‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 32 sur 110 · DU TEMOIGNAGE DE L'AME · texte numérisé non relu

DU TEMOIGNAGE DE L'AME

ms, nous autres dirélicns, bénir un de nos s, et lui souhaiter tontes sortes de bouheur, i discipline nous obli[;e à le faire au nom )tre Dieu : mais toi , sans suivre aucune loi , "ononces «Que Dieu te bénisse», aussi nalement qu*un chrétien doit le faire. Or la diction est une parole ; et quand tu invoainsi celle de Dieu , tu reconnais que toute lissance sur nous s'exerce par la parole, ou e Verbe; en cela tu es d'accord avec nous, tn a qui sans nier Texistencc de Dieu , lui ient la faculté de discerner, de ju(;er et de oir; c'est en cela qu'ils diffèrent de nous, nous sommes empressés d*adopter notre rine par la crainte même de son jugement , nous refi^ardons comme un de ses attributs, rétendent se faire une idée plus grande de , en le privant de la faculté de voir et de r, et en disant qu*il ne peut pas être irrité. * si Dieu s'irritait , disent-ils , il serait paslé , c'est-A-dire passif, et par conséquent ble et corruptible. S'il est muable et corible, il pourra mourir, ce qui est absurde. » ces mêmes philosophes sont assez inconséis pour avouer que Tàme vient de Dieu ; et là ils sont forcés d'admettre le témoignage eur âme. qui réfute tous leurs raisonncs ; car, si Tàme est divine, et qu'elle vienne )ieu , assurément elle doit connaître celui lui a donné Tëtre; et si elle le connaît, le craint comme on doit craindre son père, iffet, n* est-ce pas le craindre que de désirer nir sa faveur et éloigner sa colère.^ Pourla nature aurait-elle inspiré à Tàmc la ite dun Dieu qui ne peut s'irriter? Que •on craindre si ce n est la colère? d'où peut r la colère si ce n'est du blâme? et le blâme luppose-t-il pas le jugement, comme le iment suppose la puissance? A qui appart la puissance souveraine, si ce n'est â Dieu ? Voilà ce que te dit ton âme en tous temps, 3US lieux, sans que personne pense à l'en écher ni à en rire. «Dieu voit tout. Que t vous garde ! Que Dieu vous le rende ! » Dieu juge entre nous.» Dis-moi donc, qui n'es pas chrétienne, d'où te viennent es ces expressions? Note bien qu'elles t'éipent souvent, même quand tu viens de ire les l)andelettes de Gères , ou de revêtir antcau ccarlate de Saturne, ou la robe de

lin de la déesse Isis. Jusque dans les temples de tes dieux , aux pieds de ton Esculape , à genoux devant Junon l'aérienne , ou devant Minerve, que tu viens de coiffer d'un casque noir, ce ne sont point tous ces dieux dont tu implores la justice. Devant les tribunaux, lu en appelles à un autre juge , et dans tes temples lu invoques un autre Dieu. 0 puissance de la vérité ! qui, jusque dans la demeure des démons , an*ache â leurs adorateurs insensés un témoignage en faveur de la doctrine chrétienne !

III. Mais pourquoi admettons-nous l'existence des démons? Ce n'est pas assurément que nous soyons leurs partisans, nous qui seuls savons les chasser du corps des possédés. Certain disciple de Chrysippe se moque de cette croyance; mais tes malédictions prouvent que tu y crois , et que tu les détestes. N'appelles-tu pas démon, un homme rempli de méchanceté, d'orgueil, d'impureté, ou de toutes ces souillures attribuées par nous aux démons , que nous regardons comme des êtres qui méritent toute notre haine? Quand tu nommes Satan, c'est avec liorreur et mépris, comme les chrétiens qui l'appellent l'ange du mal, le trompeur par qui l'homme fut dès le commencement induit au péché, qui le fit condamner à la mort , lui et toute sa race, souillée en lui , car il n'a pu leur transmettre qu'une nature déchue. Tu vois bien que tu reconnais implicitement celui qui t'a perdue. Les chrétiens des différentes Églises le reconnaissent plus explicitement que toi; mais enfin, tu le hais; or le haïr, c'est le reconnaître.

IV. J'en viens maintenant à ce qui te regarde plus particulièrement, puisqu'il va être question de ta propre destinée. Nous affirmons que tu dois survivre à ta dépouille mortelle, pour attendre le jour du jugement , et qu'alors tu seras punie ou récompensée éternellement , suivant tes œuvres. Pour jouir ou pour souffrir , il faudra nécessairement que tu reprennes ton corps , tes sens et ta mémoire, car tu ne pourrais éprouver de jouissances ou de peines sans la sensibilité que tu dois â la chair; et tu ne peux être jugée sans le corps, qui fut le témoin et le complice de tes fautes. Cette croyance chrétienne est bien plus noble que celle de Pythagore, puisqu'elle ne te fait pas descendre dans le corps d*unc bête ; plus complète que

