‹ Choix de poèmes;Chapitre 20 sur 95 · SAINT GEORGES · texte numérisé non relu

SAINT GEORGES

Ouverte en large éclair, parmi les brumes,

Une avenue ;

Et Saint Georges, cuirassé d'or.

Avec des plumes et des écumes

Au poitrail blanc de son cheval sans mors,

Descend ,

40 CHOIX DE POÈUES

L'équipag-e diamantaire

Fait de sa chute un triomphal chemin

A la pitié du ciel vers notre terre.

Prince de l'aube et du matin,

Joyeux, vibrant et cristallin,

Mon cœur nocturne, oh qu'il l'éclairé,

Au tournoiement de son épée auréolaire !

Que j'entende le bruit glissant

Du vent, autour de sa cotte de mailles

Et de son gonfanon dans les batailles;

Le Saint Georges, celui qui luit

Et vient, parmi les cris de mon désir

Saisir

Mes pauvres bras tendus vers sa vaillance !

Comme un grand cri de foi Il tient, droite, sa lance, Le Saint Georges ; Il fait comme un tumulte d'or Dans le céleste et flamboyant décor ; Il porte au front l'éclat du chrême.

Le Saint Georges du haut devoir, Beau de son cœur et par lui-même.

Sonnez toutes mes voix d'espoir !

Sonnez en moi; sonnez, sous les rameaux,

En des chemins pleins de soleil I

Micas d'argent, soyez la joie entre les pierres;

Et vous, les blancs cailloux des eaux,

Ouvrez vos yeux, dans les ruisseaux,

A travers l'eau de vos paupières ;

Paysage, avec tes lacs vermeils.

Sois le miroir des vols de flamme

Du Saint Georges vers mon âme !

LES APPARUS OANS BIZS CHEMINS 4'

Contre les dents du drageon noir,

Contre l'armature de lèpre et de pustules,

Il est le glaive et le miracle.

La charité, sur sa cuirasse brûle

Et son courage est la débâcle

Bondissante de l'instinct noir.

Feux criblés d'or, feux rotatoires

Et tourbillons d'astres, ses gloires,

Aux galopants sabots de son cheval,

Eblouissent les yeux de ma mémoire.

Il vient, en bel ambassadeur

JDu pays blanc, illuminé de marbres,

Où, dans les parcs, au bord des mers, sur l'arbre

De la bonté, suavement croît la douceur.

Le port, il le connaît, où se bercent tranquilles,

De merveilleux vaisseaux emplis d'anges dormants,

Et les grands soirs, où s'éclairent des îles

Belles, mais immobiles,

Parmi les yeux, dans l'eau, des firmaments.

Ce royaume, d'où se lève, reine, la Vierge,

Il en est l'humble joie ardente — et sa flamberge

Y vibre, en ostensoir, dans l'air;

Le dévorant Saint Georges clair

Qui frôle et éblouit de son éclair

Mon âme.

Il sait de quels lointains je viens.

Avec quelles brumes, dans le cerveau.

Avec quels signes de couteau, En croix noires, sur la pensée, Avec quel manque de biens, Avec quelle puissance dépensée.

Avec quel masque et quelle folie, Sur de la honte et de la lie.

J'ai été lâche et je me suis enfui

Dans un jardin de maux et de pleurs infertiles;

J'ai soulevé, quand me cernait la nuit,

Les marbres d'or d'une science hostile,

Vers des sommets barrés d'oracles noirs;

Seule la mort est la reine des soirs

Et tout l'effort humain n'est clair que dans l'aurore;

Avec les fleurs, la prière désire éclore

Et leurs douces lèvres ont le même parfum;

Le blanc soleil, sur l'eau nacrée, est pour chacun

Comme une main de caresse, sur l'existence;

L'aube s'ouvre, comme un conseil de confiance,

Et qui l'écoute est le sauvé

De son marais, où nul péché ne fut jamais lavé.

Le Saint Georg-es rapide et clair

A traversé, par bonds de flamme.

Le frais matin, jusqu'à mon âme ;

Il était jeune et beau de foi ;

Il se pencha d'autant plus bas vers moi.

Qu'il me voyait plus à g-enoux ;

Comme un intime et pur cordial d'or

11 m'a rempli de son essor

Et tendrement d'un effroi doux ;

Devant sa vision altière.

J'ai mis en sa pâle main fière

Les fleurs tristes de ma douleur ;

Et lui, s'en est allé, m'imposant la vaillance

Et, sur le front, la marque eu croix d'or de sa lance.

Droit vers son Dieu, avec mon cœur.

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