‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 15 sur 110 · DES PRESCRIPTIONS CONTRE LES GENTIL · texte numérisé non relu

DES PRESCRIPTIONS CONTRE LES GENTIL

I. Les circonstances présentes m obligent d'avertir qu'on ne s'étonne point ni qu'il y ait des liérésies, car elles ont été prédites, ni qu'elles renversent la foi de quelques personnes,carDieu ne les permet que pour mettre notre foi â l'épreuve. G'est donc sans fondement que le grand nombre se scandalise de ce que les hérésies font tant de progrès. Eh ! que serait-ce s'il n'y en avait point ?

H. Lorsqu'une chose est, elle a nécessairement et sa cause finale pour laquelle elle est , et son énergie propre qui en fait l'essence, et sans quoi elle ne peut être. Nous ne sommes pas surpris que la fièvre, ce principe de douleur et de mort pour l'homme, existe ni qu'elle raine le corps humain : telle est sa nature. Par conséquent si nous sommes effrayés que les

hérésies puissent ébranler et même déraciner la foi, nous devons l'être d*abord qu'elles existent; car n'existant que pour produire cet effet , elles ont nécessairement ce pouvoir dès qu'elles existent. G'est parce que nous savons que la fièvre est un mal, et par sa cause finale et par sa nature, qu'elle nous effraie sans nous étonner. Ne pouvant l'extirper, nous faisons tous nos efforts pour nous en garantir. Mais pourquoi nous étonner que les hérésies qui nous brûlent de feux bien plus dévorans , et qui donnent la mort éternelle , puissent avoir de tels effets , au lieu d'empêcher qu'elle ne les aient ? G'est uniquement ce dernier point qui dépend de nous.

Au reste elles n'ont de pouvoir qu'autant que nous nous en laissons effrayer : troublés par la

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frayeur, nous nous scandâIisons;etennou$$candalisant nous nous persuadons que ce pouvoir ne vient que de la vérité. Il serait étonnant sans doute que le mal eût tant de pouvoir, si c'était srir d*autres que sur des hommes faibles dans la foi. Dans les combats d'athlètes et de gladiateurs, le victorieux n*est pour l'ordinaire ni ]}rnve ni encore moins invincible; mais il a eu ( ntéteun faible adversaire. Aussi luien opposet-on un plus courageux ? Le vainqueur est vaincu à son tour. Il en est de même des hérésies ; puissantes par notre faiblesse , elles ne peuvent rien sur une foi ferme et solide.

m. Les âmes faibles sont encore entraînées par la chute de certains personnages. Gomment, dit-on, des personnes si sages , si fermes, si éprouvées dans TËglise, ont-elles pu passer dans le parti de Terreur ? Ceux qui font l'objection pourraient eux-mêmes y répondre, que ces personnes n'étaient dans le fond rien de tout ce qu'on suppose, puisque l'hérésie les a perverties.

Mais d'ailleurs est-il bien extraordinaire que des hommes d'une vertu à l'épreuve se sqient démentis dans la suite ? Saiil , distingué parmi tout son peuple, succombe bientôt à la jalousie. David , ce prince selon le cœur de Dieu, est souillé du double crime d'adultère et d'homicide. Salomon, comblé des dons de Dieu, rempli de sa sagesse, est plongé dans l'idolâtrie par ses femmes. Il était réservé au Fils de Dieu seul de persévérer jusqu'à la fin sans péché. Quoi, si un evêque, si un diacre, si une veuve, si une vierge, si un docteur, si un martyr même tombe dans l'hérésie, en sera-t-elie plus vraie? Jugeons-nous de la foi par les personnes, ou des personnes par la foi ? Point de sage que le fidèle, point de grand homme que le chrétien , point de chrétien que celui qui aura persévéré jusqu'à la fin.

Homme, vous ne connaissez d'un autre homme que l'extérieur : vous croyez ce que vous voyez , vous ne voyez que jusqu'où porte votre vue; l'œil de Dieu seul est perçant. «Il lit au fond des cœurs, tandis que l'homme s'arrête à la physionomie ^D Aussi, «Dieu connaît ceux qui sont à lui; il arrache toute plante que son père n'a point plantée ^. » ail nous fait voir les

* 1. Heg., 10. «^ * Tira., 2.

derniers parmi les premiers; il tient le van dans sa main, pour nettoyer son aire ^ i>Que la paille légère vole au gré du premier soufBe des tentations, le froment en sera plus pur dans les greniers du Seigneur.

N'y eut-il pas même plusieurs disciples du Sauveur qui se scandalisèrent de lui et Tabandonnèrent ^? mais les autres ne lui en restèrent pas moins attachés. Sachant qu'il venait de Dieu, a et qu'il était la parole de vie ,)> ils raccompagnèrent jusqu'à la fin, quoiqu'il leur eût laissé la liberté de se retirer s'ils le jugeaient à propos. Ce fut un de ses apôtres qui le trahit ; après cela il n'y a pas lieu d'être surpris que son apôtre ait été abandonné par un Phygellus, un Hermogène, un Philétus, un Hymenée.

Nous nous étonnons de voir ses églises abandonnées de quelques personnes ; mais ce que nous souffrons à l'exemple de Jésus-Christ est ce qui montre que nous sommes chrétiens. «Ils sont sortis d'entre nous, dit son disciple bien-aimé, mais ils n'étaient pas des nôtres. S'ils en eussent été , ils seraient demeurés avec nous ^ D

IV. Souvenons-nous des oracles du Seigneur et de ses apôtres , qui en nous prédisant qu'il y aurait des hérésies "^9 nous ont ordonné de les fuir. Et comme nous ne sommes pas troublés parce qu'il y en a, nous ne devons pas être surpris des suites qu'elles ont , et pour Içsqodles' il nous est recommandé de les fuir. Le Seigneur nous avertit «qull viendra un grand nombre de loups ravissans sous des peaux de brebis ^.» Quelles sont ces peaux de brebis, sinon les dehors du christianisme P Quels sont ces loups ravissans, sinon des esprits trompeurs, qui se tiennent cachés pour ravager le troupeau de Jésus-Christ? Qui sont les faux prophètes, sinon les docteurs de l'erreur^ ? Qui sont les faux apôtres, sinon des corrupteurs de l'Ëvangile ?? Qui sont les antechrists à présent et dans tous les temps, sinon des hommes rebelles à Jésus- Christ^? Il y a actuellement des hérésies qui n'infectent pas moins l'Église du venin de leurs erreurs que l'antechrist ne la déchirera un jour par les cruautés inouïes de la persécution; avec cette différence que la persécution fait des

^ Mat(., 15, 19 et 3.

• ,îoan., e. — ' Ih., 2. — M. Cor., 2. — » Mattb., 7.

• Jh., 7. - ' 11. Cor., 2 — • 1. Joan., 2.

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martyrs, et que rhérésie ne fait que dc$ apostats.

Il follail, selOQ Tapôtre, qu'il y eût des hérésies I pour faire connaître ceux qui sont h répreuve et des Fureurs de la persécution et de la séduction de l'hérésie; car saint Paul n*appelle pas a hommes à Tépreuve » ceux qui abandonnent la foi pour l'hérésie, quoiqu'ils s'efforcent d'interpréter en leur faveur un autre texte du même apùtre qui dit : « Examinez tout , et gardez ce qui est bien ^.» Gomme si, après avoir mal examiné, on ne pouvait pas se tromper en choisissant ce qui est mal.

V. Si Tapôtre s'élève contre les schismes et les divisions, qui sont sans contredit des maux, et si immédiatement après il leur joint les hérésies, il témoigne par là qu'il les regarde comme un mal et un mal plus considérable, puisqu'il croit qu1l y a des schismes et des divisions, parce qu'il sait «qu'il faut qu'il y ait même des hérésies. » La perspective d'un plas (^nd mal lui en rend un plus léger vraisemblable. Il prend de là occasion d avertir qu'il ne faut pas se laisser trouliler par les plus fortes tentations , dont le but est de faire connaître les vertus à l'épreuve, celles que Thérésie n'a pu ébranler. Enfin si le passage de l'apùtre ne tend qu'à maintenir l'union et à éteindre toutes les divisions, et si les hérésies ne sont pas moins contraires à l'union que les schismes ; il s'ensuit manifestement que l'apôtre range les hérésies et les schismes dans la même classe, et qu'il est bien éloigné par conséquent de regarder comme dej( hommes à l'épreuve ceux qui se sont séparés par l'hérésie ; d'autant plus qu'il condamne toute séparation, et qu'il recommande de parler et de penser tous de même, ce que ne permet point Thérésie.

VI. Ne nous arrêtons pas davantage sur ce sujet , puisque c'est le même apôtre qui , dans répttre aux Galates^, met l'hérésie au nombre des péchés de la chair, et conseille à Tite de « fuir tout hérétique après une première correction, parce qu'il est perverti et condamné par lui-même ^. » Dans presque toutes ses épitros saint Paul nous inculque qu'il faut éviter les fausses doctrines. Il désigne sons ce nom les hérésies, dont ces fausses doctrines sont le fruit.

» II. Cor., 2. — M. Thes8ul.. 5. — - Gai., 5. — « Til., 3.

Hérésie vient d'un mot grec ^ qui signifie choix, parce que l'hérétique choisit effectivement la doctrine qu'il invente ou qu'il ado|)te. C'est pourquoi Tapôtre dit que l'hérétique est condamné par lui - même ; car c'est de lui même qu'il a choisi la doctrine qui le fait condamner. Pour nous il ne nous est permis ni d'inventer ni de choisir ce qu'un autre aurait inventé. Nous avons pour auteurs les apôtres du Seigneur, qui eux-mêmes n'ont rien invente ni choisi, mais qui ont transmis fidèlement à l'univers la doctrine qu'ils avaient reçue de Jésus -Christ. Aussi quand un ange viendrait du ciel nous annoncer un autre Kvangile-, nous lui dirons anathème. Le Saint-Esprit nous avait prévenus que Fange séducteur^ transformé en ange de lumière obséderait la vierge Philumènc''. C'est lui dont les prestiges ont engagé Apelle à inventer une une nouvelle hérésie.

\ II. Ce sont là les doctrines des hommes et des démons, nées de la sagesse profane*^ pour charmer les oreilles curieuses ^. l^c Seigneur a traité cette sag(»scde folie', et a choisi ce qui est folie selon le monde, |)onr confondre la philosophie. Ia philoso|)liie qui entreprend témérairement de sonder la nature de la divinité et de ses décrets , a fourni matière à celle sagesse profane. C'est elle en un mot qui «i inspiré toutes les hérésies. De là viennent les Éons, et je ne sais quelles formes bizarres, et la trinité humaine de Valentin, qui avait été platonicien. De là le dieu bon et indolent de Âlarcion , sorti des sloicieas. Les épicuriens enseignent que lame est mortelle. Toutes les écoles de philosophie s'accordent à nier la résurrection des corps, la doctrine qui confond la matière avec Dieu est la doctrine de Zenon. Parle-t-on d'un dieu de feu ; on suit Heraclite. Les philosophes et les hérétiques traitent les mêmes si^ets, s'embarrassent dans les mêmes questions : « D'où vient le mal , et ponnpioi est-il.^ d'où vient l'homme, et comment?)) Et ce que Valentin a proposé depuis peu : «Quel est le principe de Dieu ?» A Tenjlcndre, c'est la pensée et un avorton.

Que je plains Aristote d'avoir inventé pour

« Ai?É(Ji:. — * Gai., 1. — = II. Cor., 11. * Fille d'Alexaiidrie, et l'oracio d'AprlIc, disciple de M an: ion.

5 CoNw., 2. I. Tiin., 1. — « H. Tim., 4. - ' I.Cx)r., 1

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eux la dialectique, cet art de la dispute, également propre à détruire et à édifier, vrai Protée dans ses systèmes , bizarre dans ses conjectures et dans le choix de ses sujets, contraire à ellemême, sans cesse défaisant tout ce qu'elle vient de faire !

De là ces fables^, ces généalogies sans fin, ces questions oiseuses, ces discours qui gagnent comme la gangrène, contre lesquels veut nous prémunir Tapôtre, qui dans son épitre aux Golossiens avertit de se tenir en garde contre la philosophie ^.«Prenez garde que quelqu'un ne vous trompe par le moyen de la philosophie, et des discours séducteurs , selon la tradition des hommes , et contre la sagesse du Saint-Esprit.» Il avait été à Athènes, où il avait connu par lui-même cette sagesse profane , qui se vante d'enseigner la vérité qu'elle corrompt, et divisée en plusieurs sectes, qui sont, comme autant d'hérésies, ennemies jurées les unes des autres.

Mais qu'y a-t-il de commun entre Athènes et Jérusalem, l'Académie et l'Église , les hérétiques et les chrétiens ? Notre secte vient du portique de Salomon, qui nous a enseigné à chercher Dieu avec un cœur simple et droit. Â quoi pensaient ceux qui prétendaient nous composer un christianisme stoïcien, platonicien et dialecticien?

VIU. Nous n'avons pas besoin de curiosité après Jésus -Christ, ni de recherches après l'Évangile. Quand nous croyons, nous ne voulons plus rien croire au delà. Nous croyons même qu'il n'y a plus rien à croire.

Je viens à une objection dont les nôtres se servent pour autoriser leur curiosité, et les hérétiques pour nous embarrasser. Il est écrit, dit-on : « Cherchez et vous trouverez 3. p Faisons attention au temps dans lequel Jésus-Christ dit ces paroles : c'était dans les commencemcns de sa prédication, lorsque tout le monde doutait s'il était le Christ, lorsque Pierre n'avait pas encore déclaré qu'il le reconnaissait pour leFils de Dieu, lorsque Jean, qui eu était assuré, venait de mourir. C'est donc avec bien de la raison que Jésus-Christ disait: «Cherchez et vous trouverez,» lorsque, néiant pas encore connu, il fallait nécessairement le chercher.

• Tint., 1. Tit., 3. - » Coloss., 2. -- « ^j^if,^ 7

Au reste tout ceci regarde les Juift qui étaient à portée de chercher le Christ : « Us ont, disait-il lui-même. Moïse et Élie », » c'est-à-dire, la loi et les prophètes qui annoncent Jésus-Christ. C'est ce qu'il dit encore plus ouvertement ailleurs : «Consultez vos Écritures, dont vous espérez le salut, car elles parlent de moi 2 : » c'est-à-dire, «cherchez et vous trouverez.»

Il est évident que la suite du texte s'adresse aux Juifs : « Frappez et on vous ouvrira. » Autrefois les Juifs seuls étaient dans l'Église de Dieu , d'où ils furent chassés pour leur infidélité. Les gentils au contraire en étaient exclus à un très petit nombre près, qu'on peut comparer à une goutte d'eau ou à un grain de poussière. Or celui qui a toujours été dehors frappera-t-il où il n'a jamais été ? Connaît-il une porte où il n'a point été admis, par laquelle même il n'est jamais sorti? Mais celui qui a été introduit et chassé dans la suite, connaît la porte et peut y frapper.

Les paroles suivantes, «demandez et vous recevrez, » conviennent à ceux qui savaient à^i ils devaient demander, et qui avaient de lui des promesses: je veux dire le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob , que les gentils ne connaissaient pas plus que ses promesses. C'est pourquoi le Sauveur disait : c Je ne suis envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël '.t Il ne jetait pas encore aux chiens le pain des enfans ; il n'avait pas encore ordonné d*aller chez les gentils.

Ce ne fut qu'après sa résurrection quHl envoya ses disciples enseigner et baptiser tontes les nations^, après qu'ils auraient reçu le Saint- Esprit, qui devait bientôt leur apprendre toute vérité^, comme il arriva en effet. Si les apôtres, chargés d'enseigner les nations devaient avoir eux-mêmes le Saint-Esprit pour maître, il est bien certain que ces paroles, «cherchez et vous trouverez,» ne nous regardaient point, nous que les apôtres devaient venir chercher pour nous instruire, après avoir été instruits euxmêmes par le Saint-Esprit. A la vérité toutes les paroles de Notre-Seigneur sont pour tous : des Juifs qui les ont entendues elles sont venues jusqu'à nous. Mais comme pour l'ordinaire elles

* Luc, 16. — * Joan., o. — « Matt., 15. « Jb., 28. — « Joan , 14.

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les regardent directemcat, elles renfemient iDo'ms des leçons pour nous que des exemples.

IX. Je veux bien ne pas faire valoir tons mes «'.vantages; supposons que ces paroles, «cheriliez et vous trouverez , » s'adressent à tout le monde; on conviendra cependant qu'il faut lonsulter la raison pour en découvrir le vérilible sens. Pour pénétrer les oracles divins, il ne faut pas s'arrêter à la terre : il est nécessaire d'en approfondir l'esprit et l'énergie.

Je commence par poser un principe trèslumineux : c'est que Jésus- Christ a enseigné pour tous les peuples un symbole de foi fixe et invariable, que tout le monde est obligé de croire, et qu'on doit chercher par conséquent pour le trouver et le croire. Mais ce symbole unique et invariable ne demande point des recherches infinies. Cherchez jusqu'à ce que vous trouviez, croyez quand vous aurez trouvé : alors il ne vous reste plus qu*à garder ce que vous croyez ; pourvu cependant que vous croyiez que vous n'avez rien de plus à chercher ni à croire, dès que vous avez trouvé, et que vous croyez ce qu'a enseigné celui qui vous défend de rien chercher au delà.

Si quelqu'un est incertain de ce que Jésus- Christ a enseigné, on lui démontrera que la doctrine de notre divin maître ne se trouve que chez nous. Assuré de la force de mes preuves , et craignant que certaines personnes ne donnent une interprétation arbitraire et déraisonnable à ces paroles, «cherchez et vous trouverez,» je les préviens quelles n'ont rien à chercher au delà de ce qu'elles ont cru devoir chercher.

X. Au reste, toute cette discussion peut se réduire à trois points ; la chose même, ou l'objet des reciierches; le temps, ou quand il fout chercher; le terme, ou jusqu'à quand. Il faut chercher ce que Jésus-Christ a enseigné, tant que vous n'avez pas trouvé, et jusqu à ce que vous trouviez. Vous avez trouvé quand vous avez cru , car vous n'auriez point cru si vous n'aviez pas trouvé. Comme vous n'avez cherché que pour trouver, vous ne trouvez que pour croire; en croyant , vous mettez fin à toutes vos recherches ; le fruit même de vos recherches , quand vous l'avez recueilli.vous avertitde vous arrêter. Voilà aussi le terme que vous a marqué celui (|ui vous ordomie de ne croire, et par consé

quent de ne chercher que ce qu'il a enseigné.

Mais si par la raison que les uns ont enseigné une chose, les autres une autre, nous voulons chercher tant que nous pourrons trouver, il faut nous attendre à chercher toujours et à ne croire jamais. Oui , quel sera le terme de mes recherches et de mes découvertes , le point fixe de ma croyance ? Chez Marcion ? Mais >'alentiu me crie de son côté : « Cherchez et vous trouverez. j> Chez Valentin ? Apelle me tient le même langage. Ébiou, Simon , tous en un mot emploient le même artifice pour m'attirer à leur parti. Je ne pourrai donc me fixer nulle part, tant que je suivrai tous ceux qui me crieront : « Cherchez et vous trouverez ; » comme si je ne pouvais trouver en aucun lieu , en aucun temps, ce que Jésus -Christ a enseigné, ce qu'il faut chercher, ce qu'il est nécessaire de croire.

XI. C'est sans conséquence qu'erre ainsi de côté et d'autre quiconque n'abandonne rien : ou a droit seulement de lui reprocher ses courses vagabondes. ]\lais si j ai cru ce que je devais croire en effet, et qu'après cela je m'imagine que je dois chercher encore, j'espère donc trouver quelque chose de plus ; or je ne puis l'espérer que parce qu'avec l'air de croire, je ne croyais pas réellement, ou parce que j'ai cessé de croire. Mais si je renonce à la foi me voilà apostat; en un mot, si je cherche, c'est que je n'ai pas encore trouvé , ou que j'ai perdu. Cette femme de TËvangiie avait perdu une de ses dix drachmes : c'est pourquoi elle la chercliait. Mais Ta-t-elle trouvée , clic met fin à ses recherches ^ Un homme n'avait pas de pain : c'est pour cela qu'il frappait à la porte de son voisin. Dès qu'on lui a ouvert, et qu'on lui a donné ce qu'il demandait, il cesse de frapper-. Une veuve sollicitait une audience de son juge, qui refusait de l'entendre : dès qu'elle l'a obtenue, elle demeure tranquille^. Tant il est vrai qu'il doit y avoir un terme à tout, soit qu'on cherche, qu'on frappe, ou qu'on demande. Car «on donnera à celui qui demande, dit Jésus- Christ; on ouvrira à celui qui frappe, et quiconque cherche trouvera ^.»

Faites-y attention, vous qui cherchez tou*

» Luc, IG. - * Luc, 11.— 5 Jb., 18.

«MaU.,7. Luc, 11.

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jours sans trouver, vous cherchez où Ton ne trouve point ; vous qui frappez toujours sans qu'on ouvre , vous frappez où il n'y a personne; vous enfîn qui demandez sans qu'on vous accorde , vous demandez à qui ne peut rien accorder.

