LA COURONNE
Et je voudrais aussi ma couronne d'épines !
Une épine pour chaque pensée, à travers
Mon front, jusqu'au cerveau, jusqu'aux frêles racines,
Où se tordent les maux et les rêves forgés
LES DÉBÂCLES 3l
Ea moi, par moi. 0 couronne, comme une rage,
Comme un buisson d'ébène en feu, comme des crins
D'éclairs et de flammes, peignés de vent sauvage !
Et ce seraient mes vains et mystiques désirs,
Ma science d'ennui, mes tendresses battues
De flagellants remords, mes chatoyants vouloirs
De meurtre et de folie et mes haines têtues
Qu'avec ses dards et ses grifi'es, elle mordrait.
Et, plus intimement encor, mes anciens râles
D'amour vers des ventres mufles de toisons d'or
Et mes vices d'esprit pour les ardeurs claustrales
Et mes derniers tressauls de nerfs et de sanglots
Et, plus au fond, le rut même de ma torture,
Et tout enfin ! 0 couronne de ma douleur
Et de ma joie, ô couronne de dictature
Debout sur mes deux yeux, ma bouche et mon cerveau;
0 la couronne en rêve à mon front somnambule,
Hallucine-moi donc de ton absurdité.
Et sacre-moi ton roi souffrant et ridicule.
LES FLAMBEAUX NOIRS
A Edmond Picard.