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LES PLAINES

A mes amis (kibrieUe et Constant Montald.

A PRÉMENT

Le jour

Ils se croisaient dans leur étable et dans leur cour,

Leurs durs regards obstinément fixés à terre;

Et tous les deux, ils s'acharnaient à soigner mieux.

Elle, ses porcs, et lui, ses bœufs,

Dppuis qu'ils se boudaient, rogues et solitaires.

Us s'épiaient du coin de l'œil, dans leur enclos, Avec l'espoir secret de se surprendre en faute. Mais elle était toujours de corps ferme et dispos Et lui travaillait dur et tenait la main haute Sur la grange et le champ.

l48 CHOIX DE POÈMES

Ils se mouvaient, pareils à deux blocs de silence, Faits de sourde rancune et d'âpre violence : Aux trois repas ils attablaient, farouchement. Face à face, leur double entêtement.

Ils gloutonnaient, à bouche pleine.

Leur pain compact

Rcg-lant leurs coups de dents sur le tic lac exact De l'horloge de chêne;

Quand leur bru s'en venait, le dimanche, les voir,

L'un disait, à voix haute, pesante et lente,

Ce que l'autre devait savoir

Pour les achats et pour les ventes,

Et l'accord se faisait, sur la somme, sans plus.

— Oh ! qu'ils étaient ardents et résolus

A tordre d'un gain minime

Le plus humble centime ! —

La nuit,

Dos à dos, ils s'étendaient dans leur vieux lit.

Chacun guettant l'aurore

Pour être seul à travailler

Dans le fournil ou le grenier,

Quand l'autre s'oubliait à reposer encore.

Ainsi

Leur bien grandit,

Grâce" à leur acre et morne souci

D'être toujours sans défaillance et sans merci,

Et de vivre, durant des mois et des années,

A mâchoire fermée.

TOUTE LA FLANDRE l49

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