous ordonnerez , j'aurai droit de soutenir qae c'est une manière d'agir trop impérieuse, que de vouloir donner à des hommes libres des lois de l'observation des* quelles vous vous dispensez. Apprenez ce que vous voulez enseigner aux autres, et réformezvous avant qued'entreprendrede les réformer. » Qui peut douter que cette réponse ne soit fort juste et fort raisonnable? Ne la pourrait-on pu faire à un législateur qui n'observerait rien deœ qu'il commande , et ne pourrait-on pas se mo* quer de lui, comme il semble qu'il aurait vouId se moquer des autres? Enfin comment ôteraîf* il à des esprits désobéissant et rebelles le pré* texte de mépriser ses lois, si ce n'est en faisant voir par ses propres actions qu'il n'est pas impossible de les observer. C'est pour cela que les préceptes des philosophes sont si généralement méprisés. On aime mieux des exemples que des paroles. Aussi est il aisé de parler, au lieu qu'il est malaisé d'agir. Plût à Dieu qu'il y eut autant de personnes capables de bien agir, qu'il y en a de capables de bien parler! Quiconque ne fait rien de ce qu'il ordonne ne peut trouver aucune créance. Si c'est un homme, on le méprise comme un esprit léger ; si c'est un DieU| on lui apportera l'excuse ordinaire tirée de la fragilité humaine. 11 faut donc confirmer les paroles par des actions, ce que les philosophes ne sauraient faire. Ils succombent aux passions qu'ils disent qu'il faut surmonter; ils n'inspirent à personne la vertu qu'ils enseignent mal , et ils
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avouent aussi qu^il n^ a jamais eu de sage parfait, c'est-à-dire qui possédât la science, la vertu et la justice, dans un d^ré fort éminent. Gela était très-véritable; car depuis que le monde est créé, il n'y a jamais eu que Jésus-Christ qui ait enseigné la véritable sagesse et qui ait soutenu la vérité de sa doctrine par les efforts merveilleux de sa puissance.
XXIV.Gonsidérons maintenant s'il est possible qu'un docteur descendu du ciel ne soit pas parfistit. Je ne parle point ici de celui que les infidèles ne veulent pas reconnaître comme envoyé de Dieu. Je suppose qu'il y en ait un qui doive être envoyé pour instruire les hommes et pour leur apprendre à garder! la justice ; personne ne doute qu'un docteur descendu du ciel ne doive être parfait en science et en vertu, parce qu'autrement il ne serait pas fort diffêrent d'un docteur de la terre. L'homme ne saurait être savant de lui-même. Un esprit engagé avec le corps et accablé sous la pesanteur de la matière ne comprendra jamais la vérité sans que quelqu'un la lui enseigne. Quand il la pourrait comprendre, il ne pourrait acquérir une vertu parfaite, ni résister à quantité d'erreurs dont il a le principe au milieu de soi. Un docteur descendu du ciel étant d'une nature divine et étemelle, possède au contraire l'éminence de la science et de la vertu, et a tout ce qui est nécessaire pour enseigner parfaitement. Il ne peut pourtant s'acquitter de ce devoir sans prendre un corps mortel ; et la raison en est évidente. S'il paratt comme Dieu, des yeux aussi faibles que les nôtres ne seront pas capables de soutenir l'éclat de sa majesté. De plus, il n'enseignera pas la vertu parce qu'il ne la pratiquera pas; et ainsi il manquera quelque chose à sa doctrine. Cest une vertu de souffrir la douleur pour la défense de la justice, de mépriser les menaces de la mort, et même de la subir. Un docteur, pour être parfait, doit non - seulement faire ces oommandemens-là , mais aussi les confirmer par son exemple. Quiconque donne des préceptes, doit 6ter toute sorte d'excuses de ne les point observer. 11 faut qu'il impose la nécessité d'obéû* , non par aucune violence, mais par une honnête preuve qui ne détruise point la liberté, et qui n'empêche point que ceux qui obéissent ne reçoivent leur récompense, parce qu'ils pourraient ne
