NE A CARTHAG VERS L'AN 145. — MORT VERS L'AN
itUb^ptimus-Florens Tertullianus naquit lage, vers l'an 145 ou 150 de Jésus-Christ. Il , encore enfant, son père qui était cendans une légion du proconsul en Afrit trouva dans sa mère un guide tendre ré. Doué d'une imagination ardente, d'un facile, d'une grande puissance d'éiocution, it de bonne heure des succès comme avocat esseur de rhétorique. On sait, par ses prok;laration», qu'à cette époque il se laissa ler par la vivacité de son organisation De dans toutes les folles dissipations de la le; mais il fallait à cette imagination arm ui^ lutte dangereuse pour y déployer sa ou un joug de fer pour la comprimer. Il l'une et l'autre dans les idées chrétiennes, ne sait pas précisément à quelle époque lien embrassa le christianisme. Il l'avait nps combattu et stigmatisé, et il en de- 1 des plus ardens apôtres. Ce qu'on peut urcr de ses ouvrages, c'est que le spectacle
de la constance déployée par les martyrs , agit fortement sur son imagination, et que, comme il arrive d'ordinaire aux cœurs généreux, la persécution le détermina à se placer dans les rangs des persécutés. On croit que ce fut vers Tan 185. Tertullien se maria l'année suivante à une femme chrétienne. Il ne pouvait rester longtemps confondu parmi les soldats vulgaires de la milice chrétienne ; c'était au premier rang qu'il voulait combattre et braver tous les dangers. L'ordre de prêtrise lui fut conféré vers 192. Tertullien était alors marié, mais il n'y avait aucune constitution qui défendit aux ecclésiastiques de se marier , et encore moins de conférer les ordies aux hommes précédemment mariés. Tertullien , arraché aux désordres de la jeunesse, continua à vivre dans la régularité maritale avec sa femme. On a de lui deux livres qu'il lui adressa en forme de testament, et d'une date fort postérieure à sa conversion , et dans lesquels il l'engage \ au cas
' Livre 1 , cbap. 7.
NOTICE SUR TERTULLIEN
où il mourrait le premier, à observer la continence et «à faire dans la yiduité ce qu'il ne lui était pas possible de faire dans le mariage.» Ces paroles sont assez claires pour ne pas avoir besoin d'explication.
Tertullien ne put rester longtemps soumis à la marche régulière et méthodique de la société chrétienne, les émotions des persécutions avaient, comme on Ta vu, ouvert son cœur aux nouvelles croyances, et dans les intervalles des persécutions, son esprit impatient cherchait encore des dangers ^ braver, des perfections à atteindre, des sacrifices à faire, de la gloire I acquérir. Il lui semblait que les chrétiens mettaient trop de tiédeur dans leurs prières , dans leurs paroles, dans leurs privations, dans leurs nlartyres. La vie était pour lui une lutte dont une mort généreuse pouvait seule lui faire gagner le prix. Le clergé italien, moins ardent t]ue le prêtre d'Afrique, l'engagea à plus de ménagemens etivers des chrétiens créés si faibles. Il s'indigna. Ils s^emportèrent à leur tour contre lui et lé blàmèreùt de sa facilité à se jeter hors des voies feçués, pour suivre les traces de Montanus , qui courait risque de tout corrompre en exagérant tout , et dont l'austérité voulait prescrire aux hommes une perfection qui dépassait leurs forces. TertuUien^ provoqué, poussa les choses à l'extrême et se sépara publiquement d'eux en adoptant le montanisme.
«Ce que l'on peut dire de plus probable sur ce changement, dit l'auteur d'une fort bonne dissertation critique sur Tertullien et ses ouvrages ' , c'est que comme la discipline de Montanus parais^ sait fort austère, que ses sectateurs affectaient ime grande continence, qu'ils observaient de fréquens jeànes et des dévotions outrées , qu'ils multipliaient les prières, qu'ils élevaient le martyre jusqu'à soutenir qu'il n'était permis ni d'éviter la persécution par la fuite, ni de racheter la vie à prix d'argent, Tertullien, que son génie ardent et sévère poussait à porter toutes choses dans les excès ^ embrassa de lui-même une discipline qui s'accordait si bien aVéc son humeur. II est vraisemblable, car on n'en peut rien dire de certain, que ce fut vers l'an 199 de Jésus-Christ.»
