LIVRE IL
I. Je me suis donc appliqué avec zèle , ma très-chère compagne dans le service du Seigneur, à démontrer ce qui convient le mieux à une sainte femme, quand son mariage se trouve dissous. Maintenant je vais traiter la seconde partie de mon sujet , eu égard à la fragilité humaine; parce que j'ai sous les yeux des exemples de femmes qui, devenues libres soit par un divorce , soit par la mort de leur mari , non-seulement n'ont pas compris l'occasion qui leur était offerte dépasser le reste de leur vie dans le célibat, mais encore ont oublié la loi jusqu'à ne pas se remarier dans le Seigneur. C'est pourquoi mon esprit est troublé , et je crains qu'après t'avoir tant conseillé de rester veuve , je ne paraisse maintenant te pousser sur la pente glissante d*un second mariage , en traitant ce sujet. Si tu es tout à foit sage, tu suivras mes premiers conseils, parce qu'ils sont les plus avantageux. Mais cela est difficile, et tu pourras rencontrer bien des obstacles ; et comme ce sont les derniers avis que je te donnerai , ma sollicitude a voulu prévoir tous les cas possibles. Car plus la continence chez une veuve est méritoire et diffi-
cile , plus aussi la diute doit être pardonnable : on pardonne volontiers Tomissioa des devoirs difficiles. Mais comme il est toujours facile de se marier dans le Seigneur, on est toujours coupable de ne pas le foire. L'apôtre conseille aux veuves de ne pas changer d'état, quand il dit : «Je désire que tous persévèrent comme moi.i Mais pour ce qui est de se marier dans le Seigneur, il ne conseille pas, il ordonne; car ses expressions sont «seulement dans le Seigneur.» Si nous ne suivons pas son conseil, nous nous exposons seulement au danger, parce qu'on peut négliger un conseil plutôt qu'un commandement, puisque leconseil s'adresse à notre consentement: mais quand il parle au nom de son autorité et de sa puissance , nous ne devons pas désobéir. Dans le premier cas nous abusons, il est vrai, de notre liberté; mais dans le second, nous sommes coupables de désobéissance ouverte.
11. En voyant donc que quelques femmes se sont mariées hors de l'Église en épousant des idolâtres , et me rappelant que cela s'est f^ait bien des fois avant nous , je ne puis m'empècher de m'étonner de leur audace, et de la prévarication de leurs conseillers qui ne leur ont pas montré combien leur conduite était contraire à l'esprit de nos Écritures. Elles se sont aveuglées probablement, me suis-jc dit , par ce chapitre de la première aux Corinthiens , où il est écrit : «Si un de nos frères a une femme infidèle, et qu'elle consente à rester avec lui , qu'il ne la répudie point. Et si une femme chrétienne est réponse d'un infidèle, et qu'il consente à la garder, qu'elle ne s'éloigne point de lui. Car l'homme infidèle est sanctifié par sa femme fidèle ; et la femme infidèle par son mari fidèle; autrement vos enfans seraient impurs. » Cet avis est bien mal compris des chrétiens célibataires , s'ils croient y voir l'autorisation de se marier avec les infidèles; car il est évident que ce passage s'adresse à ceux que la grâce de Dieu a trouvés déjà engages avec des infidèles , comme le font bien entendre ces mots : « Si l'un de nos frères a. » L'apôtre ici ne dit pas de prendre une épouse infidèle; il dit seulement que ceux qui déjà mariés se sont récemment convertis, doivent rester avec leurs femmes, de crainte qu'un néophyte ne se crût obligé de quitter une femme qui lui ' était , pour ainsi dire , devenue étrangère par la
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croyance. G*cst pourquoi il donne la raison de son précepte en ajoutant :a parce que le Seigneur nous a appelés dans la paix , et parce qu une femme peut quelquefois être couvertie par son mari , ou un mari par sa femme, s Le contexte d*aillcurs prouve bien l'exactitude de mon interprétation. «Que chacun reste dans Fétat où il était quand il a été appelé par le Seigneur. » Or qui sont ceux qui sont appelés ? Ce sont les gentils assurément , et non les fidèles. S'il avait parlé de ceux qui étaient déjà chrétiens avant de se marier, alors il aurait permis aux saints de se marier indistinctement; mais aussi ce serait une grande inconséquence avec ce qui suit : «La femme veuve est libre : qu'elle épouse qui elle voudra , mais seulement dans le Seigneur. » Il n y a certainement pas à liésitcr sur le sens de ces paroles, car pour ôter toute hésitation , tout doute, il ne dit pas seulement : «qu'elle épouse qui elle voudra; » ce dont on aurait pu abuser, mais il ajoute : «seulement dans le Seigneur, » c'est-à-dire au nom du Seigneur, ce qui veut dire indubitablement avec un chrétien. Ainsi ce saint apôtre qui aimerait mieux que les veuves persévérassent dans le célibat , et qui en cela prêche d'exemple , n'a permis de se remarier que dans le Seigneur; c'est la seule condition qu'il impose ù celles (]ui ne veulent pas garder leur conlinence. « Seulement dans le Seigneur, » dit-il. Le mol seulement ajoute une grande force à sa loi, et la rend tout à fait obligatoire. Sa parole ordonne et persuade; elle commande et elle exhorte; elle engage et elle menace : sa sentence est aussi claire que rigoureuse; elle est éloquente par sa brièveté même , ainsi que Test toi\jours la parole divine qui veut une obéissance instantanée. Qui pourrait comprendre combien il y a de dangers pour la foi prévus par ra|>ôtre dans ces mariages qu'il a défendus ! D'abord la souillure de la chair chrétienne par le contact de Tinfidèle. Mais , dira-t-on, quelle si grande différence y a-l-il donc entre l'infidèle marié qui se fait chrétien , et celui (|ui est chrétien avant le mariage , pour qu'ils n'aient pas à se garder de la même souillure ; pour qu'à l'un il soit interdit de contracter un mariage avec une femme infidèle, et qu'à l'autre il soit permis de rester avec celle qu'il a déjà? Avec l'aide du Saint-Esprit, je répondrai : que le Seigneur aime mieux qu'un mariage ne ^
se fasse pas, que de le voir disêondre ensuite ; et qu'enfin il défend le divorce, et ne le permet «que pour cause d'adultère,» bien qu'il recommande toujours la continence. L'un est donc dans l'obligation de rester avec sa femme quoique idolâtre, et l'autre n'a pas même la liberté de l'épouser. Puisque l'Écriture nous dit que les gentils touchés par la grâce au moment où ils se trouvaient dans l'état du mariage, ne sont point souillés par la continuation de leur unioD, nuis qu'au contraire leurs épouses sont sanctifiées en eux ; il est hors de doute que ceux qui sont sanctifiés avant le mariage, ne sancliflent point celles qu'ils prennent ensuite pour femmes; car la grâce de Dieu sanctifie seulement celles qu'elle trouve déjà mariées. Or ce qu'elle ne sanctifie point est immonde , et ce qui est immonde ne peut avoir aucun rapport avec les saints, si ce n'est pour les souiller et pour tuer leurslmes. III. Ainsi donc les chrétiens qui épousent des femmes idolâtres sont certainement coupables de fornication , et comme tels doivent être excommuniés de la société des fidèles suivant les paroles de l'apôtre : «Que Ton ne mange point avec ces hommes-là.» Oserons-nous présenter au tribunal du Seigneur de tels contrats de mariage ? Appellerons-nous légitime un mariage qu'il a défendu ? Une union défendue n'esC-eUe pas un adultère et une fornication ? Oroyexvous que le temple de Dieu soit plus soniHè par la présence d'un idolâtre que ne le sont les membres du Christ que vous enlacei aux membres d'une prostituée infidèle? Nous ne sommes pas à nous; nous avons été achetés; et à quel prix ? Au prix du sang de Notre-Seigneur. En souillant notre chair, c'est lui que nous souillons : Dieu nous a suffisamment exprimé sa volonté en nous défendant d'épouser une étrangère afin de ne pas rendre immonde mie chair qui appartient au Christ Tout péclié volontaire est mortel aux yeux de Dieu. Plus il est ftcile de l'éviter, plus il est criminel de s'y laisser entraîner. Voyons maintenant quels sont les autres dangers que l'apètre a prévus non-aeulement pour la chair, mais encore pour l'esprit Qui peut douter qu'un commerce journalier avec les infidèles ne doive i la longue effacer la foi? Si les mauvaises conversations corrompent les bonnes moeurs , que ne doit pas fisire la vie iur time avec un infidèle. Toute iemme clirfticBBt
A SA FRMMR.
doit chercher ft plaire à Dieu; or comment pourra-l-elle servir deux maîtres, Dieu et soa mari , surtout 8*i! est païen? En cherchant à plaire à un idol&tre , die se conformera aux coutumes des gentils ; elle prendra soin de sa beauté, de sa coifFure , de sa toilette mondaine; elle se livrera à ces caresses honteuses qui souillent même les secrets du lit copjugal. Ces deux époux mal assortis ne rempliront pas les devoirs que la nature a imposés à leurs difFérens sexes avec modération et décence , comme des chrétiens qui agissent sous les yeux du Seigneur.
