XCV1II
Rémission pour un valet des chevaux au duc d'Orléans, coupable cC homicide.
Paris, janvier 1405.
Charles, etc. Savoir faisons à tous présens et avenir. Nous avoir reçue l'umble supplicacion des amis charnelz de Martin Dimenche, varlet de chevaux de nostre très cher et très amé frère, le duc d'Orléans, prisonnier, détenu en nostre Chastellet de Paris, contenant :
Comme depuis dix ans ença ou environ, une lieue de nuit1, ledit Martin, ayant la garde des grans lévriers de nostredit frère, eust enfermé lesdiz lévriers en une chambre de la Conciergerie de nostre hostel lez Saint-Pol, en laquelle chambre Jehan de Dreux,
1 . Locution qu'on rencontre assez fréquemment dans les lettres de rémission, et qui équivaut à une heure de nuit.
pour lors escuier d'escuierie de nostredit frère, estoit logiez. En ycelle chambre feust seurvenu par plusieurs fois, un nommé Jehan de Vaulx, pour lors serviteur dudit Jehan de Dreux, et à chascune fois que ledit de Vaulx entroiten ladicte chambre, il la laissoit ouverte. Par quoy lesdiz lévriers s'en partirent et eslongnèrent bien loing, et tant que pour eulx trouver il esconvint audit Martin grandement despendre du sien, pour doubte qu'il avoit d'encourir l'indignacion de nostredit frère. Et il soit ainsi, que quant lesdis lévriers furent trouvez et de rechef enfermez en la chambre dessus-dicte, ledit Martin pria audit Jehan de Vaulx que ladicte chambre ne voulsist laisser plus ouverte. Mais ce non obstant, ycelui de Vaulx la laissa ouverte. Et pour ce, ycelui Martin lui dist que c'estoit mal fait. Et sur ce, se meurent entre eulx plusieurs paroles, et tant que ledit de Vaulx commença à faire et battre ledit Martin. Lequel Martin, doubtant qu'il ne feust plus avant navré ou injurié par ycelui de Vaulx, s'en fouy à garand es estables de ladicte Conciergerie, es quelles il trouva un coustel, qu'il prist en sa main. Et pour ce que ledit de Vaulx le poursuy es dictes pour le batre ou injurier, ycelui Martin, de ce esmeu, et eschauffé de chaudecole pour cause de ce que ycelui de Vaulx s'esforcoit de plus en plus de le navrer, dona audit de Vaulx un seul cop dudit coustel, sur la teste. Duquel cop mort s'ensui en sa personne. Pour occasion duquel, fait, ledit Martin fu prins et mis en noz prisons dudit Chastellet, etc
Paris, janvier 1405.
Es requestes de l'hostel.
(Arch. de l'Emp. Très, des Ch. Reg. JJ. 160, pièce 182.)
XGIX
Meurtre commis à Poissy.
Paris, octobre 1408.
Charles, etc. Savoir faisons à tous présens et avenir. Nous avoir receu l'umble supplicacion de Guillemin Bourgoiz, povre jeune homme, foulon, demeurant à Poissy, contenant :
Que comme le jour de Pasques fleuries derrenièrement passées, environ heure de vin heures de nuit, eust eu plusieurs paroles entre Marion, pour lors chamberière et serviteresse de Jehan Cane, prestre, vicaire de l'esglise Nostre-Dame de Poissy, d'une part, et la femme dudit suppliant d'autre, pour ce que ledit suppliant et sa dicte femme disoient et accusoient la dicte Marion qu'elle les avoit accusez devers le prévost de Poissy. Pour raison de laquelle accusation ily avoient esté grandement intéressez et dommagiez. Laquelle Marion respondy que non avoit, et que onquespuis qu'ilz estoient venuz demourer en la rue, il n'y avoit eu que noises et tençons, et que c'estoit un homme de néant et qui riens ne valoit. ; en le appelant larron, et qu'il ne s'oseroit faire veoir en son pays ne n'y oseroit aler, et qu'il avoit esté tourné au pilory. Après lesquelles paroles, ledit Guillemin respondit à ladicte Marion, qu'elle ne valoit riens de ce dire, et qu'elle mentoit comme faulse putain, maquerelle prestresse qu'elle estoit. Et lors, tantost après les dictes paroles dictes, ledit suppliant s'en ala en son hostel pour coucher ; lequel estoit pour lors tenant et joignant
de l'ostel où demouroit ladicte Marion. Et ledit suppliant ainsi aie à son dit hostel, en sa chambre, tout nu en sa chemise, oy et entendi que ladicte Marion disoit qu'elle se iroit plaindre de lui au prévost de Poissy. Et la femme d'icellui suppliant estoit en bas, et tenoit son huys entre cloz, et respondi à ladicte Marion et aux autres gens qui estoient illec, que pour Dieu ilz s'en alassent coucher. Et en disant lesdictes paroles, arriva feu Jehan Real, qui demouroit en la rue en l'ostel joignant d'icellui suppliant, qui dist et respondi à la femme dudit suppliant, que elle mesines s'en alast coucher, et que onques puis qu'elle et son dit mary estoient venuz demourer en ladicte rue et oudit hostel, ilz n'avoient eu que noises et tençons. En reprenant ou soustenant les paroles semblables ou en substance que avoit dictes icelle Marion, ou partie d'icelles. Pour quoy, ledit suppliant, qui ouy les dictes paroles, comme meu et eschauffé, par temptacion de l'ennemy, se parti de son hostel, tout nu en sa chemise, tenant un coustel en sa main, et ala en la rue où estoit icellui Real, auquel il donna et frappa dudit coustel un seul cop sur la teste. Duquel cop ledit Real ala de vie à trespassement, in ou quatre jours après, ou environ. Pour quelle cause ledit suppliant s'est absenté de nostre Royaume, etc....