Séparé de la principale Église chrétienne, il n'en montra que plus d'ardeur à défendre le christianisme et à prendre à partie chacune des sectes qui voulaient élever un drapeau indépendant. Lui même les imiU toutefois, en se séparant de ses nouveaux amis les montanistes, et en créant une sectcplusexaltéeencore,etdontonlrouvaitencore des traces en Afrique au temps de saint Augustin.
1 Vm (éie d'une noiwcUc édition de rApologétique, Iradiùie par Giry, Aaislerdam, 1701, 1 vol. iii-12.
Les derniers ouvrages de Tertullien sont de l'année 217 ou 218, et on place sa mort vert l'an 220.
On divise ses ouvrages en deux classes : ceux écrits avant sa séparation de l'Eglise romaine; ceux écrits après son adhésion au montanisoie. Je les ai tous distribués dans la table ci-joiote, qui fera ccnnattre l'époque présumée de leur conaposition, et le nom des divers traducteurs français. Son ouvrage le plus célèbre est \' apologétique. J'ai réuni tous ceux de ses traités, au nombre de vingt- trois, qui m'ont paru propres à jeS^r du jour sur l'histoire de l'Église chrétienne. Plusieurs de ces traités n'avaient jamais été traduits c& français. M. Collet a bien voulu se charger de celle traduction. Ce n'est qu'en publiant des traités complets que l'on peut donner une idée exacte de l'histoire des hommes et de leurs idées. La crainte de grossir trop démesurément ce volume, m'a seule empêché de donner le petit nombre d'autres traités qui restaient*. Les cinq livres oontre Marcion sont la partie la plus volumineuse de ce qui n'est pas publié ici. J'ai donné seulement l'extrait qu'en a fait l'abbé de Gourcy. Voici une courte analyse du traité sur VAme :
« Nous ayons , dit Tertullien , disputé W^ HëMbôgêfli sur rorigine de l'âme, qu'il souteuait avoir été créée par uoe suggestioBde la matière plutôt que par le souffle de Dieu, maintenant nous examinerons d'autres questions, et sur beaucoup, nous entrerons en lutte avec les philosophes. Socrate, même dans sa prison , s'occupa de Téut de rame, mais le temps et le lieu étaient mal choisis pour cet examen. L'âme du philosophe ^lait consternée ou par les apprêts de la mort, les pleurs de sa femme, presque déjà veuve, les cris de ses jeunes enfans, d^à orphelins, ou par les effbrts qu'elle faisait pour demeura calme et immobile au milieu de ces violentes secousses. Qute devait chercher d'ailleurs tout homme condamné injus tement , et à plus forte raison un pbiloosphe , cet être qui se repaît de gloire, qu'on ne peut consoler sans l'irriter, que devait-il chercher alors, si ce n'est du soulagement à l'injustice qui le frappait ? Aussi Socrate, eu présence de la mort, invoquant l'immortalité pour son âme, présume cette vérité pour braver la vengeance d'Anytus et de Méiitus. Mais il ne l'avait pas découverte. Qui en effet peut connaître Dieu sans connaître le Cbrisi, le Christ sans connaître TEsprit-Saint, et l'Ëspril-Saint sans le sacrement de la foi? Socrate était livré à un autre esprit. Dès sa jeunesse, un démon, â ce qu'on dit, lui fut attaché c'est-à-dire un maître perfide dans ses leçons. Les chréb liens n'avaient pas encore démontré qu'une telle puissance était toujours mauvaise, qu'elle éuit l'artiian des erreurs des hommes, et l'ennemie de toute vérité. Cependant la pythie déclara Socrate le plus sage de tous les hommes. Combien alors doit être Grande la sagesse de la religion chrétienne, qui a renversé de son souffle
' Il en reste neuf, on Us irouvera indiqués dans le talableau oui suit celle notice.