IV. Mais voyez donc combien peu un tel époux est compatible avec vos devoirs de religion. Une femme pourra-t-elle les remplir, ayant â son côté le serviteur du diable, un ministre du démon qui se fera un mérite de mettre obstacle à ses dévotions? Faudra-t-il faire ses stations? le mari aura un rendez -vous aux bains. Est-il jour de jeûne? le mari a juste* ment invité ses amis à un festin. Y a-t-il une procession dans Téglise? jamais il ne s'est trouvé tant d'occupation dans le ménage. Quel mari idolâtre laissera tranquillement sa femme visiter ses frères, parcourir les hameaux et entrer dans la chaumière du pauvre? Quel mari permettra à sa femme de quitter son lit pendant la nuit, pour venir prier avec nous pendant les vigiles? Souffrira-t-il qu'elle passe toute la nuit dans Téglise pendant les fêtes de Pâques? qu'elle s'approche de la table sainte qu'il déteste et qu'il méprise? De quel œil la verra t-il descendre dans les prisons pour baiser les chaînes des martyrs? El que dira-t-il , quand il faudra que sa femme donne à ses frères le baiser de paix ; qu'elle présente l'eau pour laver les pieds des fidèles; qu'elle partage avec eux le pain et le vin dans les agapes, et qu'elle passe son temps dans la méditation et la prière? Si un voyageur chrétien se présente, quelle hospitalité trouvera-t-il dans la maison de l'étranger? Quand il faudra donner du blé â un pauvre, la femme de l'infidèle ne trouvera-t-elie pas sa grange fermée?
y. Mais , dira-t-on, il y a des gentils qui loin de tourmenter les chrétiens , les soutiennent et les protègent. Eh bien , c'est un mal. Les gentils ne devraient pas connaître nos bonnes œu- Tfes, qui ne devraient se laisser voir tout au plus qu'aux yeux des fidèles. C'est un plus grand mal encore pour nous, que de ne fau*e nos bonnes
oravres que sous leur protection. Celui qui nous protège sait ce que nous faisons; et si nous nous cachons de lui parce qu'il ne nous protège pas, alors nous le craignons. Or si Dieu nous commande de faire le bien sans que d'autres le sachent , il nous ordonne aussi de le faire sans nous soumettre aux gentils. Donc la femme péchera de l'une ou de l'autre manière , soit que son mari le sache , soit qu'elle reconnaisse sa puissance en lui cachant ses exercices religieux. cNe jetez point, est -il écrit, vos perles devant les pourceaux, de crainte qu'ils ne les foulent aux pieds, puis qu'ils ne se tournent contre vous pour vous renverser. » Vos perles ce sont vos bonnes œuvres de tous les jours; voilà ce que vous devez cacher. Mais plus vous voudrez en faire un mystère , plus vous exciterez la jalouse curiosité des gentils. Pourras-tu te cacher pour faire le signe de la croix sur ton lit ou sur ton corps? pour cracher sur les choses immondes? Si tu te lèves pendant la nuit pour prier, ton mari ne te soupçonnera-t-il pas de magie? Ne s'apercevra-t-il pas que tu goûtes quelque chose en secret avant tes repas?Et quand il verra que c'est simplement du pain, que ne pensera-t-il pas, dans son ignorance? Ne se plaindra- t-il pas de tous ces mystères? Peutêtre même qu'il te soupçonnera de vouloir l'empoisonner. Ils soutiennent et protègent! Oui, pour fouler aux pieds ensuite et pour insulter ces femmes dont ils ne gardent le secret que pour s'en servir contre elles , dès qu'elles auront le malheur de leur déplaire; oui, pour avoir leur dot, seule considération qui les fasse passer par-dessus le nom de chrétienne , et qui obtienne d'eux le silence, jusqu'à ce qu'il leur plaise d'accaparer la fortune en livrant ienr femme aux juges et aux espions. Voilà ce que bien des femmes n'ont voulu croire qu'après une triste et fatale expérience, et voilà ce qui a entraîné plus d'une chrétienne à l'apostasie.
VI. U faudra qu'une servante du Seigneur vive au milieu des dieux lares , qu'elle soit présente aux fêtes et aux solennités des idoles , qu'elle respire la fumée de l'encens au commencement de l'année et au premier jour de chaque mois. Elle sort de chez elle par une porte ornée de lauriers et de lanternes , comme si elle sortait d'une maison de débauche. Si souvent couchée à la table où son mari régale ses amis , ne
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finira-l-cllc pas par partager leurs opinions? Il faudra qu'elle serve les impies, elle qui jadis ne servait que les saints! N'aura- t-elle pas alors le pressentiment de sa condamnation , en servant ainsi ceux qu'elle devait juger un jour? Quelle est cette main qu'elle désire toucher? Avec qui partage-t-elle sa coupe ? Si elle entend son mari chanter, qu'entendra-t-elle? qu'osera-t-elle chanter elle-même devant lui? Quelques vers de comédie assurément, ou hien une chanson à boire qu'il aura apprise dans les tavernes ou les maissons de jeu. Osera-t-elle nommer son Dieu et invoquer le Christ? Où sera cette nourriture de l'esprit, qui fortifie la foi des époux dont l'intimité est consacrée à des lectures édifiantes qu ils font en commun? Mais ces étranges époux s'entre-béniront-ils au nom de leur Dieu? Non ! pour une femme dans cette position, tout est étranger, tout est ennemi , tout est condamné, tout enfui tend à Téloigncr du chemin de son salut. VH. Tous ces malheurs peuvent bien arrivera celle qui est déjà mariée quand la grâce de Dieu l'appelle, mais alors ils sont sanctifiés par le commandement de Dieu qui veut qu'elle reste dans son état, et qui lui laisse l'espoir de convertir son mari. Si donc Dieu approuve la continuation de cette union , ne devons-nous pas espérer que, dans ce cas, il protégera la femme qui lui obéit, et Texemptera en grande partie des désagrémcns et des persécutions qui résultent presque immanquablement d*une position aussi fausse? Car celle que sa vertu a rendue digne d*étre appelée par la grâce, a probal)lement déjà inspiré assez de respect à son mari idolâtre pour n'avoir pasà redouter en lui un tyran ni un espion. Il admirera ses bonnes œuvres, parce qu' il connati SCS précédens. Il sait qu'elle vaut mieux que lui sous bien des rapports , et son admiralion pour elle ne tardera peut-être pas à en faire un néophyte. Mais il eu arrive bien autrement à celles qui avec connaissance de cause contractent un mariage défendu. Ce qui déplait à Dieu l'offense ; et ce qui l offense ne peut qu'amener des malheurs. Kt notez bien qu'il n'y a que les plus vicieux d'entre les païens qui puissent supporter les chrél iens,altendu que ceux qui ont quelques vertus, et qui ne nous sont pas décidément hostiles, ne tardent pas à se convertir. Kn un mot , voici la meilleure raison de se persuader qu'une union avec un infidèle ne peut
prospérer : Le démon la recommande, et Dieu la défend.
