LES PLAGES
Plages vides, avec toujours les mêmes flots
Poussant les mêmes cris et les mômes sanglots
De l'un à l'autre bout des rivages de Flandre;
Dunes d'oyats aigus, monts de sable et de cendre.
Pays hostile et dur et féroce souvent,
Pays de lutte et de ferveur, pays de vent,
Pays d'épreuve et d'angoisse, pays de rage,
Quand s'acharnent sur vous les tournoyants orages
Et leurs vagues d'hiver dressant toujours plus haut
Sous les brouillards leurs funèbres monuments d'eau,
Soyez remerciés d'être tels que vous êtes,
Tels que la mort, tels que la vie et ses tempêtes!
C'est grâce à vous qu'ils sont fermes et durs, les gars
Qu'ils sont têtus dans le travail et dans la peine.
Qu'ils font, sans le savoir, belle, la race humaine
Qui marche à larges pas vers le péril hagard
Avec le seul désir de vainci-e un destin morne.
C'est vous qui faites l'homme ardent, calme, hautain,
Entre le danger d'hier et celui de demain.
Quand le sombre cquinoxe et ses ouragans cornent,
C'est grâce à vous que les filles aiment dûment,
l36 CHOIX DE'poèMK»
Malgré la crainte au cœur d'être trop tôt des veuves,
Ceux qui s'en vont, sans se plaindre, dans l'âpre épreuve,
Gag-ner le pain des jours, avec acharnement ;
Et que toutes, à l'heure où les rudes tendresses
Mêlent les chairs, au fond des chaumières, là-bas,
Servent le franc repas d'amour aux hommes las
De la brume sournoise et des houles traîtresses.
Pays des vents de l'Ouest et des bises du Nord,
Souffles charg-és de sel et pénétrés d'iode,
Vous imprég-nez les corps rug-ueux de santé chaude
Et vous armez de père en fils les peuples forts,
Pour qu'ils marquent de leur vouloir autoritaire
Le coin triste mais doux que leur ofl'rit la terre.
Et qu'importe, qu'au long- des flots, la ville, un jour,
Ait bâti ses maisons, ses dômes et ses tours
Et ses palais pareils à des rêves de pierre.
Filles et g"ars de Flandre, oh ! seuls, vous resterez
D'accord avec l'embrun et les grands vents
Et la rauque marée et ses vag-ues g'uerrières ;
Vous êtes ceux du sol qu'on ne refoule pas,
La mer a mis en vous sa force et sa folie.
Vos yeux sont beaux et sa clarté froide et pâlie
Et son rythme puissant et lourd pèse en vos pas.
Même certains de vous, les plus hardiment bra"<'s. Charrient encor le sang- des aïeux Scandinaves Dans leurs g-estes épars au loin, sur l'océan. Ils conservent en eux l'ardeur de ces géants Qui partaient vers la mort sur leurs vaisseaux en flammes, Sans focs, sans matelots, sans boussole, sans rames. Et se couchaient, à l'heure où le soir est vermeil, Ivres, dans un tombeau de flots et de soleil.
TOUTE LA FLANDKE li"]
LES HÉROS
A l'Escaut, héros sombre, violent et magnijique.