‹ Choix de pièces inédites relatives au règne de Charles VIChapitre 22 sur 199 · Balay (Ardennes · texte numérisé non relu

Balay (Ardennes

hannette, et se vous la pouviez trouver, que vous la bâtissiez très bien, et que on lui coppast le nez qui pourroit, afin qu'elle feust en tel point que mon père n'y preist jamais plaisir. Car en vérité ma femme et moy en avons tel doleur au cuer de la mauvaise vie qu'ilz mènent, que nous n'avons jour de bien ne de paix. » Et lors respondi ledit Jaquinot ces paroles ou semblables : « Or vous taisiez. Je yray au pais, et en feray tant qu'il y perra. » Et adoncques dist ledit suppliant : « Et quant orray je nouvelles de vous? » Lequel Jaquinot respondi : « dedens tel jour, » qui povoit estre environ dix jours après, qui fu ou mois de décembre. Et a tant se parti ledit suppliant. Et dedens ledit jour que ledit Jaquinot avoit promis, il s'en ala, lui 1111e, en ladicte ville de Balay, et, tout de plain jour, trouva ladicte Jehannette, laquelle ilz battirent emmy la rue et gettèrent à terre, et la navrèrent en la main et un peu au visage. Mais elle n'en estdeftigurée ni mutiléeen riens, et est garie de ladicte bateure. Pour laquelle bateure ainsi faicte, damoiselle Marguerite, femme dudit suppliant, envoia audit Jaquinot et ses diz complices, un franc pour boire. Et pour ce, ladicte Jehannette, véant qu'elle avoit ainsi esté batue et villenée,' s'est complainte à justice, disant que ledit suppliant et sadicte femme l'avoient ainsi fait battre. Pour laquelle cause certaine information a esté faicte par noz officiers à Laon et par autres officiers, par laquelle a esté trouvé, si comme l'en dit, que ladicte Jehannette étoit grosse d'enfant, lequel a esté péry dedans son corps , si comme elle dit et maintient, et que ce a esté par la bateure que ledit Jaquinot et ses complices lui ont faictes. Et pour ce, lesdiz officiers ont pris, saisi et

mis en nostre main et en la main des autres seigneurs, tous les biens meubles et héritages que ledit suppliant a en nostre royaume. Et pour doubte de rigueur de justice ledit suppliant s'est absentez du pais

(La rémission adressée au bailli de Vermandois et au prévôt forain de Laon.)

Paris, mars 1387.

Es requestes du Roy par Vous tenues,

A. Le Fevre. Orgemont.

(Arch. de l'Emp. Très, des Ch. Reg. JJ. 132, pièce 180.)

Vengeance d'un mari, qui mutile V amant de sa femme. Paris, novembre 1400.

Charles, etc.... Savoir faisons à tous présens et avenir. Nous avoir receu l'umble supplicacion de nostre amé Robert de Sales , escuier, seigneur de Chantemerliere1, contenant :

Que ou mois d'aoust derrenierement passé ot un an, ou environ, un nommé Mérigot de Maigne entra ou service dudit suppliant et luy fist serment de le servir et garder son bien et son honneur tant qu'il demourroit avecques luy, ainsi que s'il estoit son père. Maiz nientmoins, assez tost après, ledit Mérigot estant oudit service, requist la femme dudit suppliant de coucher avecques elle, et continua de l'en requerre tant, que la sepmaine après Noël ensuivant, si comme ladicte femme l'a dit et confessé, il ot à elle compai-

1 , Chantemerle {Charente- Inférieur e).

gniecharnèle; et en ce continuèrent jusques au temps dont cy après sera faicte mencion, sans ce que ledit suppliant mary d'icelle femme s'en advisast, fors par l'espace d'un moys ou environ avant le cas advenu, cy après déclaré, que ledit suppliant s'en soupeçonna. Et tant, que le xme jour dudit moys d'aoust derrenièrement passé ou environ, ladicte femme dudit suppliant; qui en leur litestoitcouchiée avec luy, se leva d'emprès luy, environ soleil levant, et s'en ala en la sale basse de leur hostel. Etasscztost après ce, ledit suppliant se leva aussi, et trouva sadicte femme et ledit Mérigot en présent mesfait. Lequel Mérigot, incontinent qu'il apparçut ledit suppliant, s'en sailly hors de l 'hostel par une fenestre, et s'enfuy par le vergier dudit hostel. Et chaudement ledit suppliant le poursuy, mais il trébucha et chut oudit vergier, et se releva et poursuy tousjours ledit Mérigot. Lequel se fu jà si esloingnié, que ledit suppliant ne le pot actaindre. Et entra ycelui Mérigot es bois et forests estant à un quart de lieue d'illec ou environ, qui contiennent ix lieues de terre et plus. Et là perdy ledit suppliant ledit Mérigot. Et s'en retourna ycelui suppliant en sondit hostel, et parla à sa femme, laquelle lui confessa la vie dessusdicte que avoit menée ledit Mérigot et elle. Et tantost après, le dit suppliant monta sur son cheval et ala veoir par sesdictes forests s'il pourroit trouver ledit Mérigot, lequel il n'y pot trouver, etc. . . .