VIII. Si nous faisons si peu de cas de la sagesse divine , adressons-nous au moins à celle des hommes. Les maîtres qui tiennent à l'exactitude de leur service n'empèchent-ils pas leurs esclaves de se marier à des étrangers? Cest pour qu'ils ne se débauchent pas, pour qu'ils n'abandonnent pas leurs devoirs , ou pour qu'ils n'admettent pas d'étrangers dans la maison de leur maître. Le maître ne raccourcit^il pas pour ainsi dire leur chaîne , quand il s'aper^dt qu'ils continuent de fréquenter les étrangers malgré sa défense? La discipline terrestre sera-t-elle donc plus vigoureuse que les mandats du ciel? La femme idolâtre qui épouse un étranger devient son esclave, mais la chrétienne qui se marie à un infidèle devient la servante du démon. Gomment pourra-elle donc rester chrétienne ? Niera-t-elle qu'un tel mariage lui a été défendu par l'apôtre de Dieu? A quoi attribuer une telle démence, si ce n'est à la faiblesse de la foi , toujours prête à céder ù la concupiscence des joies de ce monde? Gela est le plus souvent arrivé à des femmes nobles et riches, parce que c'est à elles qu'il Faut une splendide maison comme pour servir de carrière à leur ambition.Toutes ces vanités ne se coacilieolguère avecladisciplineduGhrist.il y a peu de riches dans notre Eglise. S'il y en en a, ils ne Mmt pas tous à marier. Que feront donc ces ambitieuses? Il faut qu'elles demandent au diable un mari qui leur fournisse des meubles magnifiques, des mules et des esclaves pour friser leurs cheveux; car un chrétien même riche, n^approuverait probablement pas toutes ces extravagances. Je t*en prie , regarde donc plutôt ce que font beaucoup de femmes idolâtres qui , la plupart nobles et riches, s'unissent avec des hoouncs pauvres et de basse origine , et cela dans rinlérét de leurs luxurieuses passions. U y en a mène qui se donnent à leurs affranchis ou k leurs esclaves, quoique les gentils même regardent cela comme une honte. Eh bien , elles font cela pour ne pas avoir un maître qui puisse mettre m frein à leur licence effrénée. Et une femme chrétienne se désole d'être obligée d*épouser un chrétien sans fortune, qui Tenrichirait de tonte sa pauvreté. Gar puisque le royaume des dcn n'est pas aux riches, il fiiut bien qall soit
DE LA PENITENCE
pauvres ; et quelle plus belle dot que le boaheur éternel? La femme chréiienne doit donc se trouver heureuse d'être regardée dans ce monde comme Fégale de celui qu'elle ne sera peut-être pas digne de servir dans Tautre.
IX. Peut-on demander s'il est assez riche celui que Dieu même s'est chargé de doter! Gomment pourrai-je dépeindre tout le bonheur d'un mariage que l'Église conseille, que ses prières consacrent, que les anges enregistrent dans le ciel, et que Dieu le Père bénit? Car les enfans de Dieu ne se marient point sans le consentement de leur père. Qu'il est doux le joug qui unit deux fidèles dans la même espérance , dans la même foi et dans la même loi ! Ils sont comme deux enfans du même père ; ils ont à servir le même maître : il n'y a entre eux aucune dissidence de chair ni d'esprit. Ils sont deux dans une même chair; et là où la chair est une , Tesprit est un. Us prient ensemble, se prosternent ensemble , jeûnent ensemble ; ils s'encouragent et se guident mutuellement. Ils sont égaux dans
l'Ëglise et dans la communauté de Dieu ; ils par* tagent également la pauvreté et l'abondance ; ils n'ont rien de caché l'un pour l'autre; ils ne sont point à charge l'un à l'autre ; chacun d'eux peut à son gré visiter les malades ou secourir les pauvres. Point de gêne pour faire l'aumône; point de scrupules pour assister au saint sacrifice; point d'empêchement à l'exécution de leurs devoirs de chaque jour; point de signes de croix dissimulés en cachet te ; point de bénédicité ni de grâces marmottés tout bas. Us chantent ensemble des psaumes et des hymnes; c'est à qui louera le mieux leur Dieu commun. Le Christ se réjouit à la vue d'un tel ménage ; il envoie sa paix sur cette maison; il y habite avec eux, et là où il est , l'esprit du mal ne peut entrer. Voilà ce que l'apôtre nous donne à entendre. Pense à tout cela, ce sera assez pour t'empêcher de suivre l'exemple de certaines femmes. Il n'est pas permis aux fidèles de former d'autres mariages. Et quand même cela leur serait permis , ils ne le devraient pas, dans leur propre intérêt.
DE LA PENITENCE
I. Les hommes, aveugles comme nous l'étions autrefois , privés de la foi, connaissent, sur les seules lumières de la nature, la pénitence, ou le repentir, qu'ils définissent : un certain mouvement de l'àme qui suit une mauvaise action volontaire. Du reste ils sont aussi loin de connaître la véritable pénitence, qu'ils Je sont de connaître son origine, qui est Dieu , source de tout ce qui est bien. Dieu n'a rien créé, rien ordonné, qui ne soit d'accord avec la raison ; il faut donc être d'accord avec la raison pour comprendre et pour expliquer ce qu'il a disposé et ordonné. Ceux qui ignorent Dieu, doivent nécessairement ignorer ses œuvres et ses volontés; ce trésor de science, bien qu'à la disposition des enfans de la famille, n'est point ouvert aux étrangers. Pour montrer combien est fausse l'idcc que les gentils se forment de la pcuitcnco.
il suffit de remarquer qu'il se repentent souvent des actions dont ils devraient se féliciter ; ils sont fâchés souvent d'avoir montré de la bonne foi, de la charité de la patience, de la clémence, comme si ces vertus étaient des crimes. Ils s'en veulent d'avoir fait le bien et surtout d'avoir quelquefois cédé aux suggestions de la pénitence et de la résignation, vertu la plus féconde en bonnes œuvres. Ils prennent dans leur cœur la résolution de ne plus y succonibcr. Ils s'arment de rancune contre le pardon des injures. Enfin leur repentir est presque toujours un péché.
II. S'ils agissaient sous l'influence de Dieu, ^ et par conséquent sous celle de la raison , ils auraient de la pénitence une idée plus juste ; et elle leur servirait û autre chose qu'à les endurcir dans leurs vices. Ils sauraient mieux h
finira-l-cllc pas par partager leurs opinions ? Il faudra qu'elle serve les impies, elle qui jadis ne servait que les saints ! N'aura- t-elle pas alors le pressentiment de sa condamnation , en servant ainsi ceux qu'elle devait juger un jour? Quelle est cette main qu'elle désire toucher? Avec qui parlage-t-elle sa coupe ? Si elle entend son mari chanter, qu'entendra-t-ellc? qu'osera-t-clle chanter elle-même devant lui? Quelques vers de comédie assurément, ou hicn unechanson à boire qu'il aura apprise dans les tavernes ou les maissons de jeu. Osera-t-elle nommer son Dieu et invoquer le Christ? Où sera cette nourriture de l'esprit, qui fortifie la foi des époux dont l'intimité est consacrée à des lectures édifiantes qu'ils font en commun? Mais ces étranges époux s'entre-béniront-ils au nom de leur Dieu? Non ! pour une femme dans cette position, tout est étranger, tout est ennemi , tout est condamné, tout enfin (end à Téloigner du chemin de son salut. VII. Tousces malheurs peuvent bien arrivera celle qui est déjà mariée quand la grâce de Dieu rappelle, mais alors ils sont sanctifiés par le commandement de Dieu qui veut qu'elle reste dans son état, et qui lui laisse Tespoir de convertir son mari. Si donc Dieu approuve la continuation de cette union , ne devons-nous pas espérer que, dans ce cas, il protégera la femme qui lui obéit, et lexcmptera en grande partie des désagrémcns et des persécutions qui résultent presque immanquablement d'une position aussi fausse? Car celle que sa vertu a rendue digne d'être appelée par la grâce, a probal)lement déjà inspiré assez de respect à sou mari idolâtre pour n'avoir pas à redouter en lui un tyran ni un espion. Il admirera ses bonnes œuvres, parce qu' il connaît ses précédens. 11 sait qu'elle vaut mieux que lui sous bien des rapports , et son admiralion pour elle ne tardera peut-être pas à en faire un néophyte. Mais il eu arrive bien autrement ù celles qui avec connaissance de cause contractent un mariage défendu. Ce qui déplaît à Dieu l'offense ; et ce qui I offense ne peut qu'amener des malheurs. Kt notez bien qu'il n'y a que les plus vicieux d'entre les païens qui puissent supporter les chrétiens,at tendu que ceux qui ont quelques vertus, et qui ne nous sont pas décidément hostiles, ne tardent pas à se convertir. Kn un mot , voici la meilleure raison de se per-
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prospérer : Le démon la recommande, et Dieu la défend.