XII. Pour nous , quand il nous faudrait chercher encore, quand il nous faudrait chercher toujours, où chercherions -nous? Chez les hérétiques , où tout est étranger, tout est opposé à la vérité chrétienne , et avec qui il nous est défendu de communiquer? Quel est le serviteur qui attend sa nourriture d'un étranger, pour ne pas dire de Tennemi de son maître ? Et quel est le soldat, si ce n'est un déserteur, un transfuge, un rebelle, qui va demander sa solde ou une gratification à un prince qui n'est point allié du sien , à un prince ennemi ? Cette femme cherchait sa drachme, mais dans sa maison ; cet homme frappait, mais à la porte de son voisin ; cette veuve sollicitait un juge dur, à la vérité, mais après tout qui n'était pas ennemi. Que peut-on édifier avec ceux qui ne savent que détruire? Quelles lumières espérer, où tout est ténèbres ? Cherchons donc chez nous et parmi les nôtres , mais seulement ce qui peut tomber en question , sans blesser la règle de la foi.

XIII. Or, voici la règle ou le symbole de notre foi ; car nous allons faire une déclaration publique de notre croyance. Nous croyons qu'il n'y a qu'un seul Dieu, auteur du monde, qu'il a tiré du néant , par son Verbe engendré avant toutes les créatures. Nous croyons que ce Verbe qui est son Fils est apparu plusieurs fois aux patriarches sous le nom de Dieu, qu'il a toujours parlé par les prophètes ; qu'il est descendu par l'opération de l'Esprit de Dieu le Père, dans le sein de la Vierge Marie, où il s'est fait chair ; qu'il est né d'elle, que c'est Notre-Scigneur Jésus-Christ qui a prêché la loi nouvelle et la promesse nouvelle du royaume des cienx. Nous croyons qu'il a fait plusieurs miracles; qu'il a été crucifié; qu'il est ressuscité le troisième jour après sa mort ; qu'il est monté aux cieux, où il est assis à la droite de son Père ; qu'il a envoyé à sa place le Saint-Esprit, pour éclairer et conduire son Ëglise; enfin qu'il viendra avec un grand appareil pour mettre les saints en possession de la vie éternelle et de la béatitude céleste, et pour condamner les médians au feu

éternel, après avoir ressuscité les corps des uns et des autres.

XIV. Voilà la règle de foi que Jésus- Christ nous a donnée, comme nous le prouverons , et sur laquelle il n'y a jamais parmi nous de disputes , sinon celles qu'élève l'hérésie , ei qui foat les hérétiques. Non, elle ne doit jamais souffrir d'atteinte, quoi que vous cherchiez, quoique vous discutiez, quelque essor que vous ^ donniez à votre curiosité. Mais si quelque chose ^ vous parait obscur ou équivoque, vous avez de * vos frères qui ont reça le don de la science, qui ont été instruits par des docteurs consommés; vous en avez qui, curieux comme vous, chercheront avec vous. Enfin, si vous savez ce que vous devez savoir, il vous est plus avants- ' geux d'ignorer le reste , de peur d'apprendre ce , que vous ne devez point savoir. Jésus - Christ t a dit :« Votre foi vous a sauvé ^,» et non pu l'examen et la discussion des Écritures. La M consiste à ne pas se départir de la règle. La M qui l'ordonne est formelle, et le salut est atta- > ché à l'observation de la loi: la discussion vient de la curiosité , et aboutit à la stérile gloire de > passer pour docte. Que la curiosité cède à la foi , la vaine gloire au salut ; ou qu'ils se tiennent tranquilles, ou du moins qu'ils nous laissent tranquilles. Ne rien savoir contre la règle, c'est tout savoir.

Quand même les hérétiques ne seraient pas les adversaires de la vérité , quand même noos ne serions pas avertis de les fuir, que pent-on apprendre en conférant avec des hotnmes qui conviennent qu'ils cherchent encore? S'ils cherchent sérieusement, ils n'ont donc rien trouvé de certain : et ils montrent bien par là oombien peu ils comptent sur ce qu'ils se vantent d*avoir trouvé. Vous qui cherdiez de votre o6Cé, si vous vous adressez à des gens qui cherchent aussi; irrésolu, incertain, aveugle, vous sera infailliblement conduit dans le précipice par des hommes également irrésolus, incertains et aveugles.

Mais lorsqu'ils font semblant de chercher, dans la vue de vous jeter dans l'inquiétude et de vous insinuer leurs erreurs , après vous avoir attirés par cet artifice; lorsque vous les voyez défendre opiniâtrement ce qu'ils disaient aopa-

' Mal t., 9.

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ravant qu'il fellait encore chercher, déclarezleur que vous êtes déterminés à renoncer à eux plutôl qu'à Jésus-Christ: car puisqu'il cherchent encore, ils n'ont donc pas trouvé : ils ne croient pas, ils ne sont pas chrétiens. Mais lorsqu'ils croient, et qu1ls disent qu'il Faut encore chercher, pour défendre leur sentiment ; avant de le défendre, ils le désavouent donc, puis(|u ils confessent qu'ils ne croient pas encore, tandis qu*ils cherchent. Ils ne sont donc pas chrétiens de leur propre aveu. Le seraientils pour nous? avec tant de fausseté, quelle foi peuvent -ils avoir? emploient-ils le mensonge pour faire recevoir la vérité?

XV. Mais, dit-on, ils ne s'appuient que sur les Écritures; ils ne prétendent nous convaincre que par les Écritures : comme si on pouvait rien prouver sur les matières de la foi que par les livres de la foi. Nous voici arrivés à ce qui esl proprement lobjer de cet ouvrage : c'est à quoi tendait le préambule qu'on vient de lire. Mous allons attaquer nos adversaires dans le poste même d où ils nous défient. Leur audace ù s'armer des Écritures en îm))ose d'abord à quelques personnes : dans le combat ils fatiguent les plus forts ; il triomphent des faibles ; ils ébranlent les autres. C'est pourquoi nous les arrêtons dès le premier pas , en soutenant qu'ils ne sont point du tout recevables ù disputer sur les Écritures. C'est là leur arsenal ; mais avant qu'ils puissent en tirer des armes, il fout examiner à qui appartiennent les Écritures , pour ne pas les laiser usurper à ceux qui n'y ont aucun droit.

XVI. On pourrait croire que je parle de la sorte par défiance de ma cause, ou dans la crainte d'engager le combat, si je n'avais pour moi de fortes raisons, et surtout l'autorité de Tapùtre, qui doit être notre règle en ce qui regarde la Foi. H nous recommande d'éviter les questions inutiles, les nouveautés profanes^, et de fuir l'hérétique, «après une réprimande, et non après la dispute ^. » Il interdit tellement la dispute, qu'il ne permet d'aller trouver l'hérétique pour le réprimander, et cela une seule fois ; sans doute parce qu'il n'est pas chrétien, et qu'on ne doit pas lui faire plusieurs réprimandes, ni en présence de deux ou trois té-

• 1. Tiiu., U. 11. Tim., 2. - - Tit., 3

moins , comme à un chrétien. Cest par la raison même qu'on ne doit pas disputer avec lui qu'il est ordonné de le réprimander. D'ailleurs la dispute sur les Écritures n'est bonne qu'à épuiser la tête et les poumons.

XVH. L'hérésie rejette certains livres des Écritures, et ceux qu'elle retjoit comme canoniques, elle ne les reœit pas entiers; elle les altère et par ce qu'elle en retranche et par ce qu'elle y ajoute pour les plier à son système. Ceux qu'elle reçoit entiers, elle les pervertit encore par les interprétations qu'elle imagine ; car il est également contraire à la vérité d'altérer le sens ou le texte. L'audacieux novateur n'a garde de reconnaître ce qui le confond ; mais il cite avec affectation tout ce qu'il a falsifié, et les passages obscurs dont il abuse. Tout versé que vous êtes dans la science de l'Écriture, qu'espérez-vous gagner par la dispute? Tout ce que vous avancerez, il le niera opiniâtrement, tandis qu'il soutiendra tout ce que vous nierez ; d'une pareille conférence vous ne remporterez que beaucoup de fatigue et d'indignation.

XVIII. Celui pour qui vous vous étiez engagé dans cette discussion des Écritures, et dont vous prétendiez dissiper les doutes, se tournera-t-il du côté de l'erreur ou de la vérité? Surpris que vous n'ayez eu aucun avantage marqué ; que de part et d'autre on ait nié et affirmé également, et qu'on soit resté au même point où on en était, il vous quittera peut-être encore plus indécis qu'auparavant, sans pouvoir juger où est l'hérésie. Rien de plus aisé (jue de rétorquer tout ce que nous avons dit. L'hérétique ne se fera pas scrupule d'assurer que c'est nous qui corrompons VÉcriture et l'interprétons mal, et que lui seul défend la cause de la vérité.

XIX. Il ne faut donc pas en appeler aux Écritures ni hasarder un combat où la victoire sera toujours incertaine, du moins le paraîtra. Mais quand même ce ne serait point h\ fissuc de toutes les disputes stir l'Écriture, l'ordre des choses demanderait encore qu'on commençât par examiner ce qui va nous occuper: à qui appartiennent les Écritures et la foi, de qui est-elle émanée, par qui, quand, et â qui a été donnée la droctrine qui fait les chrétiens ; car où nous verrons la vraie foi , la vraie doctrine du chrisliunisme, là indubitablement bc IrouNcul aubbi les vraicb Écritures , Icb vraies

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interprétations, les vraies traditions chrétiennes.

XX. Quel que puisse être Notre -Seigneur Jésus-Christ (quïl me permette de parler ainsi dans ce moment): quel que soit le Dieu dont il est le Fils ; quelle que soit la nature du Dieu- Homme, la foi dont il est Fauteur, la récompense qu'il promet ; lui-même , tandis qu'il était sur la terre, soit dans ses discours au peuple, soit dans ses instructions particulières à ses disciples , il a enseigné ce qu'il était , ce qu'il avait été, les volontés de son Père, dont il était chargé , et ce qu'il exigeait des hommes. Parmi ses disciples , il en choisit douze pour l'accompagner et pour devenir dans la suite les docteurs des nations. L'un d'entre eux ayant été retranché de ce nombre, il commanda aux onze autres, lorsqu'il retourna à son Père après sa résurrection, d'aller enseigner toutes les nations, et de les baptiser au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Aussitôt après, les apôtres (ce nom signifie envoyés) ayant choisi Matthias, sur qui tomba le sort, pour remplacer le traître Judas, selon la prophétie de David', et ayant reçu avec le Saint-Esprit qui leur avait été promis le don des langues et des miracles, ils prêchèrent la foi en Jésus-Christ, et ils établirent des Ëglises, d'abord dans la Judée; ensuite s'étant partagé l'univers, ils annoncèrent la même foi et la même doctrine aux nations, et fondèrent des Églises dans les villes.

C'est de ces Églises que les autres ont emprunté la semence de la doctrine , et qu'elles l'empruntent encore tous les jours , à mesure qu'elles se forment. Par cette raison on les compte aussi parmi les Ëglises apostoliques, dont elles sont les filles. Tout se rapporte nécessairement à son origine ; c'est pourquoi un si grand nombre d'Églises , si considérables, sont censées la même Église , la première de toutes, fondée par les apôtres, et la mère de toutes les autres. Toutes sont apostoliques, toutes ensemble ne font qu'une seule Église, par la communication de la paix , la dénomination de frères , et les liens de l'hospitalité qui unissent tous les fîdèles. Tout ce que nous venons de dire a pour base l'unité de la foi €t de l'enseignement, que prouvent toutes ces Églises.

XXI. Voici comme nous tirons de là notre seconde prescription. Si Noire-Seigneur Jésus- Christ a envoyé ses apôtres pour prêcher, il ne faut donc point recevoir d'autres prédicateurs; parce que personne ne connaît le Père que le Fils, et ceux à qui le Fils la révélé, et parce que le Fils n'a révélé qu'aux apôtres , envoyés pour prêcher ce qu'il leur a révélé.

Mais qu'ont prêché les apôtres, c'est-à-dire que leur a révélé Jésus-Christ ? Je prétends , fondé sur la même prescription , qu'on ne peut le savoir que par les Églises que les apôtres ont fondées , et qu'ils ont instruites de vive voix , et ensuite par leurs lettres. Si cela est , il est incontestable que toute doctrine qui s'accorde avec la doctrine de ces Églises apostoliques et matrices , aussi anciennes que la foi , est la véritable, puisque c'est celle que les Églises ont reçue des apôtres, les apôtres de Jésus-Christ, Jésus-Christ de Dieu; et que toute autre doctrine par conséquent ne peut être que fausse, puisqu'elle est opposée à la vérité des Églises, , des apôtres , de Jésus-Christ et de Dieu.

Il ne nous reste qu'à démontrer que notre doctrine , doat nous avons présenté plus haut l'abrégé, vient des apôtres, et que par une conséquence nécessaire, toutes les autres sont fausses. Nous communiquons avec les Ëglîsek apostoliques, parce que notre doctrine ne diffère en rien de la leur : voilà notre démonstration.

XXII. Mais comme elle est si claire et si précise qu'elle ne laisse rien à répliquer, quand elle a été mise dans tout son jour, avant de le faire, écoutons ce que peuvent opposer nos adversaires pour affaiblir cette prescription. Ils ont coutume de faire deux objections contradictoires, mais tout aussi extravagantes Tune que l'autre. «Les apôtres n'ont pas tout su. Les apôtres ont tout su, sans doute, mais ils n^ont pas pour cela tout enseigné à tous.»

C'est donc Jésus-Christ même qu ils accusent d'avoir choisi ses disciples ou peu instruits, ou peu fidèles. Mais quel est l'homme sensé qui pourra soupçonner d'ignorance les disciples da Seigneur, qu'il avait donnés pour maîtres à l'univers, qu'il avait eus dans sa compagnie tous les jours de sa vie mortelle, à qui il expliquait en particulier tout ce qui avait besoin d'éclaircissement, leur disant qu'il leur était

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accordé de pénétrer des secrets inaccessibles & la multitude ? Qu*est-ce qui a pu être caché à Pierre , ainsi appelé , parce que sur lui , comme sur la pierre fondamentale, fut bàlie I^Église; à Pierre qui avait reçu, avec les clefs du royaume des cieux,le pouvoir de lier et de délier, tant dans les cieux que sur la terre? Qu'est-ce qui a pu être caché à Jean, le disciple bienaimé, sur le sein de qui le Sauveur se reposait, à qui seul il montra le traître Judas, et qu'enfin il substitua à lui-même, pour tenir lieu de fils à Marie? Qu'aurait voulu cacher Jésus- Christ aux trois apôtres, à qui il avait fait voir sa gloire , Moïse et Ëlie , et à qui il avoit fait entendre du ciel la voix de son Père; non pas qu'il rejetât les autres, mais parce que «le témoignage de trois personnes suffit pour constater un fait ^ »? Enfin ceux à qui il avait daigné expliquer toutes les Écritures , dans le chemin même, après sa résurrection, ont -ils pu rien ignorer?

Il est vrai que le Sauveur avait dit auparavant à ses apôtres : « J'aurais encore à vous parler de bien des choses ; mais vous ne pouvez pas les portera présent 3. » Mais aussi il ajouta : tt Lorsque l'esprit de vérité sera venu, il vous enseignera lui-même toute vérité. » Il marquait clairement par là qu'ils n'ignoreraient plus rien lorsqu'ils seraient remplis de FEsprit saint qu'il leur promettait. Il ne manqua pas d'accomplir sa promesse. Les Actes des apôtres nous apprennent la descente du Saint-Esprit sur les apôtres ^. Ceux qui ne reçoivent pas ce livre ne peuvent se vanter d'avoir été instruits par le Saint-Esprit , puisqu'ils ne reconnaissent point que le Saint-Esprit ait élé envoyé aux fidèles. Ils sont même hors d'état de défendre l'Ëglise, puisqu'ils ne sauraient prouver quand ni comment elle fut établie. Mais ils aiment mieux s'ôter à eux-mêmes les preuves des vérités qu'ils conservent, que d'en fournir d'invincibles contre les erreurs qu'ils y ont mêlées.

XXIIL Ils objectent, pour prouver cette prétendue ignorance des apôtres, que Pierre et tous ceux qui l'accompagnaient furent repris par Paul. «C'est une preuve sans réplique, disent-ils , et que les premiers ignoraient quelque chose , et que d autres dans la suite eurent des

» Mauh., 18. — * Joau., 16. — « Aci. apost., 2.

connaissances plus étendues, tels que Paul, qui en conséquence reprit ses anciens. »

Mous pourrions leur répondre : Puisque vous rejetez les Actes des apôtres, il vous faudrait d'abord montrer qui est ce Paul , ce qu'il était avant son apostolat, et comment il y est parvenu , d'autant plus que vous vous prévalez de son autorité pour bien d'autres choses. Que Paul atteste que de persécuteur il est devenu apôtre , cela ne suffit point pour quiconque ne croit qu'après un mûr examen. Le Sauveur luimême n'a pas voulu en être cru sur son témoignage.

Mais qu'ils croient, j'y consens, sans l'autorité des Écritures, pour croire contre les Écritures : il ne leur servira de rien d'alléguer que Pierre a été repris par Paul «s'ils ne prouvent en même temps que Paul a introduit un Évangile différent de celui de Pierre et des autres apôtres ^ Bien loin de là, Paul, de persécuteur changé en apôtre, est conduit et présenté aux frères , comme un d'entre eux , par les frères mêmes qui avaient reçu la doctrine et la foi des apôtres : ensuite il va à Jérusalem , comme il le raconte lui-même, pour voir Pierre ^ : c'était à la fois son droit et son devoir, comme collègue de Pierre dans le ministère de la prédication du même Évangile ; car les fidèles sans doute n'auraient pas vu avec tant d'éton* nement le persécuteur devenu prédicateur s'il eût prêché un Évangile contraire au leur. Ils n'auraient pas non plus glorifié Dieu de ce que son ennemi Paul était venu parmi eux. Ils ne lui auraient pas donné la main en signe d'amitié , d'union et de conformité de scntimens. Et s'ils partagèrent les fonctions du ministère entre Pierre et Paul , ce n'était pas que les deux apôtres dussent prêcher deux Évangiles différens , mais pour qu'ils prêchassent le même & diffërens peuples, Pierre aux Juif^ , Paul aux gentils.

Au reste, si Pierre a été repris de ce qu'après avoir vécu avec les gentils, il s'en séparait par respect humain, c'était une faute de conduite, et non pas une erreur dans la doctrine. Aussi n'annonçait-il pas un autre Dieu que le Créateur, un autre Christ que le fils de Marie, une autre espérance que la résurrection.

« Gai., 1. — * Gai., 2.

TERTULLIEN

XXIV. Je n^aspîre pas assurément à la gloire; pour parler plus juste, je n'aurai pas la témérité de faire combattre ensemble deux apôtres: mais comme nos adversaires ne nous objectent cette réprimande de Paul que pour rendre suspecte la doctrine de Pierre, je répondrai, pour celui-ci, que Paul lui-même^ a dit qu'il s'était lait tout à lous, Juif pour les Juifs, gentil pour les gentils , afin de les gagner tous. Ainsi les apôtres , eu égard aux motifis , aux circonstances des temps et des personnes, blâmaient certaines choses, qulls faisaient euxmêmes dans des circonstances différentes. Pierre aurait pu reprendre à son tour Paul de ce que défendant la circoncisipn il avait cependant fait circoncire Timotbée. C'est à ceux qui jugent les apôtres à peser toutes ces considérations. Du moins on accordera que Pierre et Paul furent réunis dans le martyre.

Quoique Paul, ravi au troisième ciel, y ait appris de grands mystères^, cela n'a pu apporter de changement dans sa prédication, puisqu'ils étaient de nature à n'être révélés à personne. Si cependant ils sont venus à la connaissance de quelqu'un, et que des hérétiques se vantent de les soutenir, il faut aussi qu'ils conviennent que Paul a violé le secret , ou qu'ils nous fassent voir quelque autre ravi au ciel depuis qui ait çu permission de publier ce qu'il était ordonné à Paul de taire.

XXV. Mais, comme nous l'avons dit, c'est une égale folie, en avouant que les apôtres n'ont rien ignoré, et qu'ils n'ont pas prêché de doctrines opposées, de prétendre cependant qu'ils n'ont point communiqué à tous tout ce qu ils savaient; mais qu'ils ont enseigné certaines choses publiquement et à tout le monde , et d'autres en secret et à un petit nombre de personnes seulement. On se fonde sur ce que Paul a dit à Timotbée : « Gardez le dépôt ^ ; » et ailleurs : ;< Gardez le précieux dépôt^. » Mais quel est ce dépôt secret qu'on prétend renfermer une doctrine nouvelle ? Est-ce le précepte dont il dit : «Je vous recommande ce précepte, mon fils Timotbée ^ ; » ou cet autre dont il parle en ces termes : « Je vous recommande devant Dieu ^, qui donne la vie à tout, et devant Jésus-Christ ,

•I.Cor.,9.~ > n. Cor., 12.-M.Tiin ,0..

* I. Tim., 1.^ M. Tim., 0

Ml.Tiiii.,2.

qui a rendu sous Ponce Pilate un témoignage éclatant à la vérité, de garder ce précepte ?»

Mais quel est donc ce précepte ? U est aise de voir par ce qui précède et ce qui suit qu'il ne s'agit nullement de je ne sais quelle doctrine cachée ; que l'apôtre insiste au contraire sur lobligation de n'en pas recevoir d'autre que celle qu'il avait apprise à son disciple , et sans doute en public, «en présence d'ua grand nombre de témoins >,» dit-il. Peu nous importe que, selon nos adversaires, il n'entende point l'Église par ce grand nombre de témoins : il nous suffit que ce qui se dit devant un grand nombre de témoins n'est rien moins que secret Et quand Paul recommande à Timotbée «de confier ce qu'il a entendu de lui à des hommes fidèles, et capables d'en enseigner d'autres^», il ne saurait non plus désigner par là unËvangile secret, puisque c'est devant plusieurs témoios . qu'il a parlé à son disciple 3. Du reste, ce nest pas sans raison qu'il avertit ceux à qui il commet le ministère de l'Évangile de s'en acquitter avec discernement et avec prudence , pour ne * pas, selon la parole de Jésus-Christ, adoniier les choses saintes aux chiens, et jeter les perles * devant les pourceaux^.»

