‹ Choix de poèmes;Chapitre 51 sur 95 · UN MATIN · texte numérisé non relu

UN MATIN

Dès le matin, par mes grand'roules coulumières

Qui traversent champs et vergers.

Je suis parti clair et léger.

Le corps enveloppé de vent et de lumière.

Je vais, je ne sais où. Je vais, je suis heureux;

C'est fêle et joie en ma poitrine ;

Que m'importent droits et doctrines.

Le caillou sonne et luit sous mes talons poudreux ;

Je marche avec l'oi^ueil d'aimer l'air et la terre.

D'être immense et d'être fou

Et de mêler le monde et tout

A cet enivrement de vie élémentaire.

Oh I les pas voyag-eurs et clairs des anciens dieux !

Je m'enfouis dans l'herbe sombre

Où les chênes versent leurs ombres

Et je baise les fleurs sur leurs bouches de feu.

Les bras fluides et doux des rivières m'accueillent ;

Je me repose et je repars,

Avec mon g-uide : le hasard,

Par des sentiers sous bois dont je mâche les feuilles.

Il me semble jusqu'à ce jour n'avoir vécu

Que pour mourir et non pour vivre :

Oh! quels tombeaux creusent les livres

Et que de fronts armés y descendent vaincus !

Dites, est-il vrai qu'hier il existât des choses,

Et que des yeux quotidiens

Aient reg-ardé, avant les miens,

Se pavoiser les fruits et s'exalter les roses !

Pour la première fois, je vois les vents vermeils

Briller dans la mer des branchag'es,

Mon âme humaine n'a point d'âg-e ;

Tout est jeune, tout est nouveau sous le soleil.

J'aimemesyeux,mesbras,mesmains, ma chair, mon torse

Et mes cheveux amples et blonds

Et je voudrais, par mes poumons,

Boire l'espace entier pour en g-onfler ma force.

Oh! ces marches à travers bois, plaines, fossés,

Où l'être chante et pleure et crie

Et se dépense avec furie

Et s'enivre de soi ainsi qu'un insensé !

LES FORCES TUMULTUEUSES

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