pas obéir, et que ceux qui n'obéi$.<ient pas ne reçoivent leur châtiment parce qu'ils pouvaient obéir s'ils avaient voulu. Il faut donc que celai qui veut enseigner fasse ce qu^il enseigiie; qu'il marche le premier, et qu'il tienne par la main celui qui le suit. Mais comment poorra-t-il faire ce qu'il enseigne , s'il n'est pas semblable à celui qu'il enseigne ? Si celui qui enseigne est exempt de passions, celui quil enseigne loi pourra répondre : a Je voudrais bien ne point pêcher, mais je succombe â la tentation. Je suis environné d'une chair faible et fragile qui forme de mauvais désirs, qui entre en colère, qui se laisse abattre par la douleur, qai appréhende la mort. Je suis entraîné malgré moi, et je pèche par contrainte plutôt que par choix. Je sais fort bien que je fais mal, mais je ne saurais surmonter ma mauvaise inclination. » Que répondra le docteur de la justice, et comment montrera-t-il que l'excuse tirée de Tinfirmité de la chair est une excuse vaine et frivole, s'il n'a lui-même une chair, et qu'il ne fasse voir par son exemple qu'elle n^est point incapable de vertu ? L'expérience est le meilleur de tous les moyens pour confondre les esprits désobéissans et rebelles. 'Jamais vous ne fera recevoir votre doctrine si vous ne la pratiquée le premier. Les hommes sont portés d'eoxmêmes au vice, et quand ils le commettent, ib tâchent de faire croire non-seulement quils ont des excuses qui méritent le pardon , mais encore qu'ils ont des raisons auxquelles on ne saurait refuser des louanges. Il est donc nécessaire que celui qui entreprend d'enseigner la vertu soit semblable à l'homme, afin qu'en surmontant le péché il fasse voir par son exemple que le péché n'est pas insurmontable. S'il est immortel, jamais il ne servira d'exemple. 11 se trouvera toiyours des esprits rebelles et opiniâtres qui lui diront: «Vous ne faites point de mal , parce que vous n'avez point de corps. Vous ne désirez rien , parce qu'étant imnoortcl vous n'avez aucun besoin. Mais moi, j'ai besoin de beaucoup de choses pour conserver ma vie. Vous n'appréhendez point la mort, parce qu'elle n'a pas de pouvoir sur vous. Vous méprisez la douleur, parce que vous êtes au-dessus de toutes les violences qui peuvent venir de dehors. Mais j'appréhende la douleur et la mort , parce qu'elles sont très-sensibles à une diair aussi
fiiîble que la mienne, a Celui qui voulait enseifçncT la justice, a dû ôter cette excuse, par la^ quelle les hommes prétendaient que, quand ils disaient mal , c'était plutôt par nécessité que par leur foute. Il faut que, pour être un docteur parfait, son disciple n'ait rien à lui reprocher, et que s'il lui objecte que ce qu'il commande est impossible, il lui puisse répondre :b Gela n'est pas impossible puisque je l'accomplis. « S'il lui dit : d Je suis revêtu d'un corps auquel le péché semble propre et comme naturel ;i> qu'il lui réponde : a Je suis aussi revêtu d'un corps sembbble, et cependant le péché ne domine point en moi.» S'il lui dit : «Il ne m'est pas aisé de mépriser les richesses, parce que Ton ne saurait se nourrir à moins que d'avoir du bien;» qu'il réponde : « J'ai un corps à nourrir, et je combats pourtant contre les d^irs des biens de la terre. » S'il dit : a Je suis trop faible pour supporter la douleur et la mort pour l'intérêt de la justice;» qu'il lui réponde : a La mort et la douleur ont le même pouvoir sur moi que sur vous, et cependant je les surmonte pour vous apprendre à les surmonter. Si je me contentais de commander, vous auriez quelque prétexte de désobéir; mais puisque je marche le premier, vous ne sauriez vous dispenser de me suivre. » Ainsi l'homme n'a plus d'excuse. Il est obligé d'avouer que s'il est injuste, c'est par sa faute, et qu'il n'est pas moins coupable d'avoir méprisé les exemples que d'avoir violé les lois. Il parait, par tout ce que je viens de dire, combien un docteur mortel qui peut servir de modèle est meilleur qu'un immortel qui n'en peut servir, et qui, étant exempt de toute sorte de maux, ne saurait enseigner la patience avec laquelle on les souffre. Je ne prétends pas parla préférer l'homme à Dieu ; je prétends seulement montrer deux choses: l'une, qu'un homme ne saurait être dcKteur parfait, s' il n'est aussi Dieu et s'il n'a une autorité divine pour se faire obéir; l'autre, que Dieu ne le saurait être non plus, s'il ne se revêt d'un corps, afin d'obliger les hommes par son exemple à l'observation de ses lois. Il est donc clair que celui qui veut enseigner la justice doit avoir un corps, et que sans cela jamais sa doctrine ne pourrait s'établir solidement parmi les hommes. Ce corps, tout faible qu'il est, le rend capable de pratiquer les vertus qu'il conseille,
en l'assujettissant h la douleur et à la mort, ou lui fournit la matière de la patience et des autres vertus, dont il ne saurait persuader la pratique autrement qu'en faisant voir par ses actions qu'elle n'est pas impossible.
