‹ Choix de petits drames et de contes tirés de BerquinChapitre 55 sur 102 · THOMAS, JEANNE, ADRIEN, SUZEITE, LUBIN · texte numérisé non relu

THOMAS, JEANNE, ADRIEN, SUZEITE, LUBIN

Jeanne accourt de la ferme, portant un petit enfant dans ses bras. Adrien, Suzette et Lubin la suivent.

jeanne , se jetant au cou de Thomas. Ali ! mon cher ami, quelle joie de te revoir!

thomas, V embrassant tendrement. Ma chère femme ! {Il prend l'enfant quelle tient sur son sein , et qui lui tend les bras; il le serre dans les siens , l'embrasse , et le rend à sa mère. ) Mais Adrien , où estil? Que je le voie !

adrien, courant à lui. Me voici, mon père nourricier, me voici. {Il regarde de tous côtés.) Vous êtes seul? Mon papa, maman, ma petite sœur Julie , où sont-ils ?

M2 L’INCENDIE

thomas, avec transport. En sûreté, mon fils. Embrasse-moi.

Adrien, se jetant dans ses bras. Oh! quelle joie ! jeanne. Nous étions bien en peine. Tous les autres gens du village sont déjà de retour.

thomas. Ils n’avaient pas leur bienfaiteur à sauver !

jeanne. Mais au moins tout est-il éteint à présent ? thomas. Éteint, ma femme? Oh! ce n’est plus une maison , une rue ; c’est la ville tout entière embrasée! Si tu voyais cette désolation? les femmes courant échevelées, et vous demandant à grands cris leurs maris et leurs enfants! le son des cloches, le bruit des chariots et des pompes, le fracas épouvantable des maisons qui s’écroulent! les chevaux furieux et les flots de peuple effrayé qui vous renversent! les flammes qui vous poursuivent et se croisent devant vous! les poutres brûlantes qui tombent sur la foule et l’écrasent.... Je ne sais comment j’en suis revenu.

jeanne. Tu me glaces le sang dans les veines. suzette. Ah! ma mère, voyez ses sourcils, ses cheveux tout brûlés !

thomas. Et mon bras encore ! Mais qu’est-ce que tout cela ? Trop heureux d’en sortir la vie sauve ! Je ne l’aurais pas marchandée.

jeanne. Que me dis-tu , mon ami ?

thomas. Quoi! ma femme, pour notre bienfai-

L’INCENDIE

teur? N’est-ce pas lui qui a fait notre mariage? n’est-ce pas à lui que nous devons cette ferme et tout ce que nous possédons? N’as-tu pas nourri son enfant? ( Adrien passe ses bras autour du corps de sa nourrice . ) Ah ! j’aurais eu mille vies que je les aurais toutes risquées.

jeanne, avec attendrissement. Tu l’as donc pu secourir ?

Thomas. Oui , j’ai eu ce bonheur. Lui , sa femme et sa tille étaient à peine sortis de leur maison toute en flammes , lorsqu’une charpente embrasée est tombée à leurs pieds. Heureusement je n’étais encore qu’à vingt pas. Tout le monde les croyait écrasés, et fuyait. J’ai entendu leurs cris; je me suis précipité au milieu des ruines brûlantes, et je les en ai rétirés. J’avais déjà sauvé la cassette que voici ; et mon chariot est chargé de leurs effets les plus précieux.

adrien, se jetant dans ses bras. O mon père nourricier ! sois sûr d’en être bien récompensé.

thomas. Je le suis déjà, mon ami. Ton père ne comptait peut-être pas sur moi , et je l’ai secouru ; me voilà mieux payé qu’il n’est en son pouvoir de le faire. Mais ce n’est pas tout. Il ne tardera pas sans doute à venir avec sa famille et ses gens. adriën. Oh! je vais donc les revoir !

Thomas. Cours, ma femme ; va tirer de notre excellent vin vieux; fais traire nos vaches; prépare

L’INCENDIE

nos meilleures provisions; qu’on mette des draps blancs au grand lit; nous irons coucher dans l’étable.

jeanne. Oui, j’y vole, mon ami.

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