XXVI. Jésus- Christ parlait en public, et n^a jamais demandé qu'on tint secret aucun artidç de sa doctrine : il disait au contraire à se^ dj|ciples : « Ce que vous entendez en p^rtici](lie]r et dans les ténèbres, prêchez-le au çranà JQW et sur les toits ^. j> Il donnait à entendre la même chose dans une parabole , « qu'il ne fallait oas enfouir une mine^,» c'est-à-dire cacher sa parole, au lieu de lui faire porter du fruit II remarquoit, «qu'on ne mettait point la lumière sous un boisseau, mais sur le chandelier, pour éclairer toute la maison. » Les apôtres n^auraient point entendu tout cela, ou n'en auraient tenu aucun compte, s'il était vrai qu'ils eussent caché une partie de la lumière, c'est-à-dire de la parole de Dieu et de TËvangile. Ils ne redoutaient ni la fureur des Juifs , ni celle des paiîens Et comment n'eussent-ils pas parlé libreoient dans l'église, tandis qu'ils parlaient avec tant

» I. Tim., 6. — ^ II. Tim., 2.

c Voyez, la \\^ épttre à Timolhée, c. 2. ;. ♦ Mallb ,7.-5 Matth., 10.

^'Anciciiiio inoniiaie grecque du poids dcccntdrachuic» at tiques, selou IMiiie.

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de hardiesse au milieu des synagogues et dans tous les lieux publics? Jamais ils n'auraient converti les Juifs ni persuadé les païens slls ne leur eussent expliqué avec ordre et avec clarté la religion qu'ils leur annonçaient. On n'imaginera pas non plus qu'ils aient caché aux églises qui croyaient déjà les dogmes qu'ils confiaient en secret à un petit nombre de personnes. Quand même ils auraient tenu des con- Krences particulières sur la foi , il est contre toute vraisemblance qu'on y enseignât un symbole de foi différent de celui qu'ils avaient enseigné publiquement; qu'ils annonçassent un Dieu dans l'église , et un autre Dieu dans les maisons; un Christ en public, et un autre Christ en secret : une résurrection pour la multitude, et une résurrection particulière pour quelques personnes choisies. Les apôtres, dans leurs épîtres, ne recommandent-ils pas instamment aux fidèles de tenir tous un seul et même langage, sans souffrir jamais de schisme ni de division, parce que tous les ministres de l'Évangile, soit Paul ou tout autre, enseignaient absolument la même doctrine? Us se souvenaient du précepte de leur divin Mailre : « Dites, cela est, cela n'est pas, oui ou non : ce que vous ajouteriez de plus vient d'un mauvais principe ^» Il voulait qu'il régnât une parfaite uniformité dans leur enseignement.

XXVU. Il n'est donc pas croyable que les apûtres aient ou ignoré ou caché quelque chose de la doctrine qu'ils étaient chargés de prêcher: mais peut-être que les Églises ne l'auront pas entendue; car il n'est point de chicanes auxquelles nous ne soyons exposés de la part des hérétiques. Il est certain, disent-ils, que les Églises ont été reprises par l'apôtre. «O Galates insensés! s'écrie-t-il, qui vous a donc aveuglés.^... Vous couriez si bien, qui vous a arrêtés^ ?» Et dès le début de l'éptlre : « Je m'étonne que vous ayez abandonné sitôt celui qui vous a appelés à sa grâce pour suivre un autre Évangile^.» 11 écrit aux Corinlhiens , «qu'ils sont encore charnels^; que c'est pour cela qu'il ne leur donne que du lait, et qu'ils ne sont pas en état de prendre une nourriture solide; qu'ils se flattent de savoir quelque

» Matlh., 15. - * Gai., 3, 5. — « 76., 5. * I. Cor., 3, 8.

chose , tandis qu'ils ne savent pas même comment il faut savoir. »

Nous convenons que ces Églises ont été reprises ; mais n y a-t-il pas lieu de présumer qu'elles se sont corrigées ? D'ailleurs, nous les voyons ai^ourd'hui unies de communion avec les Églises dont l'apôtre loue la foj, la science et la conduite, et pour lesquelles il rend grâces à Dieu.

XXVIU. Supposons, si vous voulez, que toutes les Églises se soient trompées ; que l'apôtre lui-même se soit trompé en leur rendant témoignage ; que le Saint-Esprit n'ait eu soin d'instruire de la vérité aucune des Églises, lui que Jésus-Christ avait envoyé, avait demandé à son Père pour être le docteur de la vérité ; supposons que le ministre de Dieu , le vicaire de Jésus -Christ, ait oublié totalement les fonctions qu'il avait h remplir, laissant les Églises croire et entendre toute autre chose que ce qu'il avait enseigné lui-même par l'organe des apôtres : est- il vraisemblable que tant et de si nombreuses Églises se soient réunies pour la même erreur ? Où doit se rencontrer une diversité prodi(;ieuse, la parfaite uniformité ne saurait régner ; l'erreur aurait nécessairement varié. Non , ce qui se trouve le même parmi un très-grand nombre n'est point erreur, mais tradition. Qui osera faire remonter l'erreur à la source de la tradition ?

XXIX. IVlais de quelque part que vienne l'erreur, elle a donc régné jusqu'à ce qu'elle ait été détruite par l'hérésie. La vérité attendait donc que les marcionilcs et les valentiniens vinssent la délivrer! Cependant on prêchait mal, on croyait mal, tant de milliers de milliers étaient mal baptisés, tant d'œuvres de foi mal faites, tant de prodiges mal opérés, tant de dons surnaturels mal conférés, tant de sacerdoces et de ministres mal exercés, tant de martyrs enfin mal couronnes. Et si ce n'était ni mal ni en vain, comment donc pouvait-il y avoir une religion, un culte de Dieu, avant que Dieu fût connu des chrétiens , avant qu'on eût trouvé le Christ ? Comment l'hérésie existait-elle avant la véritable doctrine, puisqu'on toutes choses la vérité précède riinage, l'ombre suit le corps ? Mais quelle absurdité de prétendre que riiérésie est antérieure h la véritable doctrine , (lui nous a annoncé qu'il y aurait

TERTULLIEN

des hérésies, et qui nous avertit de les éviter !

C'est à l'Église, dépositaire de cette doctrine, qu'il est dit, ou plutôt c'est cette doctrine même qui dit à FÉglise : a Si un ange vient du ciel vous annoncer un autre Évangile que celui que je vous ai annoncé , qu'il soit anathème ^ »

XXX. Où était alors Marcion , ce pilote du Pont-Euxin, ce stoïcien zélé? Où était Valentin le platonicien? Car il est constant qu'ils vivaient il n'y a pas longtemps sous Antonin, et qu'ils professèrent la doctrine catholique dans l'Église romaine sous le pontificat de saint Éleulhère, jusqu'à ce que leur caractère inquiet et leurs opinions, qui séduisaient les fidèles, les firent chasser de l'Église par deux fois l'un et l'autre, et Marcion même avec deux cents sesterces qu'il avait apportés. Depuis ce moment ils répandirent plus que jamais le venin de leurs hérésies. Enfin Marcion ayant abjuré ses erreurs, on consentit à lui donner la paix, sous la condition qu'il accepta de ramener à l'Église ceux qu'il lui avait enlevés ; mais la mort ne lui en laissa pas le temps.

il fallait, nous le répétons, qu'il y eût des hérésies. Ce n'est pas à dire pour cela que l'hérésie soit un bien, comme s'il ne fallait pas qu'il y eût aussi du mal. Eh! «n'a-t-il pas fallu que Notre -Seigneur fût trahi? Cependant malheur au traître*-.» Qu'on n'essaie donc pas de justifier par là l'hérésie.

Pour en venir à Apelle, il est encore plus moderne que Marcion, qui fut son maître. Ayant eu commerce avec une femme, au mépris de la continence marcionienne, et ne pouvant pas soutenir les regards de son saint maître, il s'enfuit à Alexandrie. De retour quelques années après, sans s'être corrigé, à cela près qu'il n'était plus marcionite, il se laissa séduire par une autre femme. C'est cette Philumène, dont nous avons déjà parlé, qui devint ensuite une infâme prostituée : elle l'obséda à un tel point qu'il écrivit sous sa dictée des révélations. H y a encore des gens qui se souviennent d'avoir vu ces personnages : nous voyons même à présent leurs disciples et leurs successeurs ; de sorte qu'il n'est pas possible d'en imposer sur le temps où ils ont vécu. D'ailleurs, comme dit Notre-Seigneur, ils se

^Gal., 1.— 'Luc, 24;MaUh., 26.

font assez connaître par leurs œuvres : puisque Marcion a séparé le Nouveau Testament de l'Ancien, il est postérieur à ce qu'il a séparé, et qui était par conséquent uni avant la séparation, comme avant celui qui l'a faite.

De même Valentin, qui ne se contente pas d'interpréter singulièrement les Écritures, mais qui prétend les corriger, sous prétexte qu'elles étaient autrefois corrompues, reconnaît donc par là qu'elles existaient avant lui.

Je ne nomme que ceux-ci, comme les plus insignes faussaires. Quant à un certain Nigidius, à Hermogène et à tant d'autres, dont l'occupation unique est de pervertir, qu'ils produisent les titres de leur mission. S'ils prêchent un autre dieu que le nôtre, comment peuventils se servir contre celui-ci de son nom et de ses Écritures? si c'est le même, pourquoi le prêchent-ils autrement ? Qu'ils prouvent donc qu'ils sont de nouveaux apôtres ; que Jésus- Christ est descendu une seconde fois sur la terre; qu'il a de nouveau enseigné; que de nouveau il a été crucifié, est mort et ressuscité; que de plus, il leur a communiqué le pouvoir d'opérer les mêmes prodiges que lui-même : c'est à ces traits que nous reconnaissons les vrais apôtres de Jésus- Christ. Mais je ne dois pas taire les prodiges de ces nouveaux apôtres, malheureux imitateurs des apôtres de Jésus- Christ : ceux-ci rendaient la vie aux OHMts, et les autres donnent la mort aux vivans.

XXXI. Revenons à ce principe que la Térité a existé dès le commencement, et que reirenr n'est venue qu'après. Dieu sème d'abord le bon grain , et le diable , son ennemi , vient ensoite y mêler l'ivraie ^ Cette parabole désigne manifestement des doctrines opposées. La parole de Dieu , dans le même chapitre , est appelée semence. H suffit donc de faire attention â Tordre des temps pour conclure que ce qui a été enseigné le premier est vrai et divin, et que ce qui a été ajouté depuis est faux et étranger. Voilà ce qui confondra à jamais toutes les hérésies modernes, dont aucune ne saurait se répondre à elle-même d'avoir la vérité de son côté.

XXXU. Au reste si quelques-unes de ces sectes osent se dire contemporaines des apôtres

' Mdllh., 13 ; Marc , 4.

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pour paraître en venir, feites-nous donc voir, leur répondronsHious, Torigine de vos Églises, Tordre et la succession de vos évèques, en sorte que vous remontiez jusqu'aux apôtres , ou jus* qu'à Tun de ces hommes apostoliques qui ont persévéré jusqu'à la fin dans la communion des apôtres; car c'est ainsi que les Églises vraiment apostoliques justifient qu'elles le sont. Ainsi l'Église de Smyme montre Polycarpe que Jean lui a donné pour évéque, l'Église de Rome Clément ordonné par Pierre. Toutes nous montrent de même ceux que les apôtres ont établis leurs évèques, et ))ar le canal de qui elles ont reçu la semence de la doctrine apostolique. Que les hérétiques inventent du moins quelque chose de semblable. Après tant de blasphèmes tout leur est permis; mais ils auront beau inventer, ils ne gagneront rien : car leur doctrine, rapprochée de celle des apôtres, prouve assez par son opposition qu'elle n'a pour auteur ni un apiùtre ni un homme apostolique. Les apôtres n'ont pu être opposés les uns aux autres dans leur enseignement ; les hommes apostoliques n'ont pu l'être aux apôtres, si vous exceptez ceux qui les ont abandonnés. Oui, que les hérétiques montrent la conformité de leur doctruie à la doctrine apostolique ; c'est le défi que leur Font ces Églises trop modernes pour avoir pu être fondées par les apôtres et par leurs successeurs immédiats, ou qui même s'établissent tous les jours ; mais comme elles professent la même foi, elles n'en sont pas moins regardées comme apostoliques , à cause de la consanguinité de la doctrine.

Toutes les hérésies sont donc sommées par nos Églises de justifier par leur doctrine ou par leur origine qu'elles sont apostoliques, comme elles le prétendent ; mais elles ne sauraient justifier ce qui n'est point. La différence de leur doctrine démontre au contraire qu'elles ne sont rien moins qu'apostoliques : c'est pourquoi aucune Église apostolique ne les reçoit à la paix et à la communion. Je vais à présent passer en revue leur doctrine, qui remonte au temps des apôtres, puisque les apôtres l'avaient découverte et analhématisée. Pourront- elles échapper à leur condamnation , après qu'elles seront convaincues ou d'avoir existé dès lors, ou du moins de sortir des hérésies qui existaient dès lors ?

XXXIII. Paul, dans sa première épltre aux Corinthiens, condamne les hérétiques qui nient ou révoquent en doute la résurrection : c'était l'erreur des saducéens, adoptée en partie par MarQon, Apelle, Valentin, et les autres qui rejettent la résurrection des corps. Dans l'épttre aux Calâtes, il s'élève contre les observateurs et les partisans de la circoncision et de la loi : c'est l'hérésie d'Ébion. Instruisant Timothée, il censure ceux qui défendent le mariage : Marcion et son disciple Apelle le défendent.

Il reprend aussi les sectaires qui soutiennent que la résurrection est déjà faite ; les vaientiniens l'assurent par rapport à eux. Lorsqu'il parle de généalogies sans fin, on reconnaît aussitôt Valentin : suivant lui , un je ne sais quel Éoriy à qui il donne un nom bizarre et même plusieurs noms , engendre de « sa grâce le sens et la vérité ; » le sens et la vérité produisent aie verbe et la vie,» qui engendrent «l'homme et FËglise. » Voilà la première huitaine d'Éons, dont naquirent dix autres Éons, et enfin douze, appelés des noms les plus singuliers, pour compléter la fable des trente Éons. L'apôtre, blâmant ceux qui rendent un culte aux élémens, désigne Hermogène, qui imagine une matière éternelle, qu'il met en parallèle avec le Dieu éternel , et qu'il fait la mère et la déesse des élémens : il n'est pas étonnant après cela qu'il lui rende aussi un culte.

Jean, dans l'Apocalypse^, menace ceux qui mangent des viandes offertes aux idoles, et qui s'abandonnent à l'impureté: il y a actuellement encore d'autres nicolaïtes, qu'on appelle caïniens. Et dans ses épitres il traite d'antechrist quiconque nie que Jésus se soit incarné^ et ne le reconnaît pas pour le Fils de Dieu. Marcion soutient la première erreur, Ëbion la seconde. L'apôtre Pierre regardait comme une espèce d'idolâtrie, et condamna dans Simon la magie qui rend un culte aux anges.

XXXIV. Voilà , ce me semble , les différentes sortes de fausses doctrines qui étaient déjà connues du temps des apôtres, comme les apôtres eux-mêmes nous l'apprennent. Cependant, parmi tant de sectes perverses, il n'en

» Apoc..2. — M. Joan., 2,4; 1I./&.

TERTULLlEiN.

des hérésies, et qui nous avertit de les éviter !

C'est à l'Église, dépositaire de cette doctrine, qu'il est dit, ou plutôt c'est cette doctrine même qui dit à FEglise : «Si un ange vient du ciel vous annoncer un autre Évangile que celui que je vous ai annoncé , qu'il soit anathème L »

XXX. Où était alors Marcion , ce pilote du Pont-Euxin, ce stoïcien zélé? Où était Valentin le platonicien? Car il est constant qu'ils vivaient il n'y a pas longtemps sous Ântonin, et qu'ils professèrent la doctrine catholique dans l'Église romaine sous le pontificat de saint Éleulhère, jusqu'à ce que leur caractère inquiet et leurs opinions, qui séduisaient les fidèles, les firent chasser de l'Église par deux fois l'un et l'autre, et Marcion même avec deux cents sesterces qu'il avait apportés. Depuis ce moment ils répandirent plus que jamais le venin de leurs hérésies. Enfin Marcion ayant abjuré ses erreurs, on consentit à lui donner la paix, sous la condition qu'il accepta de ramener à l'Église ceux qu'il lui avait enlevés ; mais la mort ne lui en laissa pas le temps.

Il fallait, nous le répétons, qu'il y eût des hérésies. Ce n'est pas à dire pour cela que l'hérésie soit un bien, comme s'il ne fallait pas qu'il y eût aussi du mal. Eh! «n'a-t-il pas fallu que Notre -Seigneur fût trahi? Cependant malheur au traître'-.» Qu'on n'essaie donc pas de justifier par là l'hérésie.

Pour en venir à Apelle, il est encore plus moderne que Marcion, qui fut son maître. Ayant eu commerce avec une femme, au mépris de la continence marcionienne, et ne pouvant pas soutenir les regards de son saint maître, il s'enfuit à Alexandrie. De retour quelques années après, sans s'être corrigé, à cela près qu'il n'était plus marcionite, il se laissa séduire par une autre femme. C'est cette Philumène, dont nous avons déjà parlé, qui devint ensuite une infâme prostituée : elle l'obséda à un tel point qu'il écrivit sous sa dictée des révélations. Il y a encore des gens qui se souviennent d'avoir vu ces personnages : nous voyons même à présent leurs disciples et leurs successeurs ; de sorte qu'il n'est pas possible d'en imposer sur le temps où ils ont vécu. D'ailleurs, comme dit Notre-Seîgneur, ils se

^ Gai., 1. — » Luc, 21 ; Matlh., 26.

font assez connaître par leurs œuvres : puisque Marcion a séparé le Nouveau Testament de l'Ancien, il est postérieur à ce qu'il a séparé, et qui était par conséquent uni avant la séparation, comme avant celui qui l'a faite.

De même Valentin, qui ne se contente pas d'interpréter singulièrement les Écritures, mais qui prétend les corriger, sous prétexte qu'elles étaient autrefois corrompues, reconnaît donc par là qu'elles existaient avant lui.

Je ne nomme que ceux-ci, comme les plus insignes faussaires. Quant à un certain Nigidius, à Hermogène et à tant d'autres, dont l'occupation unique est de pervertir, qu'ils produisent les titres de leur mission. S'ils prêchent un autre dieu que le nôtre, comment peuventils se servir contre celui-ci de son nom et de ses Écritures? si c'est le même, pourquoi le prêchent-ils autrement ? Qu'ils prouvent donc qu'ils sont de nouveaux apôtres ; que Jésus- Christ est descendu une seconde fois sur la terre; qu'il a de nouveau enseigné; que de nouveau il a été crucifié, est mort et ressuscité; que de plus, il leur a communiqué le pouvoir d'opérer les mêmes prodiges que lui-même : c'est à ces traits que nous reconnaissons les vrais apôtres de Jésus-Christ. Mais je ne dois pas taire les prodiges de ces nouveaux apôtres, malheureux imitateurs des apôtres de Jésus- Christ : ceux-ci rendaient la vie aux morts, et les autres donnent la mort aux vivans.

XXXI. Revenons à ce principe que la Térité a existé dès le commencement , et que Terreur n'est venue qu'après. Dieu sème d'abord le bon grain , et le diable , son ennemi , vient ensuite y mêler l'ivraie ^ Cette parabole désigne manifestement des doctrines opposées. La parole de Dieu , dans le même chapitre , est appelée semence. 11 suffit donc de faire attention â Tordre des temps pour conclure que ce qui a été enseigné le premier est vrai et divin, et que ce qui a été ajouté depuis est faux et étranger. Voilà ce qui confondra à jamais toutes les hérésies modernes, dont aucune ne saurait se répondre à elle-même d'avoir la vérité de son côté.

XXXII. Au reste si quelques-unes de ces sectes osent se dire contemporaines des apôtres

' Mallh., 13; Marc, 4.

DES PRESCRIPTIONS

pour paraître en venir, faites-nous donc voir, leur répondrons-nous, Torigine de vos Églises, Tordre et la succession de vos évèqnes, en sorte que vous remontiez jusqu'aux apôtres , ou jus* qu'à Tun de ces hommes apostoliques qui ont persévéré jusqu'ù la fin dans la communion des apôtres; car c'est ainsi que les Églises vraiment apostoliques justifient qu'elles le sont. Ainsi rÉglise de Smyrne montre Polycarpe que Jean lui a donné pour évéque, TÉglise de Rome Clément ordonné par Pierre. Toutes nous montrent de même ceux que les apôtres ont établis leurs évèques, et ))ar le canal de qui elles ont reçu la semence de la doctrine apostolique. Que les hérétiques inventent du moins quelque chose de semblable. Après tant de blasphèmes tout leur est permis; mais ils auront beau inventer, ils ne gagneront rien : car leur doctrine, rapprochée de celle des apôtres, prouve assez par son opposition qu'elle n'a pour auteur ni un ap'ôtre ni un homme apostolique. Les apôtres n'ont pu être opposés les uns aux autres dans leur enseignement ; les hommes apostoliques n'ont pu l'être aux apôtres, si vous exceptez ceux qui les ont abandonnés. Oui, que les hérétiques montrent la conformité de leur doctrhie à la doctrine apostolique ; c'est le défi que leur font ces Églises trop modernes pour avoir pu être fondées par les apôtres et par leurs successeurs immédiats, ou qui même s'établissent tous les jours ; mais comme elles professent la même foi, elles n'en sont pas moins regardées comme apostoliques , à cause de la consanguinité de la doctrine.