XXV. Que les hommes tâchent donc de comprendre la raison que Dieu a eue, en envoyant son ambassadeur sur la terre pour y enseigner la justice : de vouloir qu'il fût revêtu d'un corps passible, et qu'il souffrit en effet les tourmens et la mort. Au temps où il n'y avait point de justice sur la terre , il y a envoyé un docteur, afin qu'il fût comme une loi vivante qui élevât un temple nouveau, et qui, par ses paroles et par ses actions, établit un culte véritable. Néanmoins , afin que les hommes fussent assurés qu'il avait été envoyé de Dieu , il ne fallait pas qu'il naquit comme les autres et par la voie de la génération ordinaire. II était né sans père , afin que l'on sût que , bien qu'il eût pris une humanité , il ne laissait pas d'être Dieu; il avait Dieu pour père; et comme Dieu lui aVait donné sans mère la naissance spirituelle, la Vierge lui avait donné, sans père, la naissance corporelle. U était Dieu et homme, médiateur entre l'homme et Dieu, pour conduire l'homme à une vie immortelle. S'il n'avait été que Dieu , il n'aurait pu donner des exemples ; s'il n'avait été qu'honune , il n'aurait point eu l'autorité nécessaire pour obliger les désobéissans à l'observation de ses lois. L'homme est composé de corps et d'âme. Cette dernière ne peut mériter l'immortalité que par de bonnes actions. Cependant elle est attachée à un corps terrestre qui l'entraîne par son poids vers la mort. Un esprit dégagé du corps n'aurait pu conduire Thomme à la vie étemelle, parce que le corps retient l'esprit et l'empêche de suivre Dieu. Le corps est faible et sujet au péché, et le péché est la proie de la mort. Le médiateur est venu ; c'est-à-dire que Dieu s'est revêtu d'un corps, afin que le corps le pût suivre , et que ceux qui prendraient empire sur leur corps fussent délivrés de la mort. U a pris un corps pour dompter les désirs du' corps, et pour faire voir que ceux qui pèchent, pèchent par un effet de leur volonté , et sans aucune nécesssité. Nous avons un combat continuel à livrer au corps, qui presse l'âme par une infinité I de mauvais désirs , et qui , l'empêchant de re-
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tenir Tempire qu'elle doit avoir sur les plaisirs , la fait tomber dans la mort. Voilà pourquoi Dieu nous a montré le moyen de vaincre le corps par une vertu parfaite, qui mérite une couronne qui ne se flétrisse point.
. XXVI. J'ai rapporté les raisons pour lesquelles Dieu a voulu prendre un corps faible et passible ; je dirai maintenant celles pour lesquelles il a subi le supplice de la croix , et je découvrirai la puissance qui est cachée sous l'apparence de la faiblesse de sa mort. Il n'a jien souffert en vain. Toutes ses souffrances ont leur mystère et sont des signes de quelque vérité importante. Sa passion a ce rapport et cette conformité avec ses actions que, bien qu'elles aient produit sur-Ie-cbamp de fort notables effets , elles ont présagé de plus rares événemens qui devaient arriver en un autre temps. Il a rendu la vue aux aveugles par sa puissance ; mais en la leur rendant , il a mar^qué qu'il rendait celle du cœur aux nations qui étaient ensevelies dans l'aveuglement et l'erreur. Il a rendu Touîe aux sourds ; mais sa puissance ne s'est pas arrêtée là; il a marqué qu'il ferait bien retentir la voix du ciel à Foreille .intérieure de ceux qui n'avaient jamais entendu parler de la vérité. Il a rendu la parole aux muets ; c'était sans doute un merveilleux effet de sa puissance ; mais cet effet-là même n'était .qu'un signe d'pn changement plus surprenant , qui devait être bientùt accompli en ceux qui, ayant vécu jusque alors dans une profonde Jgnorapce des choses de Dieu, en devaient être instruits tout d*un coup et en parler avec une rare éloquence. Le plus fameux orateur du monde n*est qu'un muet quand il ne sait rien des mystères ; mais dès qu'il apprend à parler de la grandeur et de la majesté de Dieu , il commence à faire l'usage qu'il doit de sa langue. Quand elle ne dit que des faussetés , elle qe fiait pas la fonction qui lui est propre , et quiconque .ne sait pas parler des choses de Dieu est comme un eofaot qui ne fait que bégayer. Quand le Seigpeur a redressé les boiteux , il a sans doute donné une preuve évideitfe de sa puissance infinie; mais il a donné en même temps une . figure d'un plus grand miracle , qu'il a depuis accompli en ceux qu'il a retirés dts égaremens de la vie du siècle et qu'il a mis dans le chemio de la vérité , afin qu*en le suivant ils arrivassent
heureusement à la grâce. Les véritables boiteai sont ceux qui , étant embarrassés par leur propre ignorance , ne font que de faux pas dam le chemin de la mort. Le Sauveur a effiioé les taches de la lèpre : c'était certainement un effet sensible du pouvoir absolu qu'il exerçait sur les maladies les plus malignes; mais c'était aussi un signe de la force que sa doctrine aurait d'effacer les taches du péché et de guérir les véritables lépreux qui, étant plongés parleur cupidité dans les plaisirs les plus infâmes, sont tout couverts de taches qui font autant de honte que d'horreur. Le Sauveur a rendu la vie aux malades , et les appelant par leur nom , il les a retirés du tombeau et de la corruption. Il n^y a point de miracle si convenable à la grandeur de Dieu, ni si digne de l'admiration de tous les siècles, que de rendre la vie à ceux qui Font une fois perdue , que d'syouter des années à d'autrts années dont le nombre semblait limité, que de révéler le secret de la mort, ftlais cette puis» sance, tout inexprimable qu'elle est, i^^e&t que l'image d'une autre plus grande que sa dkMStrine devait avoir : d'appeler à la lumière de la vie une infinité de peuples qui étaient ensevelis sous les ténèbres de la mort. En effet , y a4-il des morts plus déplorables que ceux qui ne connaissent