AU ROSSIGNOL
Gentil rossignol passager, Qui t'es encor venu loger Dedans cette fraîche ramée, Sur ta branchette accoutumée , Et qui nuit et jour de ta voix Assourdis les monts et les bois, Redoublant la vieille querelle De Terée et de Philomèle ;
Je te supplie, ainsi toujours Puisses jouir de tes amours !
De dire à ma douce inhumaine , Au soir quand elle se promène Ici pour ton nid épier, Que jamais ne faut se fier En la beauté ni en la grâce , Qui plus tôt qu'un songe se passe.
Dis lui que les plus belles fleurs En janvier perdent leurs couleurs ; Et quand le mois d'avril arrive Qu'ils revêtent leur beauté vive :
Mais quand des filles le beau teint Par l'âge est une fois éteint, Dis lui que plus il ne retourne, Mais bien qu'en sa place séjourne, Au haut du front, je ne sais quoi De creux à coucher tout le doigt ; Et toute la face séchée
624 POÉSIES DIYBBSES.
Devient comme une fleur touchée Du soc aigu ; dis lui encor Qu'après qu'elle aura changé For De ses blonds cheveux, et que. l'âge Aura crêpé x son beau visage, Qu'en vain lors elle pleurera, De quoi jeunette elle n'aura Pris les plaisirs qu'on ne peut prendre, Quand la vieillesse nous vient rendre Si froids d'amours et si perclus, Que les plaisirs ne plaisent plus.
Mais, rossignol, que ne vient-elle Maintenant sur l'herbe nouvelle, Avecque moi dans ce buisson?
Au bruit de ta douce chanson, Je lui ferais, sous la coudrette, Sa couleur blanche vermeillette.
1 Crêpé : ridé.