SCÈNE y
LUBIN, SUZETTE, qui sort de la ferme, tenant à la main
un verre.
lubin. Ah! ma sœur, tu es une bien bonne enfant de me porter ainsi à boire !
suzette. Oh! ce n’est pas pour toi. C’est pour Adrien que je viens chercher un verre d’eau fraîche. Il ne veut prendre ni une tasse de lait, ni une goutte devin. Mes parents, dit-il, souffrent peutêtre , en ce moment , la faim et la soif ; et moi , je pourrais prendre quelque chose pour me régaler! Non, non. Je ne veux qu’un peu d’eau pour me rafraîchir le gosier.
lubin. Il faut être bien tendre, au moins, pour ne vouloir pas prendre un peu de lait, parce qu’on ne sait pas où est son père ?
suzette. N’est-ce pas? Oh! je le connais. Ta sœur pourrait brûler toute vive, que tu n’en perdrais pas un coup de dent. Pour moi, je serais bien comme Adrien. Je n’aurais guère envie de manger , si notre cabane brûlait , et si je ne savais où trouver mon père et ma mère , ou toi-même , Lubin.
lubin. Et moi aussi , si je n’avais pas faim. suzette. Est-ce qu’on a faim alors? Tiens, je
L’INCENDIE
n’ai pas le moindre appétit, rien que de voir seulement pleurer ce petit malheureux.
lubin. Ainsi donc tu ne toucheras pas à ta soupe ?
suzette. Tu voudrais bien quelle te restât, après avoir mangé la tienne , et encore im gros chiffon de pain au beurre?
lubin. Non. C’est pour empêcher qu’elle ne se perde, si Adrien ou loi n’en voulez pas manger. Donne-moi toujours le verre , que je boive en attendant. ( Suzette lui donne le verre ; Lubin puise de Veau à la fontaine et boit.)
suzette. Dépêche-toi donc. Mon pauvre Adrien meurt de soif.
lubin. Attends. Je vais le remplir.
suzette. Que fais-tu? sans le rincer?
lubin. Crois-tu que j’aie du poison dans la bouche?
suzette. Vraiment, ce serait bien -propre, avec les miettes de pain qui sont encore sur le bord ! Je veux le rincer moi-même. Les enfants comme lui sont accoutumés à la propreté ; et je veux qu’il se trouve chez nous comme dans sa maison. {Elle rince le verre , le remplit , et rentre dans la ferme.)
L’INCENDIE