‹ Choix de pièces inédites relatives au règne de Charles VI [microform]Chapitre 102 sur 264 · De quel coté · texte numérisé non relu

De quel coté

GUERRE. il3

dire : « Larron, est-ce là la manière de emmener les chevaulx du seigneur de Miraumont? » Et li un d'iceulx gens d'armes respondi audit meunier : « Mais tu mesnies es larrons. Car tues maunier. w Et fu ledit maunier batu très vilainement et durement, et sondit cheval emmené. Et pour ce, ledit suppliant véant roffense faicte en sa terre et seignorie, monta sur un cheval, sans autre compaignie, pour y pourveoir. Et en alant, encontra un nommé Jaquet le Vivier, son homme, qui venoit de dehors sur un cheval, et sans demander où il aloit, ala avec ledit chevalier. Et en alant ranconlra ou vint d'aventure avec lui un autre, nommé Jehan de Drulat, et chevauchèrent ensemble pour trouver lesdictes gens d'armes et ravoir ledit cheval. Et prestement queilzles eurent trouvez, ledit suppliant, qui estoit agrié et courrocié, dist à cellui qui emmenoit ledit cheval dudit maunier, qui estoit accompaignié de dix compaignons ou environ, ces paroles ou semblables en substance : « Ribaux, vous avez dérobé le cheval de mon maunier. Vous ne le mènerez guères loing. w Et lors cellui qui estoit sur ledit cheval, nommé Colin le Selier, descendi à pié et niist la main à son espée. Et adonc ledit suppliant lira un coulel à un taillant qu'il avoit, et approcha dudit Sellier, lequel avoit un arc à escarpe. Sur lequel ledit suppliant cuida frapper dudit coutel. Mais ledit Selier tournoit autour dudit cheval, et tant que ledit suppliant le féry un coup assez près de l'aisselle, et en ycellui jour ledit Selier ala de vie à trespas. Pour occasion duquel cas ainsi advenu, ledit suppliant, lequel est de présent en nostre service soubz et en la compaignie de nostre très cher et amé cousin, Jehan de 11 8

ll(k RÈGJNE DE CHARLES VI.

Luxemboiirc, chevalier, notablement monté et armé, à rencontre de noz ennemis et adversaires, où il a exposé et expose chascun jour corps et biens, a esté appelle à nos droits, etc. . . .

(Rémission adressée aux baillis d'Amiens et de Vermandois.)

Paris, avril avant Pâques U21.

(Arch. del'Emp. Très, des Ch, Reg. JJ. 172, pièce U.)

Rémission pour un bourgeois de Soissons, à la considération de Jean Pijon, qui avait bien servi le Roi à la reprise de Soissons, et qui avait Vintention et épouser la fille du

suppliant.

Au siège de Soissons, mai l-41i.

Charles, etc. Savoir faisons à tous présens et avenir. Nous avoir receu Tumble supplicacion de Mahiet de Corcy, bonrgois et habitant de la ville de Soissons,

contenant :

Que comme à la prinse et assault d'icelle ville de Soissons', laquelle estoit, ou au moins les habitans d'icelle, rebelle et désobéissant a nous, Jehan Pijon, qui bien et longuement et loyaulment nous a servy en noz guerres, et mesmement en nostre présente guerre et armée, soit, à ladite prise faire, entré enl'ostel dudit suppliant. Lequel, ledit Jehan Pijon, prinst son prisonnier, ainsi que faire le povoit pour cause desdictes rebellions et désobéissances. Et toutes voyes ledit Jehan Pijon, meu en pitié dudit suppliant et de sa

GLERRE. 115

femme et d'une jeune fille qu'ilz ont, preste à marier, laquelle fille il a sçeu estre de bonnes meurs, gouvernement honneste et bonne pucelle; pour obvier et évitera la désercion et à la destrucion d'eulz, mesmement que avant ladicte rébellion et désobéissance ledit suppliant estoit homme notable, de bonne vie et honneste conversacion , et sa dicte femme bonne preude femme; et ait en voulenté et propos, et du gré et consentement desdiz père et mère et fille , prendre par mariage et à sa femme ladicte fille, s'il nousplaisoit ausdiz suppliant, femme et fille, remectre et par onner l'offense par eulx faicte et commise envers nous pour cause desdictes rebellions et désobéissances. Delaquelle chose faire pardonner et remectre ilz nous ont très humblement supplié et requis. Pourquoy, nous ces choses considérées, etc....

(Le Roi accorde le pardon et y ajoute, en considération du mariage, la remise des confiscations encourues.)

Donné en nostre ost devant Soissons, ou movs de may, l'an de grâce mil nii'' et xiiii. Et de nostre règne lexxxiiu^.

Par le Roy en son Conseil,

J. DE ViLLEBRESME.

(Arch. de TEmp. Très, des Ch. Reg. JJ. 167, pièce 220.)

\. Soissons fut prise le 21 mai.

Épisode de la prise de Soissons, — Écuyer gracié au moment ou il allait être exécuté.

Guise, juin 14 li.

