‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 125 sur 127 · STANCES SUR LE TRÉPAS DE RONSARD · texte numérisé non relu

STANCES SUR LE TRÉPAS DE RONSARD

PAR H. CSTIENNE (*).

Comme la poésie avec lui prit naissance, Elle est morte avec lui ! Phébus, qui sort de France^ Fait en leur mont natal les Muses retourner : Galfiope sans plus en France est demeurée, Et, délaissant ses sœurs, de deuil tout éplorée, Ne veut de son Ronsard la tombe abandonner.

« Tu* es donc mort, Ronsard^ disait cette déesse. Et ta cruelle mort m'engendre une tristesse Qui sera toujours fraîche au plus vif de mon cœur. Ma -douleur et mon être auront même puissance ; Mon essence immortelle au temps fait résistance. Et mon durable ennui des ans sera vainqueur.

« Quand Homère mourut, j'avais tant d'espérance De le voir par Ronsard un jour renaître en France,. Que cette seule attente apaisa mes regrets : Maintenant de moitié ma tristesse s'augmente. Car l'Homère français, dont la mort je lamente, ' Fait encore une fois mourir celui des Grecs.

(*) Ce fragment est extrait d^une pièce choisie dans le grand nombre de ceiies qui ont été composées en l'honneur de Ronsard par les plas beaux génies de son temps.

638 LE TOUBEAU DE BOKSARD.

« Tai perdu tout espoir de plus voir des poètes ; Toujours mes sœurs et moi nous languirons muettes. Par la mort de Ronsard, qui nous donnait la voix. PIous avons autrefois quitté notre Phocide, Afin de suivre en France un seul Ronsard pour guide : Ores puisqu'il est mort, nous laissons les François. »

Ainsi, loin de ses sœurs, dont elle fuit la trope. Du trépas de Ronsard se plaignait Calliope, Lorsqu'elle vit près d'elle Apollon arrive-/ : « Cessez, lui dit ce Dieu, d'épancher tant de larmes : Celui que vous pleurez, remporte par ses carmes Un honneur dont la mort ne le pourra priver. »

«i Ccst de moi que jadis les poètes naquirent ; C'est par moi qu'en leurs vers tant de gloire ils acquirent ; Par moi Ronsard depuis a tant fait qu'ils n'ont plus L'heur d'avoir mieux écrit que ceux de sa contrée ; Et ma docte fureur dans sa poitrine entrée Fait que tous ses écrits comme oracles soutins.

« Mais ce n'est point Ronsard, ce corps mort que la terre En son giron avare étroitement enserre : Ronsard, c'est ce grand nom par le monde épandu.

« Et la postérité lisant sa poésie.

Viendra d'étonnement et de regret saisie.

Ce tombeau de Ronsard par grand miracle voir.

« Et ceux qui de Ronsard auront la tombe vue. D'une delphiqoe ardeur sentant leur âme émue. Se verront sur le champ poêles devenir. »

Page 1