Le 24 juin
xm, ledit Guillaume feust aie ou service de nostre trèscher et amé cousin, le duc de Bourgogne, en la compaigniedeGaulierdeRuppes, chevalier, de Jehan de Vienne et d'autres capitaines. Ouquei temps, en chevauchant depuis Monstereau ou fouit d'Yonne jusques ou pays de Bourgogne, il prist vivres sur noz subgiez sanz paier. Et depuis s'est tenu oudit pays de Bourgogne et es marches d'environ, en garnison en plusieurs places, par l'ordonnance de nostre dit cousin ou de son capitaine, et jusques à ce que nous meismesle siège devant Arras1, pendant lequel temps il vint ou pays d'Artois, et fu en garnisou en la ville de Douay tant que nous feusmes devant ladicte ville d'Arras, et fist plusieurs courses avec ceulx de ladicte garnison de Douay sur les gens de nostre ost, en servant, contre noz expresses deffenses, nostredit cousin de Bourgogne. Et après ce que ledit Guillaume sçeut que nostre très cher et très amé ainsné filz, le duc de Guienne, avait (ail de par nous certaine ordonnance et appoinctement devant ladicte ville d'Arras avecques nostre dit cousin de Bourgongne, icellui Guillaume se parti dudit Douay et s'en ala en la compaignie dudit Jehan de Vienne, avec lequel il a depuis esté par longtemps, vivant sur noz pays et subgez, sans riens paier. Et mesmement, devant notre ville de Chablies, es faubourgs de laquelle il a esté logé par un jours ou environ. Et encores a toujours persévéré en ce, avec ledit Jehan de Vienne, jusques à ce qu'il, et plusieurs autres, ont esté prins et destroussez par nostre amé et
4. Le 19 juillet, le roi était logé au village de Wancourt, à deux lieues d'Arras. (Voy, Monstrelet, t. III, p. 23.)
féal chevalier et chambellan, le sire de Gaucourt, et autres de sa compaignie. Pour lesquelz cas, ledit Guillaume a esté amené prisonnier en nostre Chastellet de Paris, etc, etc....
Paris, décembre 1414.
Par le Roy, les contes d'Alençon et de la Marche, messire Regnault d'Angenne, le sire de Moy et autres présens.
J. DE VlLLEBRESME.
(Arch. del'Emp. Très, des Cit. Reg. JJ. 168, pièce 61.)
Gens d'armes qui combattent des brigands. Paris, janvier 1414.
Charles, etc Que comme ou mois d'octobre der-
renier passé ot un an, un certain capitaine, dont lesdiz exposans ne sçevent le nom, vint en ladicte ville (d' Aussoy et Varennes, en Gastinois) à grant foison de gens d'armes, où il fut logié environ trois jours. Et il soit ainsi que en un petit hameau nommé La Couarde, à un quart de lieue près de ladite ville d'Aussay, se logèrent en un hostel dix ou douze chevaulx, et par espécial en l'ostel de Robin Bernait. Lesquelz pillèrent ledit Robin, deffonsèrent son vin, rançonnèrent sa femme de quatre escus, rompirent et despecèrent poz, paelles, formes et bans, et menacèrent de tuer icelui Robin, et de bouter le feu en son hostel. Et pour doubte de ce, icelui Robin s'en fouy de sondit hostel et s'en ala mucer es buissons. Et en soy fuiant, encontra dix ou douze brigans, qui lui demandèrent où n 7
il aloit, et il leur respondit qu'il estoit desrobé et destruit avec sa femme et ses enfans à toujours mais perpétuelment, par les gens d'armes qui estoient en son hostel. Et ce fait, ledit Robin s'en alamucier comme dit est. Et lesdiz brigans vindrent entre heure de myenuyt, es hostels des dessus nommez, et les firent lever malgré eulx et à force, en leur disant et renyant Dieu , que s'ils n'alassent avec eulx ils bouteroient le feu en lors hostelz et les tueroient. Lesquelz, pour double de mort et aussi de feu, alèrent avec eux audit lieu de La Couarde, et illec, après mynuyt, assaillirent les gens d'armes qui estoient logiez en l'ostel dudit Robin. Et se combatirent lesdiz gens d'armes et brigans , tant que il en ot deux mors des dites gens d'armes, et trois brigans, et un que lesdiz gens d'armes pendirent : Sans ce que les dessus nommez y mistrent oncques la main
Paris, janvier 1414.
(Arch. de l'Emp. Très, des Ch. Reg. JJ. 168, pièce 65.)
Pillards.
Paris, février 1415.
