INSTITUTION
Aussi pour être roi, tous ne devez penser S Vouloir comme un tyran vos sujets offenser. De même notre corps, votre corps est de boue ; Des petits et des grands la Fortune se joue ; Tous les règnes mondains se font et se défont, Et au gré de Fortune ils viennent et s'en vont ; Et ne durent non plus qu'une flamme allumée, Qui soudain est éprise, et soudain consumée.
Or, Sire, imitez Dieu, lequel vous a donné Le sceptre, et vous a fait un grand roi couronné. Faites miséricorde à celui qui supplie ; Punissez l'orgueilleux qui s'arme en sa folie ; Ne poussez par faveur un homme en dignité , Mais choisissez celui qui Ta bien mérité ; Ne baillez pour argent ni états ni offices; Ne donnez aux premiers les vacans bénéfices ; Ne souffrez près de vous ni flatteurs ni vanteurs ; Fuyez ces plaisans fous qui ne sont que menteurs, Et n'endurez jamais que les langues légères Médisent des seigneurs des terres étrangères.
Ne soyez point moqueur, ni trop haut à la main, Vous souvenant toujours que vous êtes humain l ; Ne pillez vos sujets par rançons ni par tailles ; Ne prenez sans raison ni guerres ni batailles ; Gardez le vôtre propre et vos biens amassés : Car pour vivre content vous en avez assez.
S'il vous plaît vous garder sans archers de la garde, Il faut que d'un bon œil le peuple vous regarde, Qu'il vous aime sans crainte : ainsi les puissants rois Ont conservé leur vie, et non par le harnois.
Comme le corps royal, ayez l'âme royale ;
r Humain : homme.