Paris, octobre 1408.
(Arch. de l'Emp. Très, des Ch. Reg. JJ. 163, pièce 67.)
Rémission pour une servante du commandeur du Maguillet, en Berri , qui , de dépit cF avoir été renvoyée par son maître, avait tué sa rivale d'un coup de couteau.
Paris, octobre 1417.
Charles, etc. Savoir faisons à tous présens et avenir. Nous avoir oy l'umble supplicacion de Jehanne Foucaude, poure chambrière, contenant :
Que le mercredi, xme de septembre derrenièrement passé, ladicte suppliante, qui estoit chambrière de frère Pierre Guyneux, commandeur du Maguillet, au lieu de Culant l, ou bailliage de Saint-Pierre le Moustier, et ledit commandeur, orent paroles ensemble; et tant que icellui commandeur mist hors ladicte suppliante de son hostel. Et ledit jour, à soleil couchant, icellui commandeur mena en son hostel Jehanne de Touraine, au sçeu de ladicte suppliante, et la mist en sa chambre, où il avoit acoustumé de coucher. Et quant ladicte suppliante apperceut le fait, elle ala après, comme dolente et courrouciée, et trouva que sondit maistre et ladicte Jehanne estoient l'un sur l'autre en ladicte chambre. Et quant ladicte suppliante les aperceut ainsi estre, elle ferme l'uys de ladicte chambre sur eulx et actendi qu'ilz eussent fait leur voulenté. Et après yssi de ladicte chambre ladicte Jehannecte, et s'adreça ladicte suppliante à elle, et lui dist qu'elle ne povoit nier qu'elle ne feust putain. Laquelle Johannecte
i. Culan (Cher).
CRIMES ET DELITS. d93
respondi qu'elle mentoit. Et eurent plusieurs paroles injurieuses l'une contre l'autre, et tant qu'ils se prendrent l'une à l'autre. Et dans ce conflit ladicte suppliante, dolente etcourrouciée du service qu'elle avoit perdu et de ce que dit est, tira un petit coustel à trancher pain qu'elle avoit, et en frappa un seul cop par la mamelle de ladicte Jehannecte. Duquel cop elle est alée de vie à trespassement. Pour lequel cas ladicte suppliante [a esté] prinse et emprisonnée es prisons deCulant, où elle est encores, etc....
(Suit la rémission avec la clause « parmi ce que la dite suppliante tendra prison fermée, jusques à Pasques prouchainement venant, au pain et à l'eau. »)
Paris, octobre 1417.
(Arch. de l'Emp. Très, des Ch. Reg. JJ. 170, pièce 89.)
Homicide par imprudence.
Paris, juillet 1418.
Charles, etc. Nous avoir receu l'umble supplicacion des parens et amis charnelz de Pierre Perrot, escuier, natif de la conté de Bourgogne, estant en nostre service soubz l'estendart de nostre amé et féal, Regnaut, seigneur de Montongny, chevalier, contenant :
Que le jeudi, xmie jour de ce présent mois de juillet, ledit Pierre, après souper, estant sur le pont de Ver-, non, en soy esbatant print ung chien, pour le cuidier gecter en la rivière. Et là estoit une jeune fille, de l'aage de xim à xv ans ou environ, qui print ledit chien, et en le prenant, elle et ledit chien cheurent h 13
de dessus ledit pont en l'eaue, dont mort s'en est ensuie en la personne de ladicte jeune fille, qui se noya. Pour lequel fait ledit Pierre a esté et encores est détenu prisonnier en noz prisons de Vernon, etc
Paris, juillet U18.
(Arch. de l'Emp. Très, des Ch. Reg. JJ. 170, pièce 157.)
Vol (V argenterie appartenant au duc de Bourgogne. — Mention de la nourrice du roi.
Brie-Comte-Robert, 27 avril 1382.
Charles, etc. Savoir faisons à touz présens et avenir. Que comme le xxe jour de février derrenièrement passé, Estienne de la Bazoche, escuier, et Jehan le Bas, son varlet, eussent apporté à Paris, en l'ostel de maistre Pierre de Bérigny, et baillié en garde à Jehanne Fournière, fille feu Nicolas Fournier, femme dudit maistre Pierre, laquelle ledit Estienne amoit par amours, lv escuelles d'argent, vint dorées et les autres blanches, signées aux armes1 de noz très chiers et très amez oncle et tante, les duc et duchesse de Bourgoigne, en lui disant qu'il les avait rescousses à un homme qui les emportoit en une besace sur un cheval, et que ledit Estienne vouloit qu'elle y eust la moitié, et lui l'autre. Et après ce, ladicte Jehanne, ignorant les armes de noz diz oncle et tante, eust despézié ii des dictes escuelles dorées, et parlé à Perrin Marc, orfèvre de Paris, pour icelles escuelles