‹ Choix de moralistes françaisChapitre 391 sur 509 · J XXVIII · texte numérisé non relu

J XXVIII

L'amour-propre empêche bien que celui qui nous flatte ne soit jamais celui qui nous flatte le plus (1665 — ii0 157).

On ne blâme le vice et on ne loue la vertu que par intérêt ( 1665— n<> 151 ).

On ne fait point de distinction dans les espèces de colère, bien qu'il y en ait une légère et quasi innocente, qui vient de l'ardeur de la complexion, et une autre très criminelle, qui est à proprement parler la fureur de l'orgueil ( 1665 — n«159).

Les grandes âmes ne sont pas celles qui ont moins de passions et plus de vertus que lésâmes communes, mais celles seulement qui ont de plu s grands desseins ( 1665 — n° 161 ).

Les rois font des hommes comme des pièces de monnoie ; ils les font valoir ce quils veulent, et l'on est forcé de les recevoir selon leurs cours, et non pas selon leur véritable prix (1665 — n« 165).

La férocité naturelle fait moins de cruels que l'amour- propre ( 1665 — n» 174 ).

On peut dire de toutes nos vertus ce qu'un poète italien a dit de l'honnêteté des femmes, que ce n'est souvent autre chose qu'un art de paroître honnête ( 1665 — n<> 176 ).

Il y a des crimes qui deviennent innocents et même glorieux par leur éclat, leur nombre et leur excès: de là vient que les voleries publiques Sont des habiletés, et que prendre des provinces

DE LA ROCHEFOUCAULD. * 461

injustement s'appelle faire des conquêtes (1665

— no 192).

On ne trouve point dans l'homme le bien ni le mal dans l'excès ( 1665— n<> 201 ).

Ceux qui sont incapables de commettre de grands crimes n'en soupçonnent pas facilement les autres ( 1 665— n° 208).

La pompe des enterrements regarde plus la vanité des vivants que l'honneur des morts (1665 — no 213).

Quelque incertitude et quelque variété qui paroisse dans le monde, on y remarque néanmoins un certain enchaînement secret et un ordre réglé de tout temps par la Providence, qui fait que chaque chose marche en son rang et suit le cours de sa destinée ( 1665 — n° 225 ).

L'intrépidité doit soutenir le cœur dans les conjurations, au lieu que la seule valeur lui fournit toute la fermeté qui lui est nécessaire dans les périls de la guerre (1665 — n° 231).

Ceux qui voudroient définir la victoire par sa naissance seroient tentés, comme les poètes, de l'appeler la fille du ciel, puisqu'on ne trouve point son origine sur la terre. En effet, elle est reproduite par une infinité d'actions qui, au lieu de l'avoir pour but, regardent seulement les intérêts particuliers de ceux qui les font, puisque tous ceux qui composent une armée, allant à leur propre gloire et à leur élévation, procurent un bien si grand et si général (1665

On ne peut répondre de son courage quand on n'a jamais été dans le péril ( 1 665 — n° 236 ) .

On donne plus souvent des bornes à sa reconnoissance qu'à ses désirs et à ses espérances (1665 — n°241).

L'imitation est toujours malheureuse, et tout

APPENDICE AUX MAXIMES

ce qui est contrefait déplaît avec les mêmes choses qui charment lorsqu'elles sont naturelles (1665— n° 245).

Nous ne regrettons pas la perte de nos amis selon leur mérite, mais selon nos besoins et selon l'opinion que nous croyons leur avoir donnée de ce que nous valons ( 1 665 — n° 248 ) .

Il est bien malaisé de distinguer la bonté générale et répandue sur tout le monde de la grande habileté (1665— n° 252).

Pour pouvoir être toujours bon, il faut que les autres croient qu'ils ne peuvent jamais nous être impunément méchants (1665 — n° 254).

XLVIH.

La confiance de plaire est souvent un moyen de déplaire infailliblement ( 1665 — n° 256. )

La confiance que l'on a en soi fait naître la plus grande partie de celle que l'on a aux autres (1665— n° 258).

Il y a une révolution générale qui change le goût des esprits aussi bien que les fortunes du monde (1665 — n° 259).

La vérité est le fondement et la raison de la perfection et de la beauté ; une chose, de quelque nature qu'elle soit, ne sauroit être belle et parfaite si elle n'est véritablement tout ce qu'elle doit être et si elle n'a tout ce qu'elle doit avoir (1665— n° 260).

LI bis.

Il y a de belles choses qui ont plus d'éclat quand elles demeurent imparfaites que quand çllcs sont trop achevées (1665 — n° 262).

LU

La magnanimité est un noble effort de l'orgueil par lequel il rend l'homme maître de lui- Wme pour le rendre maître de toutes choses (1665 — n<> 271).

LUI

Le luxe et la trop grande politesse dans les

états sont le présage assuré de leur décadence, parce que tous les particuliers s'attachant à leurs intérêts propres, ils se détournent du bien public (1665 — n° 282).

De toutes les passions, celle qui est la plus inconnue à nous-mêmes, c'est la paresse; elle est la plus ardente et la plus maligne de toutes, quoique sa violence soit insensible et que les dommages qu'elle cause soient très cachés; si nous considérons attentivement son pouvoir, nous verrons qu'elle se rend en toutes rencontres maîtresse de nos sentiments, de nos intérêts et de nos plaisirs ; c'est la rémore qui a la force d'arrêter les plus grands vaisseaux, c'est une bonace plus dangereuse aux plus importantes affaires que les écueils et que les plus grandes tempêtes. Le repos de la paresse est un charme secret de l'âme qui suspend soudainement les plus ardentes poursuites et les plus opiniâtres résolutions. Pour donner enfin la véritable idée de cette passion, il faut dire que la paresse est comme une béatitude de l'âme, qui la console de toutes ses pertes et qui lui tient lieu de tous les biens ( 1665 — no 290).

On aime bien à deviner les autres, mais l'on n'aime pas à être deviné (1665 — n° 296).

C'est une ennuyeuse maladie que de conserver sa santé par un trop grand régime (1665 — n0 298).

Il est plus facile de prendre de l'amour quand on n'en a pas que de s'en défaire quand on en a (1665— no 300).

LVUI.

La plupart des femmes se rendent plutôt par foiblesse que par passion ; de là vient que, pour l'ordinaire, les hommes entreprenants réussissent mieux que les autres, quoiqu'ils ne soient pas plus aimables ( 1665 — n» 301 ).

N'aimer guère en amour est un moyen assuré pour être aimé (1665 — n<> 302).

La sincérité que se demandent les amants et

les maîtresses pour savoir l'un et l'autre quand ils cesseront de s'aimer est bien moins pour vouloir être avertis quand on ne les aimera plus que pour mieux être assurés qu'on les aime, lorsque l'on ne dit point le contraire (1665 — n°303).

La plus juste comparaison qu'on puisse faire de l'amour, c'est celle de la fièvre; nous n'avons non plus de pouvoir sur l'un que sur l'autre, soit pour sa violence ou pour sa durée (1665— no 305).

La plus grande habileté des moins habiles est de savoir se soumettre à la bonne conduite d' autrui (1665— n<> 309).

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