Toutes les hérésies sont donc sommées par nos Églises de justifier par leur doctrine ou par leur origine qu'elles sont apostoliques, comme elles le prétendent ; mais elles ne sauraient justifier ce qui n'est point. La différence de leur doctrine démontre au contraire qu'elles ne sont rien moins qu'apostoliques : c'est pourquoi aucune Église apostolique ne les reçoit à la paix et à la communion. Je vais à présent passer en revue leur doctrine, qui remonte au temps des apôtres, puisque les apôtres l'avaient découverte et analhématisée. Pourront- elles échapper à leur condamnation, après qu'elles seront convaincues ou d'avoir existé dès lors, ou du moins de sortir des hérésies qui existaient dès lors ?

XXXIII. Paul , dans sa première épitrc aux Corinthiens, condamne les hérétiques qui nient ou révoquent en doute la résurrection : c'était l'erreur des saducéens, adoptée en partie par MarQon, Apelle, Valentin, et les autres qui rejettent la résurrection des corps. Dans l'épitre aux Calâtes, il s'élève contre les observateurs et les partisans de la circoncision et de la loi : c'est l'hérésie d'Ébion. Instruisant Timothée, il censure ceux qui défendent le mariage : Marcion et son disciple Apelle le défendent.

Il reprend aussi les sectaires qui soutiennent que la résurrection est déjà faite ; les valentinicns l'assurent par rapport à eux. Lorsqu'il parle de généalogies sans fin, on reconnaît aussitôt Valentin : suivant lui , un je ne sais quel Éorij à qui il donne un nom bizarre et même plusieurs noms, engendre de «sa grâce le sens et la vérité ; » le sens et la vérité produisent aie verbe et la vie,» qui engendrent a l'homme et FËglise. » Voilà la première huitaine d'Éons, dont naquirent dix autres Éons, et enfin douze, appelés des noms les plus singuliers, pour compléter la fable des trente Ëons. L'apôtre, blâmant ceux qui rendent un culte aux élémens, désigne Hermogène, qui imagine une matière éternelle, quil met en parallèle avec le Dieu éternel , et qu'il fait la mère et la déesse des élémens : il n'est pas étonnant après cela quïl lui rende aussi un culte.

Jean, dans l'Apocalypse^, menace ceux qui mangent des viandes offertes aux idoles, et qui s'abandonnent à l'impureté : il y a actuellement encore d'autres nicolaïtes, qu'on appelle caïuiens. Et dans ses épilres il traite d'antcchrist quiconque nie que Jésus se soit incarné^ et ne le reconnaît pas pour le Fils de Dieu. Marcion soutient la première erreur, Ébion la seconde. L'apôtre Pierre regardait comme une espèce d'idolâtrie , et condamna dans Simon la magie qui rend un culte aux anges.

XXXIV. Voilà , ce me semble , les différentes sortes de fausses doctrines qui étaient déjà connues du temps des apôtres, comme les apôtres eux-mêmes nous l'apprennent. Cependant, parmi tant de sectes perverses, il n'en

» Apoc..2. — « I. Joan., 2,4; 1I./&.

TERTULLIEN

est pas une qui ait osé s'attaquer au Dieu créateur de Tunivers. Personne n'avait osé soupçonner même un autre Dieu : c'était plutôt sur le Fils que sur le Père qu'on se permettait des doutes; jusqu'à ce que Marcion , outre le Créateur, imagina un autre Dieu , qui est le bon principe ; jusqu'à ce qu'Apelle soutint que le Créateur était un ange du souverain Dieu, d'une substance ignée , le Dieu de la loi et des Juifs ; jusqu'à ce que Yalentin sema , pour ainsi dire , ses Éons , et fit nattre le Dieu créateur de la substance défectueuse d'un d'entre eux.

C'est à eux , et à eux seuls qu'ont été révélés les mystères de la Divinité. Le diable , ce superbe rival de Dieu, les a éclairés au point que, contre la parole du Sauveur, il a rendu les disciples plus savans que le maître dans ces sciences empoisonnées. Que les hérésies choisissent donc les temps auxquels elles voudront rapporter leur origine; il n'importe, puisque jamais elles ne prouveront qu'elles viennent de la vérité. D'abord celles dont les apôtres n'ont point parlé n'étaient pas de leur temps, autrement ils n'eussent pas manqué d'en faire mention, pour les condamner; et celles qui étaient de leur temps , ils les ont en effet condamnées. Soit que les hérésies de nos jours soient les mêmes pour le fond, mais seulement plus polies et plus raffinées, elles se voient dès les temps apostoliques frappées d'anathème: soit qu'elles n'aient fait qu'emprunter quelques dogmes de ces anciennes sectes, dès qu'elles partagent leur doctrine, elles doivent aussi partager leur condamnation.

Quant aux hérésies qui n'auraient rien de commun avec celles qui ont été déjà proscrites, leur nouveauté seule fait leur condamnation. C'est ici qu'a lieu l'argument invincible de prescription. Dès que les apôtres n'en ont point parlé, elles sont indubitablement fausses, et du nombre des erreurs que les apôtres ont prédites.

XXJiV. Pai* cet argument nous écartons, nous cofifoiidoDS toutes les hérésies , soit postérieures aux apôtres, soit contemporaines mèflie des apôtres , dès là qu'elles ne s'accordent pas avec la doctrine des apôtres , dès là que les apôtres les ont désignées et condamnées, ou nommément, ou autrement ; qu'elles répondent enfin, qu'elles opposent aussi la •

prescription à notre doctrine. Si elles nient que notre doctrine soit la véritable, qu'elles le prouvent comme nous l'avons prouvé de la leur ; qu'elles nous apprennent donc où il faut chercher la vérité , pui^u'il est constant qu'elle ne se trouve pas chez elles.

Notre doctrine est la plus ancienne de tontes ; elle est donc la véritable : la vérité est la première partout. Les apôtres, loin de condamner notre doctrine , la soutiennent ; car ne la condamnant point, après avoir condamné toute doctrine étrangère, ils témoignent assez qu'ils la soutiennent, parce qu'iU la regardent comme leur propre doctrine.

XXXVI. Mais voulez -vous satisfaire une louable curiosité qui a pour objet le salut? Parcourez les Églises apostoliques, où président encore et dans les mêmes places les chaires des apôtres, où^ lorsque vous entendrez la lectUM de leurs lettres originales, vous croirez les vefir eux-mêmes , entendre le son de leur voix. Êtes^ vous près de l'Achale, vous avez Corinthe ; de la Macédoine , vous avez Philippes et Thesstlonique. Passez-vous en Asie , vous avez Épfaèsê; êtes-vous sur les frontières de ritalie, voui avez Rome, à l'autorité de qui nous sommes aussi à portée de recourir. Heureuse Église, dans le sein de qui les apôtres ont répanda el leur doctrine et leur sang! où Pierre est cmcifié comijie son maître, où Paul est couramié comme Jean-Baptiste, d'où Jean Tévangtiistè sorti de l'huile bouillante sain et sauf est relégué dans une Ile.

Voyons donc ce qu'a appris et ce qti'eitoê%ne Rome, et en quoi elle communique |]iatti€ulièrement avec les Églises d'Afrique. Elle croit en un seul Dieu créateur de l'univers, en iêm$h Christ son Fils né de la Vierge Marie: elle confesse la résurrection de la chair : elle re^t avec la loi et les prophètes les ÉvadgHes et les lettres des apôtres. Voilà les sources oû elle puise sa foi : elle fait renaître ses enfans âûné l'eau ; elle les revêt du Saint-Esprit ; elle lès nourrit de Teucharistie, les exhorte ati tiiàft'^ tyre, et rejette quiconque ne professe paseettë doctrine. C'est cette doctrine Je ne dis plus ^yA nous atitionçait des hérésies pour les tedl|is i venir, mais de qui elles sont sorties ; il est trtâ que du moment qu'elles se sont élevées ecMtIM elle,, elles ne lui appartiennent plus. Du noyau

DES PRESC

â*un Fruit doux et nécessaire, de Tolivc, des (frains de la Qgnc la plus exquise, viennent des plantes trompeuses et stériles, des oliviers et des figuiers sauvages. De même les hérésies, quoique nées dans notre fond, nous sont absolument étrangères : la semence de la vérité a dégénéré chez elles , et le mensonge en a fait comme autant de plantes sauvages.

XXXMI. S'il est certain que la vérité ne peut se trouver que du côté de ceux qui suivent religieusement la règle de Foi donnée à TËglise par les apôtres, aux apôtres par Jésus -Christ, à Jésus- Christ par Dieu même, nous sommes donc fondés à soutenir que les hérétiques ne doivent pas être admis à disputer sur les Écritures, puisque nous prouvons, sans le secours des Écritures , qu'ils sont absolument étrangers aux Écritures; car ils ne sauraient être chrétiens dès là qu'ils sont hérétiques, et qu'ils ne tiennent pas de Jésus-Christ ce qu'ils ont choisi de leur autorité privée et comme hérétiques. Or, n'étant pas clvétiens, ils n'ont aucun droit aux Écritures des chrétiens.

Qui êtes'vousppeut leur dire l'Église. Depuis quand et d'où êtes- vous venus? Que faitesvous chez moi n'étant pas des miens? A quel titre, Marcion, coupez -vous ma forêt? Qui vous a permis, Valentin, de détourner mes canaux? Qui vous autorise, Apelle, à ébranler mes bornes? Comment asez-vous semer et vivre ici à discrétion? C'est mon bien. Je suis e& possession depuis longtemps, je suis en possession la première; je descends des anciens possesseurs, et je prouve ma descendance par des titres authentiques ; je suis héritière des apôtres, et je jouis conformément aux dispositions de leur testament, aux charges du fidéicommis^ au serment que j'ai prêté. Pour vous, ils vous ont renonces et déshérités comme étrangers et comme ennemis. Mais pourquoi les hérétiques sont-ils étrangers et ennemis des apôtres? pprce que la doctrine que chacun d'eux a inventée ou adoptée suivant son caprice est directement opposée à la doctrine des apôtres.

XXXVni. Mais oô l'on remarque cette opposition doit se trouver sans doute Tallération des Écritures. Ceux qui ont formé le projet de changer renseignement se sont vus forcés d'en clianger au^i les sources. Eh ! comment

RIPTIONS. 55

introduire une nouvelle doctrine sans avoir de quoi la fonder !

Mais comme la corruption de la doctrine supposait déjà celle des livres dépositaires de la doctrine, nous ne pouvions non plus la conserver pure et saine bans conserver ces livres dans toute leur intégrité. Nos Écritures auraienl-ellesdonc contenu quelque choscqui nous fût contraire? Aurions -nous eu besoin, pour nous en débarrasser, pour établir des systèmes qu'elles renversaient , de changer, de tronquer, d'interpoler? Ce que nous sommes, les Écritures le sont, et dès leur origine. Nous sommes chrétiens i)ar elles, avant qu'il y eût rien qui nous fôt contraire, avant que vous eussiez pu les altérer.

Toute altération a pour principe la haine et l'envie, nécessairement |H)Stérieurts et étrangères à l'objet altéré. Ainsi un homme sensé ne pourra jamais se persuader que, nous qui sommes nés avec les Écritures, nous les ayons corrompues plutôt que leurs ennemis, qui sont venus après elles. L'un en effet a corrompu le texte, l'autre le sens. Et bien que Valcmia semble recevoir l'Ancien Testamenttoul entier, dans le fond il n'est pas moins ennemi de la vérité que Marcion; il est plus artificieux. Marcion, le fer à la main au heu de crayon, a mis en pièces toutes les Écritures pour donner du poids à son système. Valentin a eu l'air de les épargner, et de chercher moins à les accommoder à ses erreurs qu'à concilier ses erreurs avec elles ; et cependant il a plus interpolé que Marcion , en ôtant à tous les mots leur énergie et leur signification naturelle, pour leur donner des sens forcés, et en imaginant tous ces êtres invisibles et fantastiques.

XXXIX. Ce sont là les esprits pervers avec qui nous avons à combattre, que nous devons par conséquent connaître : ils sont nécessaires à la foi pour faire le discernement des élus et des réprouvés. C'est pour cette raison qu'ils ont tant de talent et de facilité pour imaginer et construire l'édifice de leurs hérésies. Au reste il n'y a rien U\ d'étonnant et de singulier; puisque nous voyons qu'on tire des livres profanes à peu près le même parti qu'ils tirent de nos Écritures. Ne vient-on pas de trouver dans la fable de Virgile une autre fable, en adaptant le sujet aux vers, les vers au sujet? Osidius

TERTULLIEN

est pas one qui ait osé s'attaquer au Dieu créateur de l'univers. Personne n'avait osé soupçonner même un autre Dieu : c'était plut6t sur le Fils que sur le Père qu'on se permettait des doutes; jusqu'à ce que Marcion, outre le Créateur, imagina un autre Dieu , qui est le bon principe ; jusqu'à ce qu'Apelle soutint que le Créateur était un ange du souverain Dieu, d'une substanôe ignée , le Dieu de la loi et des iixifs ; jusqu'à ce que Yalentin sema , pour ainsi dire, ses Éons, et fit nattre le Dieu créateur de la substance défectueuse d'un d'entre eux.

C'est à eux, et à eux seuls qu'ont été révélés les mystères de la Divinité. Le diable , ce superbe rival de Dieu, les a éclairés au point que, contre la parole du Sauveur, il a rendu les disciples plus savans que le maître dans ces sciences empoisonnées. Que les hérésies choisissent donc les temps auxquels elles voudront rapporter leur origine; il n'importe, puisque jamais elles ne prouveront qu'elles viennent de la vérité. D'abord celles dont les apôtres n'ont point parlé n'étaient pas de leur temps, autrement ils n'eussent pas manqué d'en faire mention, pour les condamner; et celles qui étaient de leur temps, ils les ont en effet condamnées. Soit que les hérésies de nos jours soient les mêmes pour le fond, mais seulement plus polies et plus raffinées, elles se voient dès les temps apostoliques frappées d'anathème; soit qu'elles n'aient fait qu'emprunter quelques dogmes de ces anciennes sectes, dès qu'elles partagent leur doctrine, elles doivent aussi partager leur condamnation.

Quant aux hérésies qui n'auraient rien de commun avec celles qui ont été déjà proscrites, leur nouveauté seule fait leur condamnation. C'est ici qu'a lieu l'argument invincible de prescription. Dès que les apôtres n'en ont point parlé, elles sont indubitablement fausses, et du nombre des erreurs que les apôtres ont prédites.

XXJiy. Par cet ai^ment nous écartons, IKK» confondons toutes les hérésies , soit postérieures aux apôtres, soit contemporaines même des apôtres, dès là qu'elles ne s'accordent pas avec la doctrine des apôtres , dès là que les apôtres les ont désignées et condamnées , ou nommément , ou autrement ; qu elles répondent enfin, qu'elles opposent aussi la

prescription à notre doctrine. Si elles nient que notre doctrine soit la véritable, qu'elles le prouvent comme nous l'avons prouvé de la leur ; qu'elles nous apprennent donc où il faut chercher la vérité , pui^u'il est constant qu'elle ne se trouve pas chez elles.

Notre doctrine est la plus ancienne de toutes; elle est donc la véritable : la vérité est la première partout. Les apôtres, loin de condamner notre doctrine , la soutiennent ; car ne la condamnant point, après avoir condamné toute doctrine étrangère, ils témoignent assez qu'ils la soutiennent, parce qu'iU la regardent comme leur propre doctrine.

XXXVI. Mais voulez -vous satisfaire une louable curiosité qui a pour objet le salut? Parcourez les Églises apostoliques, où président encore et dans les mêmes places les chaires des apôtres, où^ lorsque vous entendrez la lecture de leurs lettres originales, vous croirez les voir eux-mêmes , entendre le son de leur voix. Étes^ vous près de l'Achale, vous avez Corinthe ; d« la Macédoine , vous avez Philippes et Thessâ- Ionique. Passez-vous en Asie, vous avez Éphèse; êtes-vous sur les frontières de ritalie, vous avez Rome, à l'autorité de qui nous sommes aussi à portée de recourir. Heureuse Église « dans le sein de qui les apôtres ont répandu et leur doctrine et leur sang! où Pierre est cru* cifié comi][ie son mattre, où Paul est couroiurf comme Jean-Baptiste, d'où Jean Févangélisttt sorti de l'huile bouillante sain et sauf est relégué dans une tic.

Voyons donc ce qu'a appris et ce qu'eiiseigDe Rome, et en quoi elle communique patticulièrement avec les Églises d'Afrique. Elle crrit en un seul Dieu créateur de l'univers, en iéstià^ Christ son Fils né de la Vierge Marie; elle Cdfifesse la résurrection de la chair : elle réçcAt avec la loi et les prophètes les Évangiles et les lettres des apôtres. Voilà les sources oû elle puise sa foi : elle fait renaître ses enfans âdnè l'eau ; elle les revêt du Saint-Esprit ; ellcf les nourrit de Teucharistie, les exhorte au tdâPtyre, et rejette quiconque ne professe pas eetfé doctrme. C'est cette doctrine Je ne dis pItM ^lil nous annonçait des hérésies pour les tedl|fs A venir, mais de qui elles sont sorties ; il est tri! que du moment qu'elles se sont élevées eMM elle, elles ne lui appartiennent plus. Du noyau

DES PRESCRIPTIONS

â*un Fruit doux et nécessaire, de Tolive^des (grains de la figue la plus exquise, viennent des plantes trompeuses et stériles, des oliviers et des figuiers sauvages. De même les hérésies, quoique nées dans notre fond, nous sont absolument étrangères : la semence de la vérité a dégénéré chez elles , et le mensonge en a fait comme autant de plantes sauvages.

XXXVII. S'il est certain que la vérité ne peut se trouver que du côté de ceux qui suivent religieusement la règle de Foi donnée à TËglise par les apôtres, aux apôtres par Jésus -Christ, à Jésus- Christ par Dieu même , nous sommes donc fondés à soutenir que les hérétiques ne doivent pas être admis à disputer sur les Écritures, puisque nous prouvons, sans le secours des Écritures , qu'ils sont absolument étrangers aux Écritures; car ils ne sauraient être chrétiens dès là qu'ils sont hérétiques, et qu'ils ne tiennent pas de Jésus-Christ ce qu'ils ont choisi de leur autorité privée et comme hérétiques. Or, n'étant pas chrétiens ^ ils n'ont aucun droit aux Écritures des chrétiens.

Qui êteS'Vous?peut leur dire l'Église. Depuis quand et d'où ètes-vous venus? Que faitesvous chez moi n'étant pas des miens? A quel titre, Marcion, coupez -vous ma forêt? Qui vous a permis, Valentin, de détourner mes canaux? Qui vous autorise, Apelle, à ébranler mes bornes? Gomment osez -vous semer et vivre ici à discrétion? C'est mon bien. Je suis en possession depuis longtemps, je suis en possession la première; je descends des anciens possesseurs, et je prouve ma descendance par des titres authentiques ; je suis héritière des apôtres, et je jouis conformément aux dispositions de leur testament, aux charges du fidéicommis^ au serment que j ai prêté. Pour vous, ils vous ont renonce et déshérités comme étrangers et comme ennemis. Mais pourquoi les hérétiques sont-ils étrangers et ennemis des apôtres? pprce que la doctrine que chacun d'eux a inventée ou adoptée suivant son caprice est directement opposée à la doctrine des apôtres.

XXXVIII. Mais où l'on remarque cette opposition doit se trouver sans doute l'altération des Écritures. Ceux qui ont formé le projet de changer renseignement se sont vus forcés d'en changer au^i les sources. Eh ! comment

introduire une nouvelle doctrine sans avoir de quoi la fonder !

Mais comme la corruption de la doctrine supposait déjà celle des livres dépasitaires de la doctrine, nous ne pouvions non plus la conserver pure et saine sans conserver ces livres dans toute leur intégrité. Nos Écritures auraient-elles donc contenu quelque choscqui nous fût contraire? Aurions -nous eu besoin, pour nous en débarrasser, pour établir des systèmes qu'elles renversaient , de changer, de tronquer, d*interpoler ? Ce que nous sommes, les Écritures le sont, et dès leur origine. Nous sommes chrétiens par elles, avant qu'il y eût rien qui nous fût contraire, avant que vous eussiez pu les altérer.

Toute altération a pour principe la haine et lenvie, nécessairement |)ostérieurts et étrangères à lobjet altéré. Ainsi un homme sensé ne pourra jamais se persuader que, nous qui sommes nés avec les Écritures, nous les ayons corrompues plutôt que leurs ennemis, qui sont venus après elles. L*un en effet a corrompu le texte, l'autre le sens. El bien que Valcmia semble recevoir 1* Ancien Testa ment tout entier, dans le fond il n'est pas moins ennemi de la vérité que Marcion; il est plus artificieux. Marcion, le for à la main au heu de crayon, a mis en pièces toutes les Écritures pour donner du poids à son système. Valentin a eu Tair de les épargner, et de chercher moins à les accommoder à ses erreurs qu*à concilier ses erreurs avec elles ; et cependant il a plus interpolé que Marcion , en ôtanl à tous les mots leur énergie et leur signification naturelle, pour leur donner des sens forcés, et en imaginant tous ces êtres invisibles et fantastiques.

