ODE NON MESURÉE
Ouand je serai si heureux de choisir Maltresse selon mon désir, Mon Pelletier, je te veux dire Laquelle je voudrais élire,
Pour la servir, constant, à son plaisir!
L'âge non mûr, mais verdelet encore, Est l'âge seul qui me dévore Le cœur d'impatience atteint :
Noir je veux l'œil et brun le teint,
Bien que l'œil vert toute la France adore.
Taime la bouche imitante la rose, Au lent soleil de mai déclose , Un petit tetin nouvelet , Qui se fait déjà rondelet,
Et sur l'ivoire élevé se repose.
La taille droite, à la beauté pareille, Et dessous la coiffe une oreille Qui toute se montre dehors ; En cent façons les cheveux tors;
La joue égale à l'aurore vermeille ;
L'estomac plein, la jambe de bon tour Pleine de chair tout à Tentour, Que volontiers on tâterait; Un sein qui les dieux tenterait,
Le flanc haussé, la cuisse faite au tour ;
La dent d'ivoire, odorante l'haleine, A qui s'égaleraient à peine Les doux parfums de la Sabée, Ou toute l'odeur dérobée
Qua l'Arabie heureusement amène ;
L'esprit naïf, et naïve la grâce ; La main lascive, ou qu'elle embrasse L'ami en son giron couché , Ou que son luth en soit touché;
Et une voix qui même son luth passe
OMS. 521
Le pied petit, la main longuette et belle , Domptant tout cœur dur et rebellé , Et un ris qui en découvrant Maint diamant, allât ouvrant
Le beau séjour d'une grâce nouvelle ;
Qu'eir sut par cœur tout cela qu'a chanté Pétrarque, en amour tant vanté , Ou la Rose si bien écrite x, Et contre les femmes dépite,
Dont je serais comme d'elle enchanté.
Quant au maintien, inconstant et volage,
Folâtre et digne de tel âge,
Le regard errant çà et là,
Un naturel avec cela Qui plus que l'art misérable * soulage3 .
Je ne voudrais avoir en ma puissance A tous coups d'eHe jouissance, Souvent le nier un petit En amour donne l'appétit,
.Et fait durer la longue obéissance.
D'elle le temps ne pourrait m'étranger*, N'autre amour, ni l'or étranger ; Ni à tout le bien qui arrive De l'Orient à notre rive
Je ne voudrais ma brunette changer.
Lorsque sa bouche à me baiser tendrait, Ou qu'approcher ne la voudrait, Feignant la cruelle fâchée,
1 te Roman de la Rose, 3 Soulage : sens de charmer, plaire.
* Horace a dit : * M' étranger : me séparer ; me
Ingeoium misera fortonatiiu arte. rendre étranger pour elle. [Epitt. ad PU., 29S. )
ÔM POÉSIES DIVERSES.
Ou quand en quelque coin cachée, Sans l'aviser ' prendre au col me viendrait.
1 Sans q«e je ravinue.