Charles, etc. Savoir faisons à tous présciis et avenir. Nous avoir receu Tumble supplicacion de Guillaume de Crannes, escuier, contenant :

Comme despieça il ait servi Jehan de Bourgoingne, nostre cousin, ou fait de ses guerres et autrement, en la compaignie et sous le commandement de feu Enguerran de Bournonville, et mesmement ou voyage et armée que ledit de Bourgoingne a naguères fait à rencontre de nous et de notre bonne ville de Paris, en venant devant icelle nostre ville, à puissance et armée, contre noz commandemens et défenses à lui faictes. Et depuis ait, icellui de Crannes, esté dedens nostre ville de Soissons avec ledit de Bournonville et autres, qui contre noz plaisir et voulenté Tout détenue et occupée. Et a esté en plusieurs courries et pilleries qui par eulx ont esté faictes en plusieurs lieux et villes, et pardevant plusieurs chasteaulx et forteresses du pays d'environ. En aucunes desquelles ils ont mis et bouté le feu, et es autres pillié et rançonné et fait plusieurs autres maulx et dommages irréparables. Et il soit ainsi que au jour que nostredicte ville de Soissons fut par nous et noz gens recouvrée et prise d'assault, ledit suppliant ait esté trouvé et pris dedens l'église de Nostre-Dame dudit lieu, par nostre amé et féal chevalier et chambellan, Henri Lalemant, ou

GUERRE. ii7

autre de nostre compaignie, et mené en noz prisons à Laon. Esquelles il a esté prisonnier certaine espace de temps, et jusques à ce que, après sa confession, il fut condempné à estre descapilé. Et pour ce faire fut mené au lieu et place accoutumés, et livré à l'exécuteur de nostre justice. Après lesquelles choses ainsi faictes, nous, à la prière et requeste de nostre très chier et très amé cousin, le conte d'Alencon, et de plusieurs autres chevaliers et escuiers, pardoimasmez audit suppliant le fait et cas dessusdiz, et ordonnasmez et mandasmez hastivement que on ne procédas! aucunement à Texécucion de la personne dudit suppliant. Et pour ce faire y ala nostredit cousin d'Alençon, lequel fist les dictes deffenses, et ramena ledit suppliant avec lui, ainsi que ordonné l'avions. Pour occasion desquelles choses. . . .

Donné à Guise, ou moys dejuing, l'an de grâce mil ini"^ et xini, et de nostre règne la xxxnn%

Par le Roy, monseigneur le conte d'Alençon et autres présens.

J. DE LA Poterie.

(Arch. de l'Emp. Tvés. des Ch. Reg. JJ. 167, pièce \U.)

Rémission pour un habitant du Bourg (V Jisne-les-Soisso?is, accusé d avoir servi le parti bourguignon.

Au camp d'Arras, septembre 1414.

Charles, etc. Savoir faisons à tous présens et avenir. Nous avoir reçeu l'umble supplicacion de Michiel Petit

ii8 RÈGISE DE CHARf.ES M.

naguère et demourant ou Bourc d'Aisne lez Soissons,

contenant :

Comme il soit né et norri du pays de nostre très cbier et très amé oncle, le duc de Berry , et vint demeurer jeune enfant, qui n'avoit que xvi ou xviii ans, avec l'abbé de Saint-Mard, dernier trespassé. Et y ait demeuré douze ans ou environ. Qui se maria à une povre damoiselle, et sont cbargiez de plusieurs petiz enfans. Et a tout son temps fait à toutes lieures bonne cbière à noz gens et officiers, de tout son povoir, sans ce qu'il feustoncques contre nous, et nostre très cbier et très amé ainsné fils, Loys, duc de Guienne et Daulpbin de Viennois, en quelque manière que ce soit, en favourisant, aidant, conseillant ne confortant le duc de Bourgongne, ne aussi au conseil de la ville depuis long temps, sinon au conseil général, où tout le commun d'icelle estoit. Ne oncques ne parla ne deist cbose contre ne ou préjudice de nous, ne d'aucun de notre sang et lignage. INe consentant de mettre garnison dans ladicte ville, et fut bien courroucié quant elle il fut mise. Car ilz lui firent dommage à ses garnisons de plus de cent et cinquante livres. Et (|uant il en parloit on lui disoit qu'il estoit armignac. Ne but oncques, meuga ne fréquenta avec Enguerran de Bournonville. Mais, lui estant aiicunesfois à la garde de la porte de Croy, laissoit entrer noz gens, s'ils y vouloient entrer, à toutes heures, et mesmement le prévost forain de Laon. Dont il a esté par plusieurs fois en grant dangier et péril de sa personne. Ne fut oncques, armé ne désarmé, hors de la ville de Soissons ne dedens, pour prendre, piller ne rançonner gens, pour acuser homme ne acheter aucune chose. A gardé la porte par contrainte, son jour, com-

me les autres, armé de haubergon et de brassellez. Aie sur les murs de nuyt et de jour faire le guet, qu'il ne faisoit pas voulentiers, car cen'estoit ne n'est son estât. Et en ce faisant ne feist ne deist oncques mal ne desplaisir à personne, de nostre costé ne d'autre. Car se il n'eust fait ledit guet on l'eust déserté du corps, veu la grant présumpcion que on avoit contre lui, pour ce qu'il estoit né du pays de Berry. Et le jour que on print le Bourc et lui estant sur les murs d'icellui, ne le deffendi aucunement, mais lui, sa femme et enfans s'en alèrent en la ville de Soissons. Et au jour de la prinse d'icelle, il estoit armé par contrainte, et monta sur les murs de la ville étala jusques au chastel pour parler à un prisonnier qui estoit du pays dont il estoit. Et quant il fut dedens le chastel, il regarda vers le pont et vit que la ville estoit prinse. Et par une eschelle se dévala dedens les fossez, esquelz il fut prins prisonnier par un escuier de nostre ost, et misa rançon. Pour laquelle paier, et aussi pour la prinse de ladicte ville où il perdi tous ses biens

(Suit la rémission adressée au bailli de Vermandois et aux « commissaires ordonnez de par nous sur le fait, gouvernement et police de nostre ville de Soissons. » )

Donné en nostre ost devant Arras, ou moys de septembre l'an mil nu^ et xnn. Et de nostre règne le xxxnii*^.

Par le Boy, à la relacion du conseil.

Page 1