point Dieu, qui est le principe de la vie , et qui au lieu de s'élever vers le ciel, qui est le lieu de leur origine , s'abaissent vers la terre qui n'est qu'une région de mort ! Ainsi les actions les plus merveilleuses du Sauveur étaient des figures de l'avenir. Les miracles qu'il a faits pour guérir les corps étaient des images de ceux qp'il devait faire pour guérir les âmes, et des preuves non-seulement du pouvoir qu'il exerçait sur la nature, mais 4e celui qu'il avait de communiquer les dons célestes de sa grâce. Sa passion n'a pas été moins mystérieuse que ses actions : elle n'a rien eu de fortuit ni dinutile. Gomme les actions miracnleuses qu'il a faites en faveur des corps ont signifié celles qu'il ferait ep faveur des âmes ; amsi les tourmens qu'il a soufferts par la cruauté des Juifs, signifiaient les persécutions que ceux qui seraient animés de l'esprit de la sagesse souffriraient par l'injustice des juges et par la violence des peines. Le vinaigre qu'on lui a donné à boire, le fiel qu'on lui a donné à manger, ne promettaient que de l'aigreur et de
ramcrlume durant tout le cours de celle vie h ceux qui auraient le coprage de soutenir la vérité. Ses souffrances , qui d'elles-mêmes étaient ii&cheuses et amères, nous représentaient les peines et les afflictions auxquelles la vertu est exposée sur la terre. Ce mets et ce breuvage mis dans la bouche de notre maître, nous apprennent combien ceux qui défendent la vérité doivent supporter de misères ; car la vérité est odieuse à ceux qui vivent dans les plaisirs. La couronne d'épines qui fut mise sur sa tète , signifie qu'il assemblerait autour de soi un peuple innocent qu^ii avait choisi parmi des coupables. On appelle couronne une assemblée de peuple qui est disposé en rond. Avant que nous connussions Dieu, nous n'étions que des épines, c'est-à-dire des injustes et des coupables. Nous étions éloignés de toutes sortes de bonnes œuvres et capables seulement de faire le mal. Nous avons été cueillis sur les buissons et sur les ronces, et rois sur la tète de notre Djeu , c'est-à-dire que nous sommes assemblés autour de lui, que nous l'écoutons comme notre maître, que nous le respectons comme notre roi. Pour ce qui est de la croix, elle renferme une puissance admirable que je tâcherai d'expliquer. Dieu ayant résolu de déli-, vrer les hommes de la servitude du péché sous laquelle ils gémissaient , envoya sur la terre un excellent docteur pour leur enseigner la route et pour leur montrer le chemin de la justice par où ils pourraient arriver à la vie étemelle. Il se revêtit d'un corps pour pouvoir donner à l'homme l'exemple des vertus qu'il lui voulait enseigner. Il s'acquitta, dans le cours de sa vie, de tous les devoirs de la justice ; mais pour enseigner aux hommes la patience dans la douleur et le mépris de la mort qui consomme la perfection et la vertu , il voulut bien tomber entre les mains d'une nation impie, bien qu'il lui fût aisé ou de les éviter par la connaissance qu'il avait de l'avenir, ou d'en échapper par ia force qu'il avait de faire des miracles. Il souffrit les coups, les tourmens, la couronne d'épines, afin que l'homme , suivant son exemple, triomphât de la mort et des tourmens qui Fenvironnent. Dieu le père a eu d'importantes rai-> sons pour choisir principalement ce genre de mort. Quelqu'un dira peut-être : «S'il était Dieu et s'il voulait mourir, que ne mourait-il d'un
genre de mort qui fût plus honorable? Pourquoi est-il mort d*un supplice aussi infâme qu'est celui de la croix, et si indigne d'un homme libre,quand même il serait criminel? » C'est qu'étant venu dans un état de feiblesse et de bassesse, pour secourir les hommes qui n'avaient rien que de faible et de bas , et pour leur faire voir qu'il n*y en avait aucun qui ne dût avoir part à l'espérance du salut, il choisit le genre de mort que l'on faisait souffrir aux per-* sonnes les plus viles et les plus méprisables. Il eut encore une autre raison, qui fut : deconserver son corps entier, parce que trois jours après il le devait tirer du tombe9u. Personne ne doit ignorer qu'il avait prédit, bien avant sa passion, qu'il avait le pouvoir de rendre son esprit et de le reprendre quand il lui plairait. Quand il eut randu Tesprit sur la croix, les bourreaux ne crurent pas qu'il fût nécessaire de lui casser les os, comme Ils avaient accoutumé de les casier aux autres crucifiés , mais ils se contentèrent de lui percer le côté. Ainsi, son corps fut détaché entier de la croix, et enfermé dans le tombeau, afin qu'il fût plus disposé à ressusciter. Il y «i encore une autre raison pour laquelle il a préféré la croixaux autres supplices : c'est qu'elle le devait élever, et comme l'exposer à la vue de toutes les nations. Ceux (|ui sont attachés à une croix sont vus de tout le monde. Le Sauveur y a été attaché pour marquer qu'il serait un jour si fort élevé et dans un état si éclatant que les peuples les plus éloignés viendraient en foule le reconnaître et l'adorer. Il n'y en a point aussi de si reculé ni de si barbare qu'il ne sache quelle a été sa passion, et quelle est la gloire dont il jouit. Il étendit les mains sur la croix et embrassa en quelque sorte tout le monde, pour montrer qu'une multitude prodigieuse, dans laquelle 11 se trouverait des peuples de toutes sortes de langues et de toutes sortes de tribus, viendrait d'Orient et d'Occident s'assembler sous ses bras et recevoir son signe au front. On a une figure de cette merveille dans une cérémonie que les Juifs pratiquent encore aujourd'hui, quand ils marquent le seuil de leur porte avec le sang de l'agneau. Quand Dieu voulut frapper de mort les Égyptiens et préserver les Hébreux de ce fléau, il leur commanda d'immoler un agneau sans tache et de faire une marque sur ia seail de leofft portes avec son sang.