VUl. Si nous irisons si peu de cas de la sagesse divine , adressons-nous au moins à celle des hommes. Les maîtres qui tiennent à Texactitude de leur service n'empèchent-ils pas leurs esclaves de se marier à des étrangers? Cest pour qu'ils ne se débauchent pas, pour qu'ils n'abandonnent pas leurs devoirs , ou pour qu'ils n'admettent pas d'étrangers dans la maison de leur maître. Le maître ne raccourcit^il pas pour ainsi dire leur chaîne , quand il s'aper^^cnt qu'ils continuent de fréquenter les étrangers malgré sa défense? La discipline terrestre sera-t-elle donc plus vigoureuse que les mandats du ciel? La femme idolâtre qui épouse un étranger devient son esclave, mais la chrétienne qui se marie à un infidèle devient la servante du démon. Gomment pourra-elle donc rester chrétienne ? Niera-t-elle qu'un tel mariage lui a été défendu par l'apôtre de Dieu? A quoi attribuer une telle démence, si ce n'est à la faiblesse de la foi , toujours prête à céder ù la concupiscence des joies de ce monde? Gela est le plus souvent arrivé à des femmes nobles et riches, parce que c'est à elles qu'il Faut une splendide maison comme pour servir de carrière à leur ambition.Toutescesvanitésneseconcilieotffuère avec la discipline du Christ. Il y a peu de riches dans notre Eglise. S'il y en en a, ils ne sont pas tous à marier. Que feront donc ces ambitieuses? Il faut qu'elles demandent au diable un mari qui leur fournisse des meubles magnifiques, des mules et des esclaves pour friser leurs cheveux; car un chrétien même riche, n'approuverait probablement pas toutes ces extravagances. Je ten prie , regarde donc plutôt ce que font beaucoup de femmes idolâtres qui , la plupart nobles et riches, s'unissent avec des hoounes pauvres et de basse origine , et cela dans Tintérêt de leurs luxurieuses passions. Il y en a mène qui se donnent à leurs affranchis ou i leurs esclaves, quoique les gentils même regardent cela comme une honte. Eh bien , elles font cela pour ne pas avoir un maître qui puisse mettre na frein à leur licence effrénée. Et une femme chrétienne se désole d'être obligée d'épouser un chrétien sans fortune, qui Tenrichirait de toute sa pauvreté. Car puisque le royaume des cien
suader qu'une union avec un infidèle ne peut ( n'est pas aux riches, il fiiut bien qu'il soit
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pauvres ; et quelle plus belle dot que le bonheur élernel? La femme chrétienne doit donc se trouver heureuse d'èlre regardée dans ce monde comme Téfj^le de celui qu'elle ne sera peut-être pas digne de servir dans Tautre.
IX. Peut-on demander s'il est assez riche celui que Dieu même s'est chargé de doter! Gomment pourrai-je dépeindre tout le bonheur d'un mariage que l'Église conseille, que ses prières consacrent, que les anges enregistrent dans le ciel, et que Dieu le Père bénit? Car les enfans de Dieu ne se marient point sans le consentement de leur père. Qu'il est doux le joug qui unit deux fidèles dans la même espérance , dans la même foi et dans la même loi ! Us sont comme deux enfans du même père ; ils ont à servir le même maître : il n'y a entre eux aucune dissidence de chair ni d'esprit. Ils sont deux dans une même chair; et là où la chair est une , Fesprit est un. Ils prient ensemble, se prosternent ensemble, jeûnent ensemble; ils s'encouragent et se guident mutuellement. Ils sont égaux dans
l'Ëglise et dans la communauté de Dieu ; ils par* tagent également la pauvreté et l'abondance ; ils n'ont rien de caché l'un pour lautre; ils ne sont point à charge l'un à l'autre ; diacun d'eux peut à son gré visiter les malades ou secourir les pauvres. Point de gêne pour faire Taumône; point de scrupules pour assister au saint sacrifice; point d'empêchement à l'exécution de leurs devoirs de chaque jour; point de signes de croix dissimulés en cachette ; point de bénédicité ni de grâces marmottés tout bas. Ils chantent ensemble des psaumes et des hymnes; c'est à qui louera le mieux leur Dieu commun. Le Christ se réjouit à la vue d'un tel ménage ; il envoie sa paix sur celte maison; il y liabite avec eux, et là où il est , l'esprit du mal ne peut entrer. Voilà ce que Tapôtre nous donne à entendre. Pense à tout cela, ce sera assez pour t'empêcher de suivre l'exemple de certaines femmes. Il n'est pas permis aux fidèles de former d'autres mariages. Et quand même cela leur serait permis , ils ne le devraient pas, dans leur propre intérêt.
DE LA PENITENCE
I. Les hommes, aveugles comme nous l'étions autrefois , privés de la foi, connaissent, sur les seules lumières de la nature, la pénitence, ou le repentir, qu'ils définissent : un certain mouvement de rame qui suit une mauvaise action volontaire. Du reste ils sont aussi loin de connaître la véritable pénitence, qu'ils Je sont de connaître son origine, qui est Dieu , source de tout ce qui est bien. Dieu n'a rien créé, rien ordonné, qui ne soit d'accord avec la raison ; il faut donc être d'accord avec la raison pour comprendre et pour expliquer ce qu'il a disposé et ordonné. Ceux qui ignorent Dieu, doivent nécessairement ignorer ses œuvres et ses volontés; ce trésor de science, bien qu'à la disposition des enfans de la famille, n'est point ouvert aux étrangers. Pour montrer combien est fausse l'idcc que les gentils se forment de la pcuitcnco,
il suffit de remarquer qu'il se repentent souvent des actions dont ils devraient se féliciter ; ils sont fâchés souvent d'avoir montré de la bonne foi, de la charité de la patience, de la clémence, comme si ces vertus étaient des crimes. Ils s'en veulent d'avoir fait le bien et surtout d'avoir quelquefois cédéaux suggestions de la pénitence et de la résignation, vertu la plus féconde en bonnes œuvres. Ils prennent dans leur cœur la résolution de ne plus y succomber. Ils s'arment de rancune contre le pardon des injures. Enfin leur repentir est presque toujours un péché.
II. S'ils agissaient sous l'influence de Dieu, et par conséquent sous celle de la raison , ib auraient de la pénitence une idée plus juste; et elle leur servirait à autre chose qu'à les endurcir dans leurs vices. Ils sauraient mieux h
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âiri|;er ; elle leur inspirerait la crainte de retonil)cr dans le mal, ce qui est la véritable crainte de Dieu. Mais là où il n'y a aucune crainte, il n*y a pas de raison de se corriger, et le repentir est nécessairement stérile, et ne porte pas le fruit que Dieu Ta destiné à produire, à savoir le salut de Thomme. Car TËternel en voyant tous les crimes du {çenre humain qui étaient comme contenus en germe dans le péché d'Adam, après Tavoir chassé du paradis et coqdamné à la mort, voulut rendre les hommes dignes de sa miséricorde. C'est pourquoi il donna le repentir à Adam , et rétractant sa sentence de colère éternelle, il fit un nouveau pacte et promit de pardonner à son œuvre et à son image. Il se choisit donc un peuple et le combla de ses faveurs ; il ne trouva en lui qu'ingratitude ; mais chaque fois que ce peuple s'est éloigné de lui , il Ta toujours exhorté à la pénitence; c*est-à-dire au repentir. Il ouvTit la boudie aux prophètes, pour promettre aux Juifis ce pardon qu'il devait un jour faire luire sur toutes les nations parle Saint-Esprit. Il a voulu que le baptême précédât la pénitence, pour ceux qu'il lui a plu d*appeler d'entre les gentils au partage des grâces qu'il a promises à la postérité d'Abraham. Jean le Baptiste le dit bien : «Faites pénitence , disait-il à chaque instant , voilà le salut des nations qui s'approche ; c'està-dire, voilà le Messie qui va venir accomplir acs paroles de Dieu. » Jean, qui n'était que son précurseur , recommandait la pénitence pour préparer le$ esprits et les purifier. En lavant les vieilles souillures de l'erreur, en balayant pour ainsi dire les immondices que l'ignorance avait entassées dans le cœur de l'homme, il aplanissait parla pénitence les voies du Saint-Esprit, qui voulait y entrer pour y faire sa demeure, en y apportant toutes les bénédictions du ciel. Toutes ces célestes Faveurs se résument en un mot : le salut de Thomme par le repentir et le pardon. Ce grand omvre de la miséricorde divine se fait au profit de l'homme et à la gloire de Dieu. Le Christ est venu et nous a appris quel usage il fallait faire de ce sentiment et comment le diriger , afin que nos actions et nos pensées ne soient pas pour nous une source de tourmens inutiles. Dieu ne voulant point la perte des saints , qui sont à lui , s'est déclaré leur défenseur: par conséquent il agrée leurs bonnes
œuvres et leur repentir ; et puisqu'il les agrée , il doit les récompenser. L'ingratitude des hommes force quelquefois leurs frères à se repentir de leur bienfaisance, et leur reconnai.ssancc n'est qu'un bien faible motif de bonnes œuvres. L'une et l'autre est terrestre et ne dure qu'un temps. Gagne-t-on beaucoup à obliger celui qui est reconnaissant? Que perd-on à obliger un ingrat P Les bonnes œuvres ont Dieu pour débiteur , et les mauvaises aussi ; car il est le souverain juge et le rémunérateur. Or, puisque Dieu est le juge qui prononce dans l'intérêt de sa justice éternelle, et que ses jugemenssont la sanction de toute sa loi, peut-on douter qu'il ne juge aussi notre repentir comme tout le reste de nos actions? Soyons donc sûrs qu'il ne le trouvera méritoire qu'autant que nous nous serons repentis de nos vrais péchés. Le péché, c'est le mal; on ne pèche pas en faisant le bien. Si l'on ne pèche pas , pourquoi envahir le repentir qui appartient aux pécheurs? Pourquoi donner à sa vertu ce qui appartient au vice? 11 arrive presque toujours que quand on se repent du bien, on n'a plus de repentir pour le mal.
