LIVRE SECOND DES ODES
Heureux celui que ta folie afible, Heureux qui peut par tes traces errer : Celui-là doit d'une docte parole Hors du tombeau tout vif se déterrer.
Pour t'avoir servie , Tu as de ma vie Honoré le train :
Suivant ton école, Ta douce parole M'échauffa le sein.
Dieu est en nous , et par nous fait miracles : D'accords mêlés s'égaye Tunivers :
Jadis en vers se rendaient les oracles, Et des haut dieux les hymnes sont en vers.
Si dès mon enfance Le premier de France PaiPmdarisé, De telle entreprise.
Heureusement prise.
Je me vois prisé.
Chacun n*a pas les Muses en partage, Et leur fureur tout estomac ne point ' : A qui le ciel a fait tel avantage.
Vainqueur des ans , son nom ne mourra point.
Durable est sa gloire , Toujours la mémoire Sans mourir le suit :
Comme vent grand erre * Par mer et par terre S'écarte son bruit.
^ Ife poini : ne pique, a'imeat. err$, aUer gnnd train.
' ffme .* train, aUnre ; aller grand'
178 dYJlB SECOND
C'est toi qui fais cpie j'aime les fontaines Tout éloigoé du yulgaire ignorant.
Tirant mes pas par les roches hautaines Après les tiens que je vais adorant.
Tu es ma liesse.
Tu es ma Déesse, Tu es mes souhaits :
Si rien je compose, Sî rien je dispose, En moi tu le fais.
Dedans quel antre, en quel désert sauvage Me guides-tu, et quel ruisseau sacré , Fils d'un rocher, me sera doux breuvage Pour mieux chanter ta louange à mon gré?
Çà, page, ma lyre!
Je veux faire bruire Ses languettes d'or :
La divine grâce Des beaux vers d'Horace Me platt bien encor.
Mais tout soudain d'un haut style plus rare Je veux sonner le sang Hectoréen % Changeant le son du Dircéen Pindare Au plus haut bruit du chantre Smyméen >.
> Fraaeiu, fils 4'IIeetor, allufon aa > Homère. Poént de la Franciade.
IL i
A SA HAITRESSB.
La hme est eoutumière De nâhre tous les mois :
SBS ODBS. 17t
Mais quand notre lamièie Est éteinte une fois, Sans nos yeux réreiUer Faut longtemps sommeiller.
Tandis que vivons ores, Un baiser donnez-moi , Donnez-m'en mille encore, Amour n'a point de loi :
A sa divinité Convient l'infinité.
£a vous baisant , maîtresse, Vous m'avez entamé La langue chanteresse De votre nom aimé.
Quoi? est-ce là le prix Du travail qu'elle à pris?
Elle par qui vous êtes Déesse entre les Dieux , Qui vos beautés parfaites Célébrait jusqu'aux cîenx , Ne fiadsant l'air sinon Bruire de votre nom ?
De votre belle fece Le beau logis d'Amour, Où Vénus et la Grâce Ont choisi leur séjour, Et de votre œil qui fait Le soleil moins parfait,
De votre sein d'ivoire Par deux ondes secous '
180 LIV&B SEGOm)
Elle chantait la gloire. Ne chantant rien que tou8 :
Maintenant en saignant.
De TOUS se va plaignant.
Lâs! de petite chose Je me plains sans raison :
Non de laplaie raclose Au cœur sans guérison, Que Tarcher ocieux M'y tira de vos yeux.
PBOPHÉTIE DU DIEU DE LA GHABEKTE (*}.
Lorsque la tourbe errante S'arma contre son roi, Le Dieu de la Charente, Fâché d'un tel déroi'.
Arrêta son flot ooi.
Puis d'une bouche ouverte A ce peuple sans loi Prophétisa sa perte.
Jà déjà ta déserte ' Te suit, peuple mutin Qui ma rive déserte Saccage pour butin ; Mais le cruel destin Que ton orgueil n'arrête,
> Déroi : ConAuioa, dénnoi. > Dà$erte : Démérite, forfidt, révolte.
C*) n 8*agit de nnsonéction des proYinoes da S.-0. contre rimpôt de la gpdklle, en IMS.
Viendra quelque matin Te b)udroyer la tête.
Oy ' de Mars la tempête D'écaillés revêtu.
Et Henri qui apprête Contre toi sa vertu.
Dis-moi qu*espères-tu De ta vaine assurance.
Qui dois être abattu Par le soldat de France ?
L'impudente espérance De ton sot appareil.
Périra par Foutrance * D'un grand roi sans pareil :
Ton sang fera vermeil Mon flot ores esclave , Et tout le vert émail De ees prés que je lave.
Voici le seigneur brave De Guise qui te suit, Et jà son los ^ engrave , Sur ton dos qui s'enfuit.
Prince sur tous instruit Aux dangereux vacarmes 4, Ou soit lorsqu'il détruit Les troupes de gendarmes :
Ou quand par les alarmes , De sa pique l'effort Fait bien quitter les armes Au piéton le plus fort.
Ne vois-tu le renfort
' Oy : Impér. du yerbe oaîr.
' Outrance : effort yaleureaz.