NOTICE SUR TERTULLIEN
loute la paitMAce des déroom! C'ett celte sâgeMequi i*«pouMe let dieux du ciel , ou, pour mieux dii'e, kt dieux du siècle, qui t'avilirait eu lacriBaul un coq à KicuUpe, qui n'éiaMit pat uo nouveau c*jl(e de démont, niait qui lYpouiae TajiGiea, qui ne corrompt point, mait affermie la jeunette dant de bonnet mœurt, qui fait ditparaitre Terreur , au nom de la vérité, non pat d'une teule ville, luait encore de loul Tunivert, qui te dévoue, pour Kout^nir cette même vérilé, à tout let tourment et à loua let tupplioet; c*ett cette tagette et non celle det philoM>pfaet qui découvrira , en suivant let lois de Dieu , ce qu'on doit croire tur râme.Certet nul ne peut mieux que Dieu, qui Ta créée, en faire connaître la nature. Qui en effet révélera ce qu'il a formé? Comment pourra-t-on ietavoir? 11 est plut tûr d'ignorer, parce que Dieu n'a pas i-évélé, que de savoir parce que l'homme a présumé. Nous ne nions point cependant que les philosophes n'aient pu quelqnefoit trouver la vérité. Au milieu des tempétet qui troublent le ciel et la mer, un porr , par un heureux bâtard, peut te montrer au pilote; et au sein des ténèbres, un avetiftie bonheur découvrir une issue. Aiiisi beaucoup de véritét iiout tout tuggéréex par notre nature ; mait quel fondement établir tur la philosophie ? habile à consiruire et à détruire, et persuadant plus en disant qu'en instruisant • elle régente la nature , la plie i tes lois, et contredit celles que le Créateur lui a impoaéea Bien plut , elîe a puisé beaucoup de sa science dana let livres sacrés (car Tantiquiié a cru que des dieux avaient écrit des livres), et cet livret tont apocryphes. Nous devons, à ce sujet, nous rappeler les faux prophètes et lesesprits rebelles quiessayeni par la ruse de leur génie de tromper let hommes; aussi faut-il n'accepter de leur euaeigiiement que ce qui est conforme à la loi et aux prophètes. Eufin chex cet philosophes, on trouve plus de diversité que d'accord, et degraudet différences parmi les membres d'une même école. Toutefoit ils émettent des vérités conformes à la Bible; et elles tont encore à redouter, parce qu'ellet y tout au tervice de l'erreur. Tertullieii annonce qu'il dégagera chez cet philotophet le vrai du faux, et combattra lorsque l'occasion se présentera les opinions erronéesqu'il souiieimem. Les philosophes et les médecins ont beaucoup écrit tur l'Ame ; partout obtcuriié. disputes f incertitudes Le chrétien n'a pas besoin de beaucoup connaître à ce sujet, car les choses certaines sont toujours peu nombreuses, et il ne lui est pas permis de chercher plus qu'il ne peut trouver. L'apètre défiend les questions sans bornes. Il n'est permis de trouver que ce qui est apprit par Dieu, et ce qui est appris par Dieu est tout Après ce long préambule, TertuUien entre en m.itière et expose ses idé^ sur l'âme.
L'âme a été créée par le souffle de Dieu, et non par ton esprit : elle est matérielle et composée d'une substance diHérente du corps et particulière; elle a toutes les qualités de la matière, mais elle est immortelle; elle a une figure ooninie les corps; elle liait en même (eutps que la chair, et reçoit un caractère d'individualité qu'elle ne perd jamais. Elle est complice des fautes du corps , et comme telle, elle est punie. Après la mort, elle descend aux enfers où elle attend le jugement dernier.