XXXIX. Ce sont là les esprits pervers avec qui nous avons à combattre, que nous devons par conséquent connaître : ils sont nécessaires à la foi pour faire le discernement des élus et des réprouvés. C'est pour celte raison qu'ils ont tant de talent et de facilité pour imaginer et construire l'édifice de leurs hérésies. Au reste il n'y a rien là d'étonnant et de singulier; puisque nous voyons qu'on tire des livres profanes à peu près le même parti qu'ils tirent de nos Écritures. Ne vient-on pas de trouver dans la fable de Virgile une autre fable, en adaptant le sujet aux vers, les vers au sujet? Osidius

TERTULLIEN

Géta n*a-t-il pas emprunté de Virgile sa tragédie de Médée tout entière ? J'ai un parent qui s'est amusé à chercher dans le même poète Texplication du tableau de Gébès^ Les Centons d'Homère ne sont autre chose que des poèmes composés de vers d'Homère pris de diffërens endroits qu'on a su réunir eu un corps.

Les Écritures divines ofFrent un champ bien plus vaste pour toutes sortes de sujets. Aussi je ne crains pas d'avancer que c'est par une permission particulière de Dieu qu'elles ont été composées de manière que les hérétiques pussent y trouver la matière de toutes leurs erreurs. Nous y lisons qu'il faut qu'il y ait des hérésies : et il ne peut y avoir d'hérésies sans les Écritures.

XL. Si Ton demande qui inspire les hérésiarques , je répondrai que c'est le diable, dont l'office est de dérober aux hommes la vérité, et qui prend à tâche d'imiter dans les mystères des faux dieux les saintes cérémonies de la religion chrétienne. Il plonge aussi dans l'eau ses adorateurs, et leur fait accroire qu'ils trouveront dans ce bain Texpiation de leurs crimes. Il marque au front les soldats de Mithra lorsqu'on les initie, il célèbre l'oblation du pain, il offre une image de la résurrection, et présente à la fois la couronne et le glaive ; il défend au souverain pontife les secondes noces ; il a même ses vierges.

Au reste , si nous examinons les superstitions que Numa a instituées , les fonctions des prêtres, leurs ornemens, leurs privilèges, les cérémonies, les vases, et généralement tout ce qui est nécessaire pour les sacrifices, ce qui regarde les expiations et les vœux , nous ne pourrons douter que le diable n'ait voulu copier les rites de la loi mosaïque. Or celui qui a affecté d appliquer au culte des idoles tout ce que nous pratiquons dans la célébration de nos mystères n'a pas manqué de faire aussi servir nos livres saints à établir une doctrine sacrilège et ennemie de là nôtre; il a pour cela altéré et le sens, et les termes, et les figures. 11 est donc certain que c'est le diable qui a inspiré tous les hérésiarques , et que l'hérésie ne diffère pas au fond de l'idolâtrie, puisqu'elles ont le même auteur,

* Philosophe de Thèbes en Béotie, à qui on a attribué un ouvrage iniiiulé: le Tableau de la vie humaine.

qui les a formées toutes les deux sur le même dessein.

Si toutes les hérésies ne supposent pas un Dieu ennemi du Créateur, du moins elles représentent celui-ci tout autre qu'il n'est. Or tout mensonge, toute fausseté qui a pour objet la Divinité , est une espèce d'idolâtrie.

XLI. Je ne dois pas omettre de décrire id la conduite des hérétiques , combien elle est frivole, terrestre, humaine, sans gravité, sani autorité , sans disciplice , parfaitement assortie à leur foi. On ne sait qui est catéchumène, qoi est fidèle. Ils entrent, ils écoutent, ils prient pêle-mêle, et même avec des païens s'il s'en présente. Us ne se font pas scrupule de donner les choses saintes aux chiens, et de semer des perles (fausses â la vérité) devant des pourceaux ^ Le renversement de toute discipline ib l'appellent simplicité, droiture; et notre attachement â la discipline, ils le traitent d^affecCation. Us donnent la paix â tout le monde indifKremment. Opposés les uns aux autres dans leur croyance, tout leur est égal, pourvu qu'on le réunisse pour triompher de la vérité. Tons sont enflés d'orgueil, tous promettent la science. Les catéchumènes sont parbits avant que d'être instruits. Et leurs femmes que ne se peraettent-elles pas? Elles osent dogmatiser, diiiNiter, exorciser, promettre des guérisons, part* être baptiser.

Leurs ordinations se font au hasard, |Mr caprice et sans suite. Tantôt ils élèvent des néophytes , tantôt des hommes engagés dansk siècle, tantôt même nos apostats, pour 8*atta* cher par Tambition ceux qu'ils ne peuvent retenir par la vérité. Nulle part on n'avance, comme dans le camp des rebelles, où la rébdlion tient lieu de mérite. Aussi ont-ils aiqoiird'hui un évêque, et demain un autre : œtan qd est diacre aujourd'hui sera demain lecteur, k prêtre redeviendra laïque ; car ils chargent les laïques des fonctions sacerdotales.

XUl. Que pourrais-je dire de leur prédication ? ils n'ont point à cœur de convertir ki païens, mais de pervertir les nôtres. Ils nettent leur gloire â renverser ceux qui sont debout , au lieu de relever ceux qui sont tombés. Je ne m'en étonne pas ; ils ne peuvent s^élever

* ^latlh., 7.

DES PRESCRIPTIONS

eux-mêmes que sur les débris de la vérité: c'est pourquoi ils s'efforcent de faire écrouler notre Église pour bâtir la leur. Otez-leur la loi de Moïse, les prophètes, le Dieu créateur, et vous leur fermez la bouche; ils n'entendent rien à édifier, leur unique talent est de détruire : ce n'est que dans cette vue qu'ils sont flatteurs, humbles et soumis.

Du reste ils ne connaissent pas le respect même pour leurs prélats; et c'est par celte raison qu'il n'y a guère de schismes parmi eux. On ne les remarque point; mais leur union même est un schisme perpétuel ; sans cesse ils varient, ils s'écartent de leurs propres règles; chacun tourne à sa fantaisie la doctrine qu'on lui a enseignée, comme celui de qui il l'a reçue Tavait inventée à sa fantaisie. L'hérésie dans ses progrès ne dément point sa nature et son origine. Les valentiniens et les marcionites ont autant de droit d'innover à leur gré dans la religion que Valentin et Marcion. Toutes les hérésies, si on les examine à fond, s'éloignent en bien des points des sentimens de leurs auteurs. La plupart des hérétiques n'ont pas même d'Ëglises : ils sont errans et vagabonds, sans mère , sans foi , sans fou ni lieu.

XLIU. Ils sont encore décriés par le commerce qu'ils ont avec les magiciens, les charlatans, les astrologues, les philosophes, tous gens d'une curiosité effrénée. Ils n'oublient jamais ces paroles : «Cherchez et vous trouverez. » Par leurs mœurs on peut juger de leur foi. Ils assurent qu'on ne doit pas craindre Dieu : aussi vivent-ils avec la plus grande licence.

Mais où est-ce qu'on ne craint pas Dieu, sinon où il n'est point ? Où Dieu n'est point , la vérité n'est pas non plus ; et où la vérité n'est pas, on doit voir de telles sectes. Où est Dieu au contraire, là se trouve la crainte de Dieu, qui est le commencement de la sagesse ; où est la crainte de Dieu se trouvent Thonnête gravité, l'exactitude scrupuleuse, le soin vigilant, le choix éclairé, la communication réfléchie, l'élévation méritée, la soumission religieuse, le service fidèle, la modestie en public, une Ëglise unie et Dieu partout.

XLIV. Cette ferme et vertueuse discipline est une dernière preuve de la vérité de notre crovance. On demeurera inviolablement atta-

ché à cette croyance si Ton se souvient du jugement fotur, où nous compsrratlrons tous au pied du tribunal de Jésus-Christ pour y rendre compte de tout et en particulier de notre foi.

Que répondrez -vous alors, vous qui aurez souillé par le commerce adultère de l'hérésie cette foi vierge que Jésus -Christ vous avait confiée? Direz-vous, pour vous excuser, que ni lui ni ses apôtres n'avaient annoncé ces doctrines perverses pour les derniers temps, et ne vous avaient ordonné de les fuir et de les détester '? Reconnaissez de bonne foi que vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous-mêmes, et nullement à ceux qui vous avaient prévenus si longtemps auparavant.

Mais vous ne manquerez pas de prétextes pour relever l'autorité des docteurs de l'hérésie. Ils avaient donné, direz-vous, les plus éclatantes preuves de leur mission; ils avaient guéri les malades, ressuscité les morts, prédit l'avenir ; en sorte qu'on ne pouvait douter que ce ne fussent de vrais apôtres : comme s'il n était pas écrit qu'il viendrait plusieurs séducteurs, qui seraient des prodiges, pour prouver une doctrine fausse et pernicieuse.

Apparemment que vous obtiendrez grâce ^ , tandis que ceux qui se seront souvenus des oracles du Seigneur et de ses apôtres, et qui auront persévéré dans la foi orthodoxe , courront risque de leur salut.

J'avais annoncé, il est vrai, leur dira le Seigneur, qu'il viendrait des maitres du mensonge, en mon nom , au nom de mes prophètes et de mes apôtres. J'avais ordonné à mes disciples de . répéter les mêmes prédictions. J'avais confié à mes apôtres mon Évangile et le symbole de la foi. Mais comme vous refusiez de croire, il m'a plu ensuite d'y faire des changemens. J'avais promis la résurrection de la chair, mais j'ai craint de ne pouvoir pas accomplir ma pro messe. J'avais montré que j'étais né d'une Vierge, mais j'ai rougi d'une pareille naissance. J'avais assuré que le Créateur du monde était mon Père, mais un meilleur Père m'a adoplo. Je vous avais défendu de prêter l'oreille aux hérétiques, mais j'étais moi-même dans l'erreur.

» 1. Tmi., 1 ; H. Tiiii., 3. — « MaUh., M.

TERTULLIKN.

Vôilâ lès absurdités que sont forcés de dévorer ceux qui s'écartent de la règle , et qui ne sont point cil garde contre le danger de perdre la Foi.

Nous venons de donner des armes pour combattre généralement toutes les hérésies. Nous leur avons opposé des prescriptions cer-

taines , fondées , invincibles , qui les empêcheront à jamais d'ëlre reçues à disputer sur les Écritures. Dans la suite ^ si Dieu nous en fait la grâce, nous répondrons à quelques hérésies en particulier. Que la paix et la grâce de Notre- I Seigneur Jésus- Christ soient avec ceux qui 1 liront ceci dans la foi de la véritable religion.

TRAIÎÉ DU BAPTÊME.

î. Heureux sacrëineht que celui de notre baptême! quel efFet ne produit- il pas? il eFfiice la tache dé nos péchés passés , il nous rend enfans de Dieu , et nous ouvre rentrée à la vie éterhellé. tJn traité sur cette matière ne sera pas sans douté indtîle, soit pour instruire nos caléchumèties, soit poùv convaincre ces fidèles indolÈns qui, se contentant simplement de croire, sans se mettre en peine de considérer ce que rÉcritùre et la tradition nous enseignent, négligent par cette ignorance affectée d*apprendre les fondemcns sur quoi la foi qu'ils profesisént est appuyée. Il est arrivé depuis peu qu'une feitime, oîi plutôt une vipère des plus venimeuses de la secte hérétique des catniens, a séduit par sa mauvaise doctrine un assez grand nombre de personnes. Elle attaque surtout le baptême, en quoi elle agit selon son naturel et son caractère. Vipères, aspics et autres semblables serpéùs fuient ordinairement Teau, et ne chercheht qne les lieux secs et arides. Pour nous qui sommes comme dés poissons conduits par Jésuà-Christ notre chef, nous naissons dans l'eau, et nous ne pouvons autrement conserver notre vie qu'en demeurant dans cette eau. Mais Quintille,cë Serpent horriblement monstrueux^ qui n'avait pasinème le droit d'enseigner, a su trouver un moyen infaillible de faire périr ces poissons, en les mettant hors de l'eau.

II. Voyez, je vous prie, quelle est l'adresse des esprits pervers, et combien elle est puissante pour ébranler la foi ou pour empêcher de la recevoir dans toute sa plénitude ! Ils sapent cette vertu par ses fondemens» en tâchant de

détruire ce qui en fait comme le caractère essentiel, ttieii ne leur parait plus étrange ni plus incroyable, que de voir d'une part la aialièit très simple dont Dieu veut se servir dans sa ouvrages divins, et de l'autre les magnifiqnes effets quii y attache. Tel est notre baptême; toiit y parait simple, nul appareil , nulle pompe^ iiùUe magnificence. Ainsi parce qu'un homme est simplement plongé dans Teau et lavé dans le temps qu'on prononce quelque peu de paroles, on veut d'autant moins se persuader qoe cet homme puisse par ce moyen obtenir ta vie éternelle , qu'il ne parait sortir de ce bain ni plus pur ni plus net. Parmi les idolâtret m contraire, il parait peut-être quelque cboiede mieux concerté : appareil , pompe, dépenseï voilà ce qui frappe et qui inspire du respect et de la vénération pour leurs mystères et pour les fêtes de leurs idoles. Malheureuse incrédo' lité , qui refuse de reconnaître en Dieu s^ propriétés principales , savoir, la simplicité et ta puissance! Quoi, répondra quelqu'un, n^est-il pas étrange qu'avec un peu d'eau la mort poissé être détruite? Et c'est pour cela même qoll faut d'autant plus le croire que l'effet est plus merveilleux ; car quels doivent être les oovra* gesdeDicu, que des ouvrages aa-dessas ds toute conception? Pour nous, nous les admirons ; mais c'est parce que nous croycms. Les esprits forts les admirent aussi, mais sans croire. Ils regardent les choses simples comnie des choses inutiles, et les magnifiques comme impossibles. Si vous êtes dans cette faasse opinion , l'oracle divin suffit pour vous détromper.

tDieu a choisi des bommes simples selon le inonde, pour confondre la sagesse du monde ^ : » et « ce qui est très difficile au]c hommes est très facile à Dieu V» En effet, si Dieu est très-saffe et très-puissant, comme tout le monde en convient, il doit avoir employé pour la matière de ses ouvrages ce qui nous semble opposé d la sagesse et à la puissance, c'est-à-dire ce qui nous parait folie ou impossibilité. Jamais les choses ne paraissent avec phis d*éclat que quand elles sont opposées h leurs contraires.

III. Quelque impression que doive Faire sur nous ce divin oracle, qui doit être pour nous un principe invincible , examinons cependant plus au long s'il est ridicule ou impossible que l'hommcsoit régénéré del'eau. Pour être moins surpris que cette matière ait pu être élevée à une si haute dignité, il est bon de considérer cet élément jusque dans son origine. Elle est noble cette origine, elle est illustre dès le commencement du monde ; car Teau est un de ces élémens, lequel avant que Tunivers eût reçu toute sa perfection demeurait comme caché dans la puissance de Dieu, a Au commencement, dit rÉcriture sainte , Dieu créa le ciel et la terre. La terre était invisible et sans ornement; les ténèbres étaient sur Fabime, et Tesprit de Dieu était porté sur les eaux 3. m Voilà d'abord, ô hommes! de quoi révérer la substance de Teau par Tancienneté de son usage, et de quoi respecter ensuite sa dignité; elle était le siège de l'esprit divin et plus privilégiée alors que les autres élémens. Tout n'était qu'un chaos affreux; les étoiles ne rendaient point encore de lumière; tout était informe; la mer était lugubre, la terre sans ornement, les cieux sans beauté. L'eau, la seule eau toi^ours matière parfaite, toujours excellente, toujours pure, servait de trône à l'esprit de Dieu. Ajoutez que quand Dieu fit ensuite l'arrangement des différentes parties de l'univers, il le fit parle moyen des eaux ; car pour suspendre au milieu du monde le firmament, il sépara les eaux d'avec les eaux^. Pour suspendre la terre, il fit une semblable séparation. Le monde étant enfin arrangé dans toutes ses parties par la disposition de ses divers élémens, comme il devait être habité, ce fut aux eaux en premier lieu

DU BAPTKMR. 59

qu'il commanda de produire des âmes vivantes ^ C'est donc l'eau qui la première produisit ce qui a vie, afin qu'on ne soit pas surpris que dans le baptême l'eau puisse donner la vie éternelle à notre àme. Dans la formation même de l'homme, Dieu employa l'eau pour achcviT (c sublime ouvrage. La terre est à la vérité la matière dont l'homme fut fait; mais cette terre n'eût pas été assez disposée pour cet ouvrage . si elle n'avait été humide et détrempée. C'est le limon qui, ayant été tempéré de rhumide et du sec dès le quatrième jour de la création du monde, fut employé par le Créateur pour former l'homme.

S'il était nécessaire de descendre dans un plus long détail des principales prérogatives de l'eau , que ne pourrais-je pas dire de sa vertu et de sa fécondité.^ Quels bienfaits, quelle fertilité, quels secours le monde n'en rc(;oit-il pas? Mais je craindrais qu'on ne m'accusât de faire plutôt un panégyrique de l'eau que d'expliquer la matière du baptême. Cependant par là je montrerais plus sensiblement que si Dieu fait servir l'eau à tant de choses et à tant d'ouvrages, il n'est pas hors de vraisemblance qu'il l'ait aussi employée dans les sacreniens iK)ur nous procurer une vie surnaturelle qui durera éternellement dans les cieux.

IV. Il suffit d'avoir rap|)orté ce que nous venons de dire pour y découvrir comme une espèce de préjugé en faveur du baptême, et un signe qui en était la figure dès le commencement du monde. L'esprit de Dieu , qui était porté sur les eaux, nous indiquait alors qu'il procurerait une régénération spirituelle aux baptisés; car ce qui est saint ne pouvait vivv. porté que sur une chose sainte; ou bien ce qui |)ortait empruntait la sanctification de ce ({iii était porté. Et comme toute matière infêriciu 'j participe aux qualités de celle qui est dossiis , de même la substance corporelle participe ù la vertu de la substance spirituelle, d'autant pins que celle-ci peut aisément, à cause de sa suhiilité, pénétrer et animer celle-là. Ainsi la nature des eaux, sanctifiée par l'Esprit saint, a reçu le pouvoirdesanctifierrhommedansles^icrenient.

Quelqu'un me dira , est-ce que nous sommes aujourd'hui baptisés dans ces mêmes eaux qui

» I. Ck>r. -* » Matlh., 19. — » Gen., 1. — * Frov., 8.

• Gen J

TERTIILLIEN.

furent au commencement du monde ? Je réponds : elles ne sont pas à la vérité entièrement les mêmes, elles y ont néanmoins le même rapport que plusieurs espèces ont à un seul genre; or les attributs du genre conviennent aux espèces. Aussi est-il égal d'être baptisé dans la mer ou dans un étang; dans un fleuve ou dans une fontaine ; dans un lac ou dans im bassin. Il n'y a sur ce point nulle différence entre ceux que Jean a baptisés dans le Jourdain et ceux que Pierre a baptisés dans le Tibre. L'eunuque que le diacre Philippe baptisa de Teau qui se rencontra par hasard en chemin ^ n'en acquit ni plus ni moins de grâce. Toute sorte d'eau a donc, par son ancienne prérogative d'avoir porté le Saint-Esprit , le pouvoir et la disposition à devenir le sacrement de la sanctification, au même temps que Dieu est invoqué pour cet effet ; car aussitôt le Saint- Esprit descend, et s'arrètant sur les eaux, les sanctifie par sa présence; les eaux ainsi sanctifiées deviennent, pour ainsi parler, empreintes d'une vertu de sanctifier elles-mêmes. D'ailleurs elles ont un rapport spécial aux desseins de Dieu dans l'action du baptême. Nous sommes souillés par nos péchés comme par autant de honteuses taches : les eaux sont propres à purifier. Mais comme les péchés ne paraissent pas sur la chair, car personne ne porte à l'extérieur la marque de Tidolàtrie , de l'adultère , de la fraude , ils impriment leur tache dans l'âme , qui est la principale cause du péché. C'est l'esprit qui commande, et la chair ne fait qu'obéir. Cependant la faute est commune â tous les deux: à l'esprit, parce qu'il commande, et â la chair , parce qu'elle obéit. Ainsi les eaux ayant reçu pour ainsi dire une vertu médicinale par la descente de l'esprit du Seigneur, l'âme y est lavée par le moyen du corps, et la chair y est purifiée par le moyen de l'esprit.

V. Les gentils eux-mêmes, tout éloignés qu'ils sont de la connaissance des choses spirituelles, attribuent â leurs idoles un pouvoir également efficace , quoiqu'ils se trompent dans Tusage des eaux vides de toute vertu. Ils ont coutume d'initier par une espèce de baptême leurs néophytes à certains mystères de la déesse Isis, ou du dieu Mithra. Ils honorent

*Act.,8.

même leurs dieux par des ablutions solennelles qu'ils font de leurs simulacres. De plus , s'agitil de fiire des lustrations expiatoires , vous voyez leurs prêtres porter de l'eau de toutes parts : bourgades, maisons, temples, villes entières, tout est arrosé. 11 est certain encore qu'aux jeux ApoUinaires et Éleusiuiens, ceux qui les célèbrent se font plonger dans Teau ; cérémonie qu'ils se croient obligés de pratiquer pour être régénérés et pour obtenir l'impunité de leurs crimes. De même parmi les anciens, si quelqu'un s'était souillé d'un homicide, il nettoyait cette tache par une eau lustrale. Si ces aveugles gentils sont persuadés que l'eau par sa vertu naturelle peut effacer leurs crimes, combien sera-t-il plus vrai de dire qu^elle peut produire le même effet par l'autorité d'un Dieu qui est le créateur des élémens et de toutes leurs propriétés ? S'ils croient que la religion donne â l'eau une vertu salutaire, quelle plus sainte religion que celle qui honore le Dieu vivivant? Le connaître, ce vrai Dieu, c^esten même temps connaître les artifices du démon, toujours prêt à contrefaire les ouvrages de Dieu. En effet , il a un baptême qu'il fait ^ec^ voir aux siens. Mais quel rapport? c'est llmpur qui purifie, c'est l'esclave qui affranchit, c*est le condamné qui absout. N'est-ce pas dâtmire son propre ouvrage que d'effacer des péchés que lui-même il inspire? Tout ce que je vieu d'expliquer n'est que pour convaincre ccnx qui, rejetant la lumière de la foi , nient que Dieu puisse faire des choses dont ils attribuent néanmoins le pouvoir au rival de Dieu.