LACTANCE
Ainsi tous les premiers nés des Égyptiens furent tués en une nuit sans que les enfans des hébreux souffrissent aucun mal. Ce n'est pas que le sang d'une bète eût la force de les sauver; mais c'est que Tagneau que les Juifs immolèrent alors était la figure de Jésus-Christ, qui est Fagneau sans tâche, innocent, juste et saint, qui, ayant été immolé par les Juif^, sauve tous ceux qui mettent sur leur front le signe de son sang, c'est-à-dire le signe de la croix sur laquelle il l'a répandu. Le front est comme le seuil de l'homme. Le bois marqué avec du sang est une image de la croix. Le sacrifice de l'agneau est appelé pâque, c'est-à-dire passion. Quand il a été célébré de la manière que Dieu l'avait ordonné par le ministère de Moïse , il a servi à préserver les enfans des Hébreux de la mort du corps, mais il a été une figure de la force qu'aurait le sacrifice de Jésus-Christ pour sauver tout son peuple. J'expliquerai dans le dernier livre de cet ouvrage de quelle façon seront préservés ceux qui auront sur la partie la plus haute et la plus apparente de leur corps le signe du sang d'un Dieu.
XXVII. Je me contenterai de faire voir en ce lieu la grandeur et la puissance de la croix. Ceux qui ont vu de quelle manière les démons abandonnent les corps qu'ils possédaient [dès qu'on les conjure au nom de Jésus-Christ, savent quelle est la force de ce signe. Comme le Seigneur chassait les démons par sa parole durant sa vie, et qu'il rendait la raison et le bon sens aux esprits qu'ils avaient troublés par leur violence; ainsi ses disciples mettent en fuite les mêmes démons par le nom de leur maître, et par le signe de la passion. La preuve en est fort aisée , car les païens ne sauraient ni offrir leurs sacrifices, ni tirer aucune réponse de leurs oracles en présence d'une personne qui ait le front marqué de la marque du Sauveur. C'est de là que les méchants princes ont pris le plus souvent prétexte de nous persécuter; des chrétiens, qui avaient des charges à la cour des empereurs et des rois , et qui , par la nécessité de leurs fonctions, assistaient aux sacrifices que faisaient ces princes , ont souvent dissipé les démons par la force du signe qu'ils avaient sur le front , et empêché qu'ils ne fissent paraître dans les entrailles des victimes aucun présage de l'avenir. Les augures.
excités par les démons dont ils étaient les ministres, se plaignirent qu'il y avait des proEanes qui troublaient les sacrifices, et excitèrent one si furieuse colère dans le cœur de leiurs princes, qu'ils attaquèrent le temple de Dieu, et commirent des sacrilèges, qui ont depuis été suivis de rigoureux chàtimens. Cependant les païens ont été assez aveugles pour ne pas reconnaître que notre religion , qui remporte de si glorieuses victoires, est véritable, et que la leur qui n^ose ni combattre ni même paraître, est fousse. Ils disent que c'est par haine et non par crainte que les dieux se retirent en notre présence. On n'a de la haine que pour ceux qui nuisent ou qui peuvent nuire ; mais puisque les dieux avaient de la haine pour les chrétiens, ils auraient eu une conduite plus digne de leur grandeur si, au lieu de s'enfuir, ils les eussent punis sur-lechamp. Us ne pourraient s'approdier de ceui sur le front desquels ils voient le sceau de Dieu, ni leur faire de mal, parce que ce sceau est comme un rempart qui les couvre, et pourcela ils les persécutent par la main des hommes. Si ces hommes-là confessent qu'ils sont les ministres des démons, nous avons remporté la victoire ;xCar il faut nécessairement qu^une religion qui découvre les ruses des démons , qui repousse leur violence, qui les dompte par des armes spirituelles, soit la religion véritable; s'ils le nient, il sera aisé de les confondre par les témoignages des poètes et des philosophes. S'ils avouent qu'il y a des démons, et que ces démons sont de méchans esprits, il faut qu'ils mettent quelque différence entre les démons et leurs dieux. Qu'ils nous expliquent donc quelle est cette différence, afin que nous sachions quels sont ceux que nous devons haïr et ceux que nous devons adorer; s'ils ont quelque habitude entre eux, ou s'ils n'en ont pas et qu'ils soient ennemis. S'ils ont des liaisons, comment les discernerons-nous, pour éviter de rendre aux uns les respects que nous n'avons intention de rendre qu'aux autres? Si au lieu d'avoir quelque liaison entre eux , ils n'ont que de Tinimitié et de la haine , d'où vient que les démons n'appréhendent point les dieux , et que les dieux ne mettent point les démons en fuite ? S'il se trouve quelqu'un qui , étant agité par les démons , ait perdu l'usage de la raison, menons-le au temple de Jupiter dont la grandeur est égale à la bonté.
