‹ Choix de petits drames en prose et en versChapitre 59 sur 139 · JULES, RAOUL, VICTOR, CARAFFA · texte numérisé non relu

JULES, RAOUL, VICTOR, CARAFFA

VICTOR

Je suis fâché que nous fassions ici notre partie.

RAOUL

Bon ! n'avez-vous pas entendu que son père n'y est pas!

LES JOUEURS. \kl

CARAFFA

Vous n'auriez pas dû accepter l'invitation , monsieur Jules.

JULES

Ici ou chez moi , cela ne fait pus une grande différence.

RAOUL

Et puis, lorsqu' Albert aura perdu , nous emporterons son butin , et nous irons jouer où nous voudrons.

VICTOR

Peut-être viderons-nous aussi la bourse de la petite demoiselle.

CARAFFA

C'est bien là mon compte. Mais soyez prudents. Nous mettrons d'abord les fiches à deux sous; et lorsque le jeu commencera à s'échauffer, nous les porterons à quatre.

JULES

Vous savez bien ce que vous m'avez promis?

CARAFFA

Soyez tranquille. Nous sommes d'honnêtes gens. Notre perte , entre nous , consistera en fiches , dont nous ne nous paierons pas la valeur les uns aux autees. Je vais arranger les cartes de manière que nous perdions quelque chose dans les premiers tours poulies allécher.

Mais vous m'avez mis à sec l'autre jour. Je n'ai plus six sous dans ma bourse. Comment fournir mon enjeu ?

CARAFFA

Vous ne devez rien jusqu'au compte; et alors nous aurons assez de profit, si nous savons nous entendre.

VICTOR

Je voudrais bien que l'ami d'Albert se hâtât de venir; ce serait un oison de plus que nous aurions à plumer.

RAOUL

Oui , je ne vois rien de si dupe que ces jeunes gens si instruits.

CARAFFA

Je pense que nous ferions bien de commencer, pour qu'ils nous trouvent au jeu lorsqu'ils reviendront. Il tire des caries de sa poche. Allons , je vais les arranger pour vous faire perdre, n parcourt les carie* tt les dispose. Tenez , VOUS allez voir. Il donne , une à une . deux caries à Jules, Viclor et Raoul. A Jules. Êtes-VOUS content?

JULES

Non , je demande une carte.

CARAFFA

La voici.

JULES, regardanl la carte.

Je crève.

CARAFFA , à Victor.

Et VOUS?

VICTOR

Une carte encore , mais bien petite.

CARAFFA

Je vous la choisis , tenez.

VICTOR , regardant la carte.

Oui , pas mal. Je crève.

CARAFFA, à Raou!.

A votre tour de crever. Une carte, n'est-ce pas?

RAOUL

Non , je m'y tiens.

CARAFFA

Je m'y tiens aussi. Combien avez-vous ?

RAOUL

Seize.

CARAFFA

Et moi vingt. J'ai gagné. Il ne tenait qu'à moi de perdre , en faisant le contraire de ce que j'ai fait , et je veux le pratiquer aux deux premiers tours , pour aflriander nos étourneaux. Je tiendrai la banque le premier.

JULES

Mais comment cela peut-il arriver?

CARAFFA

Vous m'avez assez payé votre école , pour que je vous montre mon secret : je n'ai rien de caché pour mes amis, quand je tiens leur nrçjrr.î. Vous regngne-

rez avec d'autres ce que vous avez perdu avec moi , et partant quittes.

JULES

Ah! voyons, voyons.

GARAFFA.

Je cherche , en mêlant , à rassembler par-dessous les dix et les figures , et par-dessus les cartes basses de deux , trois , quatre cinq. Je vous en donne avec subtilité une d'en haut et une d'en bas. Vous avez quinze ou seize. Vous en demanderez certainement une troisième pour approcher de vingt et un. Eh bien ! je vous en donne alors une forte de dessous , qui vous fait crever infailliblement.

JULES

Mais, pour séparer, en mêlant, les grosses des petites , vous les reconnaissez donc par derrière?

GARAFFA.

Voilà mon secret, et je vous l'apprendrai quand vous m'aurez payé le louis que vous me devez encore. La leçon est à grand marché. Demandez à ces messieurs, qui profitent si bien de mes instructions. Mais je vois la petite demoiselle qui revient. Remettons-nous à notre partie , sans qu'il y paraisse.

Page 1