TERTULLIEN

celle de Plalon, puisqu'elle le rend le corps qui csl toncouipicMiienl naturel; plus consolante que celle d'Épicure, puisqu'elle le défend contre riMiéanlissenient : et pourtant oo la traite de vanité, de folie et de présomption. Nous n'en rou{; irons pas cependant, si tu portes témoi- {jna{;e en noire faveur. Voyons : quand lu parles d'un mort, tu rappelles malheureux. Ce n'est pas sans doute parce qu*il est privé de la vie, mais parce que tu le regardes comme jugé, et peut-être comme déjà puni ; car quelquefois aussi tu dis que les morts sont bienheureux et bleu tranquilles. Tu avoues donc alors que la vie est un fardeau, et la mort un bienfait? Mais ({uand les appelles-tu heureus? c'est quand lu t'achemines vers un bûcher, en |>ortant des }Vàteaux et dautres friandises dont tu vas te i'yOrger en leur honneur; ou bien (}uand tu reviens des funérailles ayant un peu trop bu. Pendant le festin mortuaire , on s'imagine voir encore les défunts se placer à table au milieu (les convives; il semble qu'il serait malhonnête d'appeler malheureux ceux en Thonneur desquels on dine si bien. iMais j'en appelle à toi : quand tu es à jeun et que, loin des morts, tu dis ton avis sans contrainte, c'est alors que tu les appelles malheureux. Et pourquoi donc, s'ils ne sentent rien? Et si tu les crois réellement insensibles, pourquoi les maudis -tu (pielcpiefois ? pourquoi demandes- tu que la terre leur soit pesante, et que leurs os soient tourmentés dans les enfers? D'un autre côté, quand tu leur veux du bien, lu les bénis, et tu désires que leurs cendres reposent en paix. S'il ne doit te rester aucun sentiment, aucune sensation après la mort, pourquoi nicnlir ainsi contre ta propre nature, pourquoi supposer aux trépassés des plaisirs ou des peines? et enfin , pourquoi craindre la mort, après laquelle tu n'auras plus rien h craindre, ne pouvant plus rien éprouver? Je sais bien que lu (Mîux me répondre que , si tu crains la mort , ce n'est pas qu'elle soit un mal en elle-même; mais que tu la redoutes comme étant la cessation de la vie et de ses jouissances. Mais quand tu as dans la vie plus cie douleurs et de chagrins que de plaisirs, la perle de ceux-ci devrait être plus (pie compensée par la cessiition de toutes tes misères. On ne doit |M>int craindre un événement qui doit iiouc nutUc a labri de toute

crainte. Si tu regrettes la vie parce que lu Tas trouvée bonne, tu ne dois pas craindre la mort puisque tu ne la crois pas mauvaise. Si ta h crains , c'est que tu la regardes comme un malheur. Il n'en serait point ainsi, si tu ne. prévoyais qu'un malheur te menace après cet événement. Nous ne parlerons pas ici d'une loi générale de la nature , qui fait qu'aucun être ne craint que ce qu'il lui est possible d'éviter, parce qu'aucun sentiment ne doit être sans but. J'en viens maintenant à une autre considération, celle de Tespérancc d'un bonheur futur. Presque tous les hommes ont le désir de laisser un nom après eux. On n'en finirait pas si Ton voulait citer ici les Gurtius, les Régulus, et tous les héros grecs et romains , que la postérité a tant vantés pour avoir préféré une gloire posthume à une vie heureuse. Qui de nous ne tûche aujourd'hui de se survivre à lui-même, les uns par leur gloire littéraire, les autres par leur réputation de bonnes mœurs , d'autres enfin par lorjueil de leurs somptueux mausolées? Comment /Mme s'affcetionnerait-elle pour quelque chose quelle se prépare avec tant de travail, et dont elle semble vouloir jouir plus tard, si elle ne savai: rien de son avenir ? mais peut-être est-on assez disposé à admettre après la mort une certaine faculté de sentir ; et ce n'est que l'idée de la résurrection qui choque, et que Ton regarde comme un de nos préjugés. Eh bien! Vftme prédit même la résurrection, car bien souvent quand un homme vient demander des nouvelles d'un ami (jui est mort pendant son absence, on répond aussitôt : «II est parti, il reviendra.»

V. Ces témoignages de l'àmesont d*aulantplu9 véridiques qu'ils sont plus simples ; leur simplicité les rend même vulgaires: or plus Ils sont vulgaires, plus ils sont communs; leur généralité prouve qu'ils sont naturels, et par conséquent divins. Au lieu de nous acaiser de frivolité et de folie , que l'on pense plutôt à la mayeslé de la nature d'où dérive Tautorité de Tâme. La croyance que vous accordez à la maîtresse, vous ne pouvez la refiiser à l'élève. 1^ nature est la maîtresse , et l'âme est son élève; tout ce que Tune enseigne, tout ce que l'autre apprend, vient de Diea , qui est le maître de la naloit elle-même. C'est à loi, honune, d'intcrn^cr l'âme qui c^t en toi ; elle le dira ce qu elle a

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