‹ Choix de petits drames et de contes tirés de BerquinChapitre 24 sur 102 · M. DE BEAÜVAL, MARCELLIN, HENRIETTE, ÉMILIE · texte numérisé non relu

M. DE BEAÜVAL, MARCELLIN, HENRIETTE, ÉMILIE

marcellin, courant avec la corbeille vers Émilie. Tiens, mon enfant, voilà ta corbeille, il n’y manque pas un seul épi.

émilie. O ma chère corbeille! Que je vous ai d’obligations, mon bon petit monsieur! {Elle aperçoit M. de Beaüval.) Qui est ce monsieur-là ?

Henriette , courant vers son père , et lui sautant au cou. C’est notre bon papa.

marcellin, à Emilie. Oh! c’est un bon père, je t’assure ; tu n’as rien à craindre. Viens, je veux te présenter à lui. {En s’avançant.) Il a bien rabroué le vieux père Hubert, pour t’avoir maltraitée.

émilie s’avance timidement vers M. de Beaüval ,

et lui baise la main. Monsieur, me pardonnerez-

, > *Yi .

vous cetle liberté? Oh! que vous avez de braves en-

fants ?

m. de beauval. Marcellin a raison; en la voyant on ne peut douter de son innocence. Cet air décent,

ce langage n’annoncent pas une éducation com-

mune.

émilie , bas à Marcellin et à 'Henriette. Est-ce que j’aurais fâché votre papa? il parle tout seul.

m. de beauval, qui l’a entendue. Non, ma chère fille. Si mes enfants en ont bien agi envers loi; ils n’ont rien fait que tu ne paraisses mériter.

Henriette. Et qu’elle ne mérite aussi, mon papa. Ab ! si vous aviez vu sa mère !

m. de beauval. Qui est ta mère, mon enfant?

qui vous a engagées à venir dans ma terré? ’è\ quelles ressources avez-vous pour vivre?

émilie. Nous vivons.... Ah! grand Dieu, je ne sais pas de quoi. Nous vivons de peu ou de rien. Nous passons le jour, et quelquefois la nuit, à coudre et à filer, pour avoir du pain. Là vieille Marguerite donne le couvert à ma mère ; elles m'ont envoyée aujourd’hui aux champs pour glaner.

Hélas! mon apprentissage ne m’â pas trop ftïen

réussi.

marcéllin , bas à Émilie. Pas si mal que tu penses. Ma sœur et moi, nous voulons obtenir de mon papa qu’il te fasse donner des épis sans gtafier;

m. de beauval. Mais où demeuriez-vous auparavant?

Emilie. Dans le village de Nanterre, qui est à quelques lieues d’ici. La vie y était trop chère : la vieille Marguerite engagea ma mère à venir chez elle, et lui offrit un logement pour rien.

m. de beauval , à part. Si des gens aussi pauvres exercent la bienfaisance, quels devoirs nous avons à remplir! {A Émilie .) Ton père vit-il encore? quel est son état?

marcellin. Je gagerais bien que ce n’est pas un paysan.

Henriette. Je le parierais aussi, surtout depuis que j’ai vu sa mère.

■ émilie, embarrassée. Mon père?... je n’en ai plus. Je ne l’ai même jamais vu. Il était mort quand je suis née. Ah ! s’il vivait encore !

m. de beauval. Et tu ne sais pas qui il était? comment il s’appelait? . .

émilie. Ma mère vous en instruira mieux que moi. m. de beauval. Ne pourrais-je. pas lui parler? Henriette. Oli! oui, mon papa. Elle va venir cllcmème ; elle ne m’a demandé qu’un moment pour s’arranger un peu.

m. de beauval. Et qui t’a élevée?

, émilie. Elle, seule, monsieur. Elle m’a appris à lire et à écrire. Elle m’instruit dans ma religion , et me donne quelques leçons de dessin.

m. de beauval. De dessin? Je n’en doute plus : c’est un rejeton de quelque famille distinguée, que des malheurs ont réduite à l’indigence.

Henriette. Ah! la voici qui vient.

marcellin. Est-ce elle?

m. de beauval, à part. Je brûle d’éclaircir ce mystère. Cette enfant me rappelle des traits connus , mais que je ne sais encore démêler.

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