Charles, par la grâce de Dieu Roy de France. Savoir faisons à touz présens et avenir. Nous avoir reçeu l'umble supplication des parens et amis cbarnelz de Jehan de Bonnay, jeune homme, de mestier de mareschal, aagié de xxn ans ou environ, prisonnier en nos prisons à Senliz, contenant :
Que comme troys moys a ou environ, Jehan de
Bonnay se feust parti de nostre ville d'Amiens, où il demouroit et a demouré par l'espace de deux ans ou environ, en ouvrant et aprenant ledit mestier de mareschal, et se feust acompaignié avec aucuns compaignons souldoiers jusques au nombre de xmi ou quinze ou environ, qu'il se disoient venir vers nostre ville de Paris, en entencion d'estre retenus souldoiers pour servir en armes et gaignier, comme jeunes gens ont acoustumé depuis deux ou trois ans ençà. Et en venant leur chemy, entre Dempmartin et Senlis, trouvèrent un ou deux marchans dudit Senlis, conduisant dix beufs qu'ilz menoient audit Senlis. Auxquels marchans bouchiers, Jehan de Bonnay et un autre de lad. compaignie, nomé George le Marchant, se adressèrent, en disant qu'il leur convenoit avoir un desdiz beufs pour eulx vivre, ou parole en substance. Et tant que lesdiz bouchers, pour eschaper et sauver leurs diz beufs et denrées, par manière de composicion et rencon, etc.
(Suit la rémission adressée au prévôt de Paris et aux baillis d'Amiens et de Senlis.)
Paris, février 1415.
(Àrch. de l'Emp. Très, des Ch. Reg. JJ. 169, pièce 66.)
Querelle entre gens cC armes au sujet d un prisonnier . Paris, octobre 1417.
Charles, etc. Savoir faisons à tous présens et avenir. Nous avoir receu l'humble supplicacion de Jehan Li-
gier, escuier de la compaignie Jehan Raoulet , contenant :
Comme depuis un mois ença, ledit suppliant et autres d'icelle compaignie, feussent alez faire une course vers Corbueil , où ils prindrent aucuns prisonniers Bourguignons, entre lesquelz en ot un à sa part ledit suppliant. 11 amena à Paris et mist en garde en la rue de la Cossonnerie, à Paris, en l'ostel des Maillés. (Duquel hostel survint un appelle Thévenin Pignières, qui autrefois avoit esté en la compaignie dudit Jehan Raoulet et encores estoit. Et pour lors y avoient aucuns compaignons qui buvoient. Et pendant que on mectoit une nappe pour boire , icelluî Pignières monta en hault, en la chambre où estoit ledit Bourguignon prisonnier et la chambrière dudit suppliant. Auquel prisonnier icellui Pignères dist : « Ribaut, traistre Bourguignon estes vous là? Je renye Dieu se je ne vous pens par la gorge, » avec plusieurs autres paroles. A quoy ycelle chambrière lui dist, que ce n'estoit pas bien fait,veu qu'il estoit prisonnier, et en l'absence de son maistre. Et icellui Pignères renya Dieu de rechief, en disant qu'il la gecteroit par les fenestres en bas, en elle appellant putain ribaude. Et en ce faisant et disant, survint icellui suppliant qui de ce oy aucune partie, et lui dist gracieusement, que ce n'estoit pas bien fait. Et sans autre chose faire ne dire l'un à l'autre, descendirent en bas pour boire avecques [les] autres compaignons. Et quant ilz feurent assis, ledit suppliant lui dist, que se ses variés y eussent esté, il ne eust osé faire ne dire ce qu'il avoit fait et dit, ou moins tèles paroles ou semblables en substance. Et adonc icellui Pignères, homme de petit et bas estât,
respondi, « que si eust; et que lui et eulx eust il bien fait saillir et la putain avecques » en mectant la main à l'espée. Et pour ce, un des variés dudit Jehan Ligier, véant son maistre ainsi foulé dudit Pignères, tira son espée, dont il le cuida férir, mais ceulx de sacompaignie l'en détournèrent, et par espécial son maistre. Adonc icellui Pignières sailli hors de l'escot où il estoit assis, et de rechief tira son espée toute nue et en voult férir ledit suppliant. Et lors, icellui suppliant et autres de sa compaignie, saillirent leurs espées pour en cuidier férir ledit Pignières. Lequel pour ce s'en fouy en l'ostel du Plat-d'Estaing, en icelle rue. Et ledit suppliant, se voyant ainsi foulé et villené de lui, ala après et le poursuy jusques lez le sueil dudit hostel du Plat-d'Estaing, tenant son espée, de laquelle il lui donna un cop sur la teste. Pour lequel cop trois jours après ou environ, icellui Pignières ne laissa oncques à boire, mengier, ne aler à Saint -Clou, à une course qui y fut faicte, de laquelle il s'en fouy, dont ceulx de sa compaignie furent mal contens. Et depuis, par courroux que l'en dit qu'il a eu , s'est accouchié au lit. Lequel par son petit gouvernement, oultraige et faulte de garde de sa personne ou autrement, xv jours ou environ après ladicte bateure, il est aie de vie à trespassement. Pour occasion duquel cas, ledit suppliant doubtant rigueur de justice, etc. . . .
(Suit la rémission, clans les considérans de laquelle on lit : «Et si a esté nagaires en plusieurs courses et destrousses, tant à Orsoy, à Saint- Cloud, comme ailleurs, pour la tuicion et deffense de nous et de nostre royaume. » )
Paris, octobre 1417.