L'âme est créée, dit TertuUien, et il combat à ce sujet l'opinion de Platon qui la fait exister de toute éternité L'Ecriture tranche toute difficulté en décidant que Dieu anima l'homme de ton toufile. Un grand nombre de philosophes étabUisent la corporalité de l'âme; c'est Hip-
parque et Heraclite avec le ftHi, Hippon et Thalèt avec l'eau, Empédocle et Criiiai avec le tang, Épicure avec tet atomet , Critias et ses péripatéticiens avec je ne tait quelle quintettence. Let platonident repouttent cette opinion. Tout corpt, disent-ils , est animé, ou inanimé. 8'il est inanimé, il est mû ou peut être mû extérieurement; s'il est animé, il est mû intérieurement. Or l'âme n'est pas mue extérieurement, et elle n'est pas mue non plus intérieurement; donc elle n'est pas un corps, puisqu'elle échappe aux deux coudiliont qui font let corpt. Or on ne saurait admettre la proposition de Platon. Si let corps seuls sont mus extérieurement ; l'âme qui est mue extérieurement, qui entre en colère, qui prophétise, qui se passionne eu présence des objets extérieurs, ett doue un corps.
Mait tout corps se nourrit en s'astimilant d'autres corpt; c'ctt là une preuve de leur nature. Eh bien, l'âme te nourrit au moyen des éludes. Bien plus encore, Horanus démontre que sans nourriture, elle faiblit, elle languit, elle abandonne enfin le corps.
tléanihe établit que les fils ressemblent i leurs pères non par leur extérieur seulement, mais encore par leurs qualités morales; et que Tâme se moule sur le corps.
Mais comment les sens corporels et iniellectuels remplissent-ils leurs fonctions chez l'homme ? Les qualitét det choset corporelles , couime terre , feu , eau, arbrei^ répondent aux sens corporels, c'esi-à-dire au tact, à la vue, à l'ouïe, etc.; les qualilés des choses incorporelles , comme la bouté, la méchanceté , la douceur, ré|;0udeut aux sens intellectuels.
Mais pour établir la corporalité de l'âme, nous avons assez cité les philosophes ; recourons à l'Évangile. Ce saint livre nous montre une âme dans les enfers, dévorée par let flammes et touniKrntée par la soif ; elle demande à l'âme d'un bienheureux qu'il daigne laisser tomber de son doigt une goutte d'eau. Pensera-t-on que le mauvais riche qui se lamente et le pauvre qui se réjouit ne soient qu'une parabole ? Mais ce n'est point une parabole ; on donne à l'un d'eux le nom de Lazare. Mais tort même que ce ne teraii point la vérité , c'en serait toujourt une image. 8i l'âme n'avait pas un corps, en prendrait-elle l'apparence, et l'Ecriture ferait -elle mention de set membres?
L'âme a donc un corps; il est conséquent qu'elle ait une figure, c'est-à-dire les trois dimensions matérielles. «Il est aujourd'hui une de nos sœurs, dit TertuUien, douée du pouvoir des révélations. En extase dans l'esprit, elle les éprouve pendant les services divins; elle converse avec les anges , quelquefois avec le Seigneur ; elle voit et entend les saci'emens , counaii les cœurs de quelques hommes, et donne des remèdes â ceux qui en ont besoin. Soit qu'on lise les Écritures, qu'on chante les psaumes , qu'on adresse des allocutions au peuple , ou qu'on accorde des demandes, elle trouve là matière a ses visions. Par hasard je ne sais quelle chose nous dîmes sur l'âme pendant qu'elle était dans l'esprit. Le service saint célébré, et le peuple sorti... «Entre autres choses, dit-elle, une âme s'est montrée à moi corporcilement, et je voyais l'esprit revêtu entièrement d'une forme humaine, brillante, et d'une couleur d'azur {œlherii coloris). Voilà sa vision.»
Elle confirme une conséquence tirée de la corporalité de l'âme. Ainsi < lorsque Dieu eut soufflé le souffle de vie sur la face de l'homme, et que l'homme eut été
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fait en âme Tirante, ce souffle fût aussitôt par la face transmis dans rinlérieur et répandu dans toutes les parties du corps; et en même temps il se condensa sous la divine aspiration, se comprima dans les limites corporelles quMI avait remplies comme s*il avait été jeté dans un moule... > Ainsi, dès la création , Tâme fut placée dans le corps d*Adam , afin «/u'elle devint la semence de la substaiiCe ei de la condition de toutes les âmes.
