CHAPITRE XXVIII
Jalousie.
Jalousie est passion presque toute semblable, et de nature et d'effect, à l'envie, sinon qu'il semble que par l'envie nous ne considérons le bien qu'en ce qu'il est arrivé h un autre et que nous le desirons pour nous ; et la jalousie est de nostre bien propre, auquel nous craignons qu'un autre participe.
Jalousie est maladie d'ame ibible, sotte et inepte , maladie terrible et tyrannique : elle s'insinue soubs tiltre d'amitié; mais après estre en possession, sur les mesmes fondemens de bienveillance, elle bastit une bayne capitale ; la vertu, la santé, le mérite, la réputation sont les bouttefeux de ceste rage.
C'est aussi un fiel qui corrompt tout le miel de nostre vie : elle se mesle ordinairement es plus doulces et plaisantes actions, lesquelles elle rend si aigres et si ameres que rien plus : elle ebange l'amour en hayne, le respect en desdain, fasseurance en deliance. Elle engendre une curiosité pernicieuse de se vouloir esclaircir de son mal, auquel il n'y a point de remède qui ne l'empire et ne l'engrege; car ce n'est que le publier, arracber de l'ombre et du doubte pour le mettre en lumière, et le trompetter par-tout, et estendre son malbeur jusques à ses enfans.
Advis et remèdes particuliers contre ce mal sont liv. III, chapitre xxxv.