‹ Choix de moralistes françaisChapitre 389 sur 509 · AVIS AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AVIS AU LECTEUR

de l'édition de 1665,

Supprime dans toutes les éditions publiées depuis la mort de l'auteur i.

Voici un portrait du cœur de l'homme que je donne au public, sous le nom de Réflexions ou Maximes morales. 11 court fortune de ne plaire pas à tout le monde, parce qu'on trouvera peutêtre qu'il ressemble trop et qu'il ne flatte pas assez. Il y a apparence que l'intention du peintre n'a jamais été de faire paroître cet ouvrage , et qu'il seroit encore renfermé dans son cabinet, si une méchante copie , qui en a couru , et qui a passé même depuis quelque temps en Hollande , n'avoit obligé un de ses amis de m'en donner une autre, qu'il dit être tout-à-fait conforme à l'original ; mais, toute correcte qu'elle est , possible n'évitera-t-elle pas la censure de certaines personnes qui ne peuvent souffrir que l'on se mêle de pénétrer dans le fond de leur cœur , et qui croient être en droit d'empêcher que les autres les commissent parce qu'elles ne veulent pas se connoitre elles-mêmes. 11 est vrai que , comme ces maximes sont remplies de ces sortes de vérités dont l'orgueil humain ne se peut accommoder, il est presque impossible qu'il ne se soulève contre elles et qu'elles ne s'attirent des censeurs. Aussi est-ce pour eux que je mets ici une Lettre que l'on m'a donnée , et qui a été faite depuis que le manuscrit a paru , et dans le temps que chacun se mêloit d'en dire son avis ; elle m'a semblé assez propre pour répondre aux principales difficultés que l'on peut opposer aux Réflexions , et pour expliquer les sentiments de leur auteur : elle suffit pour faire voir (pie ce qu'elles contiennent n'est autre chose que l'abrégé d'une morale conforme aux pensées de plusieurs Pères de l'Eglise , et que celui qui les a écrites a eu beaucoup de raison de croire qu'il ne pouvoit s'égarer

(1) Une lettre de La Rochefoucauld à madame de Sablé semble prouver qu'il avait lui-même rédigé au moins une de ces préfaces. Voici cette lettre : « Je vous envoie une manière de « préface pour les Maximes ; mais comme je la dois rendre « dans deux, heures, je vous supplie très humblement, madame, « de me la renvoyer par le même laquais qui vous porte ce «billet. Je vous demande aussi de me dire ce que vous en « trouvez. » A, jj,

MOBAL.

en suivant de si bons guides, et qu'il lui étoit permis de parler de l'homme comme les Pères en ont parlé ; mais si le respect qui leur est dû n'est pas capable de retenir le chagrin des critiques, s'ils ne font point de scrupule de condamner l'opinion de ces grands hommes en condamnant ce livre , je prie le lecteur de ne les pas imiter, de ne laisser point entraîner son esprit au premier mouvement de son cœur, et de donner ordre, s'il est possible , que l'amour-propre ne se mêle point dans le jugement qu'il en fera ; car s'il le consulte , il ne faut pas s'attendre qu'il puisse être favorable à ces Maximes ; comme elles traitent l'amour-propre de corrupteur de la raison , il ne manquera pas de pré venir l'esprit contre elles. 11 faut donc prendre garde que cette prévention ne les justifie , et se persuader qu'il n'y a rien de plus propre à établir la vérité de ces Réflexions que la chaleur et la subtilité que l'on témoignera pour les combattre. En effet il sera difficile de faire croire à tout homme de bon sens que l'on les condamne par d'autre motif que par celui de l'intérêt caché , de l'orgueil et de l'amour-propre. En un mot , le meilleur parti que le lecteur ait à prendre estde se mettre d'abord dans l'esprit qu'il n'y a aucune de ces Maximes qui le regarde en particulier, et qu'il en est seul excepté, bien qu'elles paroissent générales. Après cela , je lui réponds qu'il sera le premier à y souscrire et qu'il croira qu'elles font encore grâce au cœur humain. Voilà ce que j'avais à dire sur cet écrit en général ; pour ce qui est de la méthode que l'on y eût pu observer, je crois qu'il eût été à désirer que chaque. Maxime eût eu un titre du sujet qu'elle traite , et qu'elles eussent été mises dans un plus grand ordre ; mais je ne l'ai pu faire sans renverser entièrement celui de la copie qu'on m'a donnée ; et comme il y a plusieurs Maximes sur une même matière , ceux à qui j'en ai demandé avis ont jugé qu'il était plus expédient de faire une Table à laquelle on aura recours pour trouver celles qui traitent d'une même chose.

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