(Il retourne encore à son hôtel et en repart en se faisant suivre d'un varlet. Il se rend a un prieuré voisin où étaient les deux frères de sa femme, et lesquels il trouva ou chemin et s'en veuoient à luy, pour ce que desjà ledit fait estoit venu à leur congnoissance.» Ils se mettent tous en chasse après le coupable. Le mari fa:t encore venir son neveu pour l'y aider, avec deux variez « meismement que l'on doubtoit au

pays d'aler et venir par lesdictes forets, pour raison de plusieurs murtriers et larrons qui y repairoient. » Cette poursuite acharnée dure huit jours. Enfin ils le trouvent chez lui

« Se transportèrent en ladicte maison dudit Mérigot, laquelle estoit ouverte, et trouvèrent ledit Mérigot, qui encore estoit couchié ou lit, et sa mère, qui estoit descouchiée. Auquel Mérigot ledit suppliant dist qu'il se levast. Dont il ne vouloit riens faire. Et pour ce, ycelui suppliant sacha son espée, et du plat en bailla sur la joe dudit Mérigot, en lui disant : « Ribaut levez sus! » Et lors il se assist oudit lit, et ne se vouloit lever. Et pour ce, ledit suppliant le prist par l'un des braz et le tira hors dudit lit, et le fist vestir. Et ce fait, ledit suppliant mist audit Mérigot sa sainture par le col, et le mena, luy accompaignié des autres dessus nommez, jusques audit bois où ils avoient laissié leurs variez et chevaulx, sens ce qu'ils feissent force ou violence à la rnère dudit Mérigot, car ilz luy avoient promis que ilz ne tueroient point ycelui Mérigot. Et eulz, arrivez audit bois, qui estoit près de 11 traiz d'arc ou environ de ladicte maison dudit Mérigot, ledit suppliant bailla un cop de pié audit Mérigot, dont il chey à terre. Et le fist tenir par Aymery d'Orfeuilles et Jehan Frégant1, dessus nommez, à chascun de ses bras , et d'un petit coustel ledit suppliant fendi audit Mérigot la couille et lui osta les couillons, en luy disant qu'il ne luy feroit mal, fors seulement es. membres dont il avoit villenée sa femme. Et à tant ledit suppliant et les autres dessus nommez laissièrenl

1 . Le premier était l'un des deux frères de la femme, le second le neveu du mari.

alors ledit Mérigot, lequel à présent est sauvé et guéri de ladicte plaie. . . .

(Rémission adressée au sénéchal de Saintonge et au bailli de Touraine.)

Donné à Paris, ou moys de novembre, l'an de gârce mil cccc et de nostre règne le xxie Par le Roy à la relacion du Conseil,

Piïilippus.

(Arch. de l'Emp. Très, des Ch. Reg. 155, pièce 298.)

Rémission pour un écuyer, dont le frère avait été tué à la bataille d" Azincourt, et qui s était fait coupeur de bourses à Paris.

Paris, novembre 1417.

Charles, etc. Savoir faisons à tous présens et avenir. Nous avoir receu l'umble supplicacion de Colin de Sales, escuier, aagié de xvin ans ou environ, prisonnier ou Chaslellet de Paris, et filz de nostre amé et féal chevalier, Guillaume de Sales, du pays de Beaujoloys, contenant :

Comme icellui Colin et un sien frère nous feussent venus servir en la compaignie et soubz le gouvernement de nostre trèschier et trèsamé cousin le duc de Bourbonnois, à la bataille faicte ou pays de Picardie à l'encontre de noz ennemis et adversaires d'Angleterre ', en laquele bataille, le frère dudil suppliant ait esté mort, et icelui suppliant eschappé. Et soy retourné à Paris, à aucuns biens de sondit frère 2, qui se

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