INSTITUTIONS DlVliNES. — LIVRE IV.
ou plutôt , comme Jupiter n'a pas le pouvoir de guérir les maladies, menons-le à celui d'Esculape ou d'Apollon : le prêtre de Tun ou de l'autre de ces dieux commandera à cet esprit impur et criminel de sortir du corps qu'il possède, et il ne sera point obéi. Où est la puissance des dieux, si les démons n'y sont point assujettis? Cependant ces mêmes démons s'enfuient dès qu'ils sont conjurés au nom de Dieu. D'où vient qu'ils appréhendent Jésus-Christ et qu'ils n'appréhendent point Jupiter, si ce n'est que les démons et ceux que le peuple prend pour des dieux sont les mèmesPEnfin, si l'on mettait d'un côté ces possédés du démon et de l'autre une prêtresse d'Apollon de Delphes, l'un et l'autre redouteront également le nom de Dieu ; et dès qu'on l'aura prononcé la prêtresse sera abandonnée par Apollon et réduite au silence, et le possédé sera délivré du démon. U est donc clair que les démons, que vous avouez être dignes d'exécration et d'horreur, sont les mêmes que les dieux auxquels vous rendez un souverain culte. Si vous ne nous en croyez pas, croyez-en Homère qui met Jupiter au rang des démons; croyez-en les autres poètes et philosophes qui les appellent tantôt démons et tantôt dieux; en quoi ils s'approchent en partie de la vérité et en partie s'en éloignent. Quand ces abominables esprits sont conjurés, ils confessent qu'ils ne sont que des démons. Quand ils sont adorés par les païens, ils supposent faussement qu'ils sont des dieux pour les engager dans Terreur, afin de les détourner de la connaissance du vrai Dieu, par laquelle seule ils pourraient éviter la mort éternelle. Ce sont eux qui, pour perdre les hommes , ont inventé divers moyens de se faire adorer par les peuples sous le nom des princes anciens. U n'y a rien de si aisé que de découvrir ces artifices et cette imposture. U ny a pourcela qu'à assembler ceux qui font profession de rappeler les âmes des enfers ; qu'ils rappellent Jupiter, Neptune, Vulcain , Mercure, Apollon , et Saturne qui est plus ancien et le père de tous les autres; ils Tiendront, ils répondront, ils déclareront la vérité. Que ces mêmes personnes appellent Jésus- Christ, et qu'ils tachent de l'évoquer, il ne paraîtra point, parce qu'il n'a été que deux jours dans les enfers. Il n'y a point de preuve plus certaine que celle-là. Je ne doute pas que Trismégiste n en ait eu quelque connaissan?e, quand il a dit de
Dieu le père, tout ce que l'on en peut dire , et qu'il a dit beaucoup de choses du Fils, fort conformesàceque nos mystèresnous en enseignent. XXVIII. Ces vérités étant aussi incontestables que nous l'avons fait voir, l'unique espérance de l'homrtie consiste à renoncer à l'erreur, à connaître Dieu et à le servir ; le plus important et le plus nécessaire de tous nos devoirs, est de nous instruire des règles de la justice et des préceptes de la véritable religion. Nous n'avons été mis au monde qu'à condition que nous rendrions nos hommages à Dieu qui nous y a mis; c'est une obligation étroite et indispensable par le lien de laquelle nous sommes attachés à Dieu, et c'est de là même que vient le mot de religion. Il ne vient pas du verbe relegere comme Cicéron l'a prétendu dans les livres de la Nature des dieux yOii il parle de cette sorte : a Ce ne sont pas seulement les philosophes qui ont mis une grande différence entre la superstition et la religion, ce sont généralement tous les anciens. On a appelé superstitieux ceux qui passent des jours entiers à faire des prières et à offrir des sacrifices pour obtenir que leurs enfans leur survivent. On appelle religieux ceux qui relisent et repassent dans leur esprit ce qui regarde le culte des dieux. On a fait le nom de religieux du verbe relegere, comme on a fait celui d'élégant du verbe eligere, celui de déligent du verbe deligere, celui d'intelligent du verbe intelligere.Tous ces mots sont sortis du verbe légère, comme de leur racine. Ainsi l'usage a voulu que l'on ait introduit les noms de superstitieux et de religieux, dont l'un ne marque qu'un vice et l'autre exprime une vertu. » Les choses mêmes dont Cicéron parle en cet endroitfont voirclairement combien cette étymologie et cette explication sont ineptes. La superstition et la religion ont, selon son sentiment, le même objet, qui est de rendre aux dieux le culte qui leur est dû; et ainsi il n'y a point de différoice, ou il y en a peu.Quelle raison m'apporterait-il pour montrer que ce soit un acte de religion de prier une fois les dieux pour la conservation de la vie des enfans, et que ce soit un acte de superstition de prier dix fois pour le même sujet? Si c'est bien fait de prier une fois pour obtenir cette grâce, c'est encore mieux Ait de prier plusieurs fois. Si c'est bien UHtûÊÊÊÊÊÊilÊÊÊÊÊIÊÊiriftt^ encore mieux fait
LACTANCE
de prier tout le jour; si uue victime apaise la colère des dieux et les rend favorables, plusieurs victimes les rendront encore plus favorables : des vœux redoublés plaisent plutùt qu'ils n'ofFensent ; bien loin de haïr les serviteurs qui sont assidus à leur devoir, on les aime. Quelle raison y aurait-il de blâmer ceux qui chérissent plus tendrement leurs enfans que ne font les autres, et ceux qui rendent aux dieux des devoirs plus fréquens, et de louer ceux qui liennent une conduite différente ? On peut encore proposer le même argument de cette sorte : si c'est un crime d'employer tout le jour à faire des prières et à offrir des sacrifices, c'en est un d'y employer un seul moment; si c'est une superstition de demander souvent que vos enfans vous survivent, c'en est une de le demander rarement. Mais pourquoi donnet-on le nom de religieux à ceux qui relisent et qui étudient ce qui concerne