N'est-ce pas aussi une opinion vulgaire, sans recourir même à aucun sacrement, qu'il y a des esprits immondes répandus sur les eaux? comme si c'était pour imiter la manière dont l'esprit divin était porté sur elles au conimencement du monde. C'est ce que Ton raconte de tant de sombres fQntaines, de roisseaux affreux, de piscines dans les bains, de cuves dans les maisons, de puits, decitemci, que l'on assure engloutir ou étouffer les houmes, sans doute par la force du malin esprit; car on appelle suffoqués, lymphatiques, hydrophobes, ceux ou que les eaux ont fidt mourir, ou qu'elles ont rendus furieux et hypocondriaques. Pourquoi rapportons -nous ces choses? afin qu'il paraisse moins incroyable que

DU BAPTÊME

Gl

range da Sdgnenr préside anx eaux et qu'il les agite pour le salut des hommes, puisque le mauvais auge se sert du même élément pour leur perte. S'il parait étrange que Tange intervienne à cet effiet admirable des eaui , l'exemple de ce qui arrivait autrefois suffit pour lever tout scrupule. Un ange descendait du ciel et remuait Teau de la piscine probatique qu'on appelait en hébreu bet/iseiïdeK Les malades attendaient cette agitation pour recouvrer leur santé; le premier qui descendait dans ces eaux ainsi agitées était infailliblement guéri. Ce remède corporel était une figure du remède spirituel que nous recevons, comme il arrive assez ordinairement que les choses matérielles nous élèvent à la connaissance des choses spirituelles.

La grâce de Dieu s'étant répandue ensuite plus abondamment sur les hommes, les eaux ont reçu une plus grande vertu et l'ange un plus grand pouvoir. Ce qui guérissait autrefois les corps guérit aujourd'hui les âmes; ce qui procurait une santé temporelle nous procure le salut éternel ; et ce qui autrefois ne délivrait qu'un seul homme chaque année en délivre aujourd'hui une infinité en effaçant le péché; car dans le baptême la coulpe est remise, et la peine Test aussi. Cest ainsi que l'homme rentre dans l'amitié de Dieu, en devenant semblable â ce premier homme qui fut autrefois créé à rimage de Dieu. L'image se rapporte à l'original , qui regarde l'éternité. C'est alors que rhomme recouvre cet esprit saint qu'il avait reçu au commencement par le souffle de Dieu, mais qu'il perdit ensuite par sa désobéissance.

Je ne veux pas dire que les eaux nous donnent le Saint-Esprit, mais l'eau à laquelle l'ange préside, nous purifiant de nos crimes, nous prépare â le recevoir cet Esprit saint. Nous avons encore de ceci une figure qui avait précédé le baptême- sacrement. Car comme Jean fut le précurseur du Seigneur en lui préparant ses voies, de même l'ange préposé au baptême dirige les voies au Saint-Esprit par le moyen de Teau qui lave et qui efface le péché : mais avec la profession de foi que nous faisons, et qui est scellée du sceau du Père et du Fils et du Saint-Esprit, que nous prenons

* Joao., 5.

tous trois à témoin ^ Car si un témoignage est établi sur la parole de trois témoins , combien plus notre espérance est-elle solidement établie sur le nombre des trois personnes divines , puisque nous avons ainsi pour garans de notre salut les mêmes qui sont les cautions de notre foi ? Notre profession de foi et la promesse du salut étant donc engagées sur les trois divines personnes qui en répondent , il faut nécessairement qu'on fasse mention de rÉglisc ; car là où se trouvent le Père, le Fils et le Saint-Esprit, là se trouve aussi TËglise, qui est le corps mystique des trois personnes diyines.

VI. Au sortir du bain salutaire on fait sur nous une onction sainte, suivant l'ancienne cérémonie où Ton avait coutume de prendre de rhuile renfermée dans une fiole pour en oindre ceux que Ton consacrait au sacerdoce. Cest ainsi qu'Aaron fut sacré par son frère Moïse 3. Cest de même aussi que Jésus est appeléChrist, du mot chrême, qui marque Y onction par laquelle Dieu le Père l'a rempli de son esprit saint; suivant ce qui est rapporté dans les Actes : « Us se sont véritablement assemblés en cette ville contre votre saint Fils, que vous avez oint 3.» Ainsi l'onction que nous recevons se fait à la vérité sur la chair; mais son efFet se répand dans l'âme. De même l'action du baptême est extérieure , puisqu'il n'y a que le corps qui soit plongé dans l'eau : mais l'effet en est tout spirituel, puisque nous sommes purifiés de nos péchés.

VII. Après cela on nous impose les mains en invoquant et attirant sur nous le Saint-Esprit par la prière qui accompagne cette sainte cérémonie. Nous avons une figure authentique de ceci dans TAncien Testament. Le patriarche Jacob ayant fait venir deux de ses petits-fiis, Ëphrem et Manassès, tous deux enfans de Joseph, les bénit en mettant et croisant ses mains sur leurs têtes ^. On peut dire quVn croisant ainsi ses mains, il représenta par avance la forme de Jésus- Christ en croix : ce fut comme un présage de la bénédiction que nous devons recevoir ensuite par Jésus-Christ.

Vm. C'est donc alors que l'Esprit très-saint descend volontiers du sein du Père sur les corps ainsi purifiés et bénis : il se repose sur les

' « Mallh-, 18. — » Lcvit., 8. — » Act, 4. — * Gcn-, 48.

TERTUIXIEN.

eaux du bnptème , comme s'il reconnaissait son ancien trône. 11 descendit de même sur notre Seigneur sous la figure d une colombe Ml voulait nous faire ainsi connaître son caractère par la simplicité et Tinnocence de cet oiseau aimable et doux : car on assure que les colombes D ont point de fiel. C'est pour cela que Jésus- Christ dit à ses disciples : «Soyez simples comme les colombes-.» Ainsi après le déluge, qui lava les iniquités des hommes, la colombe, sortie de Tarche^ et revenue ensuite avec une branche d'olivier, annonça la paix au monde en faisant entendre que la colère de Dieu était apaisée (on sait que parmi les gentite Tolivier est aussi le symbole de la paix); de même aussitôt que notre terre , c'est-à-dire notre corps terrestre a été lavé de ses anciens péchés dans les eaux salutaires du baptême, le Saint-Esprit, cette céleste colombe, vole sur nous en nous apportant la paix de Dieu. Elle descend du ciel, comme elle sortit jadis de Tarche, qui était la figure de TÉglise. Mais le monde s'est souillé ensuite de nouveaux crimes, et c'est pour cela qu'il doit être purifié de nouveau par le feu , aussi bien que Tbomme, qui retombe dans de nouveaux péchés après son baptême. Ce que je dis ici en passant , les pécheurs doivent l'écouter comme un avis salutaire que je leur donne. IX.yoyez donc combien d'avantages du côté de la nature, combien de privilèges du côté de la grâce, combien de cérémonies solennelles, combien de témoignages et de figures ont annoncé de tout temps le sacrement et la vertu admirable de l'eau. En premier lieu lorsque le peuple d'Israël sortit de la captivité d'Egypte, comment évita-t-il les poursuites de Pharaon^? Ce fut en traversant les eaux de la mer Bouge : mais les mêmes eaux engloutireqt ce roi avec toute son armée. Quelle figure plus manifeste du sacrement de baptême ? lès nations sont délivrées de l'esclavage du siècle; et le démon, cet ancien tyran, perd son orgueilleux pouvoir dans les eaux. En second lieu l'eau , d'amère qu'elle était, redevient douce dès que Moïse la touche avec une branche de bois \ Le bois de cette branche représentait la croix , à laquelle Jésus-Christ a été attaché pour convertir, par sa vertu divine , en des eaux salutaires des

» Mallh., 3. — » Matlh., 10.— » Gen.,8. — * Bxod., 14. ' £xod-, 15.

eaux autrefois insipides et empoisonnées : ces eaux salutaires sont les eaux du baptême. Elles étaient encores figurées par l'eau qtie Mobe fit miraculeusement sortir de la pierre, et qui accompagnait le peuple d'IsraéP. Oc, si cettf pierre était Jésus -Christ, il est hor^ de doute que les eaux du baptême sont bénies en Jésui- Christ 2.

Pour nous confirmer davantage dans la td du baptême , considérons encore restîme spéciale que Dieu et son Fils font de l'eau. U semble que cet élément accompagne toujours Jésus-Christ. D'abord il est baptisé lui-même dans les eaux du Jourdain^. Les premiers csuis qu'il fait d^ son souverain pouvoir, c^est lorsqu'il change l'eau en vin aux noces de Gana^. Lorsqu'il enseigne les peuples, il invite Ions ceux qui ont soif à venir boire de cette oo éternelle,qui p'est autre que lui^ Autre parti! déclare qu'un verre d'eau donné pour ramov de lui est une œu^re de charité qui ne point sans récompense^. Il se délasse aux du puits de Jacob 7; il marche sur les eaux; il traverse souvent le lac de Génézareth ; il voie de l'eau dans un bassin pour laver les piedide ses disciples^. Enfin, le témoignage du baptême persévère jusqu'à la passion. Lorsque cet Homme-Dieu est condamné à k( qiort, Vm intervient à cette condamnation , et c*cpt quand Pilate se lave les mains en abandynoant Jésus-Christ à la fureur des JuiSs^. Enfla, taNqu'il est blessé après sa mort, il sort de rciQde son côté.

X. Jusqu'ici nous avons parlé, autMt que notre capacité médiocre l'a pu pemiellra, de tout ce qui peut servir de fondement ijasiiateté du baptême. Je vais maintenant pomsiiivre; le moins mal que je pourrai , ce qui reste i «|pliquer touchant la nature de ce nirripp([tf Voici d'abord des questions à qucH il fmt cipondre. La première fiit proposée par le Seigneur lui-même aux pliarisiens, à Voççmiiaà du baptême que Jean prêchait ^^. Le baptiêffiipde Jean, leur demanda-t-il , était-il c^e^^i ob terrestre ? lis n'eurent garde de riei| i^^hqh^: ils étaient embarrassés , parce qu'ils ne laient pas croire ce qu'il fallait. Pmr

' «uni., 20. — M. Cor., 10.

5 Matth., 3. — * Joan., 2.— * Joan., 7.-

' Joan., 4.— • Joan., 13— » Matth., 27.-

-•Iilattb.,10.

'oMattfa.,21.

m; liAPTKMK.

nous pouvons décider, selon les rtjjlcs de notre foi, que le bapU^me de Jean êlail divin, en ce que nieu Tavait commandé ; mais sans y avoir attaché aucune vertu surnaturelle. Car récriture nous apprend que Dieu avait à la vérité envoyé Jean pour baptiser ; mais quant à la nature de ce baptême, il ny avait rien que d'humain. Par lui-même il ne produisait point la grâce ; il disposait seulement Thommc à la recevoir par le moyen de la pénitence, qui est au pouvoir de Thomme. Les pharisiens , et les docteurs de la loi , n'ayant pas voulu croire , ne firent point aussi pénitence. $*il est donc vrai que cette pénitence était seulement quelque chose d'humain, il Faut nécessairement que le baptême fût de même condition. Autrement s il eût été céleste, il aurait donné le Saint-Esprit et la rémission des péchés ; mais il n*y a que Dieu qui remette les péchés, et qui donne le Saint-Esprit. D'ailleurs le Seigneur déclarait lui-même qu'avant qu'il fût retourné à son Père le Saint-Esprit ne descendrait pointa Or ce que le maître ne donnait point encore, pensez-vous que le serviteur pût le donner ?

Kous trouvons en effet dans les Actes des apôtres que ceux qui avaient reçu le baptême de Jean n'avaient pas reçu le Saint-Plsprit , dont ils n'avaient pas même entendu parler^. Par conséquent ce qui ne produisait pas des effets célestes n était point céleste. Puisque d ailleurs ce que Jean avait reçu de céleste, c'est-à-dire l'esprit de prophétie, vint tellement h lui manquer, après que toute la plénitude du Saint- Esprit fut passée dans le Seigneur, que ne connaissant presque plus celui dont il avait annoncé Tavénement prochain, il lui envoya demander s'il était véritablement le Messie qui devait venir". Ce baptême de la pénitence ne faisait donc que disposer à la rémission et A la sanctification qu on devait obtenir ensuite par Jésus- Christ; car quoique Jean prêchât le baptême de la pénitence pour la rémission des péchés , cela ne doit néanmoins s'entendre que d'une rémission future^. I,a pénitence précède, la rémission ne vient qu'après , et c'est ce qui s'appelle préparer la voie. Or celui qui prépare n'est pas le même que celui qui achève; il dispose seulement, afin qu'un autre mette la

I dernière main. Jean avoue lui-même que ce ' qu'il faisait n'était poiul céleste ; cela n'appartenait qu'à Jésus-Christ. « Celui qui vient de terre, disait-il, parle un langage terrestre; mais celui qui vient d'en haut est au-dessus de tous^. » Enfin il déclare que pour lui il ne d<mne qu'un baptême de pénitence; mais qu'il \iendrait bientôt un autre plus grand (|ue lui, qui baptiserait dans le Saint-Esprit et dans le feu- ; c'est-à-dire que comme les vrais fidèles sont purifiés par le baptême d'eau pour leur sanctification , de même les hypocrites et les infidèles recevront un baptême de feu pour leur condamnation.

Quelqu'un dira peut-être : le Seigneur est venu sans qu'il ait néanmoins baptisé; car nous lisons, « ce n était pas cependant Jésus qui baptisait, c'étaient seulement ses disciples '. ^) 11 semble pourtant qu'il avait été prédit par Jean que Jésus baptiserait lui-même de ses propres mains. Je réponds que les paroles de Jean doivent être entendues selon une manière de par 1er assez commune. On dit, par exemple , l'empereur a publié unédit; le gouverneur a fait souffrir la flagellation à un tel. l^st-c^e que l'empereur publie lui-même? est-ce que le gouverneur donne lui-même les coups 1* La; maître est toujours censé agir , lorsque ses gens exécutent ses ordres. C'est de la même sorte qu'il faut expliquer ces paroles : 11 vous baptisera, c'est-à-dire vous serez kipiisés ou par lui ou en lui ^ Quelques autres seront encore surpris que Jésus-Christ ne baptisât pas luimême; mais quel aurait pu être son baptême ? Eût-ce été celui de la pénitence? Qu aurait-il eu affaire de précurseur? Eût-ce été un baptême pour la rémission des péchés J .Mais il ne lui en coûterait quun mot pour les remet irc. Eût-ce été un baptême administré en son propre nom? 11 prenait trop de soin de se cadicr sous le voile de l'humilité. Enfin, aurait-il baptisé dans le Saint-Esprit, lorsque cet Esprit n'était pas encore descendu du Père; ou au nom de l'Église, quand les apôtres n'avaient pas encore commencé de la former? C'étaient donc les apôtres qui baptisaient en qualité de ministres de Jésus , ainsi que son précurseur lavait fait auparavant ; et ils ne conféraient ((ue

» Joau , 10. — • Att , VJ — = Mallli , M - - * Uk , >. | ' .Uu\ . ' - " lur . .3 — ■ Juau , i- — * Lut . à.

TERTULLIEN

eaux du baptême, comme s'il reconnaissait son ancien trône. 11 descendit de même sur notre Seigneur sous la tigure d une colombe Ml voulait nous faire ainsi connaître son caractère par la simplicité et l'innocence de cet oiseau aimable et doui : car on assure que les colombes n'ont point de fiel. C^est pour cela que Jésus- Christ dit à ses disciples : «Soyez simples comme les colombes -.p Ainsi après le déluge, qui lava les iniquités des hommes, la colombe, sortie de Farche^ et revenue ensuite avec une branche d'olivier, annonça la paix au monde en faisant entendre que la colère de Dieu était apaisée (on sait que parmi les gentils Tolivier est aussi le symbole de la paix); de même aussitôt que notre terre , c'est-à-dire notre corps terrestre a été lavé de ses anciens péchés dans les eaux salutaires du baptême, le Saint-Esprit, cette céleste colombe, vole sur nous en nous apportant la paix de Dieu. Elle descend du ciel, comme elle sortit jadis de Tarche, qui était fa figure de FÉglisc. Mais le monde s'est souillé ensuite de nouveaux crimes, et c'est pour cela qu'il doit être purifié de nouveau par le feu , aussi bien que Tbomme, qui retombe dans de nouveaux péchés après son baptême. Ce que je dis ici en passant , les pécheurs doivent Fécouter comme un avis salutaire que je leur donne. IX.yoyez donc combien d'avantages du côté de la nature, combien de privilèges du côté de la grâce, combien de cérémonies solennelles, combien de témoignages et de figures ont annoncé de tout temps le sacrement et la vertu admirable de l'eau. En premier lieu lorsque le peuple d'Israël sortit de la captivité d'Egypte, comment évita-t-il les poursuites de Pharaon^ ? Ce fut en traversant les eaux de la mer Bouge : mais les mêmes eaux engloutireqt ce roi avec toute son armée. Quelle figure plus manifeste du sacrement de baptême ? Les nations sont délivrées de l'esclavage du siècle; et le démon, cet ancien tyran, perd son orgueilleux pouvoir dans les eaux. En second lieu l'eau , d'amère qu'elle était, redevient douce dès que Moïse la touche avec une branche de bois^ Le bois de cette branche représentait la croix , à laquelle Jésus-Christ a été attaché pour convertir, par sa vertu divine , en des eaux salutaires des

»Mallh.,3 — »MalUi.,10.- ' Exod-, 15.

Gen.,8. — *Bxod.,14.

eaux autrefois insipides et empoisonnées : ces eaux salutaires sont les eaux du baptême. Elles étaient encores figurées par l'eau que Mobe fil miraculeusement sortir de la pierre, et qui accompagnait le peuple d'IsraèP. Or, si cette pierre était Jésus -Christ, il est hom de doute que les eaux du baptême sont bénies en Jésus- Christ \

Pour nous confirmer davantage dans la Soi du baptême , considérons encore Testime spéciale que Dieu et son Fils font de l'eau. Il semble que cet élément accompagne toujours Jésus-Christ. D'abord il est baptisé lui-mtaie dans les eaux du Jourdain 3. Les premiers esins qu'il fait d^ son souverain pouvoir, c^est lorsqu'il change l'eau en vin aux noces de Gaoa^. Lorsqu'il enseigne les peuples, il invite Uns ceux qui ont soif à venir boire de cette eu éternelle, qui p'est autre que lui^. Autre part il déclare qu'un verre d'eau donné pour TaiDOor de lui est une œu\re de charité qui ne len point sans récompense^. Il se délasse aux eau du puits de Jacob 7; il marche sur les eaux; il traverse souvent le lac de Génézareth ; il vcne de l'eau dans un bassin pour laver les pieds de ses disciples^. Enfin, le témoignage du baptême persévère jusqu'à la passion. Lorsque cet HommcrDieu est condamné à la mc^t, rcia intervient à cette condamnation , et c'cyt quand Pilate se lave les mains en abandoMPint Jésus-Christ à la fureur des JuiSs^. Enfla , lonqu'il est blessé après sa mort, il sort de Vtm de son côté.

X. Jusqu'ici nous avons parlé, autant qoe notre capacité médiocre l'a pu permetive, de tout ce qui peut servir de fondement ft la sainteté du baptême. Je vais maintenant poorsoirre, le moins mal que je pourrai , ce qi)i reste 1 f|pliquer touchant la nature de ce sampuent Voici d'abord des questions à quoi il fimt répondre. La première fot proposée par le Srigneur lui-même aux pharisiens, à ropcaiioa du baptême que Jean prêchait ^^. Le baptèfp^ de Jean, leur demanda-t-il , était-il oéle^, ou terrestre ? Ils n'eurent garde de riei^ i^^^mAt : ils étaient embarrassés , parce qu'ils ne voa laient pas croire ce qu'il fallait. Pçwf nous,

' «uni., 20. — » l. Cor., 10.

» Matth., 3. — * Joan., 2.— » Joan., 7— • Matth., «.

' Joan., 4.— • Joan., 13— «Malth., 27— " Matth., 21.