Quoique cette âme soit répandue dans tout le corps , elle a néanmoins un séjour principal dans la partie du corps où elle réside, et sans laquelle elle ne peut plu* y demeurer. Cette partie ritale et sapieniiale «'"^^^^ne negemonicum. Des philosophes la nient , d'autres rétablissent ; et d'après l'Écriture , elle est placée dans le cœur. Dieu voit le secret des cœurs; les prophètes en devinent les my^lères. Dieu dit à son peuple : < Que pensez- vous de mauvais dans vos cœurs? «David s'écrie : «0 mou Dieu ! donnez-moi un cœur pur. > Et Paul : < Cœur, croyez à la justice. » Et Jean dit : «Chacun est repris par son cœur. > Enfin < Celui qui désirera la Femme d'autrui est déjà adultère dans son cœur. >
Ensuite, Tertullien examine les reproches qui ont été adressés aux cinq sens, parcourt les opinions des systèmes philosophiques à leur sujet. Platon établit leur impuissance à décourrir la vérité. C'était pour Tertullien une question importante que de réfuter cette opinion, car elle est la base de beaucoup d'hérésies. Il argumente ainsi : < Les sens trompent -ils en effet? Ils sont en général tidèles; ils ne trompent que lorsqu'ils passent à travers des circonstances particulières, mais qu'on peut prévoir. Ainsi un bâion plongé dans l'eau semble se briser; mais c'est un effet physique dont Ton tient compte Une tour carrée vue de loin parait ronde; mais c'est un effet du trop grand éloignement, etc. Ces erreurs des sens sont facilement prérenues. On ne doit pas en conséquence repousser le témoignage des sens. »
Après cette digression , Tertullien examine si l'intellect se trouve toujours dans l'âme. En effet certains philosophes croyaient que dans l'enfance l'homme n'avait point d'intellect et qu'il lui était donné extérieurement à un âge plus avancé ; mais â peine sorti du sein de sa mère, i'enfant salue la lumière par ses vagissemens ; il comprend qu'il est né; il fait usage de ses sens, il odore, il goûte, il Toit. lise plaint d'une position incommode, et ses larmes en réclament le changement. Son esprit distingue déjà sa mère, sa nourrice , les personnes qui veillent sur lui ; il repousse le sein d'une étrangère et dislingue son petit berceau. Tertullien Toit dans ces indices la preuve de l'intelligence de l'enfant dès sa naissance.
Il semble que Tertullien eût du exposer ses idées sur l'origine de l'âme que d'autres faisaient descendre du ciel pour animer le corps, ou sur la conception de Tâme, que d'autres conduisaient dans le corps après l'enfantement.
L'âme, suivant lui, ne descend pas du ciel, mais elle vient du souffle de Dieu ; elle existe en même temps que la chair.
11 est des hommes audacieux, ajoute-t-il, qui soutiennent que l'âme n'est point conçue dans Tutérusavecla formation de la chair, mais que l'accouchement opéré, elle est introduite dans le corps de l'enfant. Cette opinion est partagée par les stoïciens, par OEnésidème, et par Platon, lorsqu'il dit que l'enfant reçoit l'âme avec son premier souffle et qu'elle s'enfuit avec le dernier souffle de rboiume. Tertullien a ici un beau mouvement. < 0 mères, ô femmes enceintes, répondez. Je ne reux point interroger les hommes
ni celles que la stérilité afflige. Cest tous, mèret,qui ren» drez témoignage à la vérité, qui attesterez vossoufAranoes. Ne sentez- vous point pendant votre grossesse des momremens intérieurs qui fatiguent vos flancs, grossissent Totre ▼entre et le font tressaillir? Ces mouyemens font votre joie et votre bonheur; c'est pour vous une assurance querotre enfant vit et joue dans votre sein. S'il cesse de remuer ses petits noembres, vous tremblez déjà. N'écoute-t-il point en vous le bruit qui frappe vos oreille?N'éprouTezvous point pour son compte des appétits de nourriture ou des répugnances? Il ressent le contre-coup de Totre santé; il partage dans votre sein les douleurs qui tous frappent , et il annonce par ses mouvemens qu'il prend part aux injures que vous recevez. Cet enfant a donc une âme. L'Écriture en effet nous montre les enfuits des saintes femmes prophétisant déjà dans le ventre de leur mère. Ésaû et Jacob se battent dans les entrailles de Rebecca.»
