INSTITUTION
Pour sa perfection trois triades ensemble ), Montre que vous aurez i'empire et le renom De huit Charles passés dont vous portez le nom. Mais pour vous faire tel il faut de Tartifice % £t, dès jeunesse, apprenilre à combattre le vice.
Il faut premièrement apprendre à craindre Dieu, Dont vous êtes limage, et porter au milieu ^
De votre cœur son nom et sa sainte parole, Comme le seul secours dont l'homme se console.
En après, si voulez en terre prospérer, Vous devez votre mère humblement honorer, La craindre et la servir, qui seulement de mère Ne vous sert pas ici, mais de garde et de père.
Après, il faut tenir la loi de vos aïeux. Qui furent rois en terre, et sont là haut aux cieux ; Et garder que le peuple imprime en sa cervelle La curieuse erreur d'une secte nouvelle.
Après il faut apprendre à bien imaginer, Autrement la raison ne pourroit gouverner : Car tout le mal qui vient à l'homme prend naissance Quant par-sus la raison le cuider ' a puissance.
Tout ainsi que le corps s'exerce en travaillant. Il faut que la raison s'exerce en bataillant Contre la monstreuse et fausse fantaisie, De peur que vainement Tâme n'en soit saisie : Car ce n'est pas le tout de savoir la vertu, 11 faut connaître aussi le vice revêtu D'un habit vertueux, qui d'autant plus offense. Qu'il se montre honorable, et a belle apparence.
> ArtlHet : art. > Le cuider : le désir, la paMton.
DU BOI. 42t
De là» vous apprendrez à tous connaître bien, Et, en TOUS connaissant, vous serez toujours bien. « Le vrai commencement pour en vertus accroître s C'est (disait Apollon) soi-même se connoître * : « Celui qui se connaît est seul maître de soi. Et, sans avoir royaume, il est vraiment un roi.
Commencez donc ainsi : puis sitôt que par Tâge Vous serez homme fait de corps et de courage. Il faudra de vous même apprendre à commander, A ouïr vos sujets, les voir et demander. Les connaître par nom, et leur faire justice. Honorer la vertu, et corriger le vice.
Malheureux sont les rois qui fondent leur appui Sur l'aide d'un commis, qui par les yeux d'autrui Voyent l'état du peuple^ et oyent par Foreille D'un flatteur mensonger qui leur conte merveille ! Tel roi ne règne pas, ou bien il règne en peur, O^autant qu'il ne sait rien, d'offenser un. trompeur.
Mais, Sire^ on je m'abuse en voyant votre grâce, Ou vous tiendrez d'un roi la légitime place : Vous ferez votre charge, et comme un prince doux, Audience et faveur vous donnerez à tous.
Votre palais royal connaîtrez en présence 3, Et ne commettrez point une petite offense. Si un pilote faut 4 tant soit peu sur la mer. Il fera dessous l'eau le navire abîmer. Si un monarque faut tant soit peu, la province^^ Se perd : car volontiers le peuple suit te prince.
' jéecrrMrê : sens neutre comme croi- 3 Par Toas-même , ea l'habitant.
tre. *Fautt défaillir, manque, fait une
3 Allasion aa célèbre Fv&Oi OEQHhov faute.
da temple de Delphes. ^ La province : la nation, l'État.
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Aussi pour être roi, vous ne devez penser Vouloir comme un tyran vos sujets offenser. De même notre corps, votre corps est de boue ; Des petits et des grands la Fortune se joue ; Tous les règnes mondains se font et se défont, Et au gré de Fortune ils viennent et s'en vont ; Et ne durent non plus qu*une flamme allumée, Qui soudain est éprise, et soudain consumée.
Or, Sire, imitez Dieu, lequel vous a donné Le sceptre, et vous a fait un grand roi couronné. Faites miséricorde à celui qui supplie ; Punissez TorgueiUeux qui s'arme en sa folie ; Ne poussez par faveur un homme en dignité , Mais choisissez celui qui Ta bien mérité ; Ne baillez pour argent ni états ni ofQces ; Ne donnez aux premiers les vacans bénéfices ; Ne souffrez près de vous ni flatteurs ni vanteurs ; Fuyez ces plaisans fous qui ne sont que menteurs, Et n'endurez jamais que les langues légères Médisent des seigneurs des terres étrangères.
Ne soyez point moqueur, ni trop haut à la main, Vous souvenant toujours que vous êtes humain ^ ; Ne pillez vos sujets par rançons ni par tailles ; Ne prenez sans raison ni guerres ni batailles ; Gardez le vôtre propre et vos biens amassés : Car pour vivre content vous en avez assez.
S'il vous plaît vous garder sans archers de la garde, Il faut que d'un bon œil le peuple vous regarde, Qu'il vous aime sans crainte : ainsi les puissants rois Ont conservé leur vie, et non par le harnois.
Comme le corps royal, ayez l'âme royale;
' Humain : homme.
DU BOÏ. 42:1
Tirez le peuple à vous d^une maiu libérale, bit pensez que le mal le plus pernicieux , C'est un prince sordide et avaricieux.
A.yez autour de vous personnes vénérables, Et les oyez parler volontiers à vos tables ; Soyez leur auditeur, comme fut votre aïeul, Ce grand François qui vit encores au cercueil.
Soyez, comme un bon prince, amoureux do la gloiiT, Et faites que de vous se remplisse une histoire, Digue de votre nom, vous faisant immortel Comme Charles le Grand, ou bien Charles Martel (*). Ne souffrez que les grands blessentle populaire ; Ne souffrez que le peuple aux grands puisse déplaire ; Gouvernez votre argent par sagesse et raison : Le prince qui ne peut gouverner sa maison, Sa femme, ses enfants et son bien domestique, Ne saurait gouverner une grand' république.
Pensez longtemps devant que faire aucuns édits : Mais sitôt qu'ils seront devant le peuple dits, Qu'ils soient pour tout jamais d'invincible puissance : Autrement vos décrets sentiraient leur enfance. Ne vous montrez jamais pompeusement vêtu : L'habillement des rois est la seule vertu : Que vôtre corps reluise en vertus* glorieuses. Non par Habits chargés de pierres précieuses.
D'amis plus que d'argent m outrez- vous désireux ; Aimez les gens de bien, ayant toujours envie De ressembler à ceux qui sont de bonne vie; Punissez les malms et les séditieux ; No soyez point chagrin, dépit ni furieux ,
(*) Allusion au pofime de la Franciade,