‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 6 sur 135 · DU MU ROI CHARLES NEUVIÈME · texte numérisé non relu

DU MU ROI CHARLES NEUVIÈME

Charles, en qui le ciel toutes grâces inspire,

Qui as le cœur plus grand que n'est grand ton empire ,

Une âme prompte et vive , un esprit généreux ,

De vertus , de science et d'honneur amoureux ;

Qui passes tes aïeux d'un aussi long espace

Que l'aigle les autours, dont l'aile ne se lasse ,

En volant outre l'air, d'approcher le soleil :

Ainsin ' entre les rois tu n'as point de pareil Que François ton grand père : et si l'honnête honte Le voulait, je dirais que Charles le surmonte, D'autant que notre siècle est meilleur que le sien , Et que le temps présent vaut mieux que l'ancien ; Et d'autant qu'il fut docte au déclin de vieillesse , Et tu es tout savant en la fleur de jeunesse.

Car si ta Majesté ( après le soin commun Qu'elle prend du public et d'écouter chacun, Permettant à ton peuple une facile entrée), Soit en prose ou en vers pour plaisir se récrée, Donnant quelque relâche à ton divin esprit , Qui se montre soi-même en montrant son écrit , Et rien , s'il n'est parfait , ne médite ou compose, Ronsard te cède en vers et Amyot (*) en prose :

1 Mnsin : ainsi.

(*) Amyot ( Jacques ) né à Melun en 1513 , mort en 1593. — Illustre par sa traduction de Plularque, il fut nommé précepteur des enfants de Henri II. — Charles IX et Henri III le comblèrent de faveurs. — H fut grand aumônier du roi et évéque d'Auxerre.

BEPONSE AUX VEBS PRECEDENTS.

Et suis marri d'avoir si longuement vécu • Au giron des nœuf sœurs , pour être ainsi vaincu.

N'était-ce pas assez de m'avoir en cent sortes Montré l'affection que, maître, tu me portes. Sans encor me vouloir défier en mon art , Et en vers appeler au combat ton Ronsard , Découvrant contre moi la fureur de ton style? Ainsi le grand Auguste écrivait à Virgile : Virgile, qui l'esprit de son maître suivait, Pour lui donner plaisir, lui contre-récrivait. Tu m'as donné des vers , très-magnanime prince , Afin qu'en imitant ton exemple , j'apprinse Que peut ton cœur superbe , et pour avoir aussi Toujours l'esprit touché d'un vertueux souci.

Toutefois te jouant, grand monarque de France, Tu as plus avancé que ta plume ne pense : Car tes faits quelque jour par le temps périront, En mon livre à jamais tes beaux vers se liront, Que je veux engraver, environnés de gloire , Sur l'autel le plus saint du temple de Mémoire , * Pour mieux faire connaître à la postérité Qu'en France j'ai vécu, régnant ta Majesté, Et que ta Majesté dessous elle a vu naître Ma muse, qui se plaît de servir un tel maître.

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