Mais si les âmes naissent avec le corps , il s'ensuit qu'elles ne peuvent rien avoir appris d'un état antérieur, et qu'elles ne se rappellent pas 4>lus tard ce qu'elles ont su autrefois ; il s'ensuit aussi qu'elles ne peuvent avoir * partagé auparavant le sort d'autres individus. Tertullien attaque à ce sujet d'abord Platon , ensuite Pythagore et Heraclite.
11 reproche à Platon, après avoir égalé l'âme à Dieu, en la faisant incréée, immortelle, étemelle, iocomiptibley incorporelle , d'une nature indivisible, raisonnable, intelligente, de la rendre capable d'oubli. Si lime est éternelle et incréée, le temps ne mesurera point son commencement , sa durée , sa fin . mais si elle n'est pas soumise au temps, le temps n'aura aucune action sur elle; donc elle ne pourra perdre la mémoire. Mais Platon établit que cela a eu lieu par son emprisonnement dans le corps; cet emprisonnement ne saurait rien changer à la nature de l'âme. Or on la voit apprendre et chercher à s'instruire sur les choses de l'autre monde ; c'est donc qu'elle n'en a jamais rien su.
Platon émet Topinioii que les vivans naissent des morts ; mais cette maxime est fausse; elle a été empruntée à Pythagore,à un imposteur. Ce philosophe se fit passer pour mort, et pendant sept ans se cacha dans un souterrain; là il se faisait raconter par sa mère ce qui se faisait chez ses concitoyens. Enfin il sortit de sa caverne comme s'il échappait aux enfers. Qui, après avoir cru à sa mort n'eût pas cru aussi à sa résurrection , surtout en l'entendant rapporter des faits qu'il paraissait n'avoir pu apprendre que chez les morts? De là aussi cette maxime que les vivans naissent des moris. Mais Pyihagore pourrait-il me persuader ses diverses transformations? qu'il a été Êpbalides. Euphorbe et le pêcheur Pyrrhus et Hermippas avan d'être Pythagore? Peu importe qu'il reconnaisse le bouclier d'Euphorbe consacré â Delphes, qu'il ait dit lui appartenir et qu'il l'ait prouvé au peuple' Songez au souterrain et croyez. Si celui qui se disait Euphorbe et le prouvait par son bouclier. Tétait réellement, comment ne reconnut-il aucun Troyende ses compagnons? Comment personne autre que lui ne peut-il se rappeler les transformations éprouvées? Il est impossible de concevoir aussi qu'une même âme se soit manifestée avec des apparences si contradictoires dans l'esprit de Pyrrhus, d'Eu. phorbe, d'Éphalides, de Pythagore. Ces hommes éuient différens d'inclination , de manières et d'éut.
Si les vivans venaient des morts et les mort» des vi-
NOTICE SUR TE
fans, ii Y aurait toi^oiini im même nombre de Tirant , maison YOit le ooniraire. Une infinité de nations ne pouvant plut noorrir une population trop abondante, ont été forcéet d>nvoyer des coloniet.
Il ajoute ensuite contre la doctrine de la métempsycose : qn*il ne peut y avoir de rapport entre les âmes des hommes et celles des bétes. « Comment, dit-il , Tâme d'un homme remplira-t-elle un éléphant ou s'introduira-t-elle dans un puceron? elle ne pourrait le foire qu'en ajoutant i sa nature, ou en en perdant. Or, si elle disait cela , elle ne serait plus la môme âme : il ne saurait donc y avoir métempsycose. •
Après ces questions accessoires, Tertullien eiamineles différentes qualités de Tâme. Ayant établi que (ouïes les âmes étaient d'une même substance , il lui importe de dire comment il se fait qu'elles n'aient point un même caractère, une même intellisfence, de mêmes dispositions. Toutes les qualités, eipose-t-il , sont renfermées en un germe dans la substance de l'âme; en d'autres termes, l'âme a la foculté de tout faire, mais elle rencontre dans •et actes des circonstances intérieures ou extérieures , qui lui donnent une direction plutôt que telle autre. Senèque, d'accord avec nous, dit que l'âme a en germes tous les arts et toutes les sciences. De là la différence des caractères, desgénies entre les hommes. L'âme de l'un suit une pente ; l'âme d'un autre une auiitb C'est ainsi que les graines d'une même plante se développent diflîâremment et ne donnent pas la même qualité de fhiiit. L'air, le sol, l'exposition des lieux, Téiat du corps, son embonpoint, sa maigreur, ses maladies, contribuent à modifier et â diriger les expressions des âmes. Elles sont aussi aiguillonnées par les passions ou s'en mettent plus ou moins à l'abri, élevées vers Dieu ou tentées par le démon. Mais quoiqu'il en soit, l'âme humaine n'a qu*une seule substance, celle que Dieu donna àTâme d*Adam, et qu'il nous a transmise de génération en génération.