III. Il serait donc à propos de dire ici quelles sont les actions qui doivent être le sujet d'une pénitence méritoire. Mais cela pourrait paraître inutile , car l'esprit , qui connaît le Seigneur, s'inspire des regards de son créateur et arrive à la connaissance de la vérité ; il apprend les commandemens de son Dieu , et sait qu'il faut appeler péché ce que sa loi défend. Puisqu'il est certain que Dieu est le souverain bien , il est clair qu'il n'y aque le mal qui puisse lui déplaire, comme étant d*une nature contraire 4 la sienne. Il est bon de distinguer cependant et de savoir qu'il y a des péchés charnels, c'est^-dire cor^ porels ; et d'autres qui sont spirituels. Vboamt est formé de deux natures dîstincles , et il doit donc pécher suivant sa double nature. Maisdece que le corps et l'esprit sont deux êtres difKrens, il ne s'ensuit pas que les péchés diffèrent de gravité; au contraire ils sont égaux, par cela même que l'esprit et le corps concourent à les eomnettre. Il ne faut donc pas qu'on cherehe loqnd est le plus grave ou le plus léger d'un péchédiarad ou d'un péché spirituel. La chair et Tesprit appartiennent également au Seigneur; l'un parce qu il la pétrie dans sa main , l'autre parce qa^il
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Ta criée de son sonffle. L'an et Tantre en péchant offensent également Dieu. Pourquoi voudrais-tn iiire une difTérence pour le péché entre la chair et Tesprit, qui sont inséparables dans la vie , dans la mort et dans la résurrection? Gomme ils sont unis dans la vie, ils le seront dans le Jugement , parce que c*est ensemble qu'ils auront bien on mal vécu. Si donc, nous avons remarqué la difRrence de leur nature, ce n'est pas pour diminuer en foveur de l'un d'eux la nécessité de la pénitence. Leur crime est commun , leur juge est le même , et leur châtiment ne pourra différer. Il y a des péchés que Ton nomme charnels, et d'autres que l'on nomme spirituels, parce que tout péché est le résultat d'une action, ou bien d'une pensée seulement. Pour qu'il soit charnel ou corporel , il Faut qu'il soit mis en action ; parce qu'un iait, tel qu'un corps, peut être vu , et pour ainsi dire touché; au lieu que le péché spirituel est celui qui existe dans la pensée oà il reste invisible et intangible comme un esprit : d'où il Faut conclure que non-seulement les actions , mais en« core les pensées coupables , doivent élre un sujet de repentir , et être expiés par la pénitence. La faiblesse et l'ignorance des hommes ne peut juger que sur les faits extérieurs, parce qu'elle ne peut pénétrer dans les replis secrets du ccpur; mais il ne faut pas en conclure que nous pouvons, devant Dieu, n^liger de nous repentir des péchés de notre volonté. Dieu voit tout : rien de ce qui peut l'offenser ne peut lui être caché. Puisqu'il connaît nos plus secrètes pensées, il en tiendra nécessairement compte dans le jugement qu'il prononcera. Il ne peut ni dissimuler ni mentir à sa propre science. La volonté est le principe de toutes nos mauvaises actions. Quelques-unes peuvent bien être imputées au hasard , h la fatalité , ou à l'ignorance ; mais toutes les autres naissent dans la volonté. Puisque Tesprit est la source du mal , il sera puni d'autant plus justement qu'il en est le premier agent; et II ne sera pas acquitté, parce qu'un obstacle extérieur aura empêché la perpétration. Cest la volonté seule qui Fait son crime : la maladresse ou le malheur dans Texécution ne pourra lui servir d'excuse, parce qu'en voulant , il a fait tout ce qui dépendait de lui. Enfin comment le Seigneur a-l-il acoonipli et perFectionné la loi ancienne, si ce
n'est en déclarant : que la seule volonté sans l'acte suffit pour constituer un corps de délit ? Il appelle adultère non-seulement celui qui a violé la sainteté du mariage, mais encore celui qui s'est souillé par un regard de concupiscence. S'il n'a pas vaincu les obstacles qui s'opposent ft sa volonté, l'esprit n*est pas moins coupable que si le corps eût agi. Celui dont la volonté n*a pu se procurer la satisfaction qu'il se promettait de la perpétration d*un délit , se rend coupable par cela seul qu'il le désire, et sera puni en conséquence. C'est donc une iblie, que de dire : «J'ai voulu, mais je ne l'ai pas fait. » Tu as agi par cela seul que tu as voulu ; ou bien tu n'as pas voulu par cela seul que tu n'as pas agi. Tu prononces toi-même ta propre condamnation ; car, si tu avais voulu le bien , tu te serais efforcé de l'accomplir (et tu l'aurais pu puisque lu n'as pas pu aa*ouip1ir le mal); donc, si tu ne peux Faire le mal , tu ne dois pas non plus le désirer. De quelque côté que tu le tournes, lu es coupable, soit d'avoir voulu le mal , soit de n'avoir pas Fait le bien.
IV. Tous les péchés étant donc commis, soit par la cliair, soit par l'esprit , soit par la volonté , soit par le Fait, Dieu , dont le jugement a prononcé la peine , promet aussi le pardon au repentir, quand il a dit au peuple : u Faites péoi tence et je vous sauverai; » Et dans un auire endroit: «Je suis le Dieu de la vie, et j'aime mieux le repentir que la mort.» Le repentir, c'est la vie , puisque Dieu le préfère à la mort. Ainsi, pécheur qui me ressembles (quoique je me reconnaisse un plus grand pécheur que toi), aie recours à la pénitence, attache-toi comme un naufragé sur cette planche de salut qui , du milieu de la mer orageuse de tes mauvaises passions, te portera en sûreté jusqu*au port de la miséricorde. Saisis avec avidité celte chance imprévue de bonheur, afin que toi qui n'étais devant Dieu «qu'une goutte d'eau, qu'un grain de poussière, qu'un misérable argile, tu deviennes» ce bel arbre planté sur le bord des eaux, qui se couvre de Feuilles ei [iorte de bons Fruits dans sa saison , et qui ne connaîtra ni le Feu ni la hache. » Repeutcz-vous puisque vous reconnaissez vos erreurs, repenlcz-vous d'avoir aimé ce que Dieu hait , puisque nousmêmes nous ne permettons pas à nos esclaves d'aimer ce que nous n'aimouspas. L'idcnlilè des
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inclinations est la plus sûre garantie de Tobéissance. Les avanta{];es de la pénitence fourniraient matière à un lon[; et éloquent discours. Connaissant ma faiblesse, je ne m'attacherai qu'à un seul point que voici : ce que Dieu ordonne ne peut être qu'excellent. Ce serait une témérité que de discuter sur la bonté ou sur la justice d'un précepte divin, car ce n'est pas parce qu'une chose est bonne que nous devons l'aimer, c'est parce qu'elle platt à Dieu. Quand il s'agit d'obéissance , l'autorité et la majesté de la divine puissance doivent l'emporter sur ce qui paraîtrait bon ou utile à celui qui doit obéir sans discussion. La pénitence est-elle bonne en elle-même? que signifie ce débat puisque Dieu l'ordonne? Et non-seulement il l'ordonne, mais il nous y eihorle, il nous y invite comme au seul moyen de salut; il fait même un serment , tant il désire que nous ayons confiance en lui. tt Je suis le Dieu vivant,» dit-il. 0 heureux ceux pour qui Dieu a voulu faire un serment ! ô malheureux ceux qui ne voudront pas croire au serment de leur Dieu ! Nous devons donc regarder comme de la plus importante vérité ce que Dieu atteste avec tant de solennité , et ce qu'il a juré même à la manière des hommes. Croyons :\ la parole de la grâce divine puisqu'elle porte en nous ses fruits, et afin que nous soyons sauvés. V. Je dis aussi qu'une fois que nous avons conçu ce repentir qui, par la faveur du ciel , nous remet en grâce avec Dieu , nous devons former la ferme résolution de ne plus l'offenser. On ne peut plus plaider l'ignorance de ses devoirs, quand une fois on a connu le Seigneur, que l'on a étudié ses commandemens et que l'on s'est acquitté par la pénitence de ses péchés passés. Car si l'on s'est repenti, c'est que l'on a commencé à craindre le Seigneur. Pourquoi donc alors retomber dans le péché , si ce n'est parce qu'on a cessé de craindre? Il n'y a que la révolte qui renverse la crainte. Et si Tignorancc même n'est pas une excuse, combien ne serat-il pas dangereux de mépriser Dieu quand il s'est ouvertement révélé. Inique l'on devrait connaître même par le spectacle de ses œuvres? Or c'est le mépriser, quand on a obtenu de lui la vraie connaissance du bien et du mal , quand on sait ce qu'il faut fuir et qu'on l'a déjà fui, de revenir sur ses pas et de refaire ce dont on s'était rq>cuti; c'est insulter à sa pmpre intclii-
