‹ Choix de moralistes françaisChapitre 217 sur 509 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Debvoir des mariés.

Selon les deux considérations diverses qui sont au mariage, comme a esté dict *, sçavoir : equalité et inequalité, aussi sont de deux sortes les debvoirs et offices des mariés-, les uns mesmes et communs à tous deux, également réciproques et de pareille obligation, encores que, selon l'usage du monde, ne soient de pareille peine, reproche, inconvénient, sçavoir: une entière loyauté, fidélité, communauté et communication de toutes choses, puis un soin et authorité sur la famille et tout le bien de la maison. De cecy plus au long au livre premier2.

Les autres sont particuliers et differens selon l'inequalité qui est entr'eux; car ceux du mary sont : 1° instruire sa femme, l'enseigner avec douceur de toute chose qui est de son debvoir, honneur et bien, et dont elle est capable; 2° la nourrir soit qu'elle aye apporté douaire ou non; 3° la vestir; 4° coucber avec

(1) Liv. I, c. 47.

E LA SAGESSE, PAR CHARRON

elle ; 5° l'aymer et la deffenare. Les deux extrémités sont laides et vicieuses, les tenir subjectes comme servantes, et s'assubjectir à elles comme maistresses. Voylà les principaux.

Ceux-cy viennent après : la panser malade, la délivrer captive, l'ensevelir morte, la nourrir demeurant vefve, et les enfans qu'il a eu d'elle, par provision testamentaire.

Les debvoirs de la femme sont : 1° rendre honneur, révérence et respect à son mary, comme à son maistre et bon seigneur , ainsi ont appelé leurs maris les sages femmes, et le mot hébreu baal signifie tous les deux, mary et seigneur; celle qui s'acquitte de ce debvoir faict plus pour soy et son honneur que pour son mary, et faisant autrement ne faict tort qu'à elle ; 2° obeyssance en toutes choses justes et licites, s'accommodant et se ployant aux mœurs et humeurs de son mary, comme le bon miroir, qui représente fidèlement la face, n'ayant aucun dessein, amour, pensement particulier; mais comme les dimensions et accidens, qui n'ont aucune action ou mouvement propre et ne se remuent qu'avec le corps, elles se tiennent en tout et par tout au mary ; 3° service, comme luy appareiller par soy ou par autruy ses vivres, luy laver les pieds; 4° garder la maison, dont est comparée à la tortue et est peincte ayant les pieds nus, et principalement le mary absent-, car esloignée du mary elle doibt estre comme invisible, et au rebours de la lune ne paroistre point, et près de son soleil paroistre; 5° demeurer en .silence et ne parler qu'avec son mary ou par son mary ; et pour ce que c'est chose rare et difficile que la femme silentieuse, elle est dicte un don de Dieu précieux ; 6° vacquer et estudier à la mesnagerie ; c'est la plus utile et honorable science et occupation de la femme, c'est sa maistresse qualité et qu'on doibt en mariage chercher, principallement en moyenne fortune ; c'est le seul douaire qui sert à ruiner ou à sauver les maisons, mais elle est rare; il y en ad'avaricieuses, mais des mesnageres peu. Or, il y a bien à dire des deux.

De la mesnagerie tost après à part1.

En l'accoinctance et usage de mariage, il faut de la modération ; c'est une religieuse et dévote . liaison ; voylà pourquoy le plaisir

(1) Voyez le cliap. suiv.

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