le culte des dieux? Ceux qui lerelisent plusieurs foisen un[seul jour, et avec plus de soin et plus d'application que les autres, doivent-ils perdre ce nom? où est donc la différence? La différence est: en ce que la religion a la vérité pour objet , au lieu que la superstition n'a pour objet que la fausseté et le mensonge : il importe davantage de savoir ce que vous adorei, que d'examiner la manière dont vous l'adorez. Ceux qui adorent les dieux croient avoir de la religion , bien qu'ils n'aient que de la superstition : leur erreur procède de ce qu'ils ne connaissent pas la force de ces deux termes, et qu'ils ne savent pas la différence des choses qu*ils signifient. Ije nom de religion vient du lien dont nous sommes attachés à Dieu : la piété nous tient comme liés à lui, et nous oblige à le servir comme notre matlre et de lui obéir comme à notre père. Lucrèce Ta mieux expliqué, quand il a dit qu'il dénouait les nœuds de la religion. Les superstitieux sont ceux non qui souhaitent que leurs enfans leur survivent, car tous les pères le souhaitent, mais ceux qui révèrent la mémoire des morts, et ceux qui ayant survécu à leurs parens gardent leurs images dans leurs maisons et les vénèrent comme des dieux domestiques. Ceux qui ont inventé de nouvelles cérémonies en rhonneurdes hommes qu'ils s'imaginaient avoir été reçus dans le ciel et admis au rang des dieux, ont été appelés superstitieux, au lieu que ceux
qui conservaient le culte qui avait été introduit par l'antiquité et autorisé par l'usage public étaient appelés religieux ; c'est pour cela que Virgile a dit que
La Taine saperstitioo ne oonoatt point le* andens dîeoT.
Les plus anciens d'entre les dieux n'ayant été consacrés que depuis leur mort, ceux qui les adorent sont des superstitieux, et il n'y a que nous, qui servons l'unique et le véritable Dieu, qui nous acquittons des devoirs de la religion et de la piété.
XXIX. Quelqu'un demandera peut - être en cet endroit, d*où vient que, n'adorant qu'on seul Dieu , nous ne laissons pas de dire qu'il y en a deux; savoir, le père et le fils. Cette difficulté a extrêmement embarrassé plusieurs personnes qui, trouvant fort probable le reste de notre doctrine, se persuadent que nous nous trompons, en ce que nous confessons d'un côté que Dieu est éternel et de l'autre qu'il est mort. J'ai assez parlé de la mort du Sauveur; je dirai maintenant quelque chose de l'unité de Dieu. Quand nous disons que le père est Dieu et que le Fils est Dieu, nous ne les séparons point, et nous n'admettons point deux dieux. Le père ne saurait être sans le fils, ni le fils sans le père. Le père et le fils ont un rapport réciproque ensemble. Le père est le principe du fils , et le fils est le terme du père. ils n'ont tous deux qu'une àme,quun esprit et qu'une substance. Le père est comme une fontaine qui répand ses eaux avec abondance, le fils est comme un ruisseau qui en coule. Le père est comme le soleil, et le fils comme le rayon. Le fils est fidèle à son père et est chéri de lui, et n'en peut non plus être séparé que le ruisseau de la source, que le rayon du soleil, que la voix de la bouche, que la main du corps. Le fils est appelé par les prophètes la main du père, sa forme, sa parole. Il ne peut donc être séparé de lui, parce que c'est de la bouche que sort la parole, et que c>st de la main que vient la force. On peut se servir encore d'un autre exemple, qui est plus familier et plus propre à exprimer cette pensée. Quand un père a dans sa maison et sous sa puissance un fils qu'il chérit uniquement, on ne recmmatt, selon la dispoailion du droit civil , qu'une maison et qu*un mattre. Ije monde est la maison de Dieu. Le p^ et le fils qui y habitent ne sont qu*un. Us sont Tua
dans i au(re. Le père tet dans le fils, parce que le fils obéit si fidèlement à la volonté du père , qu'il n'a jamais rien Fait que ce qu'il lui a commandé. Le fils est dans le père, parce qu'il est aimé de lui. Je vous prouve, par l'exemple que j'ai rappelé ci-dessus , que le père et le fils ne sont qu'un Dieu , quand il dit : « Ils se prosternèrent devant vous, et ils vous prièrent avec soumission ; et ils dirent : il n'y a de Dieu que parmi vous, et il n'y a point d'autre Dieu que le vôtre. » Il dit encore en un autre endroit «Voici ce que dit le Seigneur, le roi d'Israël, et son rédempteur le seigneur des années : Je suis le premier et le dernier , et il n'y a de Diea que moi seul. » Après que ce prophète a proposé deux personnes, savoir : Dieu qu'il appelle roi, c'est-à-dire Jésus-Gbrist, et Dieu qu'il appelle le Père, qui a tiré son fils des enfers, comme Osée le témoigne par ces paroles: «Je Tarracherai d'entre les mains de Tenfer;» il conclut au singulier. «Il n'y a point d'autre Dieu que moi, » et ne conclut pas au pluriel en disant : «Il n'y a point d'autres dieux que nous,» parce qu'il n'est pas permis de faire cette différence ni cette séparation. Il n'y a qu'un Dieu, qui est libre, indépendant, souverain et éternel, qui n'a point d'origine, qui est Torigine de toutes choses, et qui comprend et son fils et toutes choses. L'esprit et la volonté de l'un , sont l'esprit et la volonté de l'autre ; ou plutôt le même esprit et la même volonté sont dans l'un et dans l'autre, et tous deux ensemble ne sont qu'un Dieu , parce que le père n'a rien qu'il ne communique à son fils , et que le fils n'a rien qu'il ne rapporte à son père. lie père ne peut être adoré ni honoré qu'au nom du fils. Quiconque se propose de n'adorer que le père, n'adore ni l'un ni l'autre. Mais quiconque adore le fils, adore aussi le père, parce que le fils est l'ambassadeur du père, la porte du temple, le chemin de la lumière, le guide du salut, l'entrée de la vie.
