M. DE BEAÜVAL, MARCELLIN, HENRIETTE, ÉMILIE
marcellin, courant avec la corbeille vers Émilie. Tiens, mon enfant, voilà ta corbeille, il n’y manque pas un seul épi.
émilie. O ma chère corbeille! Que je vous ai d’obligations, mon bon petit monsieur! {Elle aperçoit M. de Beaüval.) Qui est ce monsieur-là ?
Henriette , courant vers son père , et lui sautant au cou. C’est notre bon papa.
marcellin, à Emilie. Oh! c’est un bon père, je t’assure ; tu n’as rien à craindre. Viens, je veux te présenter à lui. {En s’avançant.) Il a bien rabroué le vieux père Hubert, pour t’avoir maltraitée.
émilie s’avance timidement vers M. de Beaüval ,
et lui baise la main. Monsieur, me pardonnerez-
, > *Yi .
vous cetle liberté? Oh! que vous avez de braves en-
fants ?
m. de beauval. Marcellin a raison; en la voyant on ne peut douter de son innocence. Cet air décent,
ce langage n’annoncent pas une éducation com-
mune.
émilie , bas à Marcellin et à 'Henriette. Est-ce que j’aurais fâché votre papa? il parle tout seul.
m. de beauval, qui l’a entendue. Non, ma chère fille. Si mes enfants en ont bien agi envers loi; ils n’ont rien fait que tu ne paraisses mériter.
Henriette. Et qu’elle ne mérite aussi, mon papa. Ab ! si vous aviez vu sa mère !
m. de beauval. Qui est ta mère, mon enfant?
qui vous a engagées à venir dans ma terré? ’è\ quelles ressources avez-vous pour vivre?
émilie. Nous vivons.... Ah! grand Dieu, je ne sais pas de quoi. Nous vivons de peu ou de rien. Nous passons le jour, et quelquefois la nuit, à coudre et à filer, pour avoir du pain. Là vieille Marguerite donne le couvert à ma mère ; elles m'ont envoyée aujourd’hui aux champs pour glaner.
Hélas! mon apprentissage ne m’â pas trop ftïen
réussi.
marcéllin , bas à Émilie. Pas si mal que tu penses. Ma sœur et moi, nous voulons obtenir de mon papa qu’il te fasse donner des épis sans gtafier;
m. de beauval. Mais où demeuriez-vous auparavant?
Emilie. Dans le village de Nanterre, qui est à quelques lieues d’ici. La vie y était trop chère : la vieille Marguerite engagea ma mère à venir chez elle, et lui offrit un logement pour rien.
m. de beauval , à part. Si des gens aussi pauvres exercent la bienfaisance, quels devoirs nous avons à remplir! {A Émilie .) Ton père vit-il encore? quel est son état?
marcellin. Je gagerais bien que ce n’est pas un paysan.
Henriette. Je le parierais aussi, surtout depuis que j’ai vu sa mère.
■ émilie, embarrassée. Mon père?... je n’en ai plus. Je ne l’ai même jamais vu. Il était mort quand je suis née. Ah ! s’il vivait encore !
m. de beauval. Et tu ne sais pas qui il était? comment il s’appelait? . .
émilie. Ma mère vous en instruira mieux que moi. m. de beauval. Ne pourrais-je. pas lui parler? Henriette. Oli! oui, mon papa. Elle va venir cllcmème ; elle ne m’a demandé qu’un moment pour s’arranger un peu.
m. de beauval. Et qui t’a élevée?
, émilie. Elle, seule, monsieur. Elle m’a appris à lire et à écrire. Elle m’instruit dans ma religion , et me donne quelques leçons de dessin.
m. de beauval. De dessin? Je n’en doute plus : c’est un rejeton de quelque famille distinguée, que des malheurs ont réduite à l’indigence.
Henriette. Ah! la voici qui vient.
marcellin. Est-ce elle?
m. de beauval, à part. Je brûle d’éclaircir ce mystère. Cette enfant me rappelle des traits connus , mais que je ne sais encore démêler.