Dq BAPTEME. «3

noua pouvons dédtter, sel<m In |4g1ei de notre ^cmi^ Çti^ ^^ m«lfi XVrWim <m « ^i , cme ie baptême de Jean était diyiq , eo oe qu'il ^i^ D'ét^UjMip^ Géhçtte ; ceb| n'^pparqueDjeu l'avait Gqmaunil^ ; nuis tfM y aypv t^il; m'i ié^iu-Piritl. < Cebû qui viept i/B "-- "*—' terrp , di^it-U , parl^ \\^ laiigape terrestre ; u^ia celui qui vieqt d'en ^vf- C9t au-dessiu de tous' . » Kn^n il déclare que pptir lui il ne donne qu'un baptême de p^leocé; ipaïs qu'il viendrait bieatôt un filtre plus Qraud qtfe lui, qui baptiserait dans te Sj;iif l-E>pnt et dans le feu>; rVsI ;\-(lire qua (nnime 1e« vrais ^d^les sont puriBés par le baptême d'eau pp^r leux aanctiflçatipp , de ipëqie 1^ tiypqçritc» et l^s infldèles recevront lui b^piêipe de fcq poifr lei^r con-

«tuché aqcnne Terts siimatareile. Çvr l'Éniture noos apprend que Ken avait t U vér|t£ eqvofé Jean pour baptiser : piaîs quq^nt î |a nature de ce l)aptèine, il n'y avait rien que d'humain. Par lui-même î| ne produisait pnnt la grâce ; il disposait seulement l'homme k ta recevoir par le moyen de la péuitence , qni e^ au pouvoir de l'homme. Les pharisiens , et les docteurs de la loi , n'ayant pas voulu crove , ne firent point aussi pénitence. S'il est donc vrai que cette pénitence était seqlement quelque diose d'bumaiq, il faut nécessairement que le baptême Fftt de même condition. Autrement s'il eAt été céleste , il aurait dponé le Sûnt-Èsprit et la rémission des pédiés ; mais il n'y a que Dieu qui remette les péchés, et qui donné \g Saint-Esprit. D'ailleors le Seigneur déclvyjt lui-même qu'avant qu'il ftt retourné 1 apo Pire le Saint-Esprit ne descendrait point'. Or ce que le maître ne donnait point encore, pensez-vous que le serviteur pût le donner ?

Nous trouvons ea effet dans les Actes des apfttres que ceui qni avûent reçu le bapltgie de Jean n'avai^t pas rei^ le Saint-Esprit, dont ils n'avaient pas même mtendu parler*. Par conséqnentce qui ne produisait pasdes effets célestes n'était point céleste. Puisque d'ailleurs ce que Jean avait reçu de céleste, c'eat-^-dire l'esprit de {ffophétie, vint tellement à loi manquer, après que toute la plénitude du S^- Esprit ftat passée dans le Seigneur, que ne connaissant presque plus celui dont il avait annoncé l'avènement prochain, il luienvoyq demander s'il était véritablement le Messie qui devait venir^. Ce baptême de la pénitence ne iàitait donc qoe disposa* & la rémission et à lj| sancMâca* tiun qu'on devait obtenir enspite par Jésus- Christ; car qupique Jeai^ prêchât leba^têpie de la pénitence pour la rémission des péchés , cela ne dpit néanmoiiis s'entendre que 4'unc rémissifm Future^. là péoiteqce pf^cêde, la rémission ne vient qu'après , et c'est ce qui s'appelle préparer la vue. Or celui qui prépare n'est pas le même que celui qni achève; il dispose senlem^t, afin qu'un autre mette la

> JoiD , m. - < Act-, ID. — ' Mouh , tl - « Luc, 3.

Quelqu'un dira peut-être : le Seigneur est venu sans qii'il ail néanmoins baptisé ; car nous tisons, < ce n'était pas cependant Jésus qui baptisait, c'étaient seqiement scsdisciples^* Il semble pourtant qu'il avait été prédit par Jean qUf Jésus tnptiserait luhoiême de ses propres mqias. Je répQDCJs que les paroles de Jean doiveqt être entendues selon une manière dç par 1er usez comipune. On dit, par eiemplc, fnnpereur a publié unédit; le gouverneur a ^it SQiffFrir la Bagellatipa i un tel. Est-ce que Tepiper^i' publie lui-même? est-ce que le gQqyemenr donne lui-même les coups ? Le ■l^lUv est toiuours cepsé a^ , lorsque ses gens exêci(teat ses ordres. Ce^ de la même sorte qu'il ^t expliquer ces paroles : Il vous baptiser;t, c'ett-ft-dire vous serez tiaptisés ou par lui ou en lui*. Quelipies autres tt^onl encore surpris que JésufrOhrist ne tiaplisit pas luimême; mais quel aurait pu être sou baptême? Eùt-ce été celui de ta pémtence? Qu'aurait-il eu affaire de préciir8eur.=> Edt-ce cté un baptême pour la rémissitm dés péchés ? Mais il ne lui en conterait qu'un mot pour les remetlrc. EAl-ce été un baptême administré en son propre nom? Il prenait trop de soin de se cacher sous ie voile de l'humilité. Enfin, aurait-il Uiplisé dans le Saint-Esprit, lorsque cet Esprit n'était pas encore descendu du Père; ou au nom de l'Église, quand les ap6Lres n'avaient pas encore commencé de la fbrmer? C'étaient donc les apAtres qui ttaptisaieqt en qualité de ministres de Jésus , ainsi que son précurseur l'avait (ait auparavant ; et ils ne confieraient que

1 J..aTi-, 3. — ' I.UC., 3 — ' iota., i. — ' Luc.. 5.

TERT13LLIEN.

le baptême de Jean ; on ne doit pas s'imaginer qu'ils en donnassent un autre ; car il n'y en a point d'autre que celui que Jésus-Christ institua ensuite, et qui ne pouvait encore alors être administré par les disciples, puisque le Sei- (pfieur n'était point parvenu au plus haut degré de sa gloire, et qu'il n'avait pas encore établi l'effîcacité du baptême sur sa passion et sur sa résurrection. Or notre mort ne devait être détruite que par sa passion, et notre vie rétablie que par sa résurrection.

Nous ne pouvons ignorer d'ailleurs que nul ne saurait être sauvé sans le baptême; c'est le Seigneur qui nous le déclare lui-même par ces paroles: «Nul ne peut obtenir la vie, s'il ne renaît de l'eau ^» Là-dessus, certains esprits pointilleux ou téméraires proposent cette question : S'il est certain que sans le baptême il n'y a point de salut , comment est-ce que les apôtres ont pu être sauvés ? car nous ne trouvons point qu'ils aient été baptisés dans le Seigneur, excepté saint Paul. Déplus, si le seul Paul entre les apôtres a reçu le baptême de Jésus-Christ, il faut ou que ceux qui n'ont pas reçu ce baptême soient condamnés pour vérifier Toracle du Sauveur, ou que cet oracle soit faux s'ils ont été sauvés sans le baptême. Dieu m'est témoin que j'ai entendu des gens raisonner de la sorte et je l'affirme , afin qu'on nt me croie pas assez bizarre pour imaginer ou supposer de gaieté de cœur des difficultés, pour satisfaire une démangeaison d'écrire, et pour avoir le stérile plaisir d exciter des scrupules dans les autres.

Je m'en vais donc répondre le mieux qu'il me sera possible à ceux qui nient que les apôtres aient été baptisés. Je dis d'abord : s'il est vrai, comme il paraît incontestable, que les apôtres avaient reçu le baptême humain de Jean , ils souhaitaient sans doute de recevoir le céleste baptême de Jésus-Christ , puisque ce divin Sauveur avait déclaré qu'il n'y a qu'un baptême, lorsqu'il dit à Pierre, qui se refusait <\e se laisser laver les pieds : «Celui qui est une fois sorti du bain^» n'a pas besoin d'y rentrer une seconde. Certainement il n'aurait point parlé de la sorte à un homme qui n aurait pas été baptisé; et c'est une nouvelle preuve contre

' Joaii ; 3. — * Joao , 13.

ceux qui prétendent que les apôtres reçurent le baptême de Jean , afin de pouvoir rejeter le baptême de Jésus-Christ. Est-ii croyable que la voie du Seigneur, c'est-à-dire le baptême de Jean , n'ait pas été préparée à ceux qui étaient eux-mêmes destinés à montrer la voie du Seigneur à tout l'univers? Jésus-Christ, tout impeccable qu'il était, a voulu néanmoins être baptisé, et des pécheurs n'aui \»nt pas besoin de l'être !

Cependant , répliquera-t-on , n est-îl pas vrai que plusieurs n'ont pas été baptisés ? J*en conviens, mais ce ne sont pas assurément les disciples de Jésus-Christ : ce sont tout au plus les ennemis de la foi , entre autres les scribes et les pharisiens; d'où je tire cette conséquence, que si les adversairesde Jésus-Christ n'ont pas voula recevoir le baptême, ses amis l'ont véritablement reçu , pour ne pas imiter la folle sagesse de ses ennemis. Depuis surtout que Jésus-Christ leur maître eût rendu un si glorieux témoignage de Jean par ces paroles : «Entre les Gt* fans des femmes, il n'en a pas paru déplus grand que Jean-Baptiste ^d

Quelques autres disent que les apôtres furent suffisamment baptisés, lorsque étant dans 1^ barque ils furent couverts des (lots de la mer^; que Pierre lui-même fut assez plongé lorsqnll marcha sur les eaux du lac de Génézareth'. Voat moi, je pense au contraire qu'il y a bien de la différence entre être couvert d'eau par la violence d'une tempête, et être lavé par un acic de religion. Cette barque au reste n'était qa^rnie figuré de l'Église , qui est agitée dans la merde ce monde par des tourmentes continuelles; c'est-à-dire par les tentations et les persécutions : tandis que le Seigneur semble dormir tranquillement, jusqu'à ce que, éveillé enfin par les prières des saints , il apaise les flots du siècle et calme la crainte des siens.

Enfin , que les apôtres aient étébaptisés d'une manière ou d'une autre, ou qu'ils aient véca jusqu'à la fin sans baptême, il suffit de saveur que c'est nous en particulier que regarde cet oracle de Jésus-Christ qui nous fait entendre dans la personne de Pierre qu'il n'y a qu'on baptême. Du reste, c'est témérité que de vouloir nous ériger en juges du salut des apôtres.

' Malth., 11. — » Matth., 8. — « Mallh., 14.

DU BAPTÊME

Gomme si la grâce de leur vocation et le privilège d'avoir été ensuite les amis inséparables de Jésus-Christ n'aurait pas pu leur tenir lieu de baptême ; d'autant plus qu'ils étaient les disciples chéris de celui qui promettait le salut à tous ceux qui croyaient en lui : «Votre foi,

disait-il, vous a guérie» Et ailleurs :« Vos péchés vous sont remis ^ , » disait-il à un autre qui avait la foi, mais qui sans doute n*avait pas reçu encore le baptême. Si cette grâce de rémission a manqué aux apôtres , je ne comprends pas comment la foi des autres aura été plus efficace que la leur. I/un abandonne son bureau des fermes au premier mot que lui dit le Sauveur 3; l'autre renonce à sou père, à sa barque et au métier qui le iîiisait vivre^ ; enfin cet autre ^, qui ne retourna pas même ensevelir son père, obéit â la voii de Jésus-Christ avant même quil lui eût entendu dire: «Celui qui me préfère son père ou sa mère n'est pas digne de moi ^.0

XIII. Quelques-uns , également audacieux et impies, proposent encore plusieurs questions. Si la foi, disent-ils, suffit, le baptême n'est donc pas nécessaire. Or Abraham devint agréable à Dieu sans autre sacrement que celui de la foi. Je réponds : les lois postérieures prévalent à celles qui ont précédé. Supposons qu'on ait pu être sauvé par la foi seule, avant la passion et la résurrection de Jésus-Christ ; mais quand on nous a imposé une nouvelle obligation de croire en sa nativité, en sa passion et en sa résurrection , il a été ajouté en même temps un nouveau sacrement. C'est le baptême , qui est comme le sceau de notre foi et comme un ornement dont est revêtue cette vertu, laquelle était autrefois une foi nue, et ne pouvait rien sans l'observation de la loi. Or la nécessité du baptême a été imposée , et la forme en a été prescrite. «Allez, dit le Seigneur aux apôtres, enseignez toutes les nations ; baptisez - les au nom du Père , et du Fils, et du Saint-Esprit Cette loi est clairement confirmée par cet autre arrêt définitif : « Nul ne peut entrer dans le royaume des cieux s*il ne renaît de Teau et du Saint-Esprit'.» Paroles qui nous marquent indubitablement la nécessité du baptême. Depuis

' Lur , 18. - > Matth., 9. — ' Ih., 9. — * Ih., 4. ■ MaitU , 8. - « Jb., 10. - ï Ib., 28. - • Joan., 3.

cet oracle, tous ceux qui commenctrent d'entrer au nombre des fidèles furent baptisés. Dès que Paul eut cru, il reçut le baptême. Le Seineur le lui avait recommandé dans le temps qu'il le rendit aveugle. «Levez-vous, lui ditil, entrez dans Damas, et là on vous apprendra ce que vous devez faire ^ » c'est-à-dire que vous devez recevoir le baptême. C*était la seule chose qui manquait à Paul ; car du reste il avait assez appris et suffisamment cru que Jésus de Nazareth était le fils de Dieu.

XIV. A propos de l'apôtre saint Paul, on propose de nouvelles difficultés sur ce qu'il dit : « Le Seigneur ne m'a pasenvoyé pour baptiser^. » Peut-on s'imaginer que l'apôtre parlant de la sorte prétendit détruire le baptême , et ne baptisa-t-il pas lui-même Caïus, Crispus et toute la famille d'Élienne^? D'ailleurs, quand Jésus- Christ n'aurait pas envoyé Paul pour baptiser, ne savons-nous pas qu'il avait commandé aux autres apôtres de le faire? Enfin saint Paul n'écrivait de la sorte aux Corinthiens que par rapport à ce qui se passait alors parmi eux. On lui avait appris qu'ils en étaient venus à des schismes et à des divisions : «Je suis â Paul,» disait l'un; «je suis à Âpollo"^,» disait Tautre. C'est pour cela que cet apôtre, amateur de la paix , pour ne point paraître prtisan des uns plutôt que des autres , dit qu'il n'a point été envoyé pour baptiser, mais pour prêcher; car il faut commencer par prêcher et ensuite baptiser. Or, celui qui a eu le pouvoir de prêcher a pu aussi baptiser.

XV. Je ne sais si Ion attaque le baptême par d'au! res sophismes également frivoles.Quoi qu'il en soit, je vais reprendre ce que j'avais omis ci-devant, pour ne pas laisser les principales questions indécises. Il n yaqu'un seul baptême, comme nous l'apprenons par TÉvangile de Jé- «•iUS-Christ et par les épUres de l'apôtre: «Un seul Dieu , un seul baptême, une seule Église^. » Cet unique et véritable baptême se trouve seulement parmi nous; mais pour ce qui regarde les hérétiques, il faut examiner ce qu on doit observer avec eux : la chose est de notre compélence. Or les hérétiques n ont point de pan à notre discipline; dès qu'ils sont séparés de notre communion , nous devons les regarder

« Act., 9. — M. Cor., 1. — »/&. — • Ib.-^ » Kphc»., 4.

TEirrULLIEN.

ràinme des étranp;ers. Je ne dois point reconnaître en eux ce qui n'appartient qu'à moi, parce qu'ils n'oDt pas le même Dieu et le même Christ que nous. Par conséquent l'unité du baptême n'est point chez eux, puisque leur baptême n'est pas le même que le nôtre '. Ne l'ayant donc pas tel qu'il faut , c'est comme s'ils n'en avaient aucun; ainsi ils ne peuvent le donner, puisqu'ils ne Font point. Mais nous avons déjà traité cette matière fort au long dans le livre que nous avons écrit en grec là-dessus. Nous ne recevons donc qu'une fois le baptême ; nos péchés n'y sont lavés qu'une fois , pour nous Faire comprendre que nous ne devons point les commettre de nouveau. Le peuple juif se lave tous les jours, parce que tous les jours il contracte quelque souillure. Pour prévenir le besoin d'une semblable purification , il nous a été déclaré qu'il n'y a qu'un seul baptême. Heureuse eau, qui lave une fois, qui est si salutaire aux pécheurs et qui met ceux qu elle a une fois lavés en état de ne plus contracter de nouvelles taches!

XVI. Il est vrai que nous avons un second baptême, qui est le baptême de sang, mais qui est aussi unique. C'est de ce baptême que parlait Jésus-Qirist lorsqu'il disait : «J'ai à être baptisé d'un baptême^,» quoiqu'il eût été déjà baptisé ; car il élait venu par Tcau et le sang -^ y^ comme écrit saint Jean , afin qu'il fût larvé par Teau et glorifié par le sang. C'est pour cela aussi que voulant nous appeler par feau et faire des élus par le sang, il fît rejaillir de la plaie de son côté ces deux baptêmes; parce que ceux qui devaient croire en son sang devaient être purifiés par Peau , et ceux qui seraient purifiés par l'eau devaient aussi boire son sang. C'est enfin ce baptême qui supplée au défaut du baptême d'eau , et qui répare le défaut quand on a eu le malheur de perdre Teffct du baptême.

XVII. Pour finir ce petit traité, il reste à pnrier de la discipline qu'il faut observer dans Taclministration du baptême. Le droit d'administrer ce sacrement appartient d'abord au r,rand prêtre, qui est l'évêquc. Les prêtres et les diacres le peuvent aussi conférer; mais non sans pci'mission de l'évêquc, pour respecter

* Teiiiiliien ne [h\r\v (\iir (hi ccrlains héréliques. » Luc, 12.-- ■ I Juan., 0.

l'Église dans son chef et pour y maintenir la paix par cette subordination. Du reste les laïques ont aussi quelquefois le pouvoir d'administrer le baptême. Ainsi , lorsqu'il ne se trouve ni évêque, ni prêtre, ni diacre, nul ne doit receler le don du Seigneur. Par conséquent le baptême étant un des biens que Dieu distribue aux hommes sans exception, tous peuvent aussi le communiquer. Cependant les laïques doivent toujours se souvenir de la modestie et du respect qu'ils doivent exactement garder envers leurs supérieurs, en qui réside principalement ce pouvoir. Qu'ils prennent donc garde de ne pas s'attribuer un office qui n'appartient qu'à l'évêquc. L'émulation est la mère des schismes. Le três-saint apôtre a dit que « tout était pe^ mis; mais que tout n'était pas expédient ^Qa'ii suffise donc à un laïque d'user de ce pouvoir dans les cas seulement de nécessité , c^est-à-dire lorsqu'il y sera obligé, eu égard aux circoostanccs du lieu, du temps et de la personne ; car alors la conjoncture du péril où se trouve l'un excuse suffisamment l'office secourable de l'antre. On se rendrait autrement coupable de la perte d'une àme si on refusait de lui accorder ce qu'on a pu lui donner.

Au reste , l'insolence de certaines femmes qui ont usurpé le droit d'enseigner les portera-celle à s'arroger encore celui de baptiser? J*âi de la peine à le croire , à moins qu'il ne paraisse quelque nouveau monstre aussi hardi que le premier. Que si quelques-unes de ces fjnnmes téméraires , qui lisent sans aucun discernemeat les écrits de saint Paul, osent justifier leur prétention par l'exemple de Thècle , à laquelle , dit-on , cet apôtre donna le pouvoir d^enseigner et de baptiser, qu'elles sachent que le livre duquel elles s'autorisent n'est point de saint Paul , mais d'un prêtre d'Asie , qui le composa sous le nom de saint Paul , quoique tissu de ses propres rêveries. Ce prêtre, ayant été ensuite convaincu par sa confession même qu'il avait composé cet ouvrage, fut chassé et déposé. En effet, y a-t-il la moindre apparence que saint Paul accorde aux femmes le pouvoir d'enseigner et de baptiser, lui qui leur donne i peine la permission de se faire instruire publi* qucmcnt.^ «Que les femmes se taisent, dit-il;

DIT BAPTÊME

et si elles ont quelque difâcullé , qu elles consulleiU en particulier leurs maris K »

XMII. Du reste ceux qui soûl obliges par office cradministrer le baptônie n'i[;norent pas c|u'il ne Faut point le conférer sans de {grandes précautions. Ces paroles , n donnez à quiconque vous demande 2,» ont leur restriction, comme le devoir de Faire raumùne. Ou plutôt il faut se souvenir de ces autres paroles : «Me donnez point aux chiens ce qui est saint, et ne jetez point vos perles devant les pourceaux". »Kt ailleurs :aN*imposez pas facilement les mains, de peur que vous ne vous chargiez de la faute d'autrui ^ «Philippe, dites-vous, conféra d'abord le baptême à Teunuque: mais faisons réflexion qu'il intervint en cela un ordre ex|)rfcs et manifeste du Seigneur; car l'esprit saint avait commandé à Philippe de prendre un certain chemin^; et Icunuque lui-même, |X)ur ne pas perdre le temps, était occupé de la lecture sainte des prophètes, sans penser alors ii demander le baptême. 11 pensait seulement A aller faire sa prière dans le temple de Jérusalem, et en chemin faisant il lisait les saintes Écritures. Cest dans des dispositions si religieuses que le diacre Philippe devait trouver celui vers lequel Dieu Tavait envoyé. Il reçoit ordre de se joindre au char du ministre de la reine de Candace ; il trouve eu lui un commencement de foi, au moyen de la lecture des livres divins. 1/eunuque se rend aux instructions du nouvel apùtre; le Seigneur se découvre à lui; sa foi se ranime et ne peut souffrir de retardement : Teau se trouve à propos. Dès que le baptême est fait, TenvoyédeDieu pour baptiser est aussitôt enlevé miraculeusement. Paul fut aussi baptisé sans délai*', j'en conviens; mais Jude son hôte avait appris d'abord que Paul était destiné pour être un vaisseau d'élection. La bonté spéciale de Dieu se fait distinguer par certains privilèges. An reste, eu égard A l'état, à la disposition et à l'âge, il est plus expédient de différer le baptême que de le donner d'abord, surtout aux petits enfans ; car pourquoi, s'il n'y a pas de nécessité pressante, exposer les parrains à un très-grand péril? Ceux-ci peuvent mourir, par conséquent ils ne pcu\ent acquitter leurs pro-

^ I. Cor., 14. — - Luc. 0. — - M;mli., 7. * I. Tiui., j. - - Act., b". — '■ Ib, y.

messes: s'ils vivent, le mauvais naturel des enfans peut tromper leurs espérances.