XXX. Gomme il y a des erreurs et des hérésies et que la malice du démon a mis la division parmi le peuple de Dieu , il est à propos de décrire en peu de paroles le lieu où se trouve la vérité, afin que ceux qui désirent boire de l'eau qui donne la vie éternelle, la puisent dans la source qui est Dieu même, au lieu de la puiser dans de:» lacs où elle ne conserve point
sa pureté. Il ftut savoir, avant toutes choses, que le Sauveur et les apôtres ont prédit qu'il s'élèverait des sectes et des hérésies, qui rompraient l'union du corps des fidèles, et nous ont avertis d'éviter les pièges que nous dresse Tennemi contre lequel nous sommes obligés de combattre, sans nous laisser jamais tromper par ses ruses. Plusieurs, au lieu de suivre ces avis si salutaires, ont pris des chemins écartés et bordés de précipices où ils ont traîné une foule de personnes simples et ignorantes jusqu'à la mort éternelle. Les auteurs d'une si funeste division ont été des hommes qui , n'étant pas assez fermes dans leur foi , assez solides dans leur doctrine, assez prudents dan» leur conduite, ont brûlé d'un désir ardent de posséder des richesses, et de jouir des honneurs, et ont porté leur ambition sacrilège jusqu'à la dignité la plus sacrée, qui est celle du sacerdoce ; en ayant été exclus par d'au-très qui en étaient plus dignes qu'eux , ils ont mieux aimé se retirer avec ceux de leur parti que de se soumettre à ceux qui leur avaient été préférés. D'autres n'étant pas assez instruits de la science de l'Ëçlise, pour répondre aux ennemis de la vérité qui leur objectaient qu'il était impossible qu'un Dieu se fût enfermé dans le sein d'une femme, qu'il se fût exposé au mépris, aux railleries, et aux outrages, qu'il eût souffert les tourmens les plus cruels et la mort la plus infâme, et que toutes ces faiblesses et ces misères ne convenaient nullement à l'excellence ni à la grandeur de sa nature; et n'ayant jamais compris les véritables raisons de ces mystères, ils se sont éloignés du bon chemin, ont corrompu l'Écriture, et ont inventé une doctrine qui n'a aucun fondement. Quelques-. uns, trompés par de faux prophètes, selon que les véritables prophètes Tavaient prédit „ ont renoncé à la doctrine du Sauveur et à la tradition de son Église. Toutes ces personnes étant malheureusement tombées dans les pièges du démon, qu'elles devaient éviter, ont perdu le nom de chrétiens. En effet , quand on les appelle phrygiens, novatiens, valentiniens, marcionites, anthropiens, ariens, ou de tout autre nom particulier autre quecelui de chrétiens, on marque très-clairement qu'ils sont retranchés de la société des fidèles. 11 n'y a qu'une Église , catholique qui conserve le vrai culte ; c'est la
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source de la vérité, le domicile de la foi, le temple de Dieu, où quiconque n'entrera pas, et d'où quiconque sortira sera privé de Fespérance du salut éternel. Que personne ne se flatte dans lopinifttreté avec laquelle il soutient ses sentimens. Il s'agit de la vie éternelle et du salut, on ne saurait avoir trop de soin de les conserver. Il n'y a point cependant d'assemblée hérétique, qui ne donne à ceux qui la composent la qualité de chrétien, et qui ne croie être l'Église catholique. La véritable est celle où se trouve la confession et la pénitence, par laquelle les péchés, qui sont les blessures de l'âme, sont guéris. J'ai bien voulu donner cet avis, comme en passant, et pour que ceux qui souhaitent d'éviter l'erreur n'y tombent pas par ignorance. Je réfuterai plus au long et dans la suite les mensonges et les impostures de toutes les sectes. Maintenant , après avoir parlé de la véritable religion et de la véritable sagesse, je m'en vais parler de la justice.