‹ Choix de moralistes françaisChapitre 125 sur 509 · CHAPITRE LX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX

De la liberté et du servage.

La liberté est estimée d'aucuns un souverain bien, et le servage un mal extresme, tellement que plusieurs ont plus aymé mourir et cruellement que deb venir esclaves, voire que tomber en danger de voir la liberté publique ou la leur intéressée. Il y peut avoir en cecy du trop comme en toutes autres choses. Il y a double liberté : la vraye de l'esprit est en la main d'un chascun, et ne peut estre ravie ny endommagée par autruy, ny par la fortune mesme; au rebours le servage de l'esprit est le plus misérable de tous; servir à ses cupidités, se laisser gourmander à ses passions, mener aux opinions, ô la piteuse captivité! La liberté corporelle est un bien fort à estimer, mais subject à la fortune, et n'est juste ny raisonnable (s'il n'y est joincte quelqu'autre circonstance ) de la préférer à la vie, comme les anciens, qui choisissoient et se donnoient plustost la mort que de la perdre, et estoit réputé à grande vertu, estimant la servitude un très grand mal : servitus obedientia est fracti animi et abjecti, arbitrio carentis swo2. De très grands et très sages ont servi, Regulus, Yalerianus, Platon, Diogenes, et à de très meschans et iniques, et n'ont pour cela empiré leur propre condition, demourans en effect et au vray plus libres que leurs maistres.

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