‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 111 sur 135 · LECTEUR DU ROI, L'HONNEUR DES LETTRES DE SON TEMPS · texte numérisé non relu

LECTEUR DU ROI, L'HONNEUR DES LETTRES DE SON TEMPS

Je sais chanter l'honneur d'une rivière : Mais quand je suis sur le bord de la mer Pour la louer, la voyant écurner En sa grandeur si profonde et si fîère,

Du cœur s'enfuit mon audace première, Près de tant d'eau, qui me peut abîmer :

*) Turncbe ou Tournebœuf, né aux Andelys, en 1512, mort en 1565» aot philologue, professa les humanités avec éclat à Toulouse, puis,à ris. Il occupa successivement au collège de France la chaire de littéure grecque et latine et celle de philosophie. Maître d'H. Estienne, W 1 l'ami de tous les écrivains illustres de cette époque.

480 ÉPITAPHKS.

Ainsi voulant Turnèbe ranimer,

Je suis vaincu, ayant trop de matière.

Gomme la mer, sa louange est sans rive, Sans bord son los f , qui luit comme un flambeau. D'un si grand'homme Une faut qu'on écrive:

Sans nos écrits son nom est assez beau : Les bouts du monde où le soleil arrive, Grands comme lui, lui servent de tombeau.

1 Son lot: m gloire.

ÊPITAPHE DE JEAN DE LA PÉRUSE, > ANGOCMOIS, POETE TRAGIQUE (*).

Las ! tu dois à ce coup, chétive Tragédie,

Laisser tes graves jeux , Laisser ta scène vide, et, contre toi hardie,

Te tordre les cheveux ;

Et de la même voix donttu aigris f les princes

Tombés en déconfort », Tu dois bien annoncer aux étranges provinces

Que la Péruse est mort.

Cours donc échevelée, et dis que la Péruse

Est mort, et qu'aujourd'hui Le second ornement de la tragique Muse

Est mort avecque lui :

1 Dont ta chantes tristement. * Déconfort : infortune.

(*) Le même auquel est adressée la pièce vi* du livre Prda ?** tom. 2, pag. 290

gPITAPHES. 481

Mais non pas mort ainsi qu'il faisait en sa scène ,

Après mille débats, Les princes et les rois mourir d'une mort vaine

Qui morts ne mouraient pas :

Car un dormir de fer lui sille la paupière

D'un éternel sommeil, Et jamais ne verra la plaisante lumière

De notre beau soleil.

Hélas ! cruel Pluton ! puisque ta salle obscure

Reçoit de tout quartier Tout ce qui est au monde, et que de la nature

Tu es seul héritier,

Et qu'on ne peut frauder le dernier » truage *

De ton port odieux, Tu devais pour le moins lui prêter davantage

L'usufruit de nos cieux.

Tu n'eusses rien perdu, car après quelque année,

Suivant l'humaine loi, Aussi bien qu'aujourd'hui, la flère destinée

L'eût emmené chez toi.

Or, adieu dooc, ami ; aux ombres dans la salle

De ce cruel Pluton, Tu joues maintenant la fable de Tantale

Ou du pauvre Ixion :

Et tu as ici haut laissé ta scène vide

De tragiques douleurs, Laquelle autant sur toi que dessus Euripide

Verse un ruisseau de pleurs.

• Dernier compte ici pour trois * Truage .impôt, tribut; do Utla, syllabe*. ~ tributum.

482 EP1TÀPHES.

Toujours sur * le printemps la vigne et le lierre ,

D'un refrisé rameau, Rampent2 pour ta couronne, au plus haut de la pierre

Qui te sert de tombeau.

» Sur : vers, à l'époque do pria- 3 Rampent : au «abjonetU. Qae temps ; comme ou dit : sur le soir. la vigne et le lierre rampent...

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