gence, c'est-à-dire au don de Dieu. Rejeter un don, c'est injurier le donateur; ne pas faire cas d'un bienfait, c'est être ingrat. Dieu ne vous plaît pas si ses dons vous déplaisent. Cest donc non-seulement une révolte contre Dieu, mais encore un trait d^ngratitude. Il est bien coupable envers Dieu , celui qui après avoir, par la pénitence, renoncé au diable et l'avoir ainsi vaincu et terrassé au nom du Seigneur, le relève par sa propre chute, pour que le démon, ayant ressaisi sa proie , s'en fasse un siyet de triomphe et s'en gloritie à la face de Dieu. C'est une chose horrible à dire, mais qu'il faut dire tout haut pour l'instruction des fidèles; celui qui agit ainsi met le (^able au-dessus de Dieu. Ne seroblc-t-il pas avoir voulu faire une comparaison , celui qui a quitté l'un pour venir à Pautrc, et qui, après les avoir connus tous deux, retourne à celui que probablement il trouve le meilleur? de sorte que celui qui , par le repentir, avait résolu de plaire à Dieu, se repent de son repentir afin de rentrer en gr&ce avec le diable. Assurément il ne manquera pas d'être aussi odieux à l'Éternel , qu'il sera le mieux venu auprès de Satan, <l^lais, disent quelques-uns, il suffit d'adorer Dieu de cœur et d'esprit sans que les actes extérieurs répondent à notre foi. Oo peut pécher sans pour cela cesser de craindre et de croire. » C'est comme si l'on disait qa'oa peut violer la foi conjugale sans cesser de respecter la chasteté, ou donner du poison à soa pire sans cesser d'être un excellent fils. Eh bien, Dieu les précipitera probablement dans la gène sans pour cela cesser de leur pardonner, puisqu'ils ont péché sans cesser de le craindre. Étrange exemple de perversité! Ils craignent Dieu , et ils l'offensent ! Apparemment que s*tls ne le craignaient pas, ils ne l'offenseraient pas. Alors si nous voulons ne pas irriter notre IKeu, ne le craignons donc pas , puisque la crainte est une cause d offense. Mais de tels esprits sont de la race des hypocrites qui sont les amis Intimes du diable , et dont la pénitence n'est jamais sincère ni durable.
VI. Tout ce que notre faible talent s^est efforcé de faire connaître sur la nécessité de fiùre pénitence et de persister dans la bonne voie, regarde tous les serviteurs de Dieu qui veulent obtenir ses grâces , et surtout les néophytes dont les oreilles ont à peine cunimcucé A retentir de
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la parole divine , et qui , semblables à de jeunes animaux qui se mettent à ramper avant que leurs yeux soient bien ouverts , entreprennent de faire pénitence, mais ne savent pas y parvenir. Le repentir les porte souvent à regretter leurs anciennes voies, qui les attirent encore, comme ces Fruits qui, amers et pourris, ont encore un côté qui Halte la vue. Presque toutes ces erreurs sur la pénitence viennent des préju[|;é$ que l*on se forme sur la vertu du baptême. Dans la certitude où sont les catéchumènes de recevoir avec ce sacrement le pardon de tous leurs péchés, ils profitent pour ainsi dire du temps qui leur reste, et continuent de pécher au lieu d'apprendre à s'abstenir. N'est-ce pas un calcul aussi inepte qu'injuste, de prétendre , sans faire pénitence, obtenir le pardon de toutes ses fautes ? Vous ne voulez pas payer le prix et vous tendez la main pour recevoir la marchandise! La pénitence est le prix du pardon, c'est la condition expresse de l'impunité. Or si les marchands , avant de livrer leurs articles, examinent scrupuleusement la monnaie qu'on leur compte , pour voir s'il ne s'y trouve pas un écu faux , effacé ou rogné, nous devons croire que le Seigneur s'assure de la sincérité de la pénitence , avant de nous accorder un pardon qui équivaut à la vie éternelle. Mais nous parlerons un peu plus tard de cette sincérité. Faut-il croire que nous sommes complètement purifiés et acquittés lorsque nous sommes absous? pas du tout. Le pardon nous est promis; mais nous en devons toujours le prix que nous ne pouvons payer que lorsqpic Dieu menace et non quand il pardonne. Un esclave affranchi ne se reproche plus d'avoir fui de la maison de son maître, ou de l'avoir volé. Quand une fois le soldat a son congé , il s'inquiète fort peu des bons où des mauvais rapports de ses chefs. Le pécheur doit donc se laver par le repentir avant d'obtenir son pardon , parce que le temps de la pénitence doit être un temps de péril et de crainte. Je suis loin de nier l'efficacité du baptême pour effacer les péchés; mais pour arriver là , il faut mériter d'y être admis. Qui voudra verser l'eau sainte sur un homme dont le repentir n'est pas sincère? Tu pourras sans doute Rapprocher des fonts baptismaux par ruse en affectant une grande piété; mais Dieu veille sur son trésor, et ne le laissera pas surprendre ainsi par ceux qui en sont indignes. C'est lui qui a
dit : ail n'est rien de caché qui ne soit découvert plus tard. » De quelque obscurité que tu te flattes d'avoir enveloppé tes (Buvres, rappelletoi que Dieu est la lumière. Il y en a qui croient que Dieu est obligé d'accorder ce qu'il a promL*;, quand même on en serait indigne, et qui font de sa générosité une servitude. Si c'est par nécessité qu'il nous fait grâce, il le fait donc malgré lui? «Mais, dira-t-on, bien des hommes pourtant retombent après le baptême ; s'ils n'en étaient pas dignes , ils Tout cependant obtenu. » Sans doute : mais ce sont ceux qui se sont trop hâtés de le recevoir, qui se sont trop tôt fiés à la sincérité de leur repentance, et qui ont bâti leur maison sur le sable. Qu'on se garde donc de se flatter. Parce qu'on est reçu au nombre des novices caléchuniènes, il ne s'ensuit pas que l'on ait la liberté de pécher en attendant le baptême qui doit laver toutes les fautes. Puisque tu commences à connaître ton Dieu, tu dois le respecter et le craindre. A quoi te servirait la connaissance, si tu agissais comme dans le temps de ton ignorance? Quelle différence doit-il donc y avoir entre toi et un vrai fidèle? Grois-tu qu'il y ait un Christ pour ceux qui sont baptisés et un autre pour les catéchumènes? Y a-t-il deux espérances , deux craintes , deux jugemens , deux raisons différentes de se repentir? Ce baptême est le symbole de la foi qui doit être basée sur une sincère pénitence. On ne nous baptise pas pour que nous cessions de pécher, car nous devons nous approcher des fonts déjà corrigés et repentans. La crainte de Dieu doit être le premier baptême; pour s'approcher du Seigneur, il faut une foi pure et un cœur contrit. Si nous devions cesser de pécher par cela seul que nous avons reçu l'onde sacramentelle, notre innocence serait nécessaire et non plus spontanée. Or qui a du mérite à être vertueux, de celui qui ne peut, ou de celui qui ne veut pas être vicieux? de celui qui se trouve forcé de bien faire, ou de celui qui fait le bien par son propre choix? Si nous ne faisions le bien , si nous ne nous abstenions du mal que sous l'influence d'une force supérieure, nous pourrions voler, à moins que les serrures ne fussent trop solides pour nos mains; nous ne priverions nos yeux des regards de la concupiscence que lorsque nous serions empêchés par des gardes vigilantes. Voilà ce qui dcvrail être nécessairement si nous ne ces-
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«ions de pécher que parce que le baptême aurait la vertu de nous lier les mains. Il me semble que celui qui pense ainsi doit s'attrister d'être lié par le baptême et se réjouir quand il peut s'en crliappcr. Je dis donc: qu'il faut que les catéchumènes désirent quelque temps le baptême et fiu'ils ne le reçoivent pas trop tôt. Celui qui désire une chose, en fait cas et Thonorc; celui qui la reroit trop vile est apte à s'en enorgueillir. Le premier a de la modestie, le second de la vanité; l'un fait tout pour mériter, l'aulre néglige le don qu'il a reçu; celui-là reçoit le baptême, celui-ci s'en empare. Quel est le plus digne de la grâce? CVst celui ([ui s'est le mieux corrigé. Qui est-ce qui se corrige le mieux? C'est celui qui craint le plus, et ([ui par conséquent a montré le plus de repentir. Il craint de pécher, de crainte de n'être pas jugé digne; tandis que l'autre, qui regarde cette grAce comme une chose qui lui est duc, s'en fait accroire et ne peut pas avoir la crainte de Dieu, qui est la source de toute sagesse et de toute pénitence. Celui qui demande le baptême avant de l'avoir mérité, est bouffi d'orgueil et ne respecte pas celui dont il attend les grâces; souvent même il cherche à le tromper. Demander une faveur avant de l'avoir méritée, c'est le meilleur moyen d'offenser son maiire.
