‹ Choix de poèmes;Chapitre 58 sur 95 · LES PLAGES · texte numérisé non relu

LES PLAGES

Plages vides, avec toujours les mêmes flots

Poussant les mêmes cris et les mômes sanglots

De l'un à l'autre bout des rivages de Flandre;

Dunes d'oyats aigus, monts de sable et de cendre.

Pays hostile et dur et féroce souvent,

Pays de lutte et de ferveur, pays de vent,

Pays d'épreuve et d'angoisse, pays de rage,

Quand s'acharnent sur vous les tournoyants orages

Et leurs vagues d'hiver dressant toujours plus haut

Sous les brouillards leurs funèbres monuments d'eau,

Soyez remerciés d'être tels que vous êtes,

Tels que la mort, tels que la vie et ses tempêtes!

C'est grâce à vous qu'ils sont fermes et durs, les gars

Qu'ils sont têtus dans le travail et dans la peine.

Qu'ils font, sans le savoir, belle, la race humaine

Qui marche à larges pas vers le péril hagard

Avec le seul désir de vainci-e un destin morne.

C'est vous qui faites l'homme ardent, calme, hautain,

Entre le danger d'hier et celui de demain.

Quand le sombre cquinoxe et ses ouragans cornent,

C'est grâce à vous que les filles aiment dûment,

l36 CHOIX DE'poèMK»

Malgré la crainte au cœur d'être trop tôt des veuves,

Ceux qui s'en vont, sans se plaindre, dans l'âpre épreuve,

Gag-ner le pain des jours, avec acharnement ;

Et que toutes, à l'heure où les rudes tendresses

Mêlent les chairs, au fond des chaumières, là-bas,

Servent le franc repas d'amour aux hommes las

De la brume sournoise et des houles traîtresses.

Pays des vents de l'Ouest et des bises du Nord,

Souffles charg-és de sel et pénétrés d'iode,

Vous imprég-nez les corps rug-ueux de santé chaude

Et vous armez de père en fils les peuples forts,

Pour qu'ils marquent de leur vouloir autoritaire

Le coin triste mais doux que leur ofl'rit la terre.

Et qu'importe, qu'au long- des flots, la ville, un jour,

Ait bâti ses maisons, ses dômes et ses tours

Et ses palais pareils à des rêves de pierre.

Filles et g"ars de Flandre, oh ! seuls, vous resterez

D'accord avec l'embrun et les grands vents

Et la rauque marée et ses vag-ues g'uerrières ;

Vous êtes ceux du sol qu'on ne refoule pas,

La mer a mis en vous sa force et sa folie.

Vos yeux sont beaux et sa clarté froide et pâlie

Et son rythme puissant et lourd pèse en vos pas.

Même certains de vous, les plus hardiment bra"<'s. Charrient encor le sang- des aïeux Scandinaves Dans leurs g-estes épars au loin, sur l'océan. Ils conservent en eux l'ardeur de ces géants Qui partaient vers la mort sur leurs vaisseaux en flammes, Sans focs, sans matelots, sans boussole, sans rames. Et se couchaient, à l'heure où le soir est vermeil, Ivres, dans un tombeau de flots et de soleil.

TOUTE LA FLANDKE li"]

LES HÉROS

A l'Escaut, héros sombre, violent et magnijique.

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