Il est vrai que INotre-Seigneur adit an sujet des enfans : « Ne les empêcliez pas de venir ft moi^») Qu'ils viennent donc lorsqu'ils seront plus avancés en Age; qu'ils viennent lorsqu'ils seront en état d'être instruits, afin qu'ils connai.sscnl leurs engagemens. Qu'ils commencent par savoir Jésus-Christ, avant que de devenir chrétiens. Pourquoi tant presser de recourir à la rémission des péchés un Age encore innocent? Les hommes du siècle en usent avec plus de précaution : ils n'osent confier l'administration des biens terrestres A des enfans auxquels cependant on se hâte de distribuer les biens du ciel. Que les enfans apprennent donc A demander le Falut, afin qu'il ])araisse (pi'on n'accorde qu'à ceux qui demandent. Il n'y a pas moins de raison de différer les adultes qui ne S(mt point encore mariés, parce que dans cette .situation ils sont trop exposés A des tentations violentes : les garçons et les filles. A cause de la maturité de leur Age, et les veuves, à cause de letir dissipation au dehors. Qu'ils attendent donc les uns et les autres jusqu'A ce (ju'ils soient mariés, ou qu'ils soient bien affermis dans la continence. Si l'on comprend bien 1rs obligations importantes que l'on contracte par le baptême, on craindra plus de le recevoir que de le différer. Li foi parfaite n'a rien A craindre pour le salut.

XIX. Le jour solennel du baptême est le jour de Pâques, lorsque le temps de la passion de Notre-Seigneur, dans laquelle nous sommes baptisés, est accompli. On peut même regarder connnc une figure du baptême l'ordre que Jésus-Christ donna A ses disciples pour la préj^aration de la pâ(|ue. '(\ous trouverez, leur dit-il, un homuie portant une cruche deau-. >^ Il leur indiqua l'eau, pour manpic du lieu où ils devaient célébrer la pAque. In autre jour solennel du baptême est la Pentecôte, lorsqu'il s'est passé un assez long intervalle de temps pour disposer et instruire ceux (pii doivent être baptisés. C'est durant cet intervalle ([iie Jésus manifesta souvent sa rêsiirrcctio!i à ses disciples , qu'il leur proiîiil le Saini-Ksprit , et k\\\\\ les assura de revenir une seconde lois, lorsque

(Kl

TERTULLIEN

comme des étranfjers. Je ne dois point rcconnattre en eux ce qui n'appartient qu'à moi, parce qu'ils n'ont pas le mémeDieu et le même Christ que nous. Par conséquent Funité du baptême n'est point chez eux, puisque leur baptême n'est pas le même que le nôtre '. Ne l'ayant donc pas tel qu'il faut , c'est comme s'ils n'en avaient aucun; ainsi ils ne peuvent le donner, puisqu'ils ne l'ont point. Mais nous avons déjà traité cette matière fort au long dans le livre que nous avons écrit en {p*ec là-dessus. Nous ne recevons donc qu'une fois le baptême ; nos péchés n'y sont lavés qu'une fois , pour nous faire comprendre que nous ne devons point les commettre de nouveau. Le peuple juif se lave tous les jours, parce que tous les jours il contracte quelque souillure. Pour prévenir le besoin d'une semblable purification , il nous a été déclaré qu'il n'y a qu'un seul baplème. Heureuse eau, qui lave une fois, qui est si salutaire aux pécheurs et qui met ceux qu'elle a une fois lavés en état de ne plus contracter de nouvelles taches!

XVI. Il est vrai que nous avons un second baptême, qui est le baptême desanj;, mais qui est aussi unique. C'est de ce baptême que parlait Jésus-Clirist lorsqu'il disait: «J'ai à être baptisé d'un baptême 2,» quoiqu'il eût été déjà baptisé; car il était venu par Teau et le sang^y^ comme écrit saint Jean , afin qu'il fCit larvé par l'eau et glorifié par le sang. C'est pour cela aussi que voulant nous appeler par l'eau et faire des élus par le sang, il fit rejaillir de la plaie de son cote ces deux baptêmes; parce que ceux qui devaient croire en son sang devaient être purifiés par l'eau , et ceux qui seraient purifiés par l'eau devaient aussi boire son sang. C'est enfin ce baptême qui supplée au défaut du baptême d'eau , et qui répare le défaut quand on a eu le malheur de perdre l'effet du baptême.

XVII. Pour finir ce petit traité, il reste à pnrier de la discipline qu'il faut observer dans raciminîstration du baptême. Le droit d'administrer ce sacrement appartient d'abord au r,rand prêtre, qui est l'évêquc. Les prêtres et les diacres le peuvent aussi conférer; mais non sans pci'mission de l'évêquc, pour respecter

* T€iiulli(.Mi ne p.uir qiir de cerlaiiis hOréliquts. » Luc, IJ. — " |. Joau., o.

l'Église dans son chef et pour y maintenir la paix par cette subordination. Du reste les laïques ont aussi quelquefois le pouvoir d'administrer le baptême. Ainsi , lorsqu'il ne se trouve ni évêque, ni prêtre, ni diacre, nul ne doit receler le don du Seigneur. Par conséquent le baptême étant un des biens que Dieu distribue aux hommes sans exception, tous peuvent aussi le communiquer. Cependant les laïques doivent toujours se souvenir de la modestie et du respect qu'ils doivent exactement garder envers leurs supérieurs, en qui réside principalement ce pouvoir. Qu ils prennent donc garde de ne pas s'attribuer un office qui n'appartient qu^à Tévêque. L'émulation est la mère des schismes. Le très-saint apôtre a dit que «tout était pe^ mis; mais que tout n'était pas expédient ^.Qull suffise donc à un laïque d'user de ce pouvoir dans les cas seulement de nécessité , c^est-à-dire lorsqu'il y sera obligé , eu égard aux drcoostances du lieu, du temps et de la personne ; car alors la conjoncture du péril où se trouve l'an excuse suffisamment l'office secourable de Fautre. On se rendrait autrement coupable de la perte d'une àme si on refusait de lui accorder ce qu'on a pu lui donner.

Au reste , l'insolence de certaines femmes qui ont usurpé le droit d'enseigner les portera-telle à s'arroger encore celui de baptiser? J*âi de la peine à le croire , à moins qu'il ne paraisse quelque nouveau monstre aussi hardi que le premier. Que si quelques-unes de ces firâunes téméraires , qui lisent sans aucun discerneaient les écrits de saint Paul, osent justifier leur prétention par Texemple de Thècle , à laquelle , dit-on, cet apôtre donna le pouvoir d'enseigner et de baptiser, qu elles sachent que le livre duquel elles s'autorisent n'est point de saint Paul , mais d'un prêtre d'Asie , qui le composa sous le nom de saint Paul , quoique tissu de ses propres rêveries. Ce prêtre , ayant été ensuite convaincu par sa confession même quH avait composé cet ouvrage, fut chassé et déposé. En effet, y a-t-il la moindre apparence que saint Paul accorde aux femmes le pouvoir d'enseigner et de baptiser, lui qui leur donne i peine la permission de se faire instruire publi* quemcnt? «Oiic les femmes se taisent, dit-il;

' J. (or., C.

DU BAPTÊME

et si elles ont quelque difficullé, quelles consultent en particulier leurs maris ^ »

XMIl. Du reste ceux qui sont obligés par office d'administrer le baptême n'ignorent pas qu'il ne faut point le conférer sans de grandes précautions. Ces paroles , << donnez à quiconque vous demande-,» ont leur restriction, comme le devoir de faire Taumùne. Ou plutôt il faut se souvenir de ces autres paroles : «Ne donnez point aux chiens ce qui est saint, et ne jetez point vos perles devant les pourceaux-'. »Kl ailleurs :« N'imposez pas facilement les mains, de peur que vous ne vous chargiez de la faute d'aulrui^. «Philippe, dites-vous, conftTa d\ilM)rd le baptême à l'eunuque: mais faisons réflexion qu'il intervint en cela un ordre exprès et manifeste du Seigneur; car l'espril saint avait commandé à Philippe de prendre un certain chemin-'; et Teunuque lui-même, pour ne pas perdre le temps, était occupé de la lecture sainte des prophètes, sans penser alors à demander le baptême. Il pensait seulement à aller faire sa prière dans le temple de Jérusalem, et en chemin faisant il lisait les saintes Écritures. C'est dans des dispositions si religieuses (|uc le diacre Philippe devait trouver celui vers lequel Dieu l'avait envoyé. Il reçoit ordre de se joindre au char du ministre de la reine de Candace ; il trouve en lui un commencement de foi, au moyen de la lecture des livres divins. L'eunuque se rend aux instructions du nouvel apôtre; le Seigneur se découvre à lui; sa foi se ranime et ne peut souffrir de retardement : Teau se trouve à propos. Dès que le baptême psi fait , l'envoyédeDieu pour baptiser est aussitôt e»ilevé miraculeusement. Paul fut aussi baptisé .sans délai^, j'en conviens: mais Jude son hôte avait appris d'abord que Paul était destiné pour être un vaisseau d'élection. Li bonté spéciale de Dieu se fait distinguer par certains privilèges. Au reste, eu égard à l'étal, à la disposition et à l'âge, il est plus expédient de difïérer le baptême que de le donner d'abord, surtout aux petits enfans; car pourquoi , s'il n'y a pas de nécessité pressante, exposer les parrains à un très-grand péril .^Ceux-ci peuvent mourir, par conséquent ils ne peu\ent acquitter leurs pro-

* l. Cor., 11. — - Luc. Ci. — • Maiili., 7.

* I. Tiiu., 5. - - Acl., «. — '• Ib , 'J.

messes: s'ils vivent, le mauvais naturel des enfans peut tromper leurs espérances.

Il est vrai que Noire-Seigneur a dit an sujet des enfans : « Ne les empêcliez pas de venir h moi^n Qu'ils viemient donc lorsqu'ils seront plus avancés en Age; qu'ils viennent lorsqu'ils seront en état d'être instruits , afin qu'ils connaissent leurs engagemens. Qu'ils counnencent par savoir Jésus-Clirist, avant que de devenir chrétiens. Pourquoi tant presser de recourir à la rémission des péchés un Age encore innocent? Les hommes du siècle en usent avec plus de précaution : ils n'osent confier l'administration des biens terrestres A des enfans auxquels cependant on se hâte de distribuer les biens du , ciel. Que les enfans apprennent donc A deman- I der le Falut, alin qu'il paraisse qu'on n'ac- I corde qu'à ceux qui demandent. Il n'y a pas moins de raison de différer les adultes qui ne sont point encore mariés, parce que dans celle situation ils sont trop exposés à des tentations violentes : les garçons et les filles. A cause de la maturité de leur âge, et les veuves, à cau.se de leur dissipation au dehors. Qu'ils attendent donc les uns et les autres jusqu'A ce ((u'ils soient mariés, ou qu'ils soient bien affermis dans la conlinciue. Si l'on comprend bien les obligations importantes cpie Ton contracte par le baptême , (m craindra plus de le recevoir que de le différer. Li foi parfaite n'a rien A \ craindre pour le salut.

XIX. Le jour solennel du baptême est le jour ■ dePiupies, lorsque le temps de la passion de ' Notre-Seigneur, dans laquelle nous sonnnes i baptisés, est accompli. On peut même regarder I comme une figure du baptême l'ordre que Jésus-Christ donna A ses disciples pour la préj^aration de la pA(|ue. u Vous trouverez, leur dit-il, un homuie portant une cruche d'eau-. >^ Il leur indiqua l'eau, pour marque du lieu où ils devaient célébrer la pàque. Vi\ autre jour solennel du baptême est la Pentecôte, l(»rsqu'il s'est passé un assez long intervalle de temps pour tli.sposer et instruire ceux qui doivent être baptisés. C'est durant cet intervalle que Jésus manil'esla souvent sa résurrection à ses disciples , «juil Icin* promit le Saint - Kspril , cl cpril les aK.^nra de revenir une seconde fois, lorsque

' ;.M:!: , IJ. — - Marc , î i

TERTULLIEN

cSmme des étrangers. Je ne dois point reconnat- (te en 6uïce()iiin*tt>partiait qil'ft moi, parce qu'ils n'oDtpasIemCnieDieuetleménieChrist vfit nous. Par conséquent l'unité du baptême n'est point chei eni, puisque leur baptême n'est pas le même que le n6tre '. TVe l'ayant donc pas ttl qn'il Faut , c'est comme s'ils n'en sTaient avcnn; ainsi ils ne peuvent le donner, paisqu*il8 ne l'ont point. Mais nons aTons d^â trtité celte matière fort au long dans le liTre que nons avons écrit en grec IS-dessus. Nous ne recevons donc qu'une fois le baptême; nos pécbés n'y «mit lavés qu'Une fois , pour nous faire comprendre que nous ne devons point les comtaettre de nouveau. Le peuple jaif se lave tous les jours, parce que loDi les jours il contracte quelque souillure. Pour prévenir le besoin d'tone semblable purificatiou , il nous a été dédaré qu'il n'y a qu'un seul baptême. Heureuse eau, qui lave une ftiis, qui est si salutaire aux pécheurs et qui met ceux qu'elle a une fbis lavés en état de ne plus contracter de nouvelles taches t

XVI. H est vrai que nous avons un second baptême, qniest le baptême de sang, mais qui est aussi unique. Cest de ce baptême que parlait Jésns-Gfarist lorsqu'il disait : vj'ai à être baptisé d'un baptême^,» quoiqu'il eAt été déjà baptisé; car il était venu par t'ean et le sang 3^ comme écrit saint Jean , aHn qu'il fût tavé par l'eau et glorifié par le sang. C'est pour cela anssi que voulant nous appeler par l'eau et Faire des élus par te saog, il Ht rejaillir de la plaie de son côté ces deux baptêmes; parce que ceux (pli devaient cron^ en son sang devaient être pnriflés par l'eau , et ceux qui seraient purifiés par l'ean devaient aussi b<^ sou sang. Cest enfin ce baptême qui supplée au défaut du baptême d'eau , et qui répare le défaut quand on a eu le malbeur de perdre l'effet du baptême.

XVII. Pour finir ce pelit traité, il reste à pnrier de la discipline quil &ut observer dans l'administralion du baptême. Le droit d'administrer ce sacrement appartient d'abord au grand prêtre, qui est l'évèque. Les prêtres et les diacres le peuvent aussi conférer; mais non sans pei'itiission de l'évèque, pour respecter

l'Ëglise dans son chef et pour y mainteiûrU paix par cette nibordination. Du reste les Wques ont aussi quelquefois le poovnr d'administrer le baptême. Ainsi , lorsqu'il ne se trouve ni êvëque, ni prêtra, ni diacre, nul ne doiL recela' le don du Seigneur. Par conséquent le baptême étant un des biens que Dieu distribue aux hommes sans exception , tous peuvent aussi le communiquer. Cependant les laïques doiveiu toujours se souvenir de la modestie et do respect qu'ils doivent exactement garder enven leurs supérieurs, en qui réside prinàpalennit ce pouvoir. Qu'ils prennent donc garde de ne pas s'attribuer un office qui n'appartient qa\ l'évèque. L'émulation est la mère dès sdibiMi Le três-saint apôtre a dit que « lont éUlt permis; mais que tout n'était pas expédient '.^"S sttff^e donc i un laïque d'user de ce pouvoir dans les cas seulement de nécessité , c'at-t-dire lorsqu'il y sera obligé, eu égard auk drcoBstances do lieu, du temps et delà personoe; or alors la conjoncture du péril où se trooTérin excuse suffisamment l'office secourabie dt hitre. On se rendrait autrement coupable dtW perte d'une âme si on refusait de Vd âticdMir ce qu'on a pu lui donner.

Au reste , l'insolence de certaiaes femmes qui ont usurpé le droit d'ense^ncr les porlera-lelle à s'arroger encore celui de baptiser? J'ai de 1.1 peine à le croire, A moins qu'il ne paraisse quelque nouveau monstre aussi hardi que le premier. Que si quelques-unes rie ces Fnmaes téméraires , qui lisent sans aucun discernement les écrits de saint Paul , osent justifier leur prétenlion par l'exemple de lliëclc , 3 laquelle , dit-on, cet apAtre donna le pouvoir d'enseigner et de bapUser, qu'elles sachent que le livre duquel elles s'autoiisent n'est point de saint Paul , mais d'un prêtre d'Asie , qui le composa sous le nom de saint Paul, quoique tissu de ses propres rêveries. Ce prêtre, ayant évi ensuite convaincu par sa coufiession mtaie ^1 avait composé cet ouvrage, ftit ctuné etdlposé. £d eFFet, y a-t-il la moïudre tfffëttfBt que saint Paul accorde aux femmes le pouvoir d'enseigneretdebapti5er,Iuiqui lenrds)iMt peine la permission de se faire iostmhc pplfiqucmentP oQuc les Femmes se taisent, iiÛt-il;

I>r BAPTÊME.

et si elles onl quelque difficuIlL', qu^elles cousulteiU eu pnrûculicr leurs maris '.»

XVIII. Du reste ceux qui sout obli{];i's par office cl administrer le baplOme D*i{;noreiil pas cpril ne faut point le conFcrer sans de [grandes précautions. Ces paroles , « donnez à quiconque vous demande^,» ont leur restriction, comme le devoir de Faire raumùne. Ou plutôt il faut se souvenir de ces autres paroles : «Me donnez point aux cbiens ce qui est saint, et ne jetez point vos perles devant les pourceaux ■•. »i Kt ailleurs :« N'imposez pas fiicilement les mains, de peur que vous ne vous chargiez de la faute d'aulrui *. » Philippe, dites-vous, conftra d*al)ord le baptême à reunu(]ue : mais faisons rêdexion qu1l intervint en cela un ordre ex|)rès et manifeste du Seigneur; car lespril saint avait commande à Philippe de prendre un certain chemin^; et leunuquc lui-même, ]K)ur ne pas perdre le tenq)s, était occupé de la lecture sainte des prophètes, sans penser alors î^ demander le baptême. Il pensait seulement à aller faire sa prière dans le temple de Jérusalem, et en chemin faisant il lisait les saintes Écritures. C'est dans des dispositions si reli{;ieuses ipie le diacre Philippe devait trouver celui vers le(piel Dieu l'avait envoyé. 11 reçoit ordre de se joindre au char du ministre de la reine de Candacc; il trouve en lui un commencement de foi, au moyen de la lecture des livres divins. L eunuque se rend aux instructions du nouvel apôtre; le Seigneur se découvre ù lui; sa foi se ranime et ne peut souffrir de retardement : l'eau se trouve à propos. Dts que le baptême est fait , l'envoyé de Dieu pour baptiser est aussitôt ciilevé miraculeu.sement. Paul fut aussi ba])lisé sans délai^, j'en conviens; mais Jude son hôte avait appris d'abord que Paul était destiné |)0ur être un vaisseau d'élection. La bonté spéciale de Dieu se fait distinjjucr par certains privilèges. Au reste, eu égard à l'étal, à la disposition et à l'âge, il est plus expédient de différer le baptême que de le donner d'abord, surtout aux petits enfans; car pourquoi, s'il n'y a pas de nécessité pressante, exposer les parrains à un très-grand péril? Ceux-ci peuvent mourir, par conséquent ils ne peuvent acquiller leurs pro-

' I. G)r., 11. — - Luc, 0. — ■■ Miiith., 7. * I. Tim.,;}. - - Acl., t>. — ' Ib /).

messes: .s'ils vivent, le mauvais naturel des enfans peut tromper leurs espérances.

Il est vrai que INotre-Seigneur a dit an sujet des enfans :«Me les emi^êchez pas de venir à moi*.» Qu'ils viennent donc lorsqu'ils seront plus avancés en Age: (pi'ils viennent lorsqu'ils seront en état d'être instruits, afin qu'ils connaissent leurs engafçemens. Qu'ils commencent par savoir Jésus-Christ, avant que de devenir chrétiens. Pourqi«)i tant presser de recourir à la rémission des péchés un Age encore innocent? Les hommes du siècle en usent avec plus de précaution : ils n'osent confier l'administration des biens terrestres A des enfans auxquels cependant on se liàte de distribuer les biens du 1 ciel. Que les enfans apprennent donc A deman- ! der le salut, aliii (pi'il paraisse qu'on n\ic- ; corde qu'à ceux qui demandent. Il n'y a pas moins de raison de différer les adultes qui ne sont point encore mariés, parce que dans cette situation ils sont trop exposés h des tentations violentes : les garçons et les filles, à cause de la maturité de leur âge, et les veuves , à cause de leur dissipation au dehors. Qu'ils attendent donc les uns et les autres jusqu'A ce (|u'ils soient mariés, ou qu'ils soient bien affermis . dans la continence. Si l'on comprend bien les obligations importantes (pie Ion contracte par le baptême, on craindra plus de le recevoir que de le différer. \a foi parfaite n'a rien à , craindre pour le salut.

XIX. Le jour solennel du baptême est le jour dcPà(pu\s, lorsque le temps de la passion de ' iXotre-Seigneur, dans laquelle nous sonnnes ; baptisés , est accompli. On peut même regarder I comme une figure du baptême l'ordre que Jésus-Christ donna à ses disciples pour la préparation de lapàque. m \ous trouverez, leur dit-il, un homme portant une cruche deau-. » Il leur indiqua l'eau , pour marque du lieu où ils devaient célébrer lapàque. In autre jour solennel du baptême est la Pentecôte, lorsqu'il s'est passé un assez long intervalle de temps pour disposer et instruire ceux <pii doivent être baptisés. C'est durant cet intervalle (|iîe Jésus manilVsla souvent sa résurrection à ses disciples, (|îi"il leur promit le Saint - Ksprit , et ^\\\\\ les assura de revenir une seconde fuis, lorsque

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