‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 123 sur 127 · HYMNE D£ LA FRANGE C · texte numérisé non relu

HYMNE D£ LA FRANGE C

U ne Êiut point que l'Arabie neureuse, Ni par son Nil l'Egypte plantureuse.

Ni rinderiche en mercerie ' étrange, Fasse à la tienne égale sa louange :

Qui d'un din d'œil un monde peux armer, Qui as les bras si longs dessus la mer, Qui tiens sur toi tant de ports et de villes, Et où les lois divines et civiles En long repos tes citoyens nourrissent.

On ne voit point, par les champs qui fleurissent, Errer ensemble un tel nombre d'abeilles,

' Mercerie : dn latin, merees, marehandiMi, prodniti»

* Cet hymne est une paraphrase da magoiOqiie éloge de lltaUe» aa chant II des Géorgiques, Yen 135 à 176. André Chénier dans ion Hymne à la France a certainement imité de très-prés le morceau de Ronsard.

fiaisant les lis et les roses vermeilles : Ni par l'été ne marchent au labeur Tant de fourmis, animaux qui ont peur Qu'en leur vieillesse ils n'endurent souffrance, Gonune Ton voit dliomme par notre France Se remuer : soit quacnd Bellone anime I^ majesté de leur cœur magnanime, Ou quand la paix, à son rang retournée. Chacun renvoie exercer sa journée.

Bien que la perle et les pierres exquises En notre mer des marchands ne soient quiscs ', Ne * par nos prés on ne voie amassée L'herbe d'Hélène, ou bien la Panacée, Ni le doux miel ne suinte en nos rameaux, Ni le doux lait ne coule en nos ruisseaux : Des fiers lions la semence superbe ^ En est bien loin, et le serpent par l'herbe. Tel que l'Afrique, horrible n'épouvante Le sûr pasteur ; ni l'amour véhémente.

Qui s'enfle au front du poulain n'y est pas Mixtionnée aux amoureux appas 4.

Nos champs Jason de ses taureaux ardents Ne laboura, pour y jeter dedans D'un grand serpent les mâchoires terribles : Ni la moisson de tant de gens horribles, Hors de la terre à force desserrés, S'est hérissée en corselets ferrés ; Mais au contraire ils enfantent un blé,

' Quiies : chtrchéea ^ du latiu, qwh ^ HicdemoiD,bippoinanesTeioqoodnonlne

situs. [ dicuDi

a jVe : poar ni, " Pastores, lentum drstillat ab inguine virus;

3 At rabidaa tigres' absunt, et ssera leonuni H'PP<"»«'«.auod «epe ma» légère noTerc»,

Sominn. Miarueruntqiie herbu et ooo innoxia vcrba

( Viao., Ctorg., ||, aSo.) ( Viao., Cwrg., lU. i8o.)

630 POBSIBS DIYEBSAS.

Nous le rendant d'usure redoublé :

Et dont jamais la première apparence * Du laboureur n'a trompé Tespérance.

Plus qu'en nul lieu dame Gerès la blonde , Et le dompteur des Indes < y abonde.

Mille troupeaux frisés de fines laines, Gonmie escadrons se campent en nos plaines ; Maint aibrisseau qui porte sur ses branches D'un or naïf pommes belles et franches

Y croît aussi, d'une part verdissant.

De l'autre part ensemble jaunissant; Le beau grenad à la joue vermeille, Et le citron, délices de Marseille, Fleurit les diamps de la Provence à gré : Et F olivier, à Minerve sacré.

Leur fût honneur de ses fruits automniers , Et jusqu'au ciel s'y dressent les palmiers ; Le haut sapin, qui par flots étrangers Doit aller voir de la mer les dangers,

Y crott aussi : et le buis qui vaut mieux Pour y tailler les images des dieux.

De ces bons dieux, qui ont toujours souci Et de la France, et de mes vers aussi *.

Baeehot, dieii da tIb*

Lm ehèats. Ici Mpiat «t \m orniM épaU En «tilet rameaux ombragent tes tommeU , Et de Beaaae et d'Aï les rÎTes fortanées, £t la riche Aqaltaiae et les baata Pyréoée* , Soat leart brajants preiMln font eonler en rniaeaax Des Tia« dèUeieax mûrie aar leore eoteaax. La Prorenee odorante et de Zépb jre aimée Betpire sar les mère ane haleine embaumée; Aa bord des flota coaTrant, délieienx trésor, L'anage et le citron de leor taaiqae d'or.

Que diroDS-nous de la saison des temps. Et des tiédeurs du volage printemps?

La cruauté des vents malicieux Ky règne point, ni les monstres des cieux, Ni tout cela qui, plein de félonie, Tient les sablons d'Afrique ou d'Hyreanie.

Toujours lalPrance, heureusement fertile, Donne à ses fils ce qui leur est utile ; L'or étemel ne défaut point en elle, Et de l'argent la source est étemelle : Le fer, Tairain, deux métaux compagnons. Ce sont les biens de ses riches rognons '.

L'un bon à faire, ou trompettes tortues. Ou les portraits des di?ines statues :

L'autre nous sert pour corriger l'audace De l'ennemi qui en vain nous menace.

Lorsqu'un bon signe au ciel nous est donné, Et Jupiter à main gauche a tonné, Favorisant le Français, qu'il estime Enfant d'Hector, sa race légitime , Qui de là haut nous a transmis ses rois. Qui planteront les lis jusqu'à la rive Où du soleil le long labeur arrive.

Ici et là, comme célestes flammes i Luisent les yeux de nos pudiques feihmes, Qui toute France honorent de leur gloire : Ores montrant leurs épaules d'ivoire.

Et plus loiu, an penchant ftes coUinei pierrenies. Forme la grasse olive, anx liqueurs savonneaset. Et ces réseaux légers, diaphanes habits, Où la fraîche grenade enferme ses rubis.

(Audhb Chénieh, Hymmt à la France., * Horjnons : eiitrailits.

532 POÉSIES DÎVEBSES.

Ores le col d'albâtre bien uni.

Ores le sein, où Thonneur fait son nid; Qui pour dompter la cagnarde paresse.

Vont surmonter d'une gentille adresse Le vieux renom des pucelles d'Asie, Pour joindre à Tor la soie cramoisie.

Ou pour broder au métier proprement D'un nouveau roi le riche accoutrement.

Que dirai plus des lacs et des fontaines. Des bois tondus et des forêts hautaines? De ces deux mers, qui d'un large et grand tour Vont presque France emmurant tout autour ? Maint grand vaisseau, qui maint butin amène, Parmi nos flots sûrement se promène; Au dos des monts les grands forêts verdoient. Et à leur pied les belles eaux ondoient.

Ajoutez-y tant de palais dorés.

Tant de sommets de temples honorés.

Jadis rochers, que la main du maçon Élabora ' d'ouvrage et de façon :

L'art dompte tout, et la persévérance.

Je te salue , ô terre plantureuse !

Heureuse en peuple, et en princes heureuse * ! Moi, ton poète, ayant premier osé Avoir ton los en rime composé, Je te suppli, qu'à gré te soit ma lyre : Et si quelqu'un enrage^d'en tnédire, Soit-fl prisé du pauvre populaire,

■ Élabora : travaUla. Magna viran.

a Salve magna paréos frugam, Saturnia (Viio.. Gtorg.,\l, 173.)

[tellvs. » Enrage : a la fareur d'ea médire.

EPITRE. 533

Et ses labeurs ne puissent jamais plaire A mon prélat >, honneur de ta province, Ni aux saints yeux de mon grand Roi, ton prince.

* L« eardioal de Chfttilloo.

EPITRE

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