MARCEL, THOMAS, GEORGE
thomas. Mon cher neveu , je me réjouis de tout mon cœur de te voir. Cependant tu ne pouvais venir dans un temps plus malheureux. Nous sommes aussi pauvres que si le pays avait été mis au pillage.
Marcel. Et notre méchant bailli, qui achève encore de nous sucer le peu de sang qui nous reste !
196 LE DÉSERTEUR
george. Il n’a plus de mal à vous faire. Vous pouvez lui payer la moitié de votre dette ; et il faudra bien qu’il attende pour le reste. N’y pensons plus, je vous prie.
marcel, montrant le double louis à Thomas. Tiens, mon frère, vois ce que mon fils m’a procuré.
thomas, à Marcel. Que dis-tu? ( A George .) Est-ce de tes épargnes, ou de quelque butin?
george. De l’un ni de l’autre. Mon capitaine en a fait présent à mon père.
marcel. C’est toujours à mon fils que j’en ai l’obligation. Le capitaine ne me l’a donné qu’à cause de sa bonne conduite.
thomas. Je m’en réjouis d’autant plus ; car, pour épargner, on doit se refuser bien des choses : et pour ce qui est du butin , nommez-le comme vous voudrez, messieurs les soldats, c’est toujours de vilain argent qui ne doit jamais profiter.
george. J’ai toujours pensé de même. Je n’ai jamais rapporté rien d’une campagne; mais ceux qui ont commis pillage sur pillage, n’en ont pas conservé plus que moi. Encore ont-ils passé la moitié de leur temps en prison , pour avoir fait la débauche : au lieu qu’il n’y a jamais eu de plainte sur mon compte.
thomas. Je le crois, mon ami. Ta famille est pleine d’honnêtes gens ; tu ne voudrais pas être tout seul un vaurien. Si nous sommes pauvres,
LE DÉSERTEUR. 197
nous avons la paix de Dieu, qui vaut toutes les richesses.
marcel. Aussi ne demanderais-je plus nen au Seigneur, si le bailli....
thomas. Doucement. Le voici qui vient.