‹ Choix de moralistes françaisChapitre 480 sur 509 · DLX VIII · texte numérisé non relu

DLX VIII

La nature n'ayant pas égalé tous les hommes par le mérite, ii semble qu'elle n'a pu ni dû les égaler par la fortune.

DLXIX.

L'espérance fait plus de dupes que I; DLXX.

Le lâche a moins d'affronts à dévorer que l'ambitieux.

DLXXI.

On ne manque jamais de raisons, lorsqu'on a fait fortune, pour oublier un bienfaiteur ou un ancien ami; et on rappelle alors avec dépit

VAUVENARGUES

tout ce que l'on a si longtemps dissimulé de leur humeur.

DLXXII.

Tel que soit un bienfait, et quoi qu'il en coûte, lorsqu'on l'a reçu à ce titre, on est obligé de s'en revancher, comme on tient un mauvais marché quand on a donné sa parole.

DLXXIII.

J II n'y a point d'injure qu'on ne pardonne quand on s'est vengé.

DLXXIV.

On oublie un affront qu'on a souffert jusqu'à s'en attirer un autre par son insolence.

DLXXV.

S'il est vrai que nos joies soient courtes, la plupart de nos afflictions ne sont pas longues.

DLXXVI.

lia plus grande force d'esprit nous console moins promptement que sa foiblesse.

DLXXVII.

Il n'y a point de perte que l'on sente si vivement et si peu de temps que celle d'une femme aimée.

DLXXVIII.

Peu d'affligés savent feindre tout le temps qu'il faut pour leur honneur.

DLXXIX.

Nos consolations sont une flatterie envers les affligés.

DLXXX.

Si les hommes ne se flattoient pas les uns les autres, il n'y auroit guère de société.

DLXXXI.

Il ne tient qu'à nous d'admirer la religieuse franchise de nos pères, qui nous ont appris à nous égorger pour un démenti ; un tel respect de la vérité, parmi les barbares qui ne connoissoient que la loi de la nature, est glorieux pour l'humanité.

DLXXXII.

Nous souffrons peu d'injures par bonté.

DLXXXIII.

Nous nous persuadons quelquefois nos propres mensonges pour n'en avoir pas le démenti,

et nous nous trompons nous-mêmes pour tromper les autres.

DLXXXIV.

La vérité est le soleil des intelligences. DLXXXV.

Pendant qu'une partie de la nation atteint le terme de la politesse et du bon goût, l'autre moitié est barbare à nos yeux, sans qu'un spectacle si singulier puisse nous ôter le mépris de la culture.

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