PAUVRES VIEILLES CITÉS
Pauvres vieilles cités par le& plaines perdues, Dites de quel grand plan de gloire, Vers la vie humble et déi^isoire, Toutes, vous voilât. descendues-
TOUTE LA FLANDRE l43
Vous ne comprenez plus vos hauts beffrois en deuil, Ni ce que disent aux nuées Tant de pierres destituées De leur ancien et bel org-ueil.
Vos carrefours, vos grand'places et votre port, Tout est muet et léthargique ; Tout semble aller à pas logiques Vers l'horizon où luit la mort.
Seule, quand le marché aligne au jour levé, Sur le trottoir, ses éventaires, Un peu de vie hebdomadaire Se cabre aux joints de vos pavés.
Ou bien, quand la kermesse et ses cortèges d'or Mènent leur ronde autour des rues, L'émoi des foules accourues Vous fait revivre une heure encor.
Vos mœurs sont pareilles à vos petits jardins : Buissons corrects, calmes verdures, Mais une odeur de moisissure Séjourne en leurs recoins malsains.
Vos gestes sont prudents, mesquins et routiniers, Vous ne penchez sur vos négoces Que des yeux mornes ou féroces, Qui ne comptent que par deniers.
Vos cerveaux sans révolte et vos cœurs sans fierté Se complaisent aux moindres choses, Et de pauvres apothéoses Font tressaillir vos vanités.
Vous ne produisez plus ni communiers ni gueux Et vivez à la dérobée
1 ^4 CHOIX DE l'OÈMES
Des miettes d'ombre et d'or tombées Du festin roug-e des aïeux.
Pourtant, si triste et long" que soi votre dédin, Notre rêve ne veut pas croire Que pUis jamais la belle gloire Ne bondira de vos tremplins.
Vous vous armez encore de trop d'entêtement, Damme, Gourtrai, Ypres, Termonde, Pour n'êire plus au vent du monde Que des tombeaux d'org-ueil flama
Et n'avoir plus aucun remords, aucun sursaut
En ces heures de somnolence
Où le visage du silence
Se mire seul dans vos canaux.