{Très, des Ck. Reg. JJ. 170, pièce 58.)
i02 RÈGNE DE CHARLES VI.
Pillards tués et noyés par des paysans. Creil, mars 1417.
Charles, par la grâce de Dieu Roy de France. Savoir faisons à tous présens et avenir. INous avoir reçeu l'humble supplicacion des parens et amis charnelz de Jehannin Bergeron,povre homme laboureur, nagaires démolirent à La Rebeyrete, en la parroisse de Saint-Andreu, en la conté de La Marche, aagié de vint et cinq ans ou environ, chargié de femme et de troiz petiz enfans, contenant :
Comme deux ans a ou environ , grant nombre de gens d'armes, routiers et autres, eussent passé oudit pays de La Marche, y pillié, robe, fait, commis et perpétré tous autres maulx , inconvéniens et dommages que l'en saroit nommer. Par quoy, ledit Jehannin, et plusieurs autres du pays [qui] avoient esté pillez et desrobez par lesdictes gens d'armes, et les femmes d'aucuns d'eulx ravyes et forcées, meuz et eschauffez desdiz maulx et inconvéniens intollerables à rencontre d'icelles gens d'armes, lesquelz persévérant tousjours de mal en piz, se assemblèrent ledit Jehannin et un thas d'autres voisins dominagiez comme dit est , jusques au nombre de huit ou environ, et se armèrent, les uns de lances, espées, et les autres de bastons, pour résister aucunement ausdictes gens d'armes, ou autrement leur faire passer et vvidier plus tost le pays. Et en alant après, à certain jour, par cas de fortune, en trouvèrent trois, pillans et robans au lieu des Essartz
en ladicte conté de la Marche. Et menz de ce que dit est, de fait coururent sur eux, et ainsi que ilz se rencontrèrent, frappèrent de chaude meslée sur l'un d'iceus, qu'il tumba à terre, mourut illec et fut enterré audit lieu des Essartz, etlesdiz deux autres furent prins et enmenez par ceulx de la compaignie. Et après aucuns jours, ledit Jehannin oy dire que les aucuns d'icelle compaignie les avoit fait noyer. Sanz que icellui Jehannin y feust oncques présent, ne consentant. Pour occasion duquel cas, etc. . . .
Creil, mars 1417.
(Très, des Ch, Reg. JJ. 170, pièce 124.)
Combat entre des paysans et des gens cC armes de la garnison du château de Poix en Picardie.
Paris, juillet 1418.
Charles, par la grâce de Dieu roy de France. Savoir faisons à tous présens et advenir. Nous avoir reçeu l'humble supplicacion de Miquelot le Carpentier, jeune homme, né de la ville de Plessiers sous Pois ', prisonnier es prisons du beffroy d'Amiens, contenant :
Comme le jour Saint- Barnabe 2 derrenier passé, ledit suppliant et autres, jusques au nombre de six compaignons, de la garnison du chastel et ville de Poix, à laquelle nostre amé Ector de Saveuses, escuier, ' conseiller de nostre très cher et très amé cousin le duc de Bourgongne, les3 avoit commis Jehan de Semin ca-
1. Eplessier-sous-Poix {Somme). — 2. Le H juin. 3. Les (sic). Lis. : lors.
piîaine dudit lieu, feussent yssus dudit chastel pour aler en fourrage, et feussent alez en une maison ou censé de gens de religion nommée Marendoueul l, qui est assez prez de Sommereux et de la Verrière 2. En laquelle maison avoit ung censier nommé Robin Crespin, que on disoit tenir le party de feu le conte d'Armignac et qui soustenoit ceulx de son aliance, si comme l'en disoit. Et eulx arrivez en ladicte censé, ilz s'efforcèrent d'avoir une beste aumailie 3 pour la provision descompaiguons de ladicte garnison. Et pour ce que icellui Crespin n'estoit mie en icellui hostel, aucuns de ses gens l'alèrent quérir en ladicte ville de Sommereux, où il estoit. En laquelle ville on faisoit ce jour la solennité et feste dudit saint Barnabe, comme on a acoustumé à faire. Auquel Crespin lesdictes gens dirent, que tantost il s'en alast en son hostel, et que les faulx traitres bourguignons de ladicte garnison y estoient, lesquelx emmenoient ses vaches. Et incontinant ledit Crespin commença à crier tèles paroles ou semblables en substance. « Pour Dieu ! aide! les faulx traitres bourguignons sont en ma maison , qui veulent emmener mes vaches. » Et combien que en ladicte ville ceulx de ladicte garnison n'eussent oncques fait desplaisir, néantmoins ilz se assemblèrent bien en ladicte ville jusquesau nombre de soixante compaignons et vint femmes ou environ. Et alèrent sur les champs jusques à ce qu'ilz trouvèrent et rataingnèrent lesdis six compaignons de la dicte garnison, qui emmenoient aucunes bestes aumailles de ladicte maison, entre les-
i . Marendeuil, sur la carte de Cassini.