AU NORD
Deux vieux marins des mers du Nord S'en revenaient, un soir d'automne, De la Sicile et de ses îles souveraines, Avec un peuple de Sirènes, A bord.
Joyeux d'orgueil, ils reg^agnaient leur fiord.
Parmi les brumes mensong-ères.
Joyeux d'orgueil, ils regagnaient le Nord
Sous un vent morne et monotone,
Un soir de tristesse et d'automne.
De la rive, les gens du port
Les regardaient, sans faire un signe :
Aux cordages le long des mâts,
Les Sirènes, couvertes d'or.
Tordaient, comme des vignes,
Les lignes
Sinueuses de leurs corps.
Ç)S CHOIX i)K roÈMES
Et les j,'"ens se taisaient, ne sachant pas
Ce qui venait de l'océan, là-bas,
A travers brumes ;
Le navire voguait comme un panier d'argent
Rempli de chair, de fruits et d'or boug-eaut
Qui s'avançait, porté sur des ailes d'écume.
Les Sirènes chantaient
Dans les cordag-es du navire,
Les bras tendus en lyres,
Les seins levés comme des feux;
Les Sirènes chantaient
Devant le soir houleux,
Oui fauchait sur la mer les lumières diurnes;
Les Sirènes chantaient,
Le corps serré autour des mâts,
Mais les hommes du port, frustes et taciturnes,
Ne les entendaient pas.
Ils ne reconnurent ni leurs amis
— Les deux marins — ni le navire de leur pays,
Ni les focs, ni les voiles
Dont ils avaient cousu la toile ;
Ils ne comprirent rien à ce grand song-e
Qui enchantait la mer de ses voyag-es,
Puisqu'il n'était pas le môme mensong'e
Qu'on enseig'nait dans leur village;
Et le navire auprès du bord
Passa, les alléchant vers sa merveille,
Sans que personne, entre les treilles,
Ne recueillît les fruits de chair et Tor.