L'âme est le directeur et en quelque sorte le cocher du corps; néanmoins on dit que la chair est pécheresse; c'est que l'âme , en commettant des famés , n'est pas seule coupable, le corps lui prête ses offices; et quelquefois ce sont les mauvais penchans du corps, sa gourmandise, sa luxure, qui entraînent l'âme dans la violation des lois morales. Ainsi le corps est justement puni avec l'âme.
L'âme est toujours en état d'action ; elle ne connaît point le repos comme le corps. Tandis que celui-ci, épuisé tous les fatigues du jour , remet par le sommeil le calme
luitte
dans set tent , ellTp,^ « ^-.
merce, elle s'enrichit, cIlNtfniert,let terres. eue wu^
elle poursuit le juste ou l'inWiJie, elle pleure, eiie m qu'elle peut sans l'office des con»X™«""^ Tv«n« attendre après la fin de cette vie. ^^n®"» **®^®™
Lorsque la mort s'est emparée du corps , 1' aussi et il n'en reste rien dans son enceinte. C'est qu'on cite la croissance des ongles, de la barbe et dek cheveux , qui s'opère après la mort. C'est là un effet physique qu'on peut expliquer par l'action de l'air, mais qui ne peut prouver qu'une parcelle de l'âme reste dans le corps; car la mort est indivisible et parce qu'elle attaque l'âme indivisible et immortelle de sa nature, et parce que de sa nature elle est indivisible aussi. Platon compare le corps à une prison, mais l'apôtre de Dieu dit: que lorsqu'il est avec Jésus-Christ, il est un temple. Cependant il est vrai que le corps renferme l'âme, l'obscurcit , la souille par la lie de la chair, par son contact ( et concretione carnis infecai ) ; la lumière ne lui parvient que confuse et comme à travers une corne, et dès quelle a brisé les entraves qui la retenaient , elle revient à soi, se reconnaît dans sa propre substance, et semble sortir d'un songe. L'âme, en s'échappant du corps, descend dans les enfers , c'est-à-dire dans une immense étendue souterraine , placée dans les entrailles de la terre. « Nous ne croyons point, dit-il, que les enfers soient un souterrain tout nu, et une sentiue recouverte d'un toit dans quelque partie du monde. «Les enfers sont, suivant lui, placés sur les abîmes inférieurs. Toutes les âmes descendent dans les enfers et y sont renfermées Jusqu'au jour du jugement. < Mais , répondra-t-on , Jésiis-ChrisC y est descendu et nous en a rachetés! Qu'on n'oublie point que les âmes ne ppuvent être transportées au ciel que lors que la trompette de l'archange sonnera. Ainsi elles descendent toutes aux enfers, dis-iu? Pendant cetiedemeure transitoire dans ce lieu , souffrent-elles et sont-elles récompensées selon leurs mérites? Sans mucuu doute , car dans l'attente du jugement qui sera prononcé, elles te réjouissent ou sont rongées dant leur ccenr. •
La première édition de Tertullien est celle de Froben. Bàle , in-fol. , lô2t , avec une préface et des noies.
L'édition snr laquelle j'ai collationné les traducttoDS est celle de Wibourg. 2 vol. in-12, 1780 et t781.
iVlATERNUS,