Ml. Que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous fusse la grâce de bien démontrer et de persuader aux catéchumènes qu'ils doivent bien se garder de pécher; faire autrement, c'est ne pas connaîtrela véritable pénitence, et par conséquent ne pas la désirer. Je ne sais trop si je dois parler de l'efficacité de la seconde pénitence, ou de la finale, tant je crains d'ouvrir le chemin du péché en voulant montrer celui du repentir. Qu'on n aille pas m'interpréter assez mal pour penser qu'on est libre de pécher, parce qu'on pourra se repentir après. Ce serait appuyer la témérité et finsolence de l'homme sur la clémence et la bonté de Dieu. Parce que Dieu est bon, faudrat-il que nous soyons méchans en proportion et que nous tâchions de pécher aussi souvent qu'il peut pardonner? Mais il viendra un tempsoù nous pourrons encore pécher et où nous ne pourrons p]us échapper à sa colère. Parce cpie nous y avons échappé une fois, faut-il nous jeter dans le danger sous prétexte que nous échapperons encore? Voyez ceux qui se soûl sauver d'uu naufrage ;
ils renoncent à la navigation, et honorent le don de Dieu , c'est- â-dire leur vie charnelle , en ne l'exposant plus aux périls de la mer. J'aime cette modestie timide qui craint de paraître importune à Dieu en lui demandant trop souvent la même faveur. L'homme qui craint son Dieu , l'honore. Mais l'esprit du mal ne s'endort jamais dans sa malice. C'est surtout quand il voit l'homme délivré de ses griffes qu'il s'irrite et ne fait que s'enflammer de ee qui devrait le décourager. 11 est impossible qu'il ne gémisse pas en voyant celte promesse de pardon faite au repentir, promesse qui met un frein à son œuvre de mort , et qui efface et annule tant de sentences de danmation. Il pleure de rage en pensant que ce pécheur, devenu serviteur du Christ, doit un jour le juger, lui et ses anges. Voilà pourquoi il le guette, il Tattaque, il l'assiège , pour voir s'il est possible de faire pécher ses yeux par la concupiscence charnelle, d'envelopper sonàme dans les filets du siècle corrrompu, d'ébranler sa fidélité par la crainte des persécutions, ou enfin de le faire , â force de perfidie, sortir de la bonne voie. Il n'épargnepour cela ni les tentations ni les calomnies. Dieu prévoyant toutes ses ruses pernicieuses, après avoir fermé la porte'du baptême, a ouvert au pécheur relaps celle de la second pénitence, qui laisse entrer ceux qui frappeoC ; mais une fois seulement, parce que c'est diji la seconde : il ne faudrait pas revenir plus souvent. Pouvez-vous dire que ce ne soit pal asKz? Vous aviez déjà obtenu votre pardon une fois, et vous avez perdu cette grâce. Si Dieu est assez indulgent pour vous rendre ce que vous avez déjà perdu , montrez vous au moins reconnaissant , et ne recommencez pas. (Test une plus grande faveur de vous rendre ce que vous avez perdu que de vous l'avoir donné la premîire; parce que c'est de votre part une plus grande faute de l'avoir perdu que de ne l'avoir jamais obtenu. Mais il ne faut pas se décourager ce* pendant, si l'on vient à avoir besoin d'un second pardon. Fuyez la rechute, mais ne fuyez pas la seconde |)énilence; évitez de vous exposer de nouveau au danger , mais ne vous débmmci pas de la main secourable qui veut vous sauver une seconde fois. Quand on retombe malade , il ne faut pas avoir honte de retourner au médecin. Vous trouverez grâce devant le Seigneur si vous ne refusez pas ses bienfaits; voua Tafesof-
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teoÊéj mais vous poavez encore vous réconcilier avec lui. Vous savez à qui il làut demander pardon , et vous savez aussi quMI ne le refusera pas.
VIII. Si vous aviez un doute i cet ^ard, voyez ce que l'esprit saint mande aux Églises. Il accuse celle d'Éphèse de n*avoir plus la charité ; il reproche à celle de Yatirth sa luxure et son penchant 1 Ildolâtrie ; il dit à celle de Sardes qu'elle manque en bonnes œuvres ; il reprend les fidèles de Laodicée d'avoir trop de confiance dans leurs richesses; et cependant il les exhorte à la pénitence , et même leur fait des menaces. Or il ne menacerait pas les impénitenssll n'avait d'autre part Tintention de leur pardonner au cas où ils viendrait à se repentir. Vous pourriez encore en douter, s*il n'avait ailleurs explicitement parlé de sa clémence sans bornes. Il dit : « Que celui qui est tombé se relève ; que celui qui s'est éloigné de moi revienne à moi. » Il est celui qui aime mieux le repentir et le salut du pécheur que le sacrifice. cLes cieux et les anges se réjouissent quand un pécheur se repent. » Allons, pécheur! aie bon courage et pense à ceux qui se réjouiront de te voir rentrer dans la bonne vole. Que signifie cette parabole du Seigneur? Une femme ayant perdu une drachme, lachercba et la retrouva; puiselle mvlta ses amies 4 venir se réjouir avec elle. N'est-ce pas là le sytnbole du pécheur qui a retrouvé la grâce? Une petite brebis s'est égarée ; tout le troupeau ensemble n'était pas plus cher au bon pasteur qm la cherche, oubliant les autres dans sa sollicitude; et quand il Ta trouvée, il la rapporte sur ses épaules , car il avait été bien affitgé de sa perte. Je parlerai aussi de ce père si indulgent , qui reçoit son enfent prodigue que la pauvreté a rendu repentant ; il tue le veau gras et fait un festin pour câébrer son bonheur. Pourquoi non ? Ge fib lui était d'autant phis cher qu'il l'avait cru perdu. De qui ce bon père est-il l'image? De Dieu, le meilleur de tout les pères. Il t€ recevra , si tu reviens à lui , bien que tu fusses ricfae quand tu l'a quitté et que tu reviennes pauvre; il se réjoun*a plus de ton retour que de la bonne conduite de ceux qui ne Font jamais quitté. Si toutefois tu viens à te repentir dans ton âme, si tu compares la famine que tu souffres avec rabondance dont jouissent les serviteurs de ton père, si tu abandonnes enfin les pour-
ceaux immondes et que tu reviennes vers ton père offensé , en disant : « J*ai péché , mon père, et je ne suis plus digne d*ètre appelé ton fils. » L'aveu de tes fautes les fera excuser; la dissimulation au contraire ne ^it que les aggraver. La confession est un commencement de satisfaction; la dissimulation est une révolte contre Dieu.
IX. Plus cette seconde et dernière pénitence est nécessaire, plus les preuves doivent en être évidentes ; il ne suffit donc pas comme pour le baptême que le repentir soit dans la conscience, il faut qu'il se manifeste par des actes extérieurs; c'est cet acte que nous appelons ordinairement en grec exomologésis , par lequel nous confessons nos péchés à Dieu, non pas qu1l les ignore, mais parce que cette confession est un commencement de réparation et de satisfaction. La confession amène le repentir, et le repentir apaise le Seigneur. La confession abat et humilie l'homme ; elle le change pour le rendre digne de sa miséricorde céleste ; elle lui ordonne de se coucher dans le sac et la cendre, de se couvrir le coarps de poussière, et de plonger son âme dans la douleur, pour la purifier par la souffirance. Elle lui défend toute délicatesse dans le boire et le manger, non à cause du corps , mais â cause de l'âme. Elle veut que le pécheur nourrisse et fdrtifie son âme par la prière, le jeûne, les gémissemens et les larmes ; qu'il crie jour et nuit vers son Dieu ; qu'il s'agenouille aux pieds des prêtres; qu'il se prosterne devant Fautel de Dieu, et qu'il prie ses frères de joindre leurs supplications aux siennes. Voilà ce que fait la confession pour donner plus de prix au repentir, afin que ce repentir soit un honneur rendu à Dieu , pour acquitter le pécheur et le soustraire à la juste indignation de son Dieu ; et pour remplacer par une peine sur la terre et dans le temps les supplices de l'autre nMmde et de l'éternité. En abaissant l'homme dans la poussière, elle le relève; en le souillant de cendres, elle purifie son âme ; en l'accusant et en le condamnant , elle l'absout. Hus le pédieur est sévère envers lui-même , et plus EKeu sera indulgent pour lui.
