JULES, RAOUL, VICTOR, CARAFFA
VICTOR
Je suis fâché que nous fassions ici notre partie.
RAOUL
Bon ! n'avez-vous pas entendu que son père n'y est pas!
LES JOUEURS. \kl
CARAFFA
Vous n'auriez pas dû accepter l'invitation , monsieur Jules.
JULES
Ici ou chez moi , cela ne fait pus une grande différence.
RAOUL
Et puis, lorsqu' Albert aura perdu , nous emporterons son butin , et nous irons jouer où nous voudrons.
VICTOR
Peut-être viderons-nous aussi la bourse de la petite demoiselle.
CARAFFA
C'est bien là mon compte. Mais soyez prudents. Nous mettrons d'abord les fiches à deux sous; et lorsque le jeu commencera à s'échauffer, nous les porterons à quatre.
JULES
Vous savez bien ce que vous m'avez promis?
CARAFFA
Soyez tranquille. Nous sommes d'honnêtes gens. Notre perte , entre nous , consistera en fiches , dont nous ne nous paierons pas la valeur les uns aux autees. Je vais arranger les cartes de manière que nous perdions quelque chose dans les premiers tours poulies allécher.
Mais vous m'avez mis à sec l'autre jour. Je n'ai plus six sous dans ma bourse. Comment fournir mon enjeu ?
CARAFFA
Vous ne devez rien jusqu'au compte; et alors nous aurons assez de profit, si nous savons nous entendre.
VICTOR
Je voudrais bien que l'ami d'Albert se hâtât de venir; ce serait un oison de plus que nous aurions à plumer.
RAOUL
Oui , je ne vois rien de si dupe que ces jeunes gens si instruits.
CARAFFA
Je pense que nous ferions bien de commencer, pour qu'ils nous trouvent au jeu lorsqu'ils reviendront. Il tire des caries de sa poche. Allons , je vais les arranger pour vous faire perdre, n parcourt les carie* tt les dispose. Tenez , VOUS allez voir. Il donne , une à une . deux caries à Jules, Viclor et Raoul. A Jules. Êtes-VOUS content?
JULES
Non , je demande une carte.
CARAFFA
La voici.
JULES, regardanl la carte.
Je crève.
CARAFFA , à Victor.
Et VOUS?
VICTOR
Une carte encore , mais bien petite.
CARAFFA
Je vous la choisis , tenez.
VICTOR , regardant la carte.
Oui , pas mal. Je crève.
CARAFFA, à Raou!.
A votre tour de crever. Une carte, n'est-ce pas?
RAOUL
Non , je m'y tiens.
CARAFFA
Je m'y tiens aussi. Combien avez-vous ?
RAOUL
Seize.
CARAFFA
Et moi vingt. J'ai gagné. Il ne tenait qu'à moi de perdre , en faisant le contraire de ce que j'ai fait , et je veux le pratiquer aux deux premiers tours , pour aflriander nos étourneaux. Je tiendrai la banque le premier.
JULES
Mais comment cela peut-il arriver?
CARAFFA
Vous m'avez assez payé votre école , pour que je vous montre mon secret : je n'ai rien de caché pour mes amis, quand je tiens leur nrçjrr.î. Vous regngne-
rez avec d'autres ce que vous avez perdu avec moi , et partant quittes.
JULES
Ah! voyons, voyons.
GARAFFA.
Je cherche , en mêlant , à rassembler par-dessous les dix et les figures , et par-dessus les cartes basses de deux , trois , quatre cinq. Je vous en donne avec subtilité une d'en haut et une d'en bas. Vous avez quinze ou seize. Vous en demanderez certainement une troisième pour approcher de vingt et un. Eh bien ! je vous en donne alors une forte de dessous , qui vous fait crever infailliblement.
JULES
Mais, pour séparer, en mêlant, les grosses des petites , vous les reconnaissez donc par derrière?
GARAFFA.
Voilà mon secret, et je vous l'apprendrai quand vous m'aurez payé le louis que vous me devez encore. La leçon est à grand marché. Demandez à ces messieurs, qui profitent si bien de mes instructions. Mais je vois la petite demoiselle qui revient. Remettons-nous à notre partie , sans qu'il y paraisse.