X. Cependant il y en a â qui il répugne de s'exposer en public; ils reculent de jour en jour; ils craignent la honte plus qu'ils ne désirent le salut, imitant en cela ces malades qui, ayant honte de découvrir leurs plaies secrètes
TERTULLIEN
aux yeux des médecins, meurent avec leurs maladies honteuses. La vanité ne peut souffrir cette humiliation salutaire, qui consiste à faire satisfaction au Seigneur. Elle est louable en vérité, celte timidité qui vous fait lever la tète si effrontément quand vous péchez, et qui fait (jue vous n'osez pas implorer en public le pardon de votre Dieu ! Je n'écouterai point ma timidité ni ma honte quand il me sera plus avantageux de les fouler aux pieds. L'esprit luimême nousexhorte indirectement à braver toute mauvaise honte quand il dit : «Ne prétendez pas nriioriorer en disant: «Il vaut mieux que je péi isse par toi. » Si le pécheur a (juelque chose à craindre, n'est-ce pas plutôt lorsqu'il applaudit aux risées des impies , lorsqu'il s'élève par la ruine de sou prochain? D'ailleurs au milieu de les compajjnons dans le'service de Dieu , et de les frères , qui n'ont avec toi qu'une espérance , une crainte, qui partaj^ent tes jours , tes douleurs et les souffrances (car les enfans du même Dieu doivent être unis en espril), pourquoi fuis -tu ceux qui sont tombés comme toi; comme s'ils devaient applaudir à ta chute? Le corps ne peut se réjouir des douleurs d'un de ses membres; il faut qu'il souffre tout entier, €t que tout entier il s'efforce de fjuérir. Le corps et les membres sont rÉj;lise , et l'Éjjlise c'est le Christ. Quand tu fléchis le genoux devant les frères, c'est le Christ que tu implores; et eux aussi , quand ils pleurent sur toi , ils pleurent sur le Christ souffrant, sur le Christ (lui invoque sou Père. Ce que le Fils demande sera toujours facilement accordé. La mauvaise honte assurément vous fait de belles promesses; die vous fait croire que vous pourrez dissimuler vos péchés. Et si vous parvenez à les cacher aux hommes, espérez-vous donc aussi tromper votre Dieu ? L'estime des hommes vautelle donc mieux que la justification devant Dieu? Vaut-il donc mieux se damner en cachette, que d'être absous en public? Si l'esprit du mal a surpris celui qui aime le Seigneur, que le courage ne lui manque pas au moins pour faire pénitence, car cette pénitence bien que pénible est salutaire. Il est douloureux d'avoir un membre coupé , ou une plaie cautérisée ; il est répugnant de boire une médecine acre et amère ; nuiis si ces remèdes guérissent , on kur pardonne ce qu'ils on? do j>cnil.!e: ?jnl
il est vrai que l'espérance de la santé foit oublier le mal présent !
XI. Mais si ce n'était pas même la mauvaise honte qui les faisait ainsi reculer leur confession? si c'était plutôt la crainte de la gène corporelle, et la peur de paraître en public dans un vêtement négligé et sale, de se priver de tous les plaisirs ? s'ils n'étaient effrayés que de la rudesse de la haire et du dégoût de la cendre et de la nécessité de jeûner? Il conviendrait mieux sans doute que nous fissions pénitence avec de beaux manteaux de pourpre tyrienne ! Tenez , voilà une épingle d'or pour séparer vos cheveux ! voilà de la poudre pour nettoyer les dents ! voilà des ciseaux d'airain pour vous faire les ongles ! Prenez aussi ce rouge et ce blanc pour vous farder les lèvres et les joues ! Allez aux eaux, ou prenez des bains de mer, augmentez vos dépenses, nourrissez-vous grassement, et buvez de vieux vins ! Si l'on vient vous demander pourquoi vous faites tant de frais , vous pourrez répondre : « C'est que j'ai péché contre le Seigneur , et que mon salut éternel est en danger ; c'est pourquoi je suis dans la douleur , je mortifie mon corps , et je fais rude pénitence , afin d'apaiser mon Dieu , que j'ai oflensé par mes péchés. »Mais voyez doncceux qui intriguent pour être élus à des magistratures : ils n'ont point honte, ils ne font pas la moindre difficulté de se soumettre non-seulement aax souffrances du corps et de l'âme , mais encore à toutes les avanies pour obtenir quelques voix. Us afTectent d'être grossier dans leurs vèlemens. A combien de portes ne vont-ils pas frapper soir et matin ? que d'humbles salutations! Voyez les se rappetisser pour ainsi dire , quand ils rencontrent un homme qui a quelque iufiuence sur le peuple. Us ne donnent point de festins; ils n'invitent même plus leurs amis; ils se privent de toute liberté et de tout plaisir. Et tout cela pour être magistrat pendant un an. Et nous, nous hésitons à faire, pour <d)tenir le salut éternel , ce qu ils font sans scrupule pour le plaisir passager de faire porter devant eux des faisceaux et des haches. Nous ne voulons pis jeûner et paraître négligés dans noivètemens quand nous avons offensé Dieu, lorsque les gentils le font sans avoir offensé personne ? Ce sont bien la ceux dont rÉcriture a dit : cils ont lie leurs péchés avec une longue corde.»
AUX NATIONS
Xn. Quand ta penses & la confession , pense aussi aux flammes de l'enfer, que la confession seule peut éteindre pour toi. L*idée de la grandeur du diâtlment te Fera trouver le remède bien doux. Que devons-nous penser de cette fournaise étemelle , lorsque nous voyons les plus petites de ses cheminées souterraines jeter de tels torrcns de flammes , que les villes voisines sont détruites de fond en comble, ou sont menacées de rètrc d'un jour à Vautre? Les plus hautes montagnes sont déchirées par cet enfantement de fou. Et ce qui nous prouve rétemité de ce fou qui doit un jour nous servir de châtiment, c'est que ni l'ébranlement des montagnes, ni même leur disparition, n'ont pu épuiser cette source de fou. Qui ne voit dans ce déchirement du globe une image des tourmens qui nous attendent? Qui ne regarde tous ces volcans comme de foibles étincelles d'un vaste et inconcevable foyer? Or , puisque vous savez qu'après le baptême le Seigneur vous a encore donné, dans la confossion publique, un moyen d'éviter l'enfor, pourquoi donc désespérez-vous de votre salut ? pourquoi cessez-vous de frapper, puisque vous savez qu'il vous sera ouvert ? Les animaux muets eux-mêmes et les bêtes sans raison ont un instinct qui leur fait deviner les remèdes qu'ils doivent prendre. Le cerf blessé d'une flèche va brouter le dictame , et rhirondeilc qui a eu le malheur d'aveugler ses petits, sait leur rendre la vue au moyen de sa propre ché-
iidoine. Et le pécheur , sachant que le Christ a Institué la pénitence pour son salut , s'en tiendrait éloigné? Qu'est-ce qui rétablit Nabucliodonosor sur le trône de Babylone? C'est que pendant sept ans il présenta au Seigneur roffoande de sa pénitence ; c'est qu'il se confessa dans la pouissière, laissant croître ses ongles comme les aigles, et ses cheveux comme la crinière des lions. Mais , ô merveille ! celui que les hommes avaient en horreur a trouvé grâce devant Dieu. Au contraire le pha raon d'Egypte, qui refusa si longtemps de rendre la liberté au peuple de Dieu, et qui, après l'avoir enfin laissé partir, se mit à le poursuivre malgré les fléaux prodigieux qui auraient dt l'avertir, fut englouti dans les flots de la mer, qui ne s'était entr*ouverte que pour le peuple élu ; il n'y avait point de place pour le repentir dans son cœur endurci. Mais pourquoi parlerais-je plus longtemps du baptême et de la confession , ces deux planches de notre salut? Ne vais-je pas paraître avoir fait plutôt parade d'une vaine éloquence qu'avoir suivi l'impulsion de ma conscience? C'est que je suis pécheur aussi, moi; c'est que j'ai commis bien des fautes et que je suis destiné aussi à faire pénitence. Voilà pourquoi je ne puis pas plus me taire à ce sujet quÂdam, premier des hommes et premier |)écheur, qui ne regagna le paradis